« Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi »

Publié le par Père Maurice Fourmond

10è dimanche

Luc 7, 11-17    La veuve de Naïm

 

Homélie

 

    Le récit évangélique que nous venons d’entendre est admirablement composé. Luc décrit deux groupes qui se croisent, l’un avec Jésus se dirigeant vers la ville de Naïm et l’autre quittant la ville en portant un jeune homme mort. L’un est signe de la mort et l’autre de la vie. Les deux groupes n’ont, à première vue, rien de commun. Mais voilà que quelque chose se passe qui va franchir la distance entre ces deux groupes et c’est l’élan du coeur de Jésus, sa compassion pour la femme qui pleure son enfant mort.

 

    Croisant le cortège funèbre, Jésus voit les pleurs de cette mère ; il apprends que cette femme a déjà perd son mari et elle vient de perdre son fils unique. Jésus ressent la douleur de cette femme ; c’est cela la compassion, pâtir, souffrir avec. Ou encore, mais c’est la même réalité, Jésus sent ses entrailles se nouer devant la peine de cette femme, cela s’appelle la miséricorde. Avant d’être un pardon, la miséricorde est le mouvement du coeur qui est touché par autrui, par la souffrance des autres.

 

    Jésus et ses compagnons auraient pu poursuivre leur chemin, comme le prêtre et le lévite dans la parabole du bon samaritain devant le blessé sur le chemin : « Il le vit et passa de l’autre côté » Lc 10, 31-32. Mais Jésus, comme le bon samaritain va s’approcher, nous lisons dans la parabole de Luc : « il le vit et fut saisi de compassion. Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui » v. 33-34. Comme le bon samaritain Jésus s’approche de la femme et lui dit « Ne pleure pas ». Jésus s’approche et touche le cercueil. Nous savons que la main est créatrice, la main sauve comme lorsque l’apôtre Pierre voulant rejoindre Jésus sur l’eau, prend peur et sombre ; il crie vers Jésus et Jésus lui saisit la main.

 

    Dans notre évangile, aucune demande n’est faite à Jésus, ni la femme en pleurs, ni ceux qui l’accompagnent. C’est la souffrance de la femme qui touche Jésus. Alors les porteurs du cercueil s’arrêtent et Jésus a une parole de résurrection : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi ». À cette parole, le jeune homme se redresse et parle.

 

    Nous pouvons penser que nous sommes parfois dans la situation de la veuve de Naïm : nous sommes accablés par l’épreuve, nous sommes remplis de tristesse, nous sommes dans la souffrance et peut-être nous n’avons même pas la force de demander de l’aide ni même de prier. Et pourtant, Dieu croise notre chemin et le coeur de Dieu est touché par notre souffrance comme Jésus a croisé le chemin de la veuve de Naïm et a été touché par la souffrance de cette femme. Ou encore nous sommes comme le jeune homme mort car nous pouvons être morts de bien des façons qui ne sont pas physiques ; ce peut être la dépression, la honte, le désespoir, le sentiment que la vie n’a plus de sens, que l’avenir est bouché, qu’il n’y a pas de solution.

 

    Croyons que le Christ s’approche de nous et il « touche » le cercueil où nous sommes enfermés. Nous pouvons alors entendre sa parole de résurrection : « lève-toi ! ». Forts de cette parole qui traverse notre vie, forts de cette parole qui contient toute la puissance d’amour de Dieu, nous pouvons, comme le jeune homme de l’évangile, nous redresser et retrouver une parole de confiance.

 

    Rien ne nous est dit de l’attitude de la femme qui retrouve son enfant vivant, ni de ce qu’à fait le jeune homme. L’évangile nous dit « il se mit à parler ». On ne sait pas ce qu’il a dit, peut-être un merci à celui qui l’avait relevé de la mort ou une parole d’amour pour sa mère ou les deux. Ce qui est important c’est le témoignage que ce jeune homme rendait, même sans le vouloir, à Jésus de sorte que tous ceux qui l’entourent sont dans l’action de grâce, l’évangile dit que « tous rendaient gloire à Dieu ». Pour nous, nous redresser dans la vie à cause de la parole transformante de Jésus est un beau témoignage que nous pouvons rendre à la puissance de Dieu. C’est le beau témoignage que donnent les catéchumènes : la transformation de leur vie renvoie à un Dieu dont l’amour est capable de redresser les coeurs abattus comme il est écrit dans le prophète Isaïe : « Il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le coeur brisé » Is 61, 1 et Lc 4, 18.

 

    Alors comme tous ceux qui étaient avec Jésus devant la ville de Naïm, rendons grâces à Dieu, faisons eucharistie ce soir dans cette certitude que Dieu ne cesse d’accomplir pour nous ce qu’il a fait par Jésus à la veuve et à son enfant mort. Dans cette eucharistie, Nous recevons la vie ressuscité de Jésus qui nous met debout et ouvre nos lèvres pour témoigner de la puissance de son amour.

Publié dans Homélies du dimanche

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