"Je m’en vais et je viens à vous" Ascension du Seigneur

Publié le par Père Maurice Fourmond

 

Ascension 2016

Homélie

 

    Cette fête de l’Ascension nous invite à entrer dans le mystère, dans ce paradoxe : Jésus le Seigneur est à la fois présent et absent. N’est-ce pas d’ailleurs la parole même de Jésus, rapporté dans l’évangile selon Saint Jean la veille de son arrestation : «  Que votre coeur cesse de se troubler et de craindre. Vous l’avez entendu, je vous ai dit : Je m’en vais et je viens à vous » Jn 14, 27-28. Jésus affirme à la fois son départ et sa venue. Il avait annoncé son départ comme dans cette parole : « Je m’en vais maintenant auprès de Celui qui m’a envoyé, et aucun de vous ne me demande : “Où vas-tu ?” Mais, parce que je vous dis cela, la tristesse remplit votre cœur. Pourtant, je vous dis la vérité : il vaut mieux pour vous que je m’en aille, car, si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai » Jn 16, 5-7. Mais en même temps, Jésus affirme qu’il ne nous quitte pas comme dans la finale de l’évangile de Matthieu : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » Mt 28, 20.

 

    Dans notre foi, il faut accepter cette absence qui fait que notre relation au Christ vivant échappe à toute manifestation sensible. Nous ne pouvons ni le voir, ni le toucher, ni l’entendre. Mais notre relation peut être profonde et vraie à travers les médiations de sa présence réelle en nous et dans le monde.

 

    Le début des Actes des Apôtres nous montre ceux-ci contemplant le Christ les quittant et l’invitation de ces deux hommes vêtus de blanc : « Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel ». Est-ce à dire que Jésus reviendra dans une visibilité humaine ou plutôt qu’il est présent dans le monde d’une autre manière. Mais laquelle ?

 

    Plusieurs chemins nous sont proposés. Le premier est la présence en nous de son Esprit, cet Esprit qu’il avait promis avant de quitter ses amis : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur » Jn 15, 26.  Et, après sa résurrection au cours de sa manifestation dans la maison où ils s’étaient réunis : « Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. ». Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint » Jn 20, 21. Ainsi, Jésus est présent par cet Esprit qui anime notre vie afin de mener en nous le combat de la vérité et autour de nous d’annoncer la parole sans crainte ; en Matthieu Jésus dit à ses disciples : « Quand on vous livrera, ne vous inquiétez pas de savoir ce que vous direz ni comment vous le direz : ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure-là. Car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous » Mt 10, 19-20. Voilà une première façon de rejoindre le Christ Vivant.

 

    Il en est une seconde, c’est le sacrement du frère. Dans ce fameux chapitre 25 en Saint Matthieu, Jésus dit que ce que nous faisons pour nos frères, les plus petits, c’est à lui que nous le faisons. Nous pouvons ainsi rejoindre le Christ vivant dans le pauvre, l’exclu, le délaissé, dans celui qui a besoin d’être reconnu et aidé. C’est ainsi d’ailleurs que beaucoup rencontrent le Christ sans le savoir lorsque l’amour vrai les animent dans le souci des autres.

 

    Un troisième chemin se trouve dans les sacrements de l’Église et particulièrement le sacrement de l’eucharistie. Les textes officiels de l’Église nous disent que le Christ vivant est réellement présent dans l’assemblée, dans la Parole proclamée, dans le ministre qui préside la célébration et, de façon « éminente », dans le pain et le vin consacrés selon la parole de Jésus lors de son dernier repas. C’est pourquoi, en mangeant ce pain, c’est la présence du Christ qui nous est donnée, c’est toute la force de sa vie qui nous est offerte afin que nous vivions de sa vie.

 

    Enfin il y a bien sûr le chemin de la prière. Certes, chacun a sa sensibilité et sa manière de s’adresser à Dieu. La prière liturgique s’adresse au Père par Jésus et dans l’Esprit. Mais bien sûr, chacun peut s’adresser au Christ Jésus qu’il nous est plus facile de représenter à travers ce que nus en ont dit les évangélistes. Toutefois notre prière reste une prière dans l’Esprit Saint c’est-à-dire qui passe par la présence mystérieuse de l’Esprit en nous pour rejoindre Dieu comme un fils, une fille bien aimé du Père dans le Fils qu’est Jésus ressuscité.

 

    Ainsi, cette fête de l’Ascension nous invite à vivre une réalité créatrice, dans la présence spirituelle du vivant au milieu de nous. Elle nous invite également à nous tenir dans l’attente et dans l’espérance qu’un jour, notre jour, nous pourrons rencontrer Jésus le Seigneur, non plus à travers des médiations humaines si belles et profondes soient-elles, mais dans ce face à face  source d’un bonheur éternel.

Publié dans Homélies du dimanche

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