« Que je vois ! »

Publié le par Père Maurice Fourmond

 

30è dimanche B

Évangile Marc 10, 46b-52

La guérison de l’aveugle Bartimée

 

Homélie

 

    La guérison de l’aveugle Bartimée nous suggère plusieurs réflexions sur notre vie de chrétiens. Commençons par nous mettre à la place de Bartimée. Bartimée est aveugle et sur bien des aspects de la vie, nous sommes comme l’aveugle Bartimée. Jésus disait de ses auditeurs : « Ils ont des yeux pour voir et ne voient pas, des oreilles pour entendre et  n’entendent pas» Mt 13, 13. Est-ce que nous savons regarder comme Dieu regarde ? Notre regard sur les gens, sur le monde est mis en cause. Comment regarder si je puis dire avec les yeux de Dieu ? Parfois nous ne voulons ni voir ni entendre car cela nous gêne et bouscule nos habitudes, notre confort.

 

    Alors, et c’est un second aspect du personnage, avons-nous le même désir que Bartimée. Il crie vers Jésus il a le désir de voir. D’ailleurs lorsque Jésus lui demande quel est son désir, il l’exprime en une courte phrase : « Que je vois ! ». Quel est notre désir profond ? Quand Jésus a crié vers son Père, il a exprimé à la fois ce qui le tourmentait mais en finale un désir de répondre pleinement à la volonté de son Père : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux » Mt 26, 39. Bien sûr, il n’est pas si simple de connaître le désir de Dieu pour y conformer le nôtre, toutefois, nous avons la personne de Jésus et son exemple pour nous donner la direction de ce que Dieu souhaite pour nous et pour le monde.

 

    Ajoutons que Bartimée va persévérer dans son désir. Alors qu’on essaie de le faire taire, l’évangile nous dit qu’il « criait de plus belle ». Nous sommes des êtres impatients et nous nous conformons bien à la logique de l’époque, « tout, tout de suite ». Or nous savons que les choses les plus importantes prennent du temps, la gestation d’un enfant dure environ neuf mois. Dans l’expression de notre désir, nous nous décourageons trop vite, estimant que Dieu n’entend pas nos cris ou semble indifférent. Jésus a souvent invité ses amis à la persévérance dans la prière comme dans cette parabole du juge qui finalement va rendre justice à cette femme qui lui cassait les oreilles : « Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager : « Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes. Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander : “Rends-moi justice contre mon adversaire.” Longtemps il refusa ; puis il se dit : “Même si je ne crains pas Dieu et ne respecte personne, comme cette veuve commence à m’ennuyer, je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer.” » Le Seigneur ajouta : « Écoutez bien ce que dit ce juge dépourvu de justice ! Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ? » Lc 18, 1-7.

 

    Cependant, il faut bien comprendre que Dieu va répondre à nos appels en nous donnant toujours ce qui nous est nécessaire pour nous construire et avancer dans la vie, ce qui n’est pas souvent ce que nous espérions.

 

    Toujours en restant dans la peau de Bartimée, notons ce qu’il fait quand on lui dit que jésus l’appelle : « L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus ». C’est curieux que l’évangéliste ait souligné le fait de jeter son manteau comme si Bertimée devait lâcher ce qui l’encombrait pour avancer vers Jésus. Nous aussi, pour répondre aux appels que Dieu ne cesse de nous adresser, il convient que nous quittions ce qui nous encombre, ralentit notre marche, nous empêche de rejoindre le Seigneur. Chacun peut s’interroger sur ce qu’il nous faut quitter. Pour le jeune homme riche de l’évangile, c’étaient ses biens trop lourds qu’il devait quitter pour suivre Jésus et nous savons qu’il n’a pas eu le courage de jeter son manteau.

 

    Notons enfin la transformation de Bartimée après la rencontre de Jésus: au début de l’évangile, il n’est que « sur le bord » du chemin ; après avoir rencontré Jésus, il est « sur » le chemin, disons sur son chemin de bonheur.

 

    Quittons le personnage de Bartimée pour entrer dans le personnage de ceux qui entourent Jésus. Deux remarques. La première consiste à prendre conscience que, consciemment ou non, nous faisons parfois obstacle à la rencontre du Christ, la plupart du temps pour de bonnes raisons : « À quoi bon déranger encore le Maître ? » disent les gens à Jaïre après la mort de sa fille (Mc 5, 35). Nous nous mettons à la place de Dieu pour choisir ceux que Dieu va entendre et soutenir. Nous nous trompons sur la profondeur de l’amour de notre Dieu et nous réagissons à la manière humaine. Or comme le dit Jésus à son ami Pierre : « Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes » Mt 16, 23.

 

    Enfin toujours dans la peau de ceux qui entourent Jésus, notons que sur la parole de Jésus, ils vont inviter l’aveugle à s’approcher de Jésus. Ils disent alors à Bartimée : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle ». Ces trois mots résument parfaitement la démarche missionnaire. Il faudrait méditer longuement sur ces trois mots dont chacun est lourd de la démarche qu’il convient de vivre pour approcher du Seigneur : la confiance, l’effort personnel pour se lever et répondre à un appel.

 

    Je vous laisse sur cette exigence pour les disciples de Jésus. Dans cette eucharistie, demandons à l’Esprit Saint de nous « éclairer » sur le chemin de notre vie comme aussi sur notre responsabilité dans la mission de Jésus que nous avons à continuer. Jésus, fais que je vois.

 

Publié dans Homélies du dimanche

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