"Il fut transfiguré devant eux"

Publié le par Père Maurice Fourmond

2ème dimanche de Carême 

12 mars 2017

Évangile de la Transfiguration en Saint Matthieu 17, 1-9

Homélie

 

    L’évangile de la transfiguration commence par l’invitation que Jésus fait à ses amis Pierre, Jacques et Jean de l’accompagner à l’écart sur un lieu élevé. Dans la Bible une haute montagne est symboliquement le lieu d’une rencontre privilégiée avec Dieu, le lieu d’une union particulière avec Dieu, le lieu de la prière. D’ailleurs le récit de la transfiguration en Luc commence par ces mots : « Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques et monta sur la montagne pour prier » (9, 28). Nous pouvons penser que chaque fois que nous sommes convoqués pour prier, comme pour vivre l’eucharistie dominicale, c’est le Christ Jésus qui nous invite à venir à l'écart afin de partager sa prière avec celui qui est son Père et notre Père.

 

    Cette prière de Jésus est une union avec son Père, le partage d’un amour infini. Et cet amour partagé est si fort qu’il transforme intérieurement Jésus et sa force transformante va se manifester jusque dans son corps par le visage lumineux et les vêtements d’une blancheur unique. Cette transfiguration de Jésus est un moment exceptionnel de  la vie spirituelle de Jésus. N’est-ce pas ce qui se passe chez quelques grands mystiques dont le feu intérieur de l’union à Dieu, l’intensité de la prière va toucher le corps comme les extases de Thérèse d’Avila, les stigmates de Saint François ou le jeûne de Marthe Robin.

 

    Dans la prière de Jésus, la présence de Moïse et d’Élie, représentant la Loi et les prophètes, peut être interprétée comme la présence de tout le peuple aimé de Dieu au coeur de la prière de Jésus. La prière du Christ est à la fois sa prière personnelle, sa relation unique avec Dieu, mais aussi une prière qui porte la totalité du peuple de Dieu. Cela nous amène à penser que notre propre prière, unie à celle de Jésus, rassemble l’humanité entière. Dans notre prière comme dans la prière de Jésus, c’est toute l’humanité qui est présente, afin d’être remplie de la puissance d’amour de Dieu lui-même.

 

    Les trois amis de Jésus, Pierre, Jacques et Jean, sont saisis dans la prière de Jésus et c’est ainsi qu’ils entendent comme une voix venue d’une nuée, symbole de la présence de Dieu. Cette parole de Dieu va toucher les apôtres éblouis par la transformation de leur maître. Elle est d’abord une affirmation : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie ». Par là, les amis de Jésus comprennent que leur maître est non seulement un fils pour Dieu, mais un fils qui lui procure une joie parfaite. Nous aussi, qui sommes les enfants aimés de Dieu, précieux pour lui, nous sommes pour Dieu une source de joie malgré nos faiblesses et nos infidélités. Il est profondément réconfortant de penser que Dieu est certes, notre joie mais que nous sommes, nous, bien petits et faibles, la joie de Dieu.

 

    La parole se termine par une demande : « Écoutez-le ». Pour entrer dans notre propre transfiguration, il nous faut « écouter » le Christ Jésus. Il nous faut l’écouter non seulement parce que ses paroles sont belles, qu’elles nous tracent un chemin de bonheur même s’il faut passer par la purification de la croix, mais parce que, comme le dit Jésus lui-même, ses paroles sont vérité et vie : « « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi » Jn 14, 6. Les paroles de Jésus ouvrent non seulement sur un bonheur passager, non seulement sur une rencontre avec Dieu, mais sur notre résurrection en travail dès l’aujourd’hui de notre vie.

 

    En effet, le récit de la transfiguration de Jésus nous ouvre sur le sens de notre résurrection. Celle-ci est le transformation de tout notre être par et dans l’amour infini qu’est Dieu lui-même. Ainsi la transfiguration de Jésus n’est pas seulement l’annonce de la gloire future de sa résurrection, elle est le signe que cette résurrection est déjà à l’oeuvre à chaque instant de sa vie. La transfiguration de Jésus nous montre que sa résurrection est déjà en travail dans sa vie. Si la résurrection est la transformation de notre être par l’amour infini de Dieu, nous savons que cet amour nous est donné dès le premier instant de notre vie. Dès le premier instant de sa vie, tout être humain est habité par un amour divin, amour qui est capable de nous diviniser jour après jour. C’est notre travail, c’est le travail de toute notre vie que de laisser l’amour qu’est Dieu habiter nos pensées et nos actes jusqu’au jour où nous serons, comme Jésus, transfigurés dans tout notre être  corps, âme et esprit dans la plénitude de notre vie éternelle.

 

    Nous pouvons donc avec courage et espérance reprendre chaque jour ce grand travail de libération et de résurrection que nous offre l’amour de Dieu, sans pour autant en ressentir la grâce dans notre corps. N’est-ce pas le sens de la parole de Jésus à ses amis : «  Relevez-vous et soyez sans crainte ! ». Sans crainte nous pouvons comme les trois amis, accompagnés de Jésus, redescendre de la montagne c’est-à-dire reprendre la vie quotidienne ordinaire, habités par cette lumière intérieure de la présence transformante de l’Esprit de Dieu qui nous conduit peu à peu jusqu’au partage plénier de la vie de Dieu.

Publié dans Homélies du dimanche

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