Retraite diacres 2017 8ème exposé

Publié le par Père Maurice Fourmond

Être témoins de Jésus Christ
« Aimer, c’est faire naître une personne »

    Nous l’avons déjà dit : le chrétien n’est pas d’abord un homme qui adhère à un certain nombre d’affirmations sur Dieu, c’est quelqu’un qui répond à une proposition d’amour de Dieu, à une alliance avec Dieu, c’est quelqu’un qui vit une relation aimante avec un Dieu dont il se sait aimé. L’incarnation n’aurait aucun sens s’il s’était agi seulement de communiquer aux humains un certain nombre de concepts sur Dieu. L’incarnation prend son sens dans la volonté de Dieu de partager sa vie, dans cette relation filiale que Jésus vit avec son Père et qu’il nous invite à vivre “par lui, avec lui et en lui”. Cette relation ne peut exister que dans cette certitude intérieure que l’amour de Dieu nous précède. Nous trouvons cela affirmé particulièrement dans la première lettre de saint Jean : “Voyez de quel grand amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu ; et nous le sommes !” (1 Jn 3, 1). Et au chapitre suivant : “Voici ce qu’est l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés” (1 Jn 4, 10). A cause de cela, le commandement essentiel répété dans les évangiles est d’aimer Dieu et de nous aimer les uns les autres. C’est l’attitude qui seule peut rendre crédible notre message : “A cela, tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres” (Jn 13, 35). C’est cela être témoin de Jésus Christ. C’est votre mission comme baptisés et tout particulièrement comme diacre de Jésus Christ.
    
1- Aimer, c’est faire naître une personne.
    Au jour de l’ordination, l’évêque vous confie une triple mission : au niveau de la Parole, dans le rassemblement liturgique et comme témoins de l’amour du Christ pour les plus fragiles. Ce troisième aspect me semble premier pour ce qui concerne le ministère diaconal aussi c’est cet aspect de votre ministère que je voudrais méditer avec vous. C’est bien sûr l’essentiel de toute vie chrétienne, toutefois le ministère diaconal vous demande d’être particulièrement témoins de cet amour du Christ pour les plus démunis.


    Aimer, est un mot que nous prononçons souvent. Il recouvre les réalités les plus diverses, des plus sublimes aux plus misérables, des plus généreuses aux plus perverses. Essayons quelques instants de regarder cette réalité si belle et si exigeante, réalité qui, selon saint Jean, définit Dieu lui-même.    Qu’est-ce qu’aimer ? Que veut dire être aimé ? Ces questions sont essentielles non seulement pour ceux qui s’engagent dans la vocation du mariage, mais pour tous ceux qui croient que toute personne humaine est à l’image d’un Dieu qui n’est qu’amour.


    Dans une conférence aux animateurs d’aumônerie, Xavier Lacroix, marié et père de trois enfants, enseignant la morale familiale à la Faculté de Théologie de Lyon, développe les différents sens du mot « amour », les différents niveaux dans l’expérience de l’amour. Le premier, dit-il, est celui du plaisir : aimer sera trouver du goût dans la relation avec l’autre. En soi, le plaisir est bon, mais, dans l’amour, il se heurte à deux limites : l’un est l’égoïsme lorsque la recherche du plaisir se situe dans le seul rapport à soi-même. L’autre est l’aspect superficiel du plaisir si le coeur n’est pas en cause. Le 2ème niveau c’est celui du « ressenti » ou encore de « l’émotion ». L’émotion va plus loin que le plaisir mais elle reste passagère. Le 3ème niveau est celui du sentiment ; il comporte un attachement à l’autre. Il n’est pas seulement plaisir mais joie, pas seulement jouissance, mais réjouissance partagée. Cependant le sentiment reste fragile et ne va pas jusqu’au bout de l’amour. Et Xavier Lacroix parle d’un 4ème niveau qu’il appelle « volonté » c’est-à-dire le mouvement de tout l’être, à la fois décision, résolution et mise en oeuvre, décision d’accorder la priorité à l’autre. Et Xavier Lacroix propose plusieurs définitions de l’amour vrai. L’une entendue dans sa jeunesse selon laquelle aimer quelqu’un, c’est se réjouir qu’il existe et vouloir qu’il existe toujours davantage. Il emprunte une autre définition au prophète Isaïe (43, 4) mettant dans la bouche de Dieu cette parole : « Tu as du prix à mes yeux ». Jean Vanier, le fondateur de l’Arche qui accueille des personnes handicapées, a cette admirable définition : « Aimer, c’est révéler à l’autre sa beauté ». 

    L’abbé Jean Steimann a une autre définition de l’amour qui me parait particulièrement intéressante. Peut-être certains d’entre vous ont entendu parler de l’abbé Steimann, mort en 1963 dans les gorges de Pétra, en Jordanie, avec tout un groupe de pèlerins, emporté par un torrent de boue imprévisible. L’abbé Steimann avait donné un certain nombre de conférences à un groupe qu’il accompagnait régulièrement à Paris. Dans l’une d’elle, il avait développé sa pensée sur la « vertu de charité ». En voici quelques extraits qui serviront de base à mon propos.


    « C’est mon moi le plus profond qui est cet amour de Dieu, celui qui me constitue en personne » - « Ce qui fait que je dis « moi », c’est qu’un être plus puissant que moi, m’aime » - « Au lieu de dire que nous aimons Dieu par dessus tout, il faudrait dire surtout que Dieu a commencé à nous aimer par dessus toutes choses, c’est là l’essentiel du christianisme » - « L’amour est don de soi en vue de créer une personne » - « Dieu ne veut pas de nos hommages, Dieu n’est pas un tyran assoiffé de prières, Dieu ne veut pas qu’on se prosterne devant lui, Dieu veut que nous devenions des personnes au contact de lui » - « L’amour est dur comme une épée puisque c’est l’art de devenir une personne, et ce n’est pas drôle de devenir une personne ! » - « Entrer dans le Royaume, ça consiste... mais à être toi d’abord, à être un homme d’abord, à penser par toi-même... et c’est un travail beaucoup plus difficile que de dire à Dieu que tu l’aimes... Qu’est-ce que Dieu veut ? Que tu sois non pas un individu c’est-à-dire un grain dans un tas, mais que tu sois une personne c’est-à-dire un centre » - « C’est ainsi que je suis à l’image de Dieu, en aidant l’autre à devenir une personne » - « Il s’agit de rester vibrant de création personnelle même dans la vieillesse... Certaines personnes renoncent à devenir des personnes pour être des objets... Ils ont abdiqué la création de leur personne. » - « Dieu aime chaque personne, le plus pauvre des chinois, le plus pauvre des noirs, à la folie, parce que c’est un être qu’il a créé pour devenir une personne. » - « L’amour que Dieu attend de nous, c’est que nous devenions des personnes, que nous aidions à la création de personnes... et l’amour du prochain en est l’exercice ».


    Voici donc quelques phrases extraites de cette conférence, paroles fortes mais qui éclairent profondément ce qu’est aimer et donc la façon dont nous devons comprendre notre ministère.

    Ainsi aimer, c’est faire naître une personne. Le thème de la naissance est constant dans la Bible, particulièrement dans le Nouveau Testament. Vous connaissez bien ce récit de la rencontre entre Jésus et Nicodème. Ce dernier était venu de nuit interroger le Christ. Jésus lui révèle alors que s’il ne nait pas d’en-haut, il ne peut pas entrer dans le Royaume de Dieu. Nicodème s’étonne : comment un homme peut-il naître à nouveau ? Peut-il entrer à nouveau dans le ventre de sa mère ? Nicodème n’entend rien aux paroles de Jésus. Celui-ci parle de la véritable naissance, celle qui est l’oeuvre de l’Esprit, de l’Esprit d’amour. Cet amour divin qui habite tout être humain va, peu à peu, faire naître le « je », la personne qui parle, qui aime à son tour, qui devient libre, sinon extérieurement, du moins au plus profond d’elle-même. Saint Paul disait que la création elle-même est en travail d’enfantement. A plus forte raison l’homme habité par l’amour de Dieu dès le premier instant de sa vie.


    Devenir une personne libre, c’est le grand travail de toute une vie quelle que soit notre vocation, que ce soit dans le mariage ou dans le ministère diaconal. Curieusement, ce travail est à la fois le fait de chacun de nous, de nos efforts quotidiens et le fruit de l’amour de Dieu qui est en nous. Dieu ne souhaite rien d’autres que de nous voir prendre cette liberté de la personne, droite dans ses jugements comme dans ses actes. Et nous répondrons le mieux à l’amour de Dieu, nous ne l’aimerons vraiment que si nous devenons ce qu’il désire le plus, des personnes vivantes et aimantes. C’est déjà le désir des parents pour leurs enfants : qu’ils deviennent vraiment eux-mêmes ; ils ne souhaitent que le bonheur de leurs enfants, pas le leur. A plus forte raison Dieu dont l’amour pour chacun de nous est sans faille. Dieu ne nous aime pas pour lui, mais pour nous. C’est notre propre réussite qu’il désire, en sachant que cette réussite n’est autre que de devenir ce que nous sommes, des êtres créés à son image, et chacun peut le devenir alors même que les épreuves, les déceptions ou les échecs sont grands ; mais cela ne se fait pas sans nous.


    Nous nous interrogeons parfois sur la volonté de Dieu. Je voudrais bien correspondre à la volonté de Dieu, mais je ne sais pas quelle est cette volonté, ce que Dieu attend de moi, ce qu’il désire. Ne croyons pas que Dieu a décidé du chemin qui doit être le nôtre même si son appel nous tourne vers telle ou telle direction. La seule chose qu’il désire, ce qui correspond à sa volonté, c’est que nous devenions peu à peu des personnes libres d’aimer à son image et cela est un travail de chaque jour. Nous n’en avons jamais fini de naître et notre naissance s’achèvera en même temps que notre personne aura sa pleine dimension. Ainsi, jusqu’à notre dernier souffle, nous avons à naître à cette personne image de Dieu, aimée de Dieu et qui s’efforce de répondre dans la liberté de son coeur, au désir de Dieu de nous voir « grandir » et devenir son enfant bien-aimé.

Le travail sur nous-mêmes est dur. Le Père Steimann rappelle qu’aimer, ce n’est pas de la guimauve, c’est dur comme l’acier, c’est tranchant comme la vérité. Et c’est un travail qui n’est jamais achevé, il est sans cesse à reprendre. Notre « personne » en effet s’abêtit facilement et subtilement par l’habitude, le « à quoi bon ! », le « Je n’y arriverai jamais », le « Ce n’est pas si mal comme cela »... autant de tranquillisants qui nous endorment, nous paralysent et nous empêchent de naître à ce que nous sommes vraiment, à notre véritable « moi ». Le livre de l’Apocalypse parle de ce fameux caillou blanc qui porte notre nom, un nom que nous ne connaissons pas encore, mais qui sera pleinement dévoilé lors de notre transfiguration définitive. Nous ne le connaissons pas pleinement, mais nous pouvons travailler à le construire (Ap 2, 17).

    Comment devenir une personne ? Devenir une personne est un travail de libération et un travail de construction. Un travail de libération et cela dans plusieurs directions : c’est d’abord l’humble acceptation de soi, de ses limites. Accepter sereinement ses limites, ne veut pas dire abandonner tout effort de dépassement. Celui-ci est toujours nécessaire, mais souvent, la tristesse se confond avec l’orgueil de n’être pas ce dont on rêvait d’être. La vérité libère ; reconnaître la vérité sur soi-même, c’est-à-dire ce que la nature ne nous a pas donné ou au contraire ce que notre éducation, nos habitudes ont fabriquées et que nous ne pouvons plus beaucoup modifier est un acte de grande liberté. Autre travail de libération : oser une pensée, un jugement personnel. Il est tout à fait normal de nous nourrir de la pensée d’autrui, d’intégrer des jugements émis par d’autres, d’accueillir les remarques et les décisions de l’autorité avec intérêt, respect et obéissance. Il reste que cela ne nous dispense pas de garder une certaine distance, de garder non pas un esprit “de” critique, mais un sens critique et de se faire un jugement personnel autorisant la discussion et le dialogue. Ce travail doit se faire sans culpabilité même s’il faut accepter le conflit et le malaise qui peuvent en résulter. 


    Devenir une personne est aussi un travail de construction. Il s’agit de rechercher la cohérence dans les divers secteurs de sa vie et d’unifier son coeur, ce que nous demandons à Laudes du mercredi de la 3ème semaine dans le psaume 85 : « Unifie mon coeur pour qu’il craigne ton nom » (85, 11). Devenir une personne va exiger de nous une certaine stabilité. Une personne responsable ne peut être une girouette qui se disperse à tout vent. Saint Paul nous avait mis en garde quand il demandait aux chrétiens d’Éphèse de parvenir à l’unité, à l’état d’âge adulte en concluant : “Ainsi, nous ne serons plus des enfants, ballottés, menés à la dérive à tout vent de doctrine” (Ép 4, 14).


    Enfin devenir une personne suppose de garder l’appétit de connaître et de comprendre. Rester des personnes qui s’intéressent aux gens, à la vie, à la recherche de la pensée dans tous les domaines, être des personnes qui ne cessent d’approfondir leur foi dans une meilleure compréhension de la Parole de Dieu. Oui, devenir une personne est un grand travail.


    Devenir une personne est bien sûr un travail personnel de chaque jour, mais c’est aussi l’essentiel de toute évangélisation, de la mission que Jésus nous a confié. C’est ce que Jésus n’a cessé de faire tout au long de sa vie publique.

2- Notre mission : aider nos frères à devenir ce qu’ils sont devant Dieu.
    “Aimer, c’est faire naître une personne”. vous vous interrogez sur votre ministère de diacre. Nous avons dans le coeur et dans la tête les mots “évangélisation”, “annonce de l’évangile”, “nouvelle évangélisation”. Il me semble qu’évangéliser, c’est justement aider une personne à “naître”. Nous avons parlé tout à l’heure de la rencontre entre Jésus et Nicodème et nous disions que cette naissance est le travail de l’amour divin qui habite toute personne humaine. Mais nous avons un rôle irremplaçable, celui, si je puis dire “d’accoucheur” : relayer et manifester le travail de l’Esprit Saint afin de permettre à chacun de découvrir qui il est, dans la vérité la plus profonde de son être c’est-à-dire une fille, un fils aimé de Dieu.


    Ainsi évangéliser est d’abord de l’ordre de la révélation. Il s’agit de révéler à l’autre ce qu’il est et qu’il ne sait peut-être pas encore : qu’il est aimé de Dieu et que cet amour l’invite à naître à la liberté intérieure, au sens plénier de son existence, à l’espérance plus grande que la mort.


    Mais comment révéler l’amour de Dieu sans donner soi-même le témoignage de cet amour qui nous habite. Comment être crédible en annonçant à quelqu’un qu’il est aimé de Dieu si nous-mêmes, nous ne nous faisons pas les témoins de cet amour, si nous n’en donnons pas des signes. Quand nous lisons les évangiles, nous voyons que Jésus, comme le dit saint Pierre : “est passé en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient asservis par le Mal” (Ac 10, 38). Lorsque les disciples de Jean-Baptiste viennent demander à Jésus s’il est bien celui qui doit venir, Jésus, citant le prophète Isaïe, leur répond : “Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles retrouvent la vue et les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés et les sourd entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres”  (Mt 11, 4-5).  Certes, ce sont des signes de l’avènement du Royaume, mais ils montrent que ce Royaume de Dieu est annoncé par l’effort pour faire reculer la souffrance des hommes pour permettre à chacun d’être une personne libre. Quand Jésus envoie ses disciples ou ses apôtres devant lui,  il commence ses recommandations par leur demander de guérir les malades : “Dans quelque ville que vous entriez et où l’on vous accueillera, mangez ce qu’on vous offrira. Guérissez les malades qui s’y trouveront et dites-leur : Le Règne de Dieu est arrivé jusqu’à vous” (Lc 10, 8-9). On annonce le règne de Dieu en ayant permis à des gens de se redresser, d’être des personnes qui se respectent et sont respectés dans leur dignité. Don Helder Camara disait : on ne peut pas annoncer la bonne nouvelle de Jésus Christ à des gens qui sont maintenus dans des conditions sous humaines. 


    Mais évangéliser, c’est aussi donner aux gens la nourriture qui leur permettra de grandir. Il ne suffit pas de naître, il convient de grandir. Nous avons donc non seulement à révéler à quelqu’un qu’il est aimé de Dieu comme son enfant, mais que Dieu donne la nourriture nécessaire pour que son enfant devienne adulte. Cette nourriture est remise entre nos mains fragiles : “Donnez-leur vous-mêmes à manger” dira Jésus à ses disciples. La nourriture spirituelle la plus consistante que nous pouvons partager, c’est le pain de la Parole de Dieu et le pain des sacrements, le pain du respect et de l’amitié.


    Enfin, évangéliser, c’est assurer celui qui vient de naître, du soutien d’une communauté fraternelle. “On n’est pas chrétien tout seul”. Aujourd’hui tout spécialement quand l’environnement social est peut-être moins porteur, il est capital d’être soutenus par des frères et des soeurs chrétiens.


    Ainsi, aimer l’autre, c’est l’aider à devenir une personne qui pense par elle-même, qui prend sa vie en mains et il me semble que cela est le fondement humain de toute évangélisation.


    Cet amour-là n’est pas calculé, mais il apporte en fait énormément. C’est encore Xavier Lacroix qui écrivait : “Nous aimons lorsque nous faisons l’expérience que nous recevons en donnant et que nous donnons en recevant”. N’est-ce pas là d’ailleurs le secret de la Trinité bienheureuse. L’unité de Dieu vient de ce que dans un même mouvement, il donne et reçoit. Il donne, et c’est le Père, il reçoit, et c’est le Fils mais dans un même et unique mouvement qu’est l’Esprit Saint. C’est ainsi que Dieu est pur amour. La joie d’aimer vient justement de ce va-et-vient non calculé mais qui en est le fruit merveilleux.

3- Humaniser et diviniser, un même chemin.
    Naître à l’amour de Dieu, n’est-ce pas découvrir à la fois notre humanité et l’appel à devenir “image de Dieu”. Humaniser et diviniser sont un seul et même mouvement de vie. Lorsque saint Irénée a cette parole bien connue : “La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu” (“Adversus haereses” IV, 20-6), il ne dit pas autre chose que le lien étroit entre le travail d’humanisation et le travail de divinisation qui est l’aventure de toute personne humaine. Nous en avons déjà parlé, nous sommes destinés à devenir comme le Christ Jésus lui-même lui qui est “le premier-né de toute créature” (Co 1, 15). Il est le premier-né, ce qui veut dire que nous avons nous aussi à naître comme lui, et dans son humanité et dans sa divinité. Jésus est unique parce que premier, il est l’image du Dieu invisible. Mais nous avons à devenir “christiques” c’est-à-dire pleinement hommes et pleinement divinisés.


    Ce travail d’humanisation et de divinisation n’est pas autre chose que réaliser ce pour quoi nous sommes faits, c’est devenir ce que nous sommes : laisser l’amour de Dieu habiter nos pensées et nos actes, laisser l’amour de Dieu nous transfigurer peu à peu. C’est le travail de l’Esprit Saint qui s’oppose  aux résistances de la “chair” selon saint Paul. Nous lisons en effet dans sa lettre aux Galates : “Vous frères, c’est à la liberté que vous avez été appelés. Seulement, que cette liberté ne donne aucune prise à la chair ! Mais par l’amour mettez-vous au service les uns des autres”. Et quelques lignes plus loin : “Car la chair en ses désirs s’oppose à l’Esprit et l’Esprit à la chair ; entre eux, c’est l’antagonisme”. Et Paul énumère les oeuvres opposées de la chair et de l’Esprit “ On sait bien à quelles actions mène la chair : débauche, impureté, obscénité, idolâtrie, sorcellerie, haines, querelles, jalousie, colère, envie, divisions, sectarisme, rivalités, beuveries, gloutonnerie et autres choses du même genre. Je vous préviens, comme je l'ai déjà fait : ceux qui agissent de cette manière ne recevront pas en héritage le royaume de Dieu.


Mais voici ce que produit l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi. Face à tout cela, il n'y a plus de loi qui tienne. Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses tendances égoïstes. Puisque l'Esprit nous fait vivre, laissons-nous conduire par l'Esprit.” (Ga 5, 13... 25). Ce double travail d’humanisation et de divinisation nous fait devenir ce que nous sommes vraiment, ce “je” appelé à partager la gloire de Jésus, à partager sa résurrection, à connaître un jour Dieu “face à face” et cela pour l’éternité.
    
    Mais comment pouvoir s’humaniser et être divinisé sans une relation consciente à la source, sans déjà vivre une relation aimante avec Dieu ? C’est pourquoi, si “évangéliser” c’est permettre à  une personne de se construire à la fois dans son humanité et dans sa dimension spirituelle avec Dieu, il nous appartient de nommer cette source pour permettre à tous ceux qui le veulent de s’y abreuver. Dans son échange avec la Samaritaine, Jésus lui dit : “Si tu connaissait le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, c’est toi qui aurais demandé et il t’aurait donné de l’eau vive” (Jn 4, 10). “Si tu connaissais...”, certes, le même Jean dans sa première lettre affirme : “Celui qui aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu” (1 Jn 4, 7). Mais si la connaissance de Dieu est déjà contenue dans l’acte d’amour pour des frères, encore faut-il expliciter cette connaissance “existentielle” afin de permettre à celui qui croit, de vivre consciemment cette progressive divinisation de sa personne.


    Comme diacres, nous avons déjà pour nous-mêmes mais aussi pour ceux qui nous sont confiés, la responsabilité d’aider à la naissance de personnes pleinement humaines, pleinement divines... et conscientes,  pour leur joie, du cadeau merveilleux qui leur est fait par Dieu en Jésus.

Publié dans Conférences

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