"Soyons des artisans de paix, des bâtisseurs d’amour"

Publié le par Père Maurice Fourmond

11 Novembre 2015

Homélie

 

    En ce jour où nous célébrons la fin d’une guerre atroce qui a fait 9 millions de morts, comment ne pas s’interroger, comme disciples de Jésus, sur l’urgence de trouver des moyens pour régler les conflits inévitables et construire une paix durable. Le seul chemin qui ouvre un chemin de paix et celui de la conversion. Il s’agit, individuellement et collectivement de se convertir, c’est-à-dire changer notre regard, nos habitudes, notre manière de nous comporter car nous avons des réflexes de peur de l’autre, de défense de nos intérêts personnels, de désir de prendre ce qui nous fait envie même par la force. Cette conversion doit commencer très tôt tant nous sommes construits au départ de la vie sur des habitudes de prédateurs, de conquête par la violence, d’utilisation de la force. J’ai souvenir d’une réunion de catéchisme avec des enfants de CM2. La télévision avait parlé la veille des désastres occasionnés par la guerre et combien les populations souffraient particulièrement les plus petits. Les enfants discutaient sur l’aspect inadmissible de ce qui était arrivé. J’ai arrêté leur discussion et je leur ai dit : savez-vous que nous êtes pour une part responsables ce qui arrive, complices de ces violences chaque fois que vous vous laissez aller à la colère, que vous vous battez pour des bricoles. Les enfants étaient tout étonnés, ils n’avaient pas réalisé que leur propre comportement annonçait, s’apparentait, préparait la violence qu’ils dénonçaient ; ils n’avaient pas réalisé que, par leur comportement, ils étaient déjà complices de ces violences.

 

    Lorsque nous contemplons la vie de Jésus, nous voyons qu’il enseigne et qu’il pratique ce changement radical de nos comportements, seul chemin vers la paix. Ce changement s’appelle : aimer ses ennemis, pardonner à celui qui nous a meurtris, ne pas répondre à celui qui nous frappe, donner à celui qui nous demande… Quelle exigence, mais c’est le vrai chemin de la paix. Certes, Jésus ne dit pas qu’il faut tout accepter, surtout lorsqu’il s’agit des autres, il convient de défendre les plus faibles, il convient de respecter la justice, mais Jésus nous rappelle que la violence ne peut qu’engendrer la violence et produire le malheur des hommes.

 

    La vie de Jésus nous montre que le don de soi ouvre sur une véritable fraternité humaine. Il est l’expression la plus pure de l’amour. L’évangile d’aujourd’hui nous montre la guérison de dix lépreux. La violence n’est-elle pas la lèpre la plus mortelle. Et Jésus en guérissant les dix lépreux ouvrait la porte à la réinsertion dans la vie sociale, à la solidarité de l’amour et à la reconnaissance. En effet, une vie commune ne comporte-t-elle pas la solidarité, le don généreux de soi-même et la reconnaissance de tout ce que l’autre m’apporte.

 

    Mais l’exemple de Jésus nous invite à aller plus loin. Il nous dit les raisons profondes d’un comportement à la fois pleinement humain et chrétien. La raison fondamentale est cette fraternité universelle que Jésus nous a révélée. Une des raisons majeure qui nous pousse à construire la paix est le lien qui unit tous les êtres humains. En effet, nous sommes tous créés à la ressemblance de Dieu comme le dit le livre de la Genèse. Nous avons tous un Père dont l’amour gratuit anime tous les hommes, ses enfants bien aimés.

 

    Lorsque je regarde l’autre quel qu’il soit, ma foi en Jésus me dit qu’il est comme un frère, aimé de Dieu. Bien sûr il ne faut pas être naïfs et penser comme on dit que tout le monde est beau et gentil. Toutefois le Christ Jésus nous demande d’avoir un regard bienveillant sur l’autre, un regard qui ne soupçonne pas à priori la méchanceté ou la mauvaise foi même si celles-ci peuvent exister et fausser la relation. 

 

    Construire la paix demande que l’on prenne le risque de la confiance comme Dieu lui-même prend le risque de nous faire confiance alors que nous avons des pulsions obscures qui font obstacles à la paix. 

 

    En partageant son manteau de soldat au mendiant sur la route, Saint Martin ne construisait-il pas la paix ; son geste de solidarité n’était-il pas un pas essentiel pour bâtir la fraternité entre les hommes. Par ce geste, Martin a montré la vérité de son attachement au Dieu de Jésus Christ.

 

    Que par cette eucharistie l’Esprit Saint, l’Esprit de Jésus nous transforme en sorte que comme nous le chantons souvent : nous soyons des artisans de paix, des bâtisseurs d’amour.

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