"La Création"

Publié le par Père Maurice Fourmond

Notre-Dame de l’Espérance

Catéchistes

Samedi 20 mai 2017

 

La Création

 

1- La notion de création

    Le livre de la Genèse nous raconte la création. L’idée biblique de création ne nous est pas proposée sous la forme d’un exposé doctrinal, « celui d’une vérité universelle, intemporelle, mais sous la forme de récits ». Le point de départ de la réflexion des auteurs de la Genèse est double : d’une part la grandeur et la beauté de ce monde qui les environnaient et qu’ils n’avaient pas fabriqué ; ce monde ne pouvait venir que de la volonté d’une puissance supérieure.  La création ne tient pas son être ou sa valeur d’elle-même, mais de la libre décision de la volonté divine. D’autre part les auteurs avaient conscience que leur vie était traversée par des épreuves et des souffrances dont ils ne voyaient pas bien la cause ; d’où le récit d’une faute originelle qui aurait fait basculer l’humain d’une destinée heureuse, le paradis terrestre, en une vie difficile : un travail pénible pour survivre, et pour se reproduire, un accouchement douloureux.

 

    Le livre de la Genèse doit être lu selon la pensée des auteurs ; or ceux-ci n’avaient nullement l’intention de décrire la façon dont l’univers avait existé mais de manifester que Dieu était le créateur de toutes choses. Ils ne se situaient pas comme des scientifiques mais comme des croyants. Leur but n’était pas d’expliquer le comment de l’univers mais le pourquoi. Les premiers théologiens chrétiens soulignaient l’absolue liberté créatrice de Dieu. Selon l’expression de saint Irénée, Dieu a fait toutes choses, « librement et en toute indépendance». La création est dite « ex nihilo », à partir de rien, au sens où rien ne précède l’acte créateur, ni matière préalable, ni même un modèle idéal. La totalité de l’être provient d’une décision de la liberté divine. 

    Peu à peu la science a réussi à remonter le temps jusqu’à un moment proche du début de l’univers avec la théorie du bing-bang. S’est posé alors la question d’un acte créateur procédant à la naissance de l’univers. À partir de cet acte divin primordial, la création se serait développé selon des lois établies depuis toujours et pour toujours d’où la tentation de faire concorder la science et la foi (concordisme). Une perversion de ce concordisme est la théorie des créationistes américains. Aujourd’hui encore certains lisent la Genèse de façon littérale et tentent de faire correspondre le récit de la Genèse avec certaines approches scientifiques actuelles.

    Le Catéchisme de l’Église Catholique parle de la création de façon nuancée. Il est indiqué en effet que « Dieu crée de rien » (§ 296), que « Dieu crée un monde ordonné et bon » (§ 299) mais il ajoute que « Dieu maintient et porte la création : Avec la création, Dieu n’abandonne pas sa créature à elle-même. Il ne lui donne pas seulement d’être et d’exister, Il la maintient à chaque instant dans l’être, lui donne d’agir et la porte à son terme » (§ 301). Cette réflexion place l’acte créateur déjà au début de l’univers mais se prolonge dans l’existence temporelle de chaque être. Selon cette perspective, Dieu a créé l’univers et le conduit à son terme.

    Une réflexion actuelle va plus loin en préférant, à la formule « Dieu a créé », l’idée que « Dieu crée à tout instant ». Le livre de la Genèse débute par ces mots : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre ». Mais le mot « commencement » a deux sens : soit l’origine de l’univers soit l’aujourd’hui de l’univers. François Cheng écrivait : « En chacun de nous, chaque éveil est un commencement du monde, source d’une joie inépuisable » (« De l’âme » Albin Michel 2016). Le premier sens renvoie à un Dieu qui crée un univers selon un processus et des lois qui font que le déroulement chronologique de l’univers se fait peu à peu selon un plan défini à l’origine. Le second sens est tout différent : certes il y a un « projet » que l’apôtre Paul a défini par l’accomplissement dernier selon lequel « Dieu sera tout en tous » (1 Co 15, 28) ; mais ce projet ne se réalise que par un acte créateur de Dieu à chaque instant. On pourrait dire que l’univers n’a pas été créé mais qu’il est créé à chaque instant. Dieu est en train de créer l’univers.

 

    Dans la Bible, ce qui est raconté au commencement du monde n’est que le premier temps d’une entreprise qui engage une longue durée. Tant que dure l’histoire, la création est inaccomplie. Un apport biblique décisif est donc la conception d’un monde en genèse.

    Dans cette perspective, l’origine de la création est seconde par rapport au fait que l’acte créateur est à l’oeuvre à chaque instant. Sans mésestimer les grandes lois qui régissent l’univers et que l’homme cherche sans cesse à comprendre, cette perspective insiste sur le fait que la création est en train de se faire. Et puisque Dieu a donné à l’homme une intelligence, une liberté, une capacité de transformer le monde, dans cette vision de la création, Dieu a pris le risque d’associer l’homme à son acte en train de créer, car les capacités humaines peuvent modifier si je puis dire la trajectoire de l’univers du moins pour une part. Ainsi l’homme participe, en bien comme en mal, à cette création en train de se faire. Cette vision de la création confirme l’idée de la responsabilité humaine dans le processus de création.

 

    De là nous pouvons tirer des conclusions fondamentales pour notre vie humaine : l’homme est créateur, l’homme est responsable de la création, l’homme est un associé fragile de Dieu créateur. Il ne s’agit plus tant de contempler les principes qui sous-tendent la marche permanente du cosmos que d’agir sur la nature pour la rendre plus conforme au bien de tous. À bien des égards, l’aventure de la technique moderne n’entre pas en contradiction avec la confession de foi en un Dieu créateur.

 

    Parler d’un monde créé, c’est donc s’engager dans une aventure dont l’issue reste ouverte, risquée, incertaine. Un monde en genèse est un monde en perpétuelle transformation. La transformation n’est pas en soi une valeur. Elle l’est en fonction du but que l’on se propose. Quel est le but de l’action créatrice? En termes théologiques, quel est le « dessein » de Dieu ? On peut le définir en terme d’Alliance, d’une relation intime, vitale, entre Dieu et l’humanité, et, par elle, avec l’ensemble du créé. L’alliance ne s’ajoute pas à la création comme un deuxième temps de l’agir divin; elle caractérise la création faisant de Dieu non pas un « fabricateur », mais un allié de l’homme ; plus encore Dieu est créateur comme don de lui-même. Bien plus que l’image d’une fabrication, toujours présente chez beaucoup, c’est celle du don qui est la plus susceptible de dire adéquatement ce que représente l’action créatrice de Dieu. Le Credo dit bien que l’Esprit Saint est celui qui « donne la vie ». En outre, ce don est gratuit. Créer « à partir de rien » peut aussi se comprendre comme créer « pour rien », non pas sans but, arbitrairement, mais dans un acte de pure générosité. 


2- La création de l’homme

    Le premier chapitre de la Genèse se termine par la création de l’être humain. Nous connaissons par coeur ces versets : « Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. Qu’il soit le maître des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, des bestiaux, de toutes les bêtes sauvages, et de toutes les bestioles qui vont et viennent sur la terre. » Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. » (v. 26-28). Pour les croyants, ces versets contiennent une révélation essentielle. Ils nous affirment qu’il y a dans l’être humain quelque chose de divin, qu’il y a dans l’homme comme une trace divine qui l’apparente à Dieu lui-même. À la différence de tous les autres êtres, l’humain si je puis dire a des gènes divins ; il est réellement de la famille de Dieu par la volonté expresse de Dieu. Les conséquences sont énormes : À l’image de Dieu, l’homme est un être de relation ; à l’image de Dieu l’homme est fait pour aimer ; cette ressemblance avec Dieu lui ouvre une capacité de divinisation qui trouvera sa réalisation parfaite dans la résurrection de Jésus, prémices et source de notre propre résurrection. Pour le théologien Adolphe Gesché, « créer, c’est susciter des créateurs, des êtres capables à leur tour d’être des sujets, donc de donner ». Mais l’homme a aussi la capacité de pervertir l’oeuvre de Dieu.

 

3- Grandeur et risque du pouvoir créateur de l’homme.

    Cette participation à l’oeuvre de Dieu créateur est à la fois une grandeur et un risque. 

    Une grandeur car il nous est donné par notre intelligence de mieux comprendre cet univers et c’est tout le travail en particulier des scientifiques progressant sans cesse dans la compréhension des forces qui régissent l’univers et qui tentent de trouver une unique force primordiale à partir de laquelle chaque chose serait constituée. Mais ce travail se conduit aussi à travers toutes les inventions humaines, de la roue à l’avion, à la découverte de l’énergie quantique, puis au virtuel et à l’informatique. Cette compréhension de notre monde est l’objet d’un effort de l’homme pour acquérir des connaissances et ainsi de pouvoir maîtriser un peu ce monde dans lequel il a à mener sa vie. La grandeur de notre vocation de créateurs c’est tout ce qui touche à l’art et à la beauté, au travail bien fait, à la joie de toutes les découvertes, celles de la nature comme celles de la rencontre aimante avec l’autre.

 

    Mais nous savons par expérience que toutes ces connaissances comportent le risque d’une déviation et d’une utilisation perverse ; c’est le risque de certaines applications (la bombe atomique) comme de toutes les manipulations qui peuvent modifier des éléments essentiels à l’humain. Nous voyons ainsi par exemple l’importance de l’écologie en donnant à ce terme non seulement sa dimension physique mais aussi humaine : d’où la question du réchauffement climatique dont l’homme est en partie responsable mais aussi les manipulations de l’embryon, toutes choses qui peuvent abîmer voir détruire la création.

    

4- Passage du chaos à l’organisation

    Un des aspects de notre monde et qui touche beaucoup d’esprits curieux, c’est la précision, l’équilibre, l’harmonie de l’univers. La Genèse commence par un travail d’organisation : passage du chaos à la vie, du « tohu-bohu » (qui est le sens du mot hébreu) à un univers prodigieusement équilibré. C’est une des tâches importantes de ces collaborateurs de Dieu que nous sommes, de transformer le chaos en un univers harmonieux où il fait bon vivre ensemble. Et c’est le travail des hommes lorsqu’ils se retrouvent et vivent en société. Ils ont pour mission d’inventer les conditions d’un vivre ensemble heureux malgré les failles et les obscurités qui habitent le coeur humain. L’oeuvre de la création se continue dans l’organisation de nos sociétés humaines et cela relève de la responsabilité de tous.

 

5- Rendre grâce

    Méditer sur la création nous conduit à l’action de grâce. Rendre grâce pour la beauté de l’univers : un soleil couchant, une vue sur la montagne enneigée, un beau ciel étoilé... Mais aussi rendre grâce pour cette intelligence, cette capacité créatrice qui nous est donnée par le Dieu d’amour créateur. Rendre grâce pour la capacité d’aimer, d’aimer les autres et aussi d’aimer le Dieu qui n’est qu’amour. Rendre grâce pour le don d’une vie qui prend tout son sens dans la participation à la vie même de Dieu et qui s’achèvera dans une participation pleine et définitive.

Publié dans Conférences

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