Abondance 2017. 2 - Grandeur et misère de nos espoirs

Publié le par Père Maurice Fourmond

Abondance 2017
2ème jour

2 - Grandeur et misère de nos espoirs : 
la faiblesse humaine ; des événements imprévus ; entre espoir et déception

Questions pour la réflexion personnelle
    - En pensant à tel ou tel espoir dans ma vie qui a été déçu, comment j’ai réagi ?
    - Comment j’explique telle ou telle réaction de ma part ?


Exposé :

1 - Les causes d’un espoir fragile.
    La réalité de l’existence montre à quel point l’espoir humain est fragile. Nous en avons déjà parlé hier, il y a un décalage et parfois un abîme entre ce que nous espérons et ce qui advient dans le réel de notre vie. Tout cela pour deux raisons principales : d’une par l’arrivée d’événements imprévisibles et d’autre part notre propre faiblesse.

    Les événements imprévisibles. Nous l’avons dit, nous ne sommes pas maîtres, pour une part importante, des événements qui vont jalonner notre existence. Nous sommes des êtres en relations avec l’univers, avec le monde des humains sur notre petite planète. L’un comme l’autre échappe à notre bon vouloir. Nous ne décidons pas des séismes qui viennent bouleverser notre environnement, inondations, tremblements de terre, tsunami, sécheresse, incendies ou encore réchauffement climatique, même si nous en sommes pour une part responsables, sans parler des accidents dont nous ne sommes parfois aucunement responsables. De plus, malgré une bonne hygiène de vie, nous ne sommes pas à l’abri d’une maladie, d’un cancer, d’une épidémie. 
Indépendamment de ces événements, il y a aussi ceux qui nous blessent par ceux qui nous sont proches affectivement (dans notre propre famille), dans le travail (les collègues ou les patrons), dans les multiples relations humaines que nous avons. Je pense à tous les malentendus, aux trahisons réelles ou ressenties, à tout ce qui blesse notre personne et qui sont d’autant plus douloureuses que la relation est proche.

    À côté de ces événements qui ne viennent pas directement de nous, nos blessures peuvent venir aussi de notre propre faiblesse, cette faiblesse personnelle qui vient entamer l’idéal de vie dans lequel nous mettions notre espoir et qui nous fait agir. Cette faiblesse est multiple : elle peut être de l’ordre de la volonté qui n’arrive pas à mettre en oeuvre ce qui serait nécessaire pour réaliser ce que nous souhaitons. Elle peut être de l’ordre moral lorsque le plaisir immédiat l’emporte sur un bonheur plus durable et provoque d’amères déceptions. Elle peut aussi relever d’une fragilité de jugement entraînant des erreurs fatales quant à la mise en oeuvre de notre idéal de vie.
    Tout cela relève du réel de l’existence et concourt à fragiliser notre espoir. Certes heureusement nous vivons des espoirs réussis, qui aboutissent et nous apportent joie et bonheur. Toutefois lorsque notre espoir est déçu, quelle est la meilleure façon de réagir qui ne nous détruise pas, mais au contraire nous fasse grandir ?

2 - Quelle est notre réaction lorsque notre espoir est déçu ? 
    Cela dépend d’abord et beaucoup du tempérament de chacun. On accuse beaucoup le tempérament, mais le tempérament n’est pas programmé dès la naissance même si nos gènes, notre éducation et l’environnement nous inclinent vers telle ou telle manière de réagir. Il y a ceux qui débordent d’énergie et qui feront face à l’épreuve parce qu’ils ont un tempérament de lutteur, mais aussi ceux qui ont du mal à affronter l’épreuve et pour qui cela demande un effort particulier. Un tempérament se travaille déjà par l’éducation mais aussi tout au cours de la vie par des orientations voulue et travaillées. C’est ainsi qu’il nous faut réaffirmer l’importance de la liberté dans la construction de notre personne même si cette part est modeste.

    Notre rapport à l’espoir n’est pas seulement ni d’abord ne question de chance. On dit parfois devant telle réussite que la personne a eu de la chance. Qu’est-ce que la chance ? La chance a une double cause : d’une part un effet du hasard et d’autre part comme on dit, on peut plus ou moins « favoriser » la chance. On dit de certaines personnes « qu’elles sont nées sous une bonne étoile » sans préciser de quelle étoile il s’agit ! En fait il y a une part de hasard dans nos vies. Nous avons déjà hier éliminé la notion de prédestination, mais il faut admettre cette notion de hasard qui modifie les trajectoires humaines. Pourquoi je suis né dans un pays en paix ou dans un pays en guerre, pourquoi je suis né dans une famille équilibrée et saine, pourquoi j’ai été aimé ou au contraire refusé dès ma naissance... Autant de facteurs qui ne sont pas programmés et qui pourtant vont influencer fortement ma vie. C’est ainsi que nous pouvons parler de l’inégalité dans la vie ; certains ont « plus de chance » que d’autres c’est-à-dire qu’ils bénéficient de circonstances « favorables » indépendantes de notre volonté. Mais on peut « favoriser la chance » en ce sens qu’on peut comme on dit « saisir une occasion » ou au contraire la laisser passer. Ce qui veut dire que favoriser la chance demande de notre part une certaine attention et intelligence devant les événements de notre vie comme aussi la capacité de décider. Favoriser la chance demande un regard positif sur ce qui nous arrive car seul le regard positif nous permettra de trouver la petite porte qui nous fera dépasser ce qui nous éprouve. Or c’est dans ce regard positif comme aussi dans la décision volontaire qui suivra que va s’exercer notre liberté. C’est un acte de liberté que cette attention aux personnes et aux choses, que l’effort pour comprendre, pour réfléchir pour décider et enfin pour mettre en oeuvre.

    Ce regard positif est soutenu par l’orientation que nous voulons donner à notre vie. Nous avons notre part de responsabilité dans cette orientation fondamentale. Qu’est-ce que je veux construire, qu’est-ce que je mets en priorité dans ma vie, qu’est-ce qui est le plus important...? C’est pour une part un choix qu’il convient de vouloir et de travailler. Nous avons parlé précédemment d’un « idéal de vie ». C’est justement l’orientation que nous souhaitons donner aux choix que nous sommes amenés à faire. Je disais que cela se « travaille ». Construire sa vie est un travail qui demande réflexion, courage et persévérance. C’est dans ce sens qu’il conviendra de réagir lorsque les circonstances seront difficiles ou même dramatiques.
    Le courage de réagir implique divers éléments : sans doute d’abord une analyse aussi objective que possible de la situation ; ensuite une orientation positive ; puis le choix de moyens adéquats pour s’en sortir ; une volonté tenace pour avancer malgré tout et donc une persévérance dans l’action ; pour tout cela il convient d’accepter d’être aidé par d’autres. Reprenons brièvement ces éléments.

    Accepter de regarder en face le réel n’est pas aussi facile qu’on le pense. En effet le réel nous juge et nous avons du mal à admettre ce réel. Nous trouvons bien des excuses, bien des facteurs qui permettent de relativiser et finalement d’écarter un réel qui dérange notre « moi ». Certes le réel peut tout à fait être indépendant de notre responsabilité, mais quand notre responsabilité est engagée, il est toujours difficile d’en admettre la réalité lorsque celle-ci nous déconsidère. Il est difficile d’admettre que nous ne répondons pas à l’idéal que nous nous faisions de nous-mêmes. Nous refusons de reconnaître en nous une image qui nous blesse, qui blesse notre vanité ou notre orgueil. Aussi, pour rester objectif, il est important de prendre conseil de personnes en qui nous avons une vraie confiance et qui nous feront dépasser l’idée imaginaire que nous avons de nous-mêmes pour accepter humblement de nous voir tels que nous sommes.

    Se proposer une orientation positive. C’est le second point de notre réaction lorsque nous sommes déçus. Il s’agit de s'interroger sur ce qui est possible pour avancer, non pas ce que nous imaginons, mais ce qui est possible. On peut faire appel à nos propres ressources spirituelles, intellectuelles, à notre mémoire. Ajoutons qu’un échec, une épreuve, si cela nous déstabilise au risque de perdre espoir, peuvent apporter des éléments positifs pour construire notre vie. Il est rare que l’épreuve n’apporte que des éléments négatifs. Il y a toujours comme on dit un aspect positif dans ce qui nous arrive même lorsque c’est dramatique. Encore faut-il le voir et le reconnaître. Ce positif peut être un regard plus attentif vers ceux qui sont touchés par l’épreuve, nous-mêmes en ayant fait l’expérience ; c'est parfois une certaine purification qui nous oblige à nous recentrer sur l’essentiel, ou encore la découverte de nos fragilités comme aussi de nos forces intérieures c’est-à-dire une redécouverte de ce que je suis vraiment, parfois aussi une redécouverte de la présence de Dieu dans ma vie qui va éclairer ce que je vis d’une toute autre lumière. Tout ces éléments positifs devraient nous aider à réagir lorsque notre espoir est déçu.

    Puis, lorsqu’une orientation s’est dessinée assez clairement, il faut ensuite choisir les moyens qui nous permettront de la mettre en oeuvre. Parfois il n’est pas possible d’attaquer la réalité de front. Les moyens consisteront alors à « contourner » la difficulté. C’est la petite Thérèse de Lisieux qui nous le conseille. Parfois la démarche frontale ne correspond ni à ce que nous sommes ni à la situation concrète. Il faut accepter de choisir des moyens moins performants tout de suite, mais mieux adaptés à nos possibilités du moment.
    Il convient ensuite de mobiliser sa volonté afin de décider ce que nous allons faire. Cette volonté devra souvent être réactivée, « rechargée », ce que veut dire le mot « persévérance » dans l’effort. La persévérance signifie que nous avons conscience que notre effort est souvent attaqué par la lassitude, le sentiment d’inutilité et donc l’envie de baisser les bras. C’est alors qu’il faut faire appel à tout ce qui peut nous inciter à continuer, à reprendre la route avec nos propres ressources mais aussi par le soutien d’autres et bien sûr pour le croyant avec le soutien de Dieu.
    
3 - Comment retrouver de l’espoir ?
    Cela nous amène à réfléchir à deux choses : Est-ce que ce qui m’arrive touche l’essentiel de ma vie ? et quel est le but vers lequel je tends ?
    Nos vies sont faites de beaucoup d’éléments qui se conjuguent pour construire notre véritable moi. Mais ces éléments n’ont pas tous la même importance ni le même poids dans la construction de notre personne : certains sont plus essentiels que d’autres. Il m’est arrivé comme à vous tous d’avoir des moments sinon de désespoir du moins d’incertitude, d’avoir été touché profondément par un échec, par une blessure, ce choc remettant en cause le sens de ce que je vivais. Le ressenti destructeur peut faire douter de l’orientation de notre vie ; il peut même arriver que ce que nous visons et qui était considéré comme beau e important sont ressenti alors comme dérisoire. Il m’est arrivé alors de prendre le temps d’arrêter le trouble de mon coeur et de réfléchir avec cette question fondamentale : « Est-ce que ce qui m’arrive touche à l’essentiel de ce qui me fait vivre ? » La réflexion m’amenait toujours à répondre négativement dans la mesure où la foi qui m’habitait me redisait cette certitude que Dieu était là et qu’ainsi, avec lui, l’essentiel de ce qui me faisait vivre restait présent à ma vie en dépit de ce qui m’arrivait. C’est alors que la lumière de l’espérance s’introduisait dans mon coeur. Me revenait à l’esprit la parole de l’apôtre Paul aux chrétiens de Rome : « Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ?... Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur » Rm 8, 35-39.

    L’autre réflexion ouvrant sur l’espérance consistait à reprendre conscience du but vers lequel je tendais. Nous savons que notre vie est un chemin ; la route est parfois facile mais le plus souvent hérissée d’obstacles qui paraissent parfois infranchissables. Toutefois le but demeure. Il est là comme une force nous invitant à surmonter l’obstacle. ; il est là comme le phare pour le bateau balloté par le vent et les vagues et qui indique le cap et balise la route. Le but, dans la mesure où il est beau, où il réalise un authentique accomplissement de notre personne, ce but insuffle le courage nécessaire pour chercher à avancer malgré tout. Reprendre conscience du but poursuivi redonne la vitalité nécessaire pour reprendre le chemin de la vie.
    
4 - Savoir demander de l’aide
    Nous l’avons dit à plusieurs reprises, nous sommes des êtres de relation ; nous dépendons les uns des autres. C’est pourquoi nos vies sont en lien avec beaucoup de personnes plus ou moins proches. Nous partageons la même aventure humaine et pour l’essentiel les mêmes espoirs. Qu’on le veuille ou non nous sommes liés les uns aux autres, nous sommes solidaires les uns des autres. Il y a des enjeux plus individuels, mais aussi des enjeux nationaux, des enjeux planétaires qui demandent la mobilisation de tous les humains de notre petite planète. Toutefois même les enjeux individuels ne peuvent se réaliser sans le secours des uns et des autres. À plusieurs on est plus fort pour résoudre des problèmes, pour affronter des épreuves. Pour retrouver de l’espoir, il est important comme on dit de se serrer les coudes.

    Cela demande une certaine humilité, mais une humilité qui seule permet d’avancer. Il convient d’accepter de ne pas être tout puissant, accepter de ne pas pouvoir faire tout nous-mêmes. L’humilité c’est déjà une acceptation du réel, de nos propres limites. Nous savons combien il est difficile de demander de l’aide, car ainsi nous avons le sentiment d’une dépendance vis à vis de ceux qui nous aident. Et nous savons combien la dépendance est difficile à accepter tant nous avons un désir d’autonomie. Mais nous savons que c’est le réel car, que nous le voulions ou non, nous sommes de fait dépendant les uns des autres. Alors ayons le courage de demander à être aidés quand notre espoir est déçu, c’est la condition indispensable pour se reconstruire et avancer. Le regard positif, la force de l’autre viennent enrichir notre coeur et nous donnent ce qui nous manquait pour reprendre la route.

Publié dans Conférences

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Eric annick 25/07/2017 16:41

Mille merci pour cettz beĺle conference.
Amities
Eric + annick marouze