Abondance 2017. 3- La fidélité de Dieu : « Je serai avec toi »

Publié le par Père Maurice Fourmond

Abondance 2017
3ème Jour

La fidélité de Dieu : « Je serai avec toi »

Questions pour la réflexion personnelle
    - Qu’est-ce que j’attends de Dieu ?
    -Pourquoi je maintiens mon espérance en Dieu ?
    - Puis-je repérer des signes que mon espérance en Dieu est vraie ?


Exposé :

    Notre troisième journée voudrait porter un regard de foi sur notre espérance chrétienne qui est tout à fait différente des espoirs humains. Nous l’avions dit dans notre première journée, l’espoir humain est une hypothèse avec des degrés de probabilité alors que l’espérance chrétienne est une certitude fondée sur la fidélité de quelqu’un, le Dieu de Jésus Christ. Plus profondément, notre espérance est fondée sur l’espérance de Dieu vis à vis de l’homme.

1 - L’espérance de Dieu
    Notre espérance chrétienne vient de ce que Dieu le premier espère en nous. Cette espérance de Dieu pour l’humanité s’exprime pleinement dans le mystère de l’Incarnation. C’est parce que Dieu espère en l’homme qu’il a pris le risque de prendre notre condition humaine fragile. La vie de Jésus de Nazareth est l’expression parfaite de l’espérance de Dieu pour l’homme. Nous croyons que Dieu en Jésus a pris notre condition humaine avec toutes ses limites comme le dit l’épître aux Hébreux : « En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché » He 4, 15. Jésus a connu les limites du temps et de l’espace, les limites d’un environnement particulier ; il a connu les contradictions et finalement une mort ignominieuse. C’est dans cette condition humaine difficile que Dieu a voulu vivre afin de nous communiquer son espérance indéfectible en nous, non pas seulement en raison de la résurrection définitive de Jésus, mais en raison de la présence aimante, fidèle et forte de Dieu à chaque instant de la vie du Christ.
    Cette espérance de Dieu en l’homme nous assure de notre accomplissement, en marche au cours de notre vie et parfait dans notre résurrection définitive. Le jour de notre mort sera le jour où s’accomplira pleinement l’espérance que Dieu a vis à vis de chacun de nous. 

2 - La fidélité de Dieu
    Notre foi au Dieu de Jésus Christ se fonde sur la fidélité de Dieu. Nous l’avons chanté maintes fois « Tu es le Dieu fidèle éternellement » (O. Vercruysse D 163). Dans notre foi, nous sommes sûrs de la fidélité de Dieu, car elle s’est manifestée de multiples fois. Déjà au niveau de l’univers, c’est le sens profond de la création : Dieu soutient l’univers de toute la force vitale de cet amour qu’il est lui-même. La création n’est autre en effet que cette création permanente de Dieu donnant et soutenant la vie de tout ce qui existe.

    La fidélité de Dieu s’est particulièrement exprimée à travers l’Alliance qu’il a voulu conclure avec ce petit peuple d’Israël, signe d’une alliance universelle que Dieu souhaitait construire avec l’humanité entière. Cette fidélité de Dieu est fortement exprimée en contraste avec les multiples infidélités du peuple de Dieu. Cela est exprimé à travers les paroles des prophètes comme aussi dans plusieurs psaumes par exemple dans le psaume 138 (137) : « Le Seigneur fera tout pour moi. Seigneur ta fidélité est pour toujours ! » v.8, ou le début du psaume 88 (89) « L'amour du Seigneur, sans fin je le chante ; ta fidélité, je l'annonce d'âge en âge. Je le dis : C'est un amour bâti pour toujours ; ta fidélité est plus stable que les cieux ». Cette fidélité de Dieu s’est pleinement exprimée dans son Incarnation. Dieu s’est voulu fidèle à l’homme qu’il avait créé à son image en prenant cette humanité afin de l’inscrire pour toujours dans sa divinité et nous en montrer le chemin.

    Cette fidélité de Dieu s’exprime à travers sa relation aimante avec nous par un partage de vie et d’amour, par son pardon permanent devant nos infidélités, par sa parole qui nous ouvre sans cesse un avenir. Parmi de très nombreux exemples citons la parabole dite du “fils prodigue” dans laquelle la figure du père est une des plus belles images de Dieu ou encore le récit de la femme adultère, condamnée par les pharisiens au nom de la loi de Moïse et à qui Jésus ouvre un avenir : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. » Jn 8, 11. Et la fidélité de Dieu ira jusqu’au bout dans la mort et la résurrection de son Fils bien aimé Jésus.

3 - « Je serai avec toi »
    L’espérance chrétienne n’est pas la réalisation des attentes que chacun exprime à Dieu, car nous sommes souvent, blessés et déçus lorsqu’à une prière sincère ne suit pas la réalisation attendue. L’espérance chrétienne ne promet pas que les choses vont s’arranger, elle n’est pas à côté de la vie ou pour une vie après la mort ; elle est pour l’aujourd’hui de la vie, au coeur de la détresse et de la souffrance humaine, au coeur d’une déception humaine très compréhensible. Certes l’espérance nous tourne vers l’avenir car elle comporte une attente ; mais c’est l’attente d’une présence apportant la lumière et la force nécessaires pour vivre l’aujourd’hui de ma vie. L’espérance chrétienne se vit au sein même de nos limites, de nos insuffisances, de nos déceptions. C’est pourquoi l’espérance chrétienne n’est pas cet optimisme qui attend une amélioration de la vie concrète, l’optimisme est un fruit de l’espérance, car celle-ci nous dit que, quoiqu’il arrive, nous pouvons grandir dans l’amour. Le chrétien est optimiste dans ce sens là.

    Tous les grands personnages de la Bible ont eu conscience de leur fragilité et de leurs limites. Devant un appel de Dieu, un projet audacieux, risqué, difficile, nos ancêtres dans la foi avaient conscience que seuls ils ne pourraient pas réaliser ce que Dieu attendait d’eux. C’est alors que, d’une manière ou d’une autre, Dieu les assurait de sa présence efficace. Revient sans cesse dans toute la Révélation cette promesse : « Je serai avec toi ». En voici de très nombreux témoignages :
    Quand Isaac avait quitté la terre promise à cause de la famine, il est écrit : « Le Seigneur lui apparut et dit : « Ne descends pas en Égypte, mais demeure dans le pays que je t’indiquerai ; séjourne dans ce pays ; je serai avec toi et je te bénirai » Gn 26,3. À Jacob, Dieu promet : « Voici que je suis avec toi ; je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai sur cette terre ; car je ne t’abandonnerai pas avant d’avoir accompli ce que je t’ai dit » Gn 28, 15. À Moïse au buisson ardent, Dieu dit : « Maintenant donc, va ! Je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël. » Moïse dit à Dieu : « Qui suis-je pour aller trouver Pharaon, et pour faire sortir d’Égypte les fils d’Israël ? » Dieu lui répondit : « Je suis avec toi » Ex 3, 10-12. Au temps de Juges, Dieu confie une mission à Gédéon alors que Gédéon n’a pas confiance en ses capacités : « L’ange du Seigneur lui apparut et lui dit : « Le Seigneur est avec toi, vaillant guerrier ! ... Avec la force qui est en toi, va sauver Israël du pouvoir de Madiane. N’est-ce pas moi qui t’envoie ? » Gédéon reprit : « Pardon, mon Seigneur ! Comment sauverais-je Israël ? Mon clan est le plus faible dans la tribu de Manassé, et moi je suis le plus petit dans la maison de mon père ! » Le Seigneur lui répondit : « Je serai avec toi, et tu battras les Madianites comme s’ils n’étaient qu’un seul homme. » Jg 6, 12-16.
    Mais c’est particulièrement à ses prophètes que Dieu fait la promesse d’être toujours avec eux, sans les assurer pour autant que tout se passera comme ils le souhaiteraient. Ainsi pour Isaïe : « Ne crains pas : je suis avec toi ; ne sois pas troublé : je suis ton Dieu. Je t’affermis ; oui, je t’aide, je te soutiens de ma main victorieuse » Is 41, 10 ou encore : « Quand tu traverseras les eaux, je serai avec toi, les fleuves ne te submergeront pas. Quand tu marcheras au milieu du feu, tu ne te brûleras pas, la flamme ne te consumera pas. Car je suis le Seigneur ton Dieu, le Saint d’Israël, ton Sauveur » Is 43, 2-3. C’est dans le livre d’Isaïe que l’on a la plus belle définition de l’espérance selon Dieu. C’est au chapitre 40, 28-31 : « Tu ne le sais donc pas, tu ne l’as pas entendu ? Le Seigneur est le Dieu éternel, il crée jusqu’aux extrémités de la terre, il ne se fatigue pas, ne se lasse pas. Son intelligence est insondable. Il rend des forces à l’homme fatigué, il augmente la vigueur de celui qui est faible. Les garçons se fatiguent, se lassent, et les jeunes gens ne cessent de trébucher, mais ceux qui mettent leur espérance dans le Seigneur trouvent des forces nouvelles ; ils déploient comme des ailes d’aigles, ils courent sans se lasser, ils marchent sans se fatiguer ». Ainsi l’espérance dont nous parle Isaïe porte non pas sur un Dieu qui modifie les événements, mais sur un Dieu qui donne des forces nouvelles permettant à celui qui met son espérance en Dieu « de courir sans se lasser et de marcher sans se fatiguer ».
    L’histoire de Jérémie est particulièrement exemplaire. Rien ne réussit à Jérémie ; il doit annoncer à ses compatriotes qu’ils ne seront pas vainqueurs dans leur lutte contre les envahisseurs babyloniens. Accusé de défaitisme, Jérémie est jeté dans une citerne et s’enfonce dans la boue. Jérémie n’a aucun espoir, ni pour son peuple ni pour lui. Toutefois il est soutenu par une promesse, une promesse que Dieu lui a faite dès le début de sa vocation : « La parole du Seigneur me fut adressée : « Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les nations. » Et je dis : « Ah ! Seigneur mon Dieu ! Vois donc : je ne sais pas parler, je suis un enfant ! » Le Seigneur reprit : « Ne dis pas : “Je suis un enfant !” Tu iras vers tous ceux à qui je t’enverrai ; tout ce que je t’ordonnerai, tu le diras. Ne les crains pas, car je suis avec toi pour te délivrer – oracle du Seigneur » Jr 1, 4-8.

    Cette promesse de Dieu s’est réalisé parfaitement en Jésus de Nazareth. Déjà pour lui-même car Dieu son Père a été toujours avec lui dès le premier instant de sa vie. Nous ne connaissons pas la vie dite cachée de Jésus, sa vie à Nazareth nous est inconnue, mais on peut penser qu’elle fut heureuse comme peut l’être la vie d’un jeune dans une famille aimante. Par contre ce qui nous est dit de sa vie publique en montre les difficultés qui n’ont cessé d’augmenter jusqu’à la décision des chefs religieux de l’éliminer. Dans ce combat spirituel qu’il dût mener, son espérance n’a jamais faibli. Tout ce qu’a fait Jésus, il ne l’a fait que parce que Dieu était avec lui comme le confirme l’apôtre Pierre chez le centurion Corneille : « Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui » Ac 10, 38. Cette espérance de Jésus est exprimée dans sa douloureuse prière au jardin de Gethsémani ; il commence par exprimer sa détresse « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi », mais sa prière s’achève en confiance « Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux » Mt 26, 39.
    « Je serai avec toi », cette parole du Père pour son Fils Jésus, va se prolonger dans la relation du ressuscité avec ses disciples. Jésus avait annoncé à ses amis que leur fidélité à sa parole leur apporterait du bonheur, mais aussi des persécutions : « Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon nom » Lc 21, 12. Mais dans ces moments difficiles, Jésus les assure de sa présence, qu’il sera avec eux : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » Mt 28, 20.

    Cette promesse de Dieu est faite à chacun de nous. C’est à chacun de nous que Le Christ promet d’être avec nous tous les jours. Cette promesse est notre plus belle et notre plus solide espérance. Nous avons sans doute à certains moments de notre vie, expérimenté l’efficacité de la présence de Dieu, non pas pour modifier les événements mais comme il est dit du prophète Isaïe pour nous donner des forces quand nous sommes fatigués, pour nous donner de la lumière quand nous sommes dans l’obscurité. Nous pouvons souvent , en relisant tel ou tel moment de notre vie, redire la parole de Jacob au lendemain d’un songe où Dieu lui avait redit la promesse d’une terre et d’une descendance nombreuse : « Dieu était là et je ne le savais pas » Ge 28, 16. En effet cette présence efficace de Dieu est très discrète au point qu’il faut attention et mémoire pour en prendre conscience.

4 - « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » Mt 28, 20.
    Cette parole de Jésus que nous avons citée il y a un instant, est claire. Jésus affirme à ses amis que même après sa mort, il demeure avec nous jusqu’à la fin du monde. Il l’avait dit déjà pour réconforter ses amis au moment où il leur annonce son départ. Le début du chapitre 14 en saint Jean leur dit « Que votre coeur ne se trouble pas : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi ». Et un peu plus loin il confirme : « Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous » Jn 14, 18-20. 

    Jésus nous a affirmé sa présence chaque fois que ses disciples se retrouvent : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux » Mt 18, 2. Cette présence de Jésus comme un frère n’est plus dans le domaine du sensible. Jean au début de sa première lettre entendait témoigner de « ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nous avons touché du Verbe de vie » (1 Jn 1, 1). Et les manifestations de Jésus après sa résurrection n’ont d’autre sens que de confirmer la foi des apôtres en Jésus vivant. Ces manifestations durent seulement le temps d’assurer les amis de Jésus qu’il est bien ressuscité et vivant. Après il faut vivre la présence du Seigneur dans la foi c’est-à-dire dans une certitude intérieure qui n’est ni évidente ni sensible.

    L’assurance de la foi n’a pas de preuves évidentes, mais la présence du vivant se manifeste par la transformation qu’elle opère chez ceux qui se tournent vers ce Seigneur. L’efficacité de la présence du Christ ressuscité est particulièrement signifiée dans le récit des disciples d’Emmaüs. Cette présence a modifié totalement l’attitude et la vie de ces deux disciples. L’écoute de la parole a rempli leur coeur : « Notre coeur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait les Écritures » Lc 24, 32. N’avons-nous pas parfois les mêmes sentiments lors d’une méditation de la Parole de Dieu. Les disciples d’Emmaüs ont été profondément transformés par la présence mystérieuse du Christ Vivant : leur tristesse se change en joie,  leur peur laisse la place au courage : « À l’instant même ils repartent et retournèrent à Jérusalem » Lc 24, 33.

    Cette présence transformante s’est manifestée tout au long de l’histoire à travers les disciples de Jésus qui ont cherché à vivre selon l’exemple de leur maître, mais aussi soutenus par sa présence invisible. C’est la réalisation de sa parole : « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger » Mt 11, 29-30. N’est-ce pas le témoignage de tant de saints canonisés ou non qui ont été soutenus par cette présence invisible du Christ vivant.

    Ainsi notre espérance chrétienne est fondée sur cette présence en nous du vivant dont l’Esprit de vie nous transforme chaque jour. Certes, cette espérance de vie suppose que nous soyons accordés à cette présence. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire être habités par la parole de Dieu comme lumière et comme chemin de notre accomplissement . Cela veut dire un lien de foi avec ce Seigneur selon la parole de l’évangile de Jean : « Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » Jn 15, 4-5.

Publié dans Conférences

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article