"La Joie" Session Abondance 2016 topo 5

Publié le par Père Maurice Fourmond

Abondance 2016

 

5ème rencontre : vendredi matin 15 juillet

 

    Nous voudrions réfléchir sur ce que la joie produit en nous, ce qu’elle transforme, sur les fruits de cette joie profonde.

    Nous pourrions réfléchir à partir de ces questions :

1- Vous avez certainement des moments où vous avez ressenti une véritable joie. Qu’est-ce que cela a produit en vous  : sur le moment, dans la durée ?

2- Vous avez certainement rencontré des gens joyeux. Leur joie n’était-elle pas communicative ? 

 

    Dans notre dernière matinée nous voudrions reconnaître et partager les fruits de notre joie.

 

1- Ce qui apparait spontanément    

    Le premier fruit de la joie est sans doute l’accueil de la vie. Il ne s’agit pas d’idéaliser le monde, mais de voir que la vie nous est donnée pour que nous travaillions avec d’autres à la construction d’un monde plus juste, plus fraternel et donc plus heureux. Or la joie, par la légèreté qu’elle procure, favorise ce regard sur la vie. Ce n’est pas seulement ni d’abord un regard optimiste, mais une conviction intime d’un possible soleil au creux de l’existence humaine. Nous croyons à l’interdépendance entre l’ensemble des habitants de notre planète. Nous connaissons cette expression « une âme qui s’élève élève le monde ». La joie nous permet d’entrer dans cette certitude ; consentir à la vie est le fruit de notre joie intérieure. Consentir à la vie c’est cette conviction que vivre est un cadeau précieux qu’il convient de faire fructifier comme une plante semée dans le jardin du monde. Consentir à la vie fait grandir notre humanité. J’ai connu une personne qui chaque matin en s’éveillant disait : “Merci Seigneur car je suis encore en vie ce matin”. Il nous faut prendre conscience de ce cadeau, même si des épreuves traversent notre existence ; vivre a quelque chose de merveilleux qui n’a pas fini de nous étonner.

 

    Un autre fruit de la joie est qu’elle tend à se répandre. La joie, comme l’amour ou au plan matériel comme le feu, se communique de l’un à l’autre. On parle de « semeur de joie ». La joie est comme le grain que le paysan répand dans son champ ; l’évangile nous dit : « Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi » Mc 4, 26-28. Il en est de même de la joie, « d’elle-même » la joie pénètre le coeur de ceux qui en sont les témoins et elle grandit indépendamment de la volonté de la personne qui en est la cause. Ainsi, sans même le savoir, notre joie va entrer dans le coeur de ceux que nous rencontrons et fleurir pour eux en un peu de joie. Si la tristesse et la peur se communiquent également, la joie a en elle une force supérieure encore. Elle est comme la vie ; on connaît l’expression « tant qu’il y a de la vie , il y a de l’espoir » ; la vie est forte, elle est capable de lutter jusqu’au bout. Je pense que la joie a la même puissance, elle va s’étendre comme la graine dans un autre évangile : « À quoi le règne de Dieu est-il comparable, à quoi vais-je le comparer ? Il est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a prise et jetée dans son jardin. Elle a poussé, elle est devenue un arbre, et les oiseaux du ciel ont fait leur nid dans ses branches » Lc 13, 18-19. N’en est-il pas de la joie comme du règne de Dieu : dans la joie se retrouvent tous ceux qui cherchent un repère, un appui solide comme les oiseaux dans les branches de l’arbre.

 

    Un autre fruit de la joie est sa capacité à rassembler. La joie permet l’ouverture sur autrui. Nous l’avons déjà souligné, la tristesse, la morosité, la mélancolie enferment. La joie au contraire est ouverture sur le monde, sur les gens. Nous en avons déjà parlé à propos de la fête, mais plus profondément, la joie crée un climat tel qu’il appelle à la rencontre, à l’accueil ; elle rend disponible et favorise la capacité à se comprendre, à s’accepter différends. Rappelons-nous les paraboles de la miséricorde en Luc, la joie du bon berger se communique à toutes les brebis et cette joie crée l’unité entre tous ; nous avions dit que la joie n’est parfaite que lorsque les cent brebis sont réunis au bercail. De même c’est dans la joie de savoir Jésus vivant que ses disciples se rassemblent dans la maison, en attente de l’Esprit Saint. Bien sûr, si la joie n’habite pas le coeur, se retrouver, se réunir est difficile comme ce fut le cas pour le frère du fils prodigue dans la parabole. Certes on peut se réunir sans faire intervenir la joie, comme c’est le cas dans les réunions d’affaire, mais ces rassemblement sont superficiels et ne construisent pas une fraternité  qui seule fait grandir l’humanité.

 

    Un autre fruit de la joie est sa capacité à réconcilier. En effet si la joie ne résout pas tous les conflits ou les malentendus, toutefois elle crée une disposition intérieure qui facilite l’entente entre les personnes. Vous vous souvenez peut-être d’une publicité pour je ne sais plus quelle marque de voiture : après avoir pris contact avec cette voiture, la personne, le jour suivant, est dans un tel état de jubilation qu’elle va embrasser même les gens qui lui sont inconnus ou tendre la main à un adversaire. La joie crée en nous comme une attitude de bienveillance, comme un a priori favorable, lequel va permettre d’écouter l’autre, d’accueillir ses arguments ; la joie intérieure facilite les remises en question personnelle car elle entrouvre un ciel plus serein. On a le sentiment que la joie fait tomber des obstacles psychologiques qui empêchaient de changer le regard et permet de se situer avec plus d’objectivité dans les situations complexes.

    

2- La joie me transforme.

    Mais peut-être qu’un des fruits les plus importants de la joie est de nous transformer nous-mêmes. La joie me transforme car elle permet de me situer avec justesse, de mettre en moi chaque chose à sa place. Comment ne pas reprendre ces deux récits de l’évangile où nous voyons la joie transformer la vie de celui qui l’accueille. La joie, fruit de la vérité accueillie, est un facteur positif qui permet un changement dans la vie, changement parfois radical, car la joie au sens propre « bouleverse ». Prenons deux exemples caractéristiques dans l’évangile. Le premier est la transformation de Zachée (Luc 19). Zachée est rempli de joie grâce au regard de Jésus qui ne le juge pas mais au contraire s’invite à sa table au grand scandale des pharisiens : « Vite Zachée descendit et l’accueillit tout joyeux ». Or cette joie bouleverse Zachée. Elle lui permet d’avoir un autre regard sur lui-même, un regard de vérité. Mais ce regard de vérité, fruit de sa joie, n’est nullement un retour triste sur sa situation, mais un élan , une dynamique telle qu’elle va lui permettre de changer radicalement sa conduite et d’un collecteur d’impôts malhonnête, il devient un bienfaiteur de l’humanité : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus » Lc 19,.8. Et Jésus d’ajouter en qualifiant ce qui vient de se passer : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »(v. 9-10). Nous pourrions développer le mot de Jésus en disant que le salut qui a touché le coeur de Zachée est un fruit de la joie. Disons même que le salut tel qu’exprimé par Jésus est à la fois un fruit d’une joie reçue et multiplie la joie au centuple. N’est-ce pas le sens de la parole de Jésus cité plusieurs fois :  « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite » Jn 15, 11. La joie me transforme et en me transformant fait grandir ma joie.

    Nous pourrions dire la même chose à propos de la Samaritaine en Jean 4. Sa rencontre avec le Christ, comme pour Zachée, lui apporte ce qu’elle n’avait pas encore trouvé : cette joie intérieure qui vient d’une vérité qui ne condamne pas, mais qui éclaire et transforme. La joie de la Samaritaine est seulement suggérée par l’abandon de sa cruche. Elle est tellement bouleversée par l’attitude de Jésus qu’elle en oublie de reprendre sa cruche pour courir vers son village. Cette course pour annoncer une bonne nouvelle n’est-elle pas le signe de sa joie, le signe de sa transformation intérieure et le signe d’une réconciliation avec elle-même et avec la vie.

 

3- La joie est créatrice

    Dans notre seconde rencontre, j’avais parlé de la joie de Dieu, de cette jubilation de Dieu qui s’exprime en particulier par la création jugée « très bonne ». La joie nous permet d’aller plus loin dans la construction de notre vie comme aussi dans la construction de l’humanité. Elle produit un élan créateur qui s’apparente à l’élan créateur de Dieu.

    Cet élan nous permet de dépasser nos craintes, et nous donne l’audace d’avancer. La joie nous donne l’audace de risquer ; si elle ne supprime pas les obstacles et ne les réduit pas non plus, elle donne la force de les affronter je dirais « paisiblement » et donc de surmonter les déceptions qui ne manquent jamais afin d’avancer sur le chemin. Rappelons-nous ce qui a été dit à propos des disciples d’Emmaüs. Leur joie non seulement les a transformés, mais a créé en eux une dynamique qu’ils ont partagés avec les autres disciples et qui leur a donné l’audace d’annoncer la bonne nouvelle de la vie malgré les obstacles qu’ils purent rencontrer. Ce qui est dit des disciples d’Emmaüs peut être dit des apôtres et de tous ceux qui suivent le Christ. La joie de savoir que leur maître est vivant, joie qui est confirmée par le don de l’Esprit à la Pentecôte, leur donne l’audace de dire en quoi cette certitude intérieure non seulement les transforme, mais leur donne l’intelligence et la force de construire ce groupe de croyants qui va sillonner le monde de cette bonne nouvelle.

    La joie empêche l’amertume qui freine l’action. Parce qu’elle est jubilation intérieure, elle est capable d’invention, d’inventer la vie sans pour autant s’éloigner du réel. La tristesse entretenue est inféconde. La joie au contraire est féconde. N’est-ce pas dans la joie que des couples s’unissent et créent la vie.

 

4- Les fruits de l’Esprit

    Curieusement, la joie n’est pas indiquée comme étant un des fruits de l’Esprit Saint. Saint Paul avait déjà énuméré les dons de l’Esprit dans sa première lettre aux Corinthiens : « À celui-ci est donnée, par l’Esprit, une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; un autre reçoit, dans le même Esprit, un don de foi ; un autre encore, dans l’unique Esprit, des dons de guérison ; à un autre est donné d’opérer des miracles, à un autre de prophétiser, à un autre de discerner les inspirations ; à l’un, de parler diverses langues mystérieuses ; à l’autre, de les interpréter » 1 Co 12, 8-10. L’Église a repris cette conviction que l’Esprit Saint nous comble de ses dons et le chiffre sept a été retenu au Concile de Trente au 16è siècle. Ce sont : 1 le don de Sagesse ; 2 d’Intelligence ; 3 de Conseil ; 4 de Force ; 5 de Science ; 6 de Piété ; 7 de Crainte de Dieu. La joie ne figure pas dans les dons du Saint Esprit, peut en donner une explication ? Disons que la joie n’est pas absente des dons indiqués car ils sont à la fois des conditions et des fruits de la joie.

    Des conditions parce que chacun des dons de l’Esprit dispose le coeur et l’intelligence à accueillir la joie. Les dons de l’Esprit Saint ont comme objet de nous rendre disponibles à une présence, celle d’un amour divin, un amour qui nous fait participer à la joie de Dieu. De plus, ces dons sont aussi des fruits de la joie car la joie nous ouvre sur l’immensité de la vie et crée en nous un désir de sagesse, d’intelligence ou de force, bref les dons de l’Esprit Saint viennent s’adosser à notre joie afin de faire grandir en nous la vie.

    

5- L’espérance chrétienne.

    Un fruit majeur de la joie reçue est de nous situer dans l’espérance. Il y a un lien étroit entre l’espérance et la joie. Comme pour bien des réalités humaines et divines, les deux se répondent l’une l’autre. L’espérance engendre la joie et la joie conduit à l’espérance.

    Commençons par distinguer entre l’espoir et l’espérance. L’espoir est une hypothèse : j’espère qu’il fera beau dimanche, mais je n’en suis pas sûr ; nous restons dans le domaine des hypothèses ou des probabilités. Par contre l’espérance est de l’ordre d’une certitude fondée non pas sur des probabilités ou des hypothèses, mais sur une confiance totale qui exclue l’incertitude et bannie la peur. Pour le chrétien, l’espérance est une confiance absolue en un Dieu qui aime infiniment et, en raison de cet amour, n’abandonnera jamais ceux qu’il aime. Saint Paul l’affirmait dans sa lettre aux Romains : «  L’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » Rm 5, 5. 

    C’est ainsi qu’appuyés sur cette espérance, le croyant ne peut plus avoir peur ou du moins il a en lui la capacité de la surmonter soutenu par cette présence efficace de ce Dieu qui l’aime. Nous savons que l’obstacle principal à la joie est justement la peur. C’est la peur qui enferme et empêche la jubilation de se déployer. Mais, si nous sommes ancré dans la présence aimante de Dieu, alors il nous est possible de surmonter la peur et de laisser la joie nous envahir.

    Inversement, la joie ouvre notre vie sur l’espérance. Il ne s’agit pas de dire que la joie serait naïve, présentant un avenir rose que l’on appellerait l’espérance. Il s’agit de tout autre chose. La joie engendre l’espérance car elle est une position de confiance dans la vie. La joie engendre la confiance et la confiance est un élément essentiel pour avancer dans la vie. Nous en faisons tous l’expérience.

    Ainsi nous voyons les liens fondamentaux entre la joie, la confiance et l’espérance. Elles sont les trois piliers sur lesquels une vie vraie et dynamique peut prendre appui.

    Les Évangiles ne sont-ils pas pétris de ces trois facteurs de vie ; ils conduisent à la résurrection. C’est bien ce que nous ont montré ces évangiles après la mort du Christ Jésus. Dans tous les textes, nous retrouvons ces trois éléments : la joie, la confiance et l’espérance. Ce sont eux qui soutiennent aujourd’hui encore la dynamisme vital de l’humanité. C’est la dimension pascale de la Vie. Toute notre vie est sous le signe de Pâques c’est-à-dire sous le signe d’une réussite humaine telle que la Révélation nous la montre en Jésus de Nazareth. 

    Au début de notre semaine, nous avions réfléchi sur ce que pensent les hommes d’une réussite humaine, Pâques vient répondre à notre question dans la mesure où nous comprenons Pâques, non seulement au terme de l’existence terrestre de Jésus, mais dès le départ de sa vie et manifestée tout au long de son existence. C’est ainsi que les trois éléments cités constituent le coeur de toute vie humaine avec l’amour divin comme principe.

Publié dans Conférences

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