"Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous"

Publié le par Père Maurice Fourmond

 

25è dimanche B

Marc 9, 30-37

Homélie

 

    La seconde lecture de séjour en Saint Jacques est d’une terrible actualité quand il nous dit : « Vous êtes plein de convoitises alors vous tuez… vous n’arrivez pas à vos fins alors vous faites la guerre ». Mais ouvrons l’évangile. Une fois de plus, l‘évangile nous indique le seul chemin pour être disciple de Jésus : celui du service. La difficulté est que, si nous sommes tous d’accord pour dire que le service doit avoir une place centrale dans notre vie de chrétien, la réalité est plus complexe et la mise en pratique plus difficile. Notre humanité est bien présente, mais elle est aussi en devenir. Ce devenir est un difficile combat contre tout ce qui nous empêche d’être ce à quoi nous sommes appelés. Il y a en chacun de nous des tendances à vouloir l’emporter sur l’autre, à convoiter ce qu’il possède, à vouloir être meilleur que d’autres, à mieux faire que d’autres ce que nous avons accepté de faire, à vouloir non seulement être reconnus pour ce que nous faisons, mais en retirer une certaine gloire. Pour une part, c’est humain. Ainsi, sur certains points de notre personnalité, nous ressemblons aux apôtres « qui discutaient pour savoir qui était le plus grand ». Nous risquons de poser nous aussi la même question, quelque soit l’importance de ce que nous accomplissons dans notre vie.

 

    La réaction des apôtres de Jésus est certes très humaine mais en réalité, elle exprime la part la moins humaine de l’homme au regard du Dieu de Jésus. Jésus nous demande une profonde conversion du coeur. Saint Paul parle beaucoup dans ses lettres de ce changement radical : « Vous vous êtes débarrassés de l’homme ancien qui était en vous et de ses façons d’agir, et vous vous êtes revêtus de l’homme nouveau » Co 3, 9-10. 

 

    Toutefois, il ne s’agit pas seulement de « rendre service », même si cela est déjà beau, il faut se demander dans quel esprit nous le faisons. Être serviteur à la manière de Jésus comporte une exigence de vérité et, pour cela, de conversion personnelle.

 

    L’exigence de vérité nous amène bien sûr à reconnaître l’importance du service que nous rendons, la part de générosité, de don de soi qui l’accompagne. Mais la vérité nous oblige à reconnaître que nos actes sont souvent mélangés, comportant aussi une part, non seulement de satisfaction légitime, mais d’une certaine gloriole, ou au contraire d’un sentiment de frustration. Et c’est ainsi que Jésus nous demande cette conversion du coeur qui nous situe à notre juste place. Il s’agit de prendre la tenue de serviteur dont nous parle l’évangile, de ce serviteur qui reconnaît « qu’il n’a fait que son devoir «  Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir » lisons-nous en saint Luc (17, 10). Le don de soi dans le service ne peut être que modeste, humble, à la manière du Christ qui se désignait comme « doux et humble de cœur » Mt 11, 29.

 

    Et Jésus, assez curieusement, poursuit son enseignement en parlant de l’accueil d’un enfant. Certes, Jésus nous invite à accueillir en particulier ceux qui sont plus fragiles. Mais on peut aussi penser que Jésus entend comparer le service à l’accueil d’un enfant. Les parents considèrent le plus souvent que ce qu’ils font pour leur enfant est « normal ». C’est la réponse d’une maman qui, après avoir passé la nuit au chevet de son enfant malade, entendant quelqu’un la louer pour son dévouement, répondit : « C’est normal puisque je l’aime ». La parole de cette maman est bien en écho avec ce que dit Jésus lorsqu’il nous affirme que son « fardeau est léger ». Le service est léger lorsqu’il est fait par amour. Ainsi, à travers cette comparaison, Jésus entend nous rappeler l’esprit qui donne toute sa valeur au  service. Certes l’exemple du Christ Jésus ne nous laisse aucune illusion sur les dures conditions du service. Jésus a servi quand, par amour, il a été jusqu’à donner sa vie pour nous : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » Jn 15, 13. Mais si on aime, alors le service devient un élément essentiel pour notre vie, plus encore, un élément essentiel à notre bonheur.

 

    Certes, la vie de Jésus nous montre qu’en ayant été serviteur, Jésus ne s’est pas attiré les bonnes grâces de tout le monde. Le service de Jésus n’était pas compris par beaucoup comme servant une humanisation de l’homme. Et pourtant, nous savons que l’exemple donné par Jésus, construit une véritable humanité fraternelle et porteuse de vie éternelle.

 

    Dans cette eucharistie que nous célébrons ensemble, Jésus continue à se faire notre serviteur, le serviteur de l’humanité. Il se fait « le dernier et le serviteur de tous » allant jusqu’à se donner comme une nourriture. Mais c’est ainsi qu’il nous fait vivre et nous permet de réaliser ce pour quoi nous sommes faits. Alors oui, faisons eucharistie, rendons grâce à Dieu.

    

Publié dans Homélies du dimanche

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