"La venue de Jésus est pour l’aujourd’hui de notre vie"

Publié le par Père Maurice Fourmond

33ème dimanche B

Le 15 novembre 2015

 

Marc 13, 24-32

Homélie

 

    Les textes bibliques que l’Église nous propose pour les derniers jours de l’année liturgique appartiennent au genre littéraire appelé « apocalyptique ». Le mot vient du grec « apo » loin de, enlever et « kalypto », cacher, donc enlever ce qui est caché ou encore « révéler ». Ce genre littéraire est utilisé en particulier pour parler de la fin des temps. Dans l’imaginaire des contemporains de Jésus, la fin des temps ne pouvait pas se concevoir autrement que par un cataclysme universel. D’où les images terrifiantes d’un monde bouleversé comme dans le passage de Marc que nous avons entendu.

 

    Jésus comme tous ses disciples pensait que la fin des temps coïncidait avec l’avènement de l’ère messianique et qu’elle était toute proche. Il affirme en effet : « Cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive ». Saint Paul au début de son ministère pensait la même chose ; parlant de la fin des temps aux chrétiens de Thessalonique, il parle certes de ceux qui sont morts, mais aussi de nous les vivants : « Au signal donné par la voix de l’archange, et par la trompette divine, le Seigneur lui-même descendra du ciel, et ceux qui sont morts dans le Christ ressusciteront d’abord. Ensuite, nous les vivants, nous qui sommes encore là, nous serons emportés sur les nuées du ciel, en même temps qu’eux, à la rencontre du Seigneur. Ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur » 1 Th 4, 16-17.

 

    Toutefois, nous pouvons penser que la fin des temps est dans l’aujourd’hui de nos vies. Le Royaume de Dieu, ce Royaume d’amour est déjà présent aujourd’hui. L’évangile de jeudi dernier le dit explicitement : « Comme les pharisiens demandaient à Jésus quand viendrait le règne de Dieu, il prit la parole et dit : « La venue du règne de Dieu n’est pas observable. On ne dira pas : “Voilà, il est ici !” ou bien : “Il est là !” En effet, voici que le règne de Dieu est au milieu de vous » Lc 17, 20-21.

 

    Les bouleversements du monde ne sont pas seulement les signes lointains d’une fin des temps. Nous constatons tous les jours les catastrophes naturelles et les dangers d’une planète livrée à la voracité des humains ; nous constatons aussi une terrible violence qui détruit tant d’hommes et de femmes dans le monde. Dans notre foi, nous disons que la venue du Christ vivant se réalise tous les jours. Les signes de la proximité du Christ ressuscité sont humblement manifestés à travers la générosité, la solidarité, la fraternité qui tente de s’établir entre les humains et dont nous sommes en partie responsables.

 

    Si la fin de notre temps, notre mort, nous ouvre sur la plénitude d’une relation  aimante avec Dieu, nous savons que dès maintenant il nous est proposé de vivre déjà une communion réelle avec Dieu. Certes comme le dit Saint Paul : « Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu » 1 Co 13, 12. Ce face à face heureux concerne la fin de notre temps personnel, mais il nous est donné de vivre déjà une relation profonde avec le Dieu de la Vie et cette relation est déjà la réalisation du règne de Dieu. Le Père Congar, ce grand théologien avait ces deux mots pour désigner la venue du règne de Dieu : le « déjà là » et le « pas encore ». Ces deux mots disent à la fois notre responsabilité et notre espérance.

 

    Les évangiles sur la fin des temps nous ouvrent sur la contemplation de Dieu, sur la participation sans voile (c’est le sens du mot « révélation ») à la vie éternelle de Dieu. Nous sommes habités par cette promesse pleine de joie et d’espérance. Mais nous savons que dès maintenant nous pouvons déjà avoir une vraie relation avec ce Dieu d’amour à travers de multiples médiations humaines, en particulier par la médiation de Jésus de Nazareth qui a partagé nos routes humaines. Certes notre relation à Dieu est encore dans la nuit. Elle est à la fois un acte d’amour pour Dieu, un acte de louange et d’action de grâce, et en même temps une question, une interrogation car nous n’avons pas de perception directe de ce Dieu que nous appelons notre Père et notre vie. Tous les mystiques de Saint Jean de la Croix à Thérèse de Lisieux ont éprouvés douloureusement l’obscurité de la foi ; mais ils sont restés comme des veilleurs annonçant l’aurore. C’est pourquoi les textes bibliques de la fin de l’année liturgique nous invitent à la confiance.

 

    Les images apocalyptiques peuvent engendrer la peur, la peur devant la vision lointaines des catastrophes qui devraient accompagner la fin des temps mais elles nous renvoient surtout la peur aujourd’hui devant notre monde lourdement éprouvé. Lorsque l’apôtre Pierre marchant sur l’eau à l’invitation de Jésus est pris de peur devant le vent et la tempête, il crie vers son maître : « Seigneur, sauve-moi ! », Jésus le saisit par la main et le ramène dans la barque après lui avoir dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Mt 14, 31. Ne condamnons pas Pierre, il est normal d’avoir peur lorsque des événements tragiques viennent bouleverser nos vies. Cependant, gardons la certitude que le Christ Jésus va saisir notre main et nous ramener dans la barque de l’espérance.

 

    Ainsi la venue de Jésus est pour l’aujourd’hui de notre vie et nous savons que quoiqu’il arrive, Jésus nous tient par la main, il nous remplit de son espérance. La parabole du figuier qui clôt l’évangile de ce jour est chargée de cette espérance. En effet, elle nous parle des branches qui deviennent tendre et d’où sortent les feuilles. Tous les petits signes de l’amour de Dieu nous accompagnant dans le bonheur comme dans la détresse, nous parlent de cette espérance d’un amour qui fait vivre.

 

    L’Eucharistie que nous célébrons ce soir est déjà un signe d’une venue du Christ Vivant ouvrant à chacun les portes de la vie, de sa vie.

Publié dans Homélies du dimanche

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