« Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde »

Publié le par Père Maurice Fourmond

Ascension 2017

Homélie

 

    Toute la Révélation chrétienne est sous le signe du paradoxe et la fête de l’Ascension du Seigneur nous le rappelle fortement. En effet nous avons à accueillir des paroles du Seigneur apparemment contradictoires. Jésus avait dit à ses amis : « Je m’en vais maintenant auprès de Celui qui m’a envoyé, et aucun de vous ne me demande : “Où vas-tu ?” Mais, parce que je vous dis cela, la tristesse remplit votre cœur. Pourtant, je vous dis la vérité : il vaut mieux pour vous que je m’en aille, car, si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai » Jn 16, 5-7. Jésus semble dire que son départ est une bonne chose pour ses amis. Et pourtant, au moment précisément où il quitte ses amis, il affirme qu’il ne les quitte pas : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » Mt 28, 20.

 

    Nous sommes là au coeur de la foi chrétienne qui affirme à la fois l’absence et la présence de Dieu. Une absence que nous éprouvons difficilement lorsque tous les signes sensibles d’une présence nous échappent, mais en même temps présence mystérieuse mais réelle, la présence du coeur qui faisait dire aux disciples d’Emmaüs au moment où Jésus disparait à leurs regards : «  Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » Lc 24, 32.

 

    Nous pensons parfois que les apôtres avaient eu de la chance de pouvoir approcher Jésus dans la réalité sensible d’une vie humaine comme la leur. Je crois le contraire : Dieu ne se manifeste pas dans ce qui est extérieur, visible, superficiel, mais dans l’intime de chacun, dans ce que nous appelons le coeur. Rappelons-nous la phrase du renard au petit prince : « On ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux ». Certes les apôtres ont vu Jésus de leurs yeux comme le dit Saint Jean : « Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l’annonçons » 1 Jn 1, 1. Toutefois cette manifestation cachait l’essentiel car déjà Jésus dans sa réalité visible n’a été qu’un peu de temps au milieu des hommes et plus important encore, l’essentiel de qui était Jésus est resté invisible aux yeux de ses meilleurs amis jusqu’après sa mort et seulement dans la foi en sa résurrection. Au fond, l’apparente absence de Dieu était sans doute plus profonde à l’époque où Jésus était avec ses amis pendant sa vie terrestre que pour nous aujourd’hui, car par certains côtés, la vue sensible de Jésus cachait la réalité de cet homme, réalité que ses amis n’ont découverte qu’après sa résurrection. Notre vision est plus lumineuse sur la présence de Dieu dans nos vies que ne l’était la présence de Jésus sur les routes de Galilée... mais c’est de foi.

 

    Mais si cette présence est plus lumineuse aujourd’hui, comment se manifeste-t-elle ? Selon la promesse de Jésus, comment se manifeste sa présence maintenant qu’il est remonté vers son Père comme il l’a dit à Marie de Magdala devant le tombeau vide : « Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » Jn 20, 17. La foi nous dit que Jésus se manifeste à travers de multiples signes, simplement il nous faut les reconnaître. On peut donner à ces signes le nom de sacrement puisque la définition d’un sacrement est précisément un signe à travers lequel Dieu se dit, Dieu se donne. Le premier signe qui dit la présence de Dieu c’est d’abord le sacrement du frère comme Jésus le dit dans l’évangile de Matthieu : «Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » Mt 25, 40. Jésus est présent dans tous ses frères que nous côtoyons et particulièrement les plus déshérités. Dans l’amour donné et reçu, nous pouvons reconnaître comme une part de cet amour infini qu’est Dieu lui-même. Jésus vivant est aussi présent dans le don de son Esprit qu’il ne cesse de nous donner à travers tous les événements de nos vies. C’est cet Esprit qui nous permet d’aimer davantage et donc de grandir en humanité et dans cette divinisation qui nous apparente à Dieu. Il est présent aussi dans la communauté croyante et dans les signes sacramentels que l’Église, la communauté des disciples de Jésus nous offre, en particulier l’Eucharistie que nous célébrons ensemble ce matin.

 

    C’est la lumière de la foi qui nous permet de percevoir cette présence comme il l’avait promis « tous les jours ». Cette présence n’a pas pour but de modifier les événements de nos vies, mais de nous donner ce qui nous est nécessaire pour affronter cette vie avec ses moments heureux et ses moments douloureux.

    Au fond, la fête de l’Ascension, si elle nous invite à nous réjouir parce que le Seigneur Jésus est pleinement dans la gloire de Dieu, nous donne plus encore de vivre avec lui dans la foi, cette foi qui ouvre notre propre vie sur l’invisible réalité de sa présence. Celle-ci nous porte et nous soutient  jusqu’au jour où nous participerons en plénitude et définitivement à cette présence de l’amour divin. Comme le dit l’apôtre Paul : « Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu » 1 Co 13, 12.

 

    Alors faisons eucharistie, c’est-à-dire rendons grâce à Dieu pour le don qu’il nous fait de sa présence réelle dans notre communauté, dans la parole proclamée et comme dit le Concile, de façon « éminente » sous le signe du pain et du vin partagés.

Publié dans Homélies du dimanche

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