Retraite diacres 2017 9ème exposé

Publié le par Père Maurice Fourmond

 

J’ouvre ma vie à la miséricorde de Dieu

    Notre vie est fondée sur la certitude que Dieu espère en nous, espère en l’humanité, espère que l’amour qu’il est lui-même transformera cette humanité dont chacun membre est à son image. Cette espérance nous est communiquée par le don de l’Esprit Saint qui habite notre vie. Nous avons mission comme nous l’avons dit hier soir d’être les témoins de cette espérance de Dieu et ainsi d’ouvrir un avenir à tous ceux que Dieu met sur notre route. Devant cette tâche nous prenons conscience à la fois qu’il nous est possible de la réaliser, dans les limites qui sont les nôtres, puisque Dieu nous accompagne, mais aussi nous avons conscience que nous sommes faibles, fragiles et que nous avons sans cesse besoin de nous ouvrir à la tendresse et à la miséricorde de Dieu pour nous-mêmes mais aussi afin d’être habités par cette miséricorde envers tous ceux qui nous sont confiés. Je voudrais ce matin méditer avec vous sur cette miséricorde de Dieu en contemplant la vie de Jésus témoin fidèle de la miséricorde de Dieu. Il nous sera possible ensuite de comprendre le sens du pardon à offrir, et pour nous-mêmes le sens de ce beau sacrement dit de la réconciliation.

1- L’attitude de Jésus a toujours été sous le signe d’une infinie miséricorde. 
    Contrairement à l’attitude légaliste de beaucoup de pharisiens pour qui l’application de la Loi ne supportait ni dérogation ni pardon, Jésus n’a cessé de montrer qu’aucune situation n’est définitive et qu’il y a toujours une brèche pouvant accueillir un pardon. Jésus regarde l’homme fragile avec tendresse.


    Jésus connait la fragilité humaine et c’est pour accueillir cette fragilité qu’il est venu au milieu des hommes : nous connaissons cette parole de Jésus : «Je veux la miséricorde, non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs» (Mt 9, 13). Cette fragilité humaine est le lot de tous même des meilleurs comme le reconnaît l’apôtre Paul : «Je sais que le bien n’habite pas en moi, c’est-à-dire dans l’être de chair que je suis. En effet, ce qui est à ma portée, c’est de vouloir le bien, mais pas de l’accomplir. Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas» (Rm 7, 18-19). C’est ainsi que nous blessons souvent notre propre vie mais aussi la vie des autres, blessant ainsi le coeur de Dieu dans son amour pour tous les hommes ses enfants. Si nous avons conscience des blessures qui sont de notre fait,  il nous arrive nous-mêmes d’être blessés même par ceux que nous aimons et qui nous aiment. Toute blessure qu’elle soit physique ou morale a besoin d’être soignée et si possible guérie. La faute morale, le péché qui blesse aussi bien l’auteur que celui qui en est victime a besoin d’être soigné et guéri. Jésus n’a pas cessé de «guérir» l’homme blessé par son péché. Le pardon est un baume sur la plaie de nos faiblesses.


    L’étymologie du mot pardon est intéressante. Le mot « pardon » vient du latin «per-donare» ; le préfixe «per» a deux sens : soit «à fond», «totalement», «complètement», soit «au-delà», «à travers» ou encore «traverser»; quant au terme «donare», c’est le même mot français «donner». Ainsi, le pardon signifie à la fois «faire grâce», «donner en excès», «accorder définitivement», «donner à nouveau» ; ou encore supprimer un obstacle : « Je te pardonne » peut alors signifier « j’enlève ce qui fait obstacle à la relation qui nous unissait». On utilise en latin un autre mot très proche, le mot «rémissio» (cf. le Credo «Je crois à la rémission des péchés»), mot utilisé pour la remise d’une peine ; ou encore le mot «dimittere» qui voulait dire «laisser partir» ou «renvoyer». Mais les païens chrétiens parlaient grec et, en grec le mot «pardon» se dit «aphesis» ; à l’origine, c'est l'action accomplie lorsqu'on largue les amarres d'un bateau pour le laisser partir et lui permettre de prendre le large ; quelle belle image du pardon !  Ainsi, dans la Bible des Septante en grec, ce mot est utilisé pour dire «renvoyer libre» les opprimés (Is 58, 6) ou encore pour signifier l’affranchissement d’un esclave (Jr 34, 15.17). Notons que le pardon est spécifique de l’humain ; un animal ne pardonne pas, seul l’homme pardonne et donc, pour le croyant,  le pardon est d’origine divine, l’homme étant à l’image de Dieu.


    Le pardon est essentiel pour comprendre qui est Jésus comme aussi le sens de sa vie. Dans les évangiles, parmi les nombreux passages sur le pardon, relevons quelques récits particulièrement significatifs du pardon de Jésus pour regarder ensuite les grandes paraboles de la miséricorde qu’il a transmises à ses amis.


    Prenons d’abord le récit de cette femme surprise en flagrant délit d’adultère, (Jn 8). La Loi de Moïse exige de lapider cette femme (Lv 20, 10). Les scribes et les pharisiens interrogent Jésus sur l’application de cette loi. Jésus renvoie chacun à sa conscience : qui peut juger son prochain ? Tous les accusateurs de la femme se retirent. Jésus reste seul devant la femme et demande : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? » Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus» (Jn 8, 10-11). Ce qu’il faut retenir surtout, ce n’est pas seulement que Jésus refuse de condamner cette femme, mais plus profondément c’est qu’il va lui ouvrir un avenir en lui faisant confiance. Il croit qu’elle peut changer sa vie : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus ». L’évangile ne dit rien sur le comportement de cette femme par la suite, mais la confiance de Jésus en cette femme lui ouvre un avenir, un avenir que ses accusateurs avaient fermé. Le pardon est une confiance donnée et redonnée qui ouvre un avenir et donc permet d’avancer vers demain.


    Le récit de Marie de Magdala est aussi significatif de l’attitude de Jésus. Dans ce récit, cette femme, une pécheresse, vient aux pieds de Jésus alors qu’il est à table dans la maison de Simon, un pharisien. Toute en pleurs, Marie va verser un parfum précieux sur les pieds de Jésus au grand scandale de son hôte. Retenons seulement cette phrase de Jésus : «Si, je te déclare que ses péchés si nombreux ont été pardonnés, c’est parce qu’elle a montré beaucoup d’amour» (Lc 7, 47). Comment Jésus peut-il dire cela ? Est-ce que vraiment l’amour couvre tous nos péchés, renverse l’orientation de notre vie fragile, nous remets dans le coeur de Dieu ? Mais n’est-ce pas justement ce que nous dit saint Jean : «Quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu» (1 Jn 4, 7). Ainsi, tout geste vrai d’amour nous accorde à Dieu. Mais si nous sommes unis ainsi à Dieu par l’amour, accordés à Dieu qui est l’amour même, nos péchés disparaissent pour laisser la place à l’espérance de Dieu nous ouvrant un avenir de paix.


    Ouvrir un avenir est le coeur de tout pardon. N’est-ce pas le dialogue entre Jésus et ce larron suspendu à une croix. On pourrait penser que le sort du malfaiteur pendu à la croix à côté de Jésus est sans appel. Or la présence de Jésus, la présence de cet homme crucifié avec lui mais qu’il considère comme juste, touche le coeur de ce bandit qui, rentrant en lui-même, va reconnaître la vérité de sa vie : «Pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal». Cet homme enfin découvre la vérité de sa vie et par là même, s’accorde à Dieu. Et Jésus ouvre à cet homme un avenir qui est la vie éternelle : «En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis» (Lc 23, 41-43).

2- Les paraboles de la miséricorde
    C’est dans l’évangile de Luc que se trouve développé longuement les trois grandes paraboles de la miséricorde (Lc 15). Nous les connaissons par coeur. Le récit de la brebis égarée, nous dit que Dieu ne se console pas de nous voir perdus. Il ne cesse de nous chercher jusqu’à ce qu’il nous ait retrouvé. Par le mal et le péché, nous sommes «perdus» en ce sens que nous avons blessé quelque chose de notre humanité, nous détournant ainsi pour une part, du chemin de notre véritable destinée, nous avons en quelque sorte «perdu» le sens de notre accomplissement humain et donc de notre véritable identité ; je ne sais plus qui je suis. Si personne ne part à ma recherche, je n’ai aucune chance de retrouver le chemin de ma propre identité. Cette parabole nous affirme que Dieu, par diverses médiations humaines, est à notre recherche tant qu’il ne nous a pas retrouvé. Encore faut-il se laisser prendre sur ses épaules, car lui seul peut nous faire retrouver le chemin de notre accomplissement. Jésus est le bon berger qui part à la recherche de chacun de nous et n’a de joie que si, nous ayant retrouvé, il nous remet sur la route de notre véritable vie.


    Dans la seconde parabole de la pièce de monnaie perdue et retrouvée, la joie de la femme ayant retrouvé sa pièce est à souligner. Elle ne peut que partager cette joie avec tous : la femme «réunit ses amies et ses voisines et leur dit : 'Réjouissez-vous avec moi». Le pardon est non seulement un avenir rouvert pour le pécheur, mais une joie, la joie de Dieu, une joie partagée dans la communion des saints.


    Enfin, bien sûr, la magnifique parabole du fils prodigue dont on a dit que l’image du père était une des plus belles représentations humaines de Dieu. Même s’il a été blessé par le départ de son fils, ce n’est pas la blessure de son coeur qui compte, le passé de son fils disparaît tant il est à la joie des retrouvailles. Il se précipite vers son fils et le prend dans ses bras. Il n’a aucune parole de reproche, il ne lui demande pas ce qu’il a fait ni pourquoi ; ce qui compte, c’est seulement d’être à nouveau tout près de son enfant. Son fils n’a même pas le temps de débiter la petite formule qu’il avait préparée, que son père le réintègre pleinement dans la totalité de sa confiance de père ; il est son fils bien aimé ; alors vite il faut lui mettre l’anneau de la liberté au doigt, des sandales aux pieds, le revêtir du plus beau vêtement et faire la fête. Oui, le père de cette parabole est sans doute la plus belle et la plus juste représentation de ce qu’est Dieu pour chacun des enfants que nous sommes pour lui. Après avoir entendu cette parabole de Jésus, comment désespérer du pardon de Dieu quel que soit la faute commise.


    Non seulement Jésus a été un homme de miséricorde, mais il a souvent demandé à ses disciples de pardonner. À Pierre qui trouvait que pardonner sept fois était déjà un bel exploit, Jésus lui dit qu’il convient de pardonner 70 fois 7 fois c’est-à-dire toujours. (Mt 18, 21-22). L’évangéliste explicite la parole de Jésus par la parabole du débiteur impitoyable. La prière que Jésus recommande à ses amis insiste sur le pardon : «Remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs» Mt 6, 12. Ainsi le pardon est un des mot clés de la Révélation, très central dans la vie de Jésus, dans la nôtre comme aussi dans l’évolution de notre humanité.

3- Être un homme, une femme de pardon
    Nous devrions être comme Jésus, un homme, une femme de pardon. À partir de l’exemple de Jésus, quelles seraient les caractéristiques du pardon qu’il nous demande de donner ? Nous savons qu’il n’est pas si facile de pardonner à celui qui nous a blessé. Tout d’abord, le pardon ne consiste ni à minimiser l’événement qui a blessé, ni à l’oublier. Croire "qu'on efface tout" ou "qu'on repart à zéro", est pure illusion. La blessure non-assumée dans un processus qui demeure, reste au fond de soi selon des couches successives qui vont faire surface en cas de crise et parfois constituent un obstacle insurmontable. 


    Mais alors que faire de la blessure ? Le pardon est l'utilisation positive de ce qui nous a blessé afin de grandir en amour et en liberté. Peut-être d’abord reconnaître que le mal que quelqu’un nous a fait ne résume pas toute la personne. Une des pensées positives pour dire le pardon consiste à se dire en vérité : «Je crois que tu es meilleur que ce que tu m’as fait». Ce n’est nullement minimiser l’événement blessant, mais éviter une globalisation très certainement mensongère. Il s’agit de dissocier au moins en partie l’acte et la personne. Le pardon est donc d’abord une attitude intérieure, une «conversion» du coeur et du regard sur la personne qui m’a blessé. 


    Une autre caractéristique du pardon est qu’il est un chemin. Ce regard positif sur celui qui m’a fait du mal, n’est pas évident et il faut souvent beaucoup de temps avant de formuler un pardon. Mais déjà le chemin est une forme du pardon car il signifie la vérité de notre désir. Le désir de pardonner même si nous n’arrivons pas à formuler un pardon nous met déjà sur le chemin, plus encore il nous fait entrer déjà dans un véritable pardon même s’il n’est pas encore achevé.


    Le pardon demande-t-il de s’expliquer devant celui qui nous a blessé, de dire à l’autre la blessure qu’il nous a infligée? Parfois, nous minimisons la blessure et nous nous disons : "Cela ne vaut pas la peine d'en parler". Dans la plupart des cas, cela vaut la peine car cela "exorcise", "libère" en nous ce qui risquerait de rester pierre d'achoppement et cela peut aussi aider l’autre à sa propre conversion.


    Nos vies ne sont pas seulement marquées par des blessures, mais par ce qu’on appelle des conflits. L’existence d’un conflit ne doit pas être confondu avec une blessure. Le conflit se situe dans un autre domaine qui, en lui-même, n’a rien à voir avec une blessure. Pardon et réconciliation ne concernent pas directement les conflits entre les personnes. Certes, un conflit grave peut entraîner des blessures, mais en soi le conflit n’est nullement une blessure ou un mal. Le conflit est inhérent à la condition humaine en ce sens que les différences entre les personnes engendrent des divergences d’opinion, lesquelles vont s’affronter lorsqu’il s’agit d’une décision commune à prendre. Il est normal que nous n’ayons pas tous les mêmes positions dans les domaines de la vie tout court ou de la vie en société. Et même ces différences sont nécessaires, elles alimentent la discussion qui permet à chacun de découvrir des aspects ignorés ou occultés du problème. Elles obligent souvent à des solutions de compromis qui garantissent la paix. Ainsi l’existence d’un conflit entre des personnes ne demande pas qu’on se pardonne sauf si, dans la vivacité ou la passion de l’échange, l’un ou l’autre s’est laissé aller à des paroles ou des actes blessants, ou encore si l’affirmation de ma vérité est une négation de l’autre. Ce fut malheureusement le cas du conflit qui opposait Jésus et les chefs religieux de son pays. L’affirmation de l’absolue vérité d’une pratique religieuse chez un certain nombre de pharisiens aboutissait à la négation de l’autre, à la négation de Jésus, conduisant à son élimination. Il ne faut donc pas confondre conflit et blessure. 


    S’il y a eu vraiment blessure et si, dans ce cas, le pardon est source de liberté, il ne faut pas le confondre avec la réconciliation. En effet, le pardon peut être donné, offert sans pour cela qu’une réconciliation puisse se faire. Le pardon peut être offert ou demandé sans que l’autre réponde au mouvement qui offre ou demande. Ce mouvement peut être ignoré ou refusé. La réconciliation va demander l’accord entre les deux protagonistes, celui qui a été blessé et celui qui a blessé. Si mon pardon «ouvre» un avenir à celui qui m’a blessé, c’est un avenir pour lui et pas nécessairement un avenir que je dois partager.


    Si une réconciliation est possible et souhaitée par les deux parties, plusieurs conditions sont nécessaires. Tout d’abord faire la vérité entre nous. Souvent les choses sont complexes. Pour donner un exemple : j’ai eu un propos qui a blessé mon ami. Je n’avais pas l’intention de blesser et même c’est une mauvaise interprétation de mes paroles qui a provoqué la blessure chez mon ami. La vérité sera, pour la personne blessée, de reconnaître que je n’avais nullement l’intention de la blesser mais aussi chez moi, la réalité du ressenti de mon ami. Une autre condition consiste justement à ne pas oublier mais à garder en mémoire, à utiliser ce qui s’est passé afin d’être plus attentifs à ce que l’on dit ou ce que l’on fait ; l’expérience devrait permettre une meilleure relation entre nous. Enfin il conviendrait de ne pas oublier nos propres fragilités qui nous rappellent que nous ne sommes pas à l’abri de faiblesses qui peuvent causer de nouvelles blessures, c’est une question de vérité et d’humilité.

4- Le sacrement de la réconciliation
    Qu’en est-il de la réconciliation avec Dieu ? Un élément capital pour notre vie chrétienne consiste à savoir dans la foi que le pardon de Dieu nous précède toujours. Dieu n’attend pas que je donne des preuves de ma conversion pour me pardonner. Dieu offre sans cesse son pardon sans condition comme le père du fils prodigue. Le pardon de Dieu nous est donné avant même que nous l’ayons sollicité. Nous sommes déjà pardonnés avant même que nous ayons décidé de le demander, avant même de franchir la porte du confessionnal, avant même que nous ayons pris conscience de notre péché. Il convient seulement d’ouvrir sa vie à ce pardon de Dieu. Le pardon de Dieu est toujours à notre porte, il suffit simplement d’ouvrir la porte.


    Lorsque nous venons pour recevoir le sacrement de la réconciliation, ce n’est pas pour solliciter le pardon de Dieu, puisqu’il nous est déjà donné, mais pour entendre de nos oreilles ce pardon de Dieu à travers cette action symbolique qu’est le sacrement. Et cette parole sacramentelle nous ouvre un avenir. La parole du sacrement n’est peut-être pas d’abord une parole à travers laquelle Dieu me dit qu’ilm’a pardonné mais une parole à travers laquelle Dieu me dit qu’il a confiance en moi, qu’il croit en moi. La parole de la réconciliation m’ouvre un avenir de confiance, confiance en Dieu, confiance dans la vie, confiance en moi-même à cause de la confiance de Dieu. C’est pourquoi cette parole sacramentelle apporte  l’énergie nécessaire pour reprendre la route de ma sainteté et pour avoir le coeur en paix.


    Pardonner et être pardonné sont des conditions pour trouver la paix. Ceci est valable non seulement pour la paix intérieure de chacun, mais pour la paix entre les peuples. Par rapport à nous-mêmes le pardon nous remet à notre juste place, le pardon remet la relation blessée dans une vérité rétablie, la vérité de ma faiblesse et d’un amour qui m’est offert gratuitement. C’est pourquoi il est source de paix intérieure. Mais lorsque nous avons conscience d’avoir blessé les autres et donc Dieu, nous avons besoin d’avoir si possible un triple pardon : bien sûr le pardon de Dieu, le pardon de celui ou de ceux que nous avons blessés, mais il convient aussi de se pardonner à soi-même. On dit peut-être : comment peut-on «se» pardonner ? C’est le dialogue entre moi et ma culpabilité. Se pardonner c’est retrouver une certaine confiance en soi au-delà du juste sentiment d’être coupable. C’est un nouveau regard sur soi-même, un regard dans lequel un avenir est possible. Ce regard m’est donné dans le regard d’un Dieu qui nous redit sans cesse sa confiance. L’expérience nous dit que se pardonner à soi-même est souvent plus difficile que pardonner à autrui.


    Ajoutons que la véritable paix entre les peuples ne peut se vivre sans le pardon mutuel. Sans le pardon, la paix des armes est une paix bien fragile comme l’histoire le montre.

5- Le pardon est aussi, pour le chrétien, une mission
    Si, de par notre baptême, nous sommes participants de la mission de Jésus Christ, nous avons à porter sa mission de pardon, mission qu’il n’a cessé de remplir tout au cours de sa vie terrestre. Comme disciples de Jésus, nous avons la responsabilité d’être les messagers du pardon dans notre monde. Nous avons la responsabilité d’être des ambassadeurs de la réconciliation.  

 
    Mais cette mission commence tout près de nous, dans nos propres familles, avec nos voisins ou nos collègues de travail. Quand nous vivons du pardon nous sommes au service du « monde nouveau », ce monde nouveau dont Saint Paul nous parle et qui est le fruit de cette réconciliation que le Christ nous a obtenu. Paul le dit clairement dans sa seconde lettre aux chrétiens de Corinthe : «Si quelqu'un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s'en est allé, un nouveau monde est déjà né. Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ et nous a confié le  ministère de la réconciliation. Car c'est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui, ne mettant pas leurs fautes au compte des hommes et mettant en nous la parole de réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous, c'est Dieu lui-même qui vous adresse un appel. Au nom du Christ, nous vous en supplions, laissez-vous réconcilier avec Dieu”. (2 Co 5, 17 –21).


    Le fruit du pardon n’est pas seulement chez la personne qui pardonne et celle qui est pardonné, le pardon construit ce «Royaume» de Dieu qui est un royaume de justice et de paix. Nous voyons ainsi à quel point cette réalité qu’est le pardon contribue profondément à l’humanisation des personnes et des peuples, à l’accomplissement de l’humanité et donc au projet de Dieu. N’est-ce pas pour une large part le salut que Jésus de Nazareth est venu inaugurer au milieu des hommes.
 

Publié dans Conférences

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