« Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre"

Publié le par Père Maurice Fourmond

3è dimanche ordinaire C

Le 24 Janvier 2016

Évangile: Luc 1, 1-4 et 4, 14-21

Homélie

Nous venons d’entendre la parole de Jésus après la lecture du prophète Isaïe : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre ». Le Christ adresse cette parole à chacun de nous ce soir. Nous pouvons l’entendre selon deux interprétations. La première, telle que Luc l’a certainement comprise dit que cette parole de Jésus s’applique à lui-même. Elle nous dit que ce Jésus auquel nous croyons est vraiment habité par l’Esprit de Dieu pour accomplir sa mission de libération pour toute l’humanité. Cette parole nous invite donc à nous tourner vers ce Seigneur afin qu’il réalise en nous, qu’il opère en nous cette libération pour laquelle il est envoyé. Chacun de nous a en effet besoin d’être libéré car, nous en avons bien conscience, nous nous heurtons à bien des obstacles qui nous empêchent d’être libres pour réaliser notre véritable destinée. Pourtant saint Paul l’affirme avec force : « C’est à la liberté que vous avez été appelés »Ga 5, 13. Avoir un esprit et un coeur libres demande un véritable travail ; c’est le travail en nous de notre humanisation sans cesse à poursuivre. Le Christ peut nous aider à construire peu à peu avec confiance et espérance notre propre libération, notre propre humanité. Ce chemin de libération est justement balisée par l’exemple de ce même Jésus, par sa vie, par son enseignement, par sa mort et sa résurrection.

 

C’est aujourd’hui que le Christ nous demande cet effort personnel ; il ne peut être reporté à demain, il doit être entrepris aujourd’hui. Il est un mot grec qui dit le sens de cet « aujourd’hui » dans la bouche de Jésus, c’est le mot « kairos ». Les Grecs de l’Antiquité concevaient plusieurs types de temps ; il y a le « chronos » qui est le temps que nous mesurons et qui définit la chronologie ; et il y a le kairos qui est le temps de l'occasion opportune, c’est le moment opportun : avant est trop tôt, et après trop tard. Aujourd’hui nous dit Jésus est le moment favorable pour construire notre humanité sous le regard de Dieu, c’est le temps à saisir si nous voulons avancer sur notre route comme le dit saint Paul : Dieu « dit dans l’Écriture : Au moment favorable je t’ai exaucé, au jour du salut je t’ai secouru. Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut » 2 Co 6, 2. Alors ne manquons pas ce moment favorable pour grandir dans et amour dont Dieu est la source.

 

Mais la parole de Jésus dans la synagogue de Nazareth peut s’entendre d’une autre manière, non plus dans notre effort de libération personnelle, mais comme participation à la mission de Jésus lui-même. La parole de l’Écriture entendue dans la synagogue de Nazareth s’applique bien sûr en premier lieu à Jésus, mais elle s’applique aussi à chacun de nous, avec et en Jésus notre frère. Nous aussi, avec et en Jésus de Nazareth, nous avons reçu l’Esprit du Seigneur, avec et en Jésus, nous sommes envoyés « porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés ». C’était la mission de Jésus telle qu’annoncée par le prophète Isaïe, c’est aussi notre mission. Aujourd’hui, cette parole veut doit s’accomplir par chacun de nous, à travers chacune de nos vies.

 

N’est-ce pas le sens de toute eucharistie. Nous chantons souvent ce beau chant dont les paroles sont inspirées de saint Augustin : « Devenez ce que vous recevez, vous êtes le corps du Christ ». Nous avons à devenir ce que Jésus a vécu tout au long de sa vie. Nous partageons la même mission que celle de Jésus. Lorsqu’à la fin de la Messe nous sommes « envoyés », « allez dans la paix du Christ », cet envoi n’est autre que l’exigence de poursuivre la mission même de Jésus et donc d’essayer chacun selon ses possibilités, son charisme, sa vocation de réaliser autour de nous cette libération, cette construction d’une humanité selon le désir de Dieu.

Alors, rendons grâce à Dieu pour l’oeuvre de Jésus de Nazareth montrant à tous les hommes le chemin de la vraie liberté et demandons-lui la grâce de continuer l’oeuvre de son Fils bien aimé.

Publié dans Homélies du dimanche

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