« Cette parole est rude, qui peut l’entendre ? »

Publié le par Père Maurice Fourmond

 

21è dimanche 23 août 2015

Évangile : Jean 6, 60-69

 

Homélie

 

    À la suite de l’enseignement de Jésus dans la synagogue de Capharnaüm sur le pain de vie, beaucoup de ses disciples le quittent : « Cette parole est rude, qui peut l’entendre ? ». On peut penser que beaucoup de paroles de Jésus sont « rudes » : par exemple lorsqu’il nous demande d’aimer nos ennemis, ou de pardonner 70 fois 7 fois, ou encore que c’est en perdant sa vie qu’on la gagne, que pour être premier il faut prendre la dernière place et beaucoup d’autres paroles encore. Nous constatons que les paroles de Jésus à la fois sont lumineuses car elles ouvrent sur la joie et la vérité et elles sont en même temps « rudes », difficiles à comprendre et surtout à vivre. L’évangile nous dit que beaucoup de ses disciples le quittent ; ce ne sont pas des personnes inconnus ou hostiles, ce sont des amis de Jésus, ceux qui ont déjà commencé à le suivre. Peu vont continuer à le suivre et au moment de son arrestation, il ne va rester qu’une poignée d’amis.

 

    Suivre Jésus est un choix, une décision personnelle. Si Jesus nous dit que venir à lui est un don du Père, cela ne diminue en rien la décision que chacun doit prendre, cela ne diminue en rien le « oui » qui, comme chez Marie, doit être notre réponse libre à l’invitation de Dieu.

 

    Qu’est-ce donc qui va me permettre de dire oui au Christ et à sa parole surtout quand ces paroles sont rudes à entendre ? Est-ce des habitudes culturelles, des évidences intellectuelles ou plutôt l’expérience que la parole de Jésus me fait vivre, donne du sens à ma vie ?

 

    Certes notre histoire est fondamentale : selon ce qui nous a entouré dès notre enfance, nous sommes sollicités vers telle ou telle croyance, vers telle ou telle pratique religieuse ou non. Certes aussi, la réflexion est essentielle. Elle tente de répondre aux grandes interrogations que nous nous posons sur la vie et la mort, sur le bonheur et la souffrance. Mais cela ne suffit pas pour nous embarquer sur la barque de Jésus. Il faut  aussi faire l’expérience que sa Parole donne du sens à notre vie, nous apporte de la joie intérieure. N’est-ce pas l’expérience de Pierre ? Pierre comme ceux qui ont quitté Jésus était disciple de Jésus, mais il a fait l’expérience que la parole de son maître était pour lui une source de vie : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ».

 

    Si on me demandait : pourquoi je crois au Christ Jésus, ma seule réponse serait comme Pierre : parce que je fais l’expérience que sa parole donne du sens à ma vie, me fait vivre. Cela n’empêche pas la recherche permanente d’une cohérence à l’intérieur de ma vie et donc un « travail » d’approfondissement, de réflexion, de partage, de prière. Mais l’essentiel reste l’expérience vécu d’une vie qui trouve sa justesse et sa force dans la parole de Jésus. 

 

    Certes, nous rencontrons des personnes qui ne trouvent pas dans la parole de Jésus ce qui donne du sens à leur vie, ils le trouvent dans une expérience humaine de solidarité et de justice sans référence à Dieu. Je pense que, sans le savoir, par là, ils sont proches de Dieu. Nous rencontrons aussi des personnes qui, comme ceux qui ont quitté Jésus, estiment que ses paroles sont impossibles à vivre et surtout qu’elles renvoient à un dieu qui ne semble pas s’intéresser à l’homme plongé dans la violence et souvent le malheur. La parole de Jésus ne nous parle pas d’un dieu insensible, tout au contraire, il nous révèle comme le dit Paul Ricoeur « un Dieu pathétique qui cherche l’homme ». C’est ce Dieu passionné de l’homme, ce Dieu vulnérable qui souffre de notre souffrance, c’est celui-là qui est le Dieu de Jésus Christ et que j’aime.

 

    L’apôtre Pierre dit que son maître a les paroles de la vie, non pas de n’importe quelle vie, d’une vie close à l’intérieur de nos limites humaines, mais de la vie éternelle. Qu’y a-t-il derrière cette expression « vie éternelle ». Seul Dieu est éternel c’est-à-dire hors de toute limite de temps et d’espace. Aussi il n’y a de vie éternelle que la vie même de Dieu. Jésus, pour Pierre comme pour nous, a des paroles qui ouvrent sur la vie de Dieu ; ses paroles nous permettent de participer réellement à la vie divine et cela dès maintenant. Cette vie divine est une vie de vérité et d’amour parfaits. Si donc nous arrivons à dépasser l’aspect trop rude  ou difficile des paroles de Jésus pour faire confiance au Christ, alors nous pouvons dès maintenant construire notre vie en l’unissant à cette vie divine et trouver ainsi la beauté de notre vie, sa cohérence et son espérance. Mais pour cela, il nous faut essayer de vivre en vérité ces paroles rudes qui sont pourtant la source de notre vie.

 

    Que cette eucharistie nous aide à entrer dans la confiance de l’apôtre Pierre pour notre joie.

Publié dans Homélies du dimanche

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