"Nul n'est prophète en son pays"

Publié le par Père Maurice Fourmond

4è dimanche C

Évangile : Luc 4, 21-30

 

Homélie

 

Jésus a commenté d’une phrase le texte d’Isaïe proclamé dans la synagogue de Nazareth, affirmant que la prophétie d’Isaïe s’accomplissait aujourd’hui. Ses auditeurs restent septiques, plus encore ils mettent en cause l’autorité de Jésus : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? », c’est un enfant du pays et s’il veut qu’on le croie, il doit réaliser les prodiges accomplis à Capharnaüm : « fais donc de même ici dans ton lieu d’origine!».

Nous nous reconnaissons bien dans la réaction des habitants de Nazareth ; le septicisme, l’incrédulité, voire le refus sont les réactions de beaucoup de nos contemporains et parfois même les nôtres. Nous faisons souvent l’expérience que notre parole est peu reçue chez ceux qui nous sont les plus proches. Pourquoi ces réticences alors que ce qui est annoncé par les chrétiens est une bonne nouvelle ? Comment se fait-il qu’une bonne nouvelle soit si mal accueillie ?

On peut en donner plusieurs raisons. Le tempérament français est marqué par l’influence de Descartes ; notre esprit cartésien n’accepte que le fruit d’un raisonnement rigoureux. Peut-être aussi que nous sommes pragmatistes, nous avons besoin de toucher du doigt cette fameuse bonne nouvelle qu’on nous annonce. Il y a aussi cette méfiance congénitale qui fait que nous sommes très réservés devant tout ce qui nous est proposé même si cela nous est présenté comme un bonheur. Enfin on peut sans doute s’interroger comme chrétiens sur la crédibilité de notre parole : est-ce bien une bonne nouvelle, un bonheur que nous annonçons ou hélas en premier lieu des contraintes, des culpabilités, des peurs devant la parole de Dieu. Ainsi l’évangile de ce dimanche nous invite à nous interroger sur la Bonne Nouvelle que nous annonçons, sur la façon dont nous la présentons, sur les chemins pour y accéder et l’accueillir. Gilles Routhier théologien canadien, parlant de l’accueil du Concile Vatican II par les jeunes générations écrivait : « Le trait commun à cette génération me semble être de ne pas avoir reçu la foi et l’appartenance à l’Église, du monde dans lequel ils ont été plongés et de la culture dans laquelle ils ont été immergés depuis leur enfance et d’éprouver un malaise dans ce monde qui leur est donné en héritage. Aussi le monde qu’ils habitent et la vie ne leur apparaissent pas d’emblée comme aimables » (p. 38).

Or ce que le Christ Jésus annonce, c’est que Dieu ne veut que le bonheur de ces enfants que nous sommes pour lui. Jésus Christ annonce un Dieu de tendresse qui ne juge ni ne condamne, tout au contraire qui nous montre le seul chemin qui procure de la joie et de la paix. Ce chemin est développé par Paul dans la seconde lecture en rappelant que seul un amour véritable peut apporter le bonheur et la paix.

Cette présentation d’un Dieu désirant notre bonheur se fonde sur toute la vie de Jésus. Si Jésus a eu une fin tragique, ce n’était nullement le désir de Dieu, mais le fruit amer des hommes qui, précisément ne suivaient pas le chemin du bonheur souhaité par Dieu. Certes nos vies sont traversées par des épreuves qui ne viennent pas de la bêtise ou de la méchanceté des hommes ; cette souffrance n’a pas d’explication, nous ne pouvons que nous appuyer sur le Dieu de Jésus qui porte nos épreuves parce qu’il en a fait l’expérience en son Fils Jésus.

Le témoignage des saints, et nous en connaissons certainement beaucoup autour de nous, nous dit la paix intérieure, le sens profond de la vie, l’espérance forte qui les animent et qui peuvent nous pousser nous-mêmes et ceux que nous rencontrons à entrer sur ce chemin, en tous cas à en faire l’expérience.

Aussi devant le septicisme, le doute ou le refus à l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus le Christ, de la part de telle ou telle personne rencontrée, la meilleure attitude serait d’inviter ces personnes à faire l’expérience du chemin que Jésus Christ propose afin d’éprouver elles-mêmes la force du sens qui est donné ainsi à la vie, ainsi que la paix intérieure qui en découle. N’est-ce pas d’ailleurs ce qu’ont expérimenté les disciples de ce Jésus en partageant pendant de longs mois la vie quotidienne de leur maître. Il ne s’agit donc pas seulement d’accueillir l’idée d’une bonne nouvelle même en en comprenant toute la richesse, mais il convient de faire l’expérience du fruit que sa pratique apporte. Il ne s’agit pas d’éprouver une émotion heureuse encore que cela puisse se réaliser, mais plus fondamentalement de faire l’expérience du sens et de la paix qu’apporte le chemin, la voie inaugurée par le Seigneur Jésus.

Dans cette eucharistie que nous célébrons ce soir, accueillons la parole de Jésus comme une vraie bonne nouvelle pour nous et pour ce monde que Dieu aime.

Publié dans Homélies du dimanche

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