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62 articles avec conferences

« La traversée de l’épreuve »

Publié le par Père Maurice Fourmond

Journées nationales Jonathan Pierres Vivantes
Octobre 2017


« La traversée de l’épreuve »

Dans notre atelier, je voudrais porter un regard de foi sur l’épreuve que vous vivez en reprenant le mot qui est le titre de nos journées nationales ce mot « traversée » ; ce mot convient d’ailleurs à tout ce qui est vivant car tout ce qui vit implique à la fois la durée, le mouvement, la transformation. Je réfléchirai avec vous sur cinq aspects de cette traversée : 
1- La Bible ne parle que de traversées
2- « Passons sur l’autre rive »
3- La vie de Jésus a été une rude traversée
4- Comment le Christ nous aide à traverser notre épreuve ?
5- Jésus nous tient la main tout au long de notre épreuve
6- Jésus ouvre notre épreuve sur une espérance de vie 

1- La Bible ne parle que de traversées
    La traversée est un sujet qui court à travers toute la Bible ; du début à la fin il n’est question que de traversées. Nous savons que nos ancêtres dans la foi étaient des nomades dont la vie était un perpétuel mouvement, de pâturage en pâturage afin de nourrir leurs bêtes. Mais plus profondément l’histoire de cet ancêtre éponyme Abraham, nous dit que Dieu lui assigne une vocation exigeant de quitter son pays et de traverser de nombreuses contrées vers le pays qui lui était destiné : « Le Seigneur dit à Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront ; celui qui te maudira, je le réprouverai. En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » Abram s’en alla, comme le Seigneur le lui avait dit » (Gn 12, 1-4).
    L’autre ancêtre d’Israël est Moïse. Moïse reçut la vocation de libérer le peuple d’Israël et pour cela il dût quitter le pays d’Égypte pour effectuer, selon le livre de l’Exode une double traversée : la traversée de la mer des roseaux puis la traversée pendant quarante années d’un désert hostile avant d’arriver dans le pays où coulait le lait et le miel. Nous savons que dans la Bible, le chiffre 40 désigne la durée moyenne d’une vie d’homme. Aussi nous pouvons penser que, pour nous comme pour nos ancêtres, la traversée vers la terre promise est vécue tout au long de notre vie.

2- « Passons sur l’autre rive »
    L’évangile n’est pas en reste pour ce qui est de la nécessité d’opérer une traversée. Indépendamment de la vie même de Jésus dont nous parlerons dans quelques minutes, attardons-nous d’abord sur le récit rapporté par les trois synoptiques, Matthieu, Marc et Luc, récit appelé « la tempête apaisée ». Prenons le récit de Marc, c’est au chapitre 4 : « Ce jour-là, le soir venu, il dit à ses disciples : « Passons sur l’autre rive. » Quittant la foule, ils emmenèrent Jésus, comme il était, dans la barque, et d’autres barques l’accompagnaient. Survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait. Lui dormait sur le coussin à l’arrière. Les disciples le réveillent et lui disent : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » Réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : « Silence, tais-toi ! » Le vent tomba, et il se fit un grand calme. Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Saisis d’une grande crainte, ils se disaient entre eux : « Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? » (Mc 4, 35-41). 
    Cette traversée symbolise bien la traversée de notre propre vie. Et d’abord la première phrase : “Passons sur l’autre rive”. Retenons simplement qu’elle est une invitation faite à chacun de nous de prendre conscience qu’il nous faut toujours quitter une rive pour avancer et atteindre une autre rive ; il nous faut sans cesse quitter la rive d’un monde sensible plein de joies certes comme aussi de douleurs et avancer vers la rive d’un monde d’union, de communion plus spirituelle, plus profonde encore et plus définitive que l’union réalisée par nos sens. Il s’agit de partir vers cette autre rive qu’est la rencontre nouvelle et différente du Dieu vivant et donc de la rencontre de tous ceux que nous aimons et qui nous ont quitté visiblement. Il s’agit de passer de l’univers sensible à l’univers invisible de Dieu qui est l’amour même. Nous ne pouvons pas découvrir ce type de communion sans accepter un certain départ non pas bien sûr géographique mais existentiel. Il s’agit dans la douleur même de n’avoir plus de signes sensibles d’une présence, de nous ouvrir à une autre présence, un autre horizon, l’horizon de Dieu. Le renard ne disait-il pas au petit Prince de Saint-Exupery : « On ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible pour les yeux.» Ainsi, l’autre rive est la rive d’une rencontre intime, profonde, réelle, définitive en Dieu, de tous ceux que nous aimons.
    “Survient une violente tempête”. La vie est semée d’embûches et d’épreuves plus ou moins lourdes. Parfois, elles arrivent soudainement alors que nous ne nous y attendions pas. Nous ne savons plus où nous en sommes. Toute paix a déserté notre coeur. Nous sommes comme ce pauvre Job criant sa souffrance : “Pourquoi ne suis-je pas mort dès le sein ? Pourquoi donc deux genoux m’ont-ils accueilli. Désormais, gisant, je serai au calme, endormi, je jouirai alors du repos” (Jb 3, 11-13). Nous avons tous été bousculés par des tempêtes un jour ou l’autre, et la mort de votre enfant en est la plus violente.
    “Lui, dormait sur le coussin à l’arrière”. Dans ces moments terribles, nous avons parfois l’impression que Dieu est absent, qu’il dort ! Et notre prière rejoint alors le cri des apôtres dans la barque : “Nous sommes perdus, cela ne te fait rien ?” Nous avons l’impression que Dieu se désintéresse de notre sort. Nous lui faisons des reproches : “Pourquoi tu ne fais rien ? Pourquoi tu ne change pas le cours douloureux de ma vie ? Pourquoi tu te tais ? Pourquoi es-tu si loin ?” Non seulement ce cri est normal, non seulement nous avons le droit de crier notre détresse de même qu’on ne peut reprocher aux apôtres leur réaction, mais notre cri est notre seul moyen de rejoindre Dieu.
    “Jésus interpelle le vent et la mer”. Certes, on peut voir dans ce récit la puissance de Jésus sur les éléments. Mais nous pouvons aussi penser que sa puissance s’exerce dans nos vies, non pas pour en modifier le cours, mais pour nous redire sa présence, appelant la confiance et source de paix. “Et il se fit un grand calme”. Lorsque nous nous confions ainsi à Dieu, lorsque nous acceptons de lâcher prise et que nous ouvrons les mains, lorsque nous tentons dans la prière de chercher l’unique nécessaire que rien ni personne ne pourra nous enlever, alors nous retrouvons la force d’une présence ; en nous il peut se faire un grand calme et nous pouvons accueillir la paix qui vient de Dieu.
    Et nous entendons la réponse de Jésus à notre angoisse : “Pourquoi avoir peur ? Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ?” C’est moins un reproche qu’une interrogation étonnée et attristée. Jésus, si je peux me permettre, est un peu naïf. Il a toujours tendance à faire confiance, à croire en particulier ceux qui sont ses amis. Aussi, il s’étonne de l’incrédulité de ses disciples, de leur difficulté à comprendre la force de sa présence. L’interrogation de Jésus n’a pas d'autre but que de nous renvoyer à nous-mêmes : je vis une terrible épreuve, mais pourquoi ne pas la partager avec le Seigneur puisque Dieu entre dans mon épreuve, la vit avec moi et ne m’abandonnera pas. 
    Le cri des apôtres dans la tempête est souvent le nôtre : “Nous sommes perdus, cela ne te fait rien ?”, comme si Dieu se désintéressait de notre barque prête à couler. Ce qui nous touche, touche Dieu, ce qui nous fait mal, fait mal à Dieu, et si nous sommes perdus, Dieu est perdu avec nous ! Jésus a lié son sort au nôtre. Il est dans la même barque de l’humanité, dans la même barque que la barque de notre vie. C’est pourquoi il peut dire : “Je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi” (Jn 17, 24). C’est cette certitude qui nous ouvre sur la confiance.
    Qui est donc ce Dieu qui est à la fois présent et caché dans notre barque et apparemment silencieux ? Cette question, je crois et j’espère que nous nous la poserons jusqu’à la fin de notre vie. Dans notre situation terrestre, nous ne pouvons pas y répondre pleinement, nous ne pouvons que balbutier. Comme le dit saint Paul « A présent, nous voyons dans un miroir et de façon confuse, mais alors ce sera face à face » (1 Co 13, 12).

3- La vie de Jésus a été une rude traversée
    Jésus comprend notre épreuve et comment la traverser car lui-même, toute sa vie n’a cessé de passer vers l’autre rive. Si nous savons peu de choses de la vie de Jésus avant sa vie publique, celle-ci est sous le signe de la traversée. Combien de fois Jésus parle du chemin qu’il doit suivre pour aller vers le Père.
    Si Jésus n’a pas connu la douleur de perdre un enfant, il n’a pas été épargné par la souffrance. Très vite, son enseignement et ses actes ont provoqué l’opposition puis la haine des chefs religieux de son peuple. La tempête rapportée par Marc sur le lac n’a pas cessé de bouleverser la vie de Jésus. Déjà dans son propre village de Nazareth, après son enseignement dans la synagogue, les gens furieux le conduisent hors de la ville pour le faire mourir : « À ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas » (Lc 4, 28-29).  L’opposition à Jésus ne fera que grandir au fil du temps et on s’acharne sur lui : « Quand Jésus fut sorti de la maison, les scribes et les pharisiens commencèrent à s’acharner contre lui et à le harceler de questions ; ils lui tendaient des pièges pour traquer la moindre de ses paroles » (Lc 12, 53-54). Après la réanimation de Lazare, les grands prêtres et les pharisiens se sont réunis pour décider du sort de ce Jésus : « À partir de ce jour-là, ils décidèrent de le tuer » (Jn 11, 53). Même scénario dans l’évangile de Matthieu : « Alors les grands prêtres et les anciens du peuple se réunirent dans le palais du grand prêtre, qui s’appelait Caïphe ; ils tinrent conseil pour arrêter Jésus par ruse et le faire mourir » (Mt 26, 3-4). Jésus avait bien compris que sa vie et ses paroles étaient inacceptables pour les chefs religieux et qu’il allait vers une mort certaine et pourtant il ne va pas se dérober : « Montant alors à Jérusalem, Jésus prit à part les Douze disciples et, en chemin, il leur dit : « Voici que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l’homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes, ils le condamneront à mort et le livreront aux nations païennes pour qu’elles se moquent de lui, le flagellent et le crucifient ; le troisième jour, il ressuscitera. » (Mt 20, 17-19). 
    Parmi ses épreuves, une des plus dures fut certainement l’incompréhension de ses meilleurs amis comme lorsque Pierre n’accepte pas que le royaume qu’inaugure son maître se termine par sa mort. Jésus réagira fortement mais aussi avec tristesse : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes » (Mt 16, 23).
    Comment Jésus a traversé toutes ces épreuves ? En s’appuyant sur une totale confiance en Dieu son Père. Jésus connaissait bien les psaumes qui étaient récités lors du sabbat à la synagogue ou encore dans sa prière personnelle comme par exemple ce passage du psaume 16 : « Mon coeur exulte, mon âme est en fête, ma chair elle-même repose en confiance : tu ne peux m'abandonner à la mort ni laisser ton ami voir la corruption » (Ps 16 (15), 9-10). Cette confiance a permis à Jésus de traverser l’épreuve en s’appuyant sur l’amour du Père qui ne l’abandonnerait jamais. Certes, sur la croix, Jésus a éprouvé dans sa sensibilité humaine un terrible abandon. La parole rapportée par l’évangéliste Matthieu « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Mt 27, 46, montre un abandon de Dieu ressenti réellement, mais il achève sa vie dans une totale confiance : « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Lc 23, 46). C’est encore une prière d’un psaume (31 (30), 6) qui se traduit : « Dans ta main je remets mon souffle » c’est-à-dire ma vie. C’est la certitude de la présence permanente de son Père du ciel, présence de lumière et de force qui a soutenu Jésus et lui a permis de traverser les épreuves de sa vie.

4- Comment le Christ nous aide à traverser notre épreuve ?
    Alors, comment Jésus vous aide à traverser votre épreuve ? « Traverser » est un verbe qui contient à la fois un présent et un avenir ; c’est un verbe transitoire en ce sens qu’il est porteur à la fois de souffrance et d’espérance. Mais la traversée n’est-elle qu’un lieu de transition, comme si le présent n’avait pas de valeur en lui-même mais seulement dans la perspective de l’autre rive. Employer le terme de « traversée » ne diminue en rien l’importance du présent, simplement il ouvre un avenir donnant non seulement une perspective mais du sens à la vie. Comme il a été dit hier matin, ce n’est pas l’épreuve qui a du sens, mais c’est la vie.
    Traverser ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’épreuves ressenties douloureusement, mais que l’épreuve contient, au coeur même de la souffrance, une espérance fondée non sur notre propre espérance, une espérance qui viendrait de nous, mais sur l’espérance que Dieu a vis à vis de chacun de nous. Dieu espère en moi, en ma vie, dans ce que j’ai encore à vivre et à réaliser bien plus que moi et c’est sur cette espérance de Dieu que je peux enraciner ma petite espérance. Notre confiance s’ouvre sur le Dieu de la vie, sur Dieu qui ouvre notre présent sur un avenir de vie, apportant la vie à notre présent douloureux.
    La promesse du Dieu de la vie est soulignée à maintes reprises dans les évangiles. Déjà dans le récit de la tempête apaisée, nous avons vu que le Christ, même s’il semble dormir dans notre barque, est là comme une grande et totale sécurité : « pourquoi avoir peur ! ». Mais nous pouvons relever bien d’autres passages dans les évangiles qui confirment cette confiance. Prenons un autre passage de tempête apaisée où Jésus invite Pierre à venir vers lui sur l’eau. C’est dans l’évangile selon Matthieu (14, 22-33) : « Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus ». Dans notre foi, nous croyons que le Christ Jésus sans cesse nous invite à venir vers lui sans avoir d’autre garantie que sa parole. Mais dans nos vies il y a des moments où la puissance de mort vient nous heurter avec la mort de notre enfant alors, comme Pierre, nous sombrons : « mais, voyant la force du vent, il eut peur ». Pierre commence à enfoncer, c’est alors qu’il cria vers le Seigneur : « il cria : « Seigneur, sauve-moi ! ». Dans nos moments de désespoir, quand la souffrance est trop lourde et que nous avons l’impression que la nuit est définitive, nous pouvons crier comme Pierre, « Seigneur, sauve-moi ! ». Alors, comme pour Pierre, le Christ Jésus nous saisit la main : « Aussitôt, Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? ». Cette main du Christ, solide nous soutiendra dans la traversée de l’épreuve et comme pour Pierre, sa présence qui nous tient par la main nous permettra de retrouver un certain calme et au fond du coeur, la paix : « Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba ».

5- Jésus nous tient la main tout au long de notre épreuve
    Jésus nous prend la main non seulement au moment où l’épreuve nous heurte, mais il ne nous lâchera pas la main tout au long de notre vie blessée. C’est ce que nous croyons vraiment. La main de celui qui est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6) ne nous lâche pas. Le Christ Jésus a ouvert à chacun un chemin de vie qui ne se refermera pas. Bien sûr, c’est un chemin, ce qui veut dire que le plus souvent on n’en voit que quelques mètres, juste devant ; bien souvent comme sur nos routes, le chemin ne découvre qu’une petite portion de notre itinéraire et le but semble parfois bien loin. Mais quand nous avons la tentation de désespérer et de rester au bord du chemin, la main de Jésus nous entraîne plus loin portés par son espérance à lui.
    Après la résurrection de Jésus, le récit des disciples d’Emmaüs est significatif. C’est en Saint Luc au chapitre 24. Cléophas et son compagnon ont vécu une dure épreuve. Celui en qui ils avaient mis leur espérance a été crucifié. Ils ont l’impression que tout est fini et, tout tristes, il ont régressé sur le chemin en fuyant Jérusalem. Mais Jésus sans qu’ils en aient conscience, les rejoint sur la route ; si je puis dire il les prend par la main afin de leur redonner une espérance plus forte que la mort. Dans l’auberge d’Emmaüs, le coeur des deux disciples s’ouvre et ils reconnaissent dans la foi que Jésus est vivant et qu’il les accompagnait sur leur chemin. Alors, ils vont quitter la rive de leur désespoir et ils vont reprendre la route vers l’autre rive, là où, retrouvant les autres disciples de Jésus, ils vont continuer à avancer vers la vie.

6- Jésus ouvre notre épreuve sur une espérance de vie 
    Non seulement Jésus nous prend la main et nous accompagne dans notre épreuve, mais il ouvre notre espérance sur une vie éternelle. Cette ouverture sur le monde de la vie ressuscitée en Dieu n’est pas une belle utopie ni une réalité pour demain, sa lumière est déjà présente au creux de notre souffrance. La vie éternelle consiste à participer à la vie même de Dieu ; si cette participation ne sera plénière et définitive qu’après notre mort, elle est déjà à l’oeuvre dans notre vie dès maintenant. C’est dès maintenant que nous pouvons rejoindre l’univers de la vie en Dieu. Comment ? Créés à l’image de Dieu, notre vie est déjà habitée par une présence divine ; nous sommes déjà avec et en Dieu comme le dit Saint Paul dans sa lettre aux Colossiens « « Notre vie reste cachée avec le Christ en Dieu » (Col 3, 3). Cette présence est celle de l’Esprit de Dieu, un Esprit qui nous habilite à vivre dans la présence de Dieu et en lien avec l’amour qui le caractérise. Bien sûr c’est seulement dans la foi que nous entrons ainsi dans l’univers de Dieu. Cet univers est celui où la mort a été vaincue, où la vie, la vie partagée remplit la totalité de l’être de chacun. C’est un univers où la présence réelle mais cachée de tous ceux qui aiment accompagne sans cesse la vie de chacun.
    Ainsi, la traversée de l’épreuve nous introduit par la foi dans l’univers de Dieu, dans cet univers de présence invisible mais vivante qui nous porte et nous soutient sans évacuer la douleur de la rupture de la mort.
    Entrons dans cet univers de Dieu en union avec Jésus, et avec tous ceux qui nous précèdent dans la vie éternelle. Alors, même la joie pourra pénétrer notre coeur, cette joie qui s’apparente tellement à une paix intérieure profonde lumineuse et réconfortante.

Publié dans Conférences

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Retraite diacres 2017 10ème exposé

Publié le par Père Maurice Fourmond

Joie, confiance et paix intérieure

    Je voudrais conclure notre retraite en échangeant sur ces fruits de l’Esprit Saint que sont la joie, la confiance et la paix, trois réalités qui se construisent les unes par les autres. Je pense en effet que vous êtes profondément heureux de l’appel que l’évêque vous a adressé en vu de recevoir le sacrement de l’Ordre comme diacre dans l’Église de Jésus Christ. Je souhaite que cette joie demeure et s’approfondisse.

1 - Accueillir la joie
    Il y a plus d’un an, j’avais animé une session pour un groupe de laïcs sur le bonheur. Nous avions longuement échangé sur ce qu’est le bonheur. Dans notre échange, nous nous sommes posé la question de la permanence du bonheur. Beaucoup pensaient que le bonheur permanent n’existe pas, mais qu’il y a seulement des moments de bonheur.  Beaucoup montraient la différence entre le bonheur et la joie, pensant que celle-ci n’était qu’un instant fugitif et comme un éclat passager.


    Lorsque nous réfléchissons sur ces trois notions, le plaisir, le bonheur et la joie, le premier est défini comme une satisfaction immédiate qui touche principalement nos sens : le plaisir d’un bon repas partagé avec des amis, le plaisir d’un corps à corps intime dans une étreinte sexuelle, le plaisir devant un beau paysage, en écoutant une merveilleuse musique. Tous les sens peuvent nous apporter un plaisir réel. Toutefois tout plaisir n’est pas le bonheur et il n’a pas nécessairement des conséquences constructives pour soi-même et pour les autres ; certains plaisirs peuvent avoir des conséquences désastreuses comme par exemple le plaisir dans la drogue ou dans l’alcool.

    Le bonheur est d’un autre ordre. Il comporte bien sûr du plaisir, mais un plaisir « modéré » ce que le philosophe paysan Pierre Rabhi appelle le « sobriété heureuse ». Dans le monde antique, les philosophes ont développé ce bonheur supérieur appelé « la sagesse ». La sagesse serait l’acceptation paisible de ce qui advient dans une vie après avoir fait le maximum pour trouver du bonheur. Il s’agit de s’accorder au réel. N’est-ce pas une façon de comprendre la parole attribuée à Saint Augustin : « le bonheur, c’est de continuer à désirer ce qu’on possède déjà ». N’est-ce pas Saint Augustin qui, dans sa quête de Dieu, entend le Seigneur lui dire : « « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais pas déjà trouvé ! ». La sagesse augustinienne consiste à comprendre que désirer le bonheur c’est désirer ce que nous possédons déjà c’est-à-dire désirer Dieu qui est déjà donné à chacun de nous. C’est un des nombreux paradoxes et de la foi et de toute vie humaine : nous avons à reconnaître ce que nous avons déjà et, en même temps nous avons à le chercher. C’est probablement ce qui fait le dynamisme et l’espérance de la recherche : nous cherchons et ce désir est déjà un socle solide pour avancer.

    À côté du plaisir et du bonheur, l’homme découvre un autre aspect de sa vie qui est la joie. Il la perçoit comme un instant merveilleux, car elle envahit la totalité de l’être au point que nous avons parfois le sentiment qu’elle nous « déborde » de toutes parts, qu’elle nous dépasse, qu’elle est plus grande que nous. Mais la joie n’est-elle qu’un « éclat » qui disparait au moment même où elle nous bouleverse ? La joie n’est-elle que passagère, ou au contraire est-il possible d’avoir une attitude intérieure joyeuse permanente, tout au long de sa vie? Personnellement, je le crois. 

    Cette joie intérieure qui va au delà de l’émotion est très différente du bien-être ou de l’optimisme ; elle est une orientation intérieure ouverte sur la transcendance. C’est ainsi que, en tous cas pour le chrétien, la joie ouvre notre vie sur une réalité qui nous dépasse. Il y a un lien entre le moment présent et ce qu’on appelle l’eschatologie, entre ce que Congar appelle « le déjà là et le pas encore ». Certains philosophes comme Saint Thomas d’Aquin au 13ème siècle ont cherché à concrétiser la notion de transcendance autour de trois mots appelés les transcendantaux qui sont le beau, le vrai et le bien, trois réalités qui désignent la transcendance, et pour le chrétien le Dieu de Jésus Christ. Ces trois réalités ne sont pas séparables et, devant chacune, on est en présence du divin, en présence de Dieu. Or il est possible de vivre dans la joie intérieure que nous procure l’accueil du beau, du vrai et du bien. Pour le chrétien, l’accueil de ces trois « transcendantaux » se confond avec l’accueil du Dieu de Jésus Christ, accueil qui peut habiter en permanence notre vie.

    C’est ainsi que nous pourrions définir la joie comme ce qui surgit en nous lorsque nous sommes en présence du beau, du vrai ou du bien. Je pense que nous avons tous fait cette expérience. La joie serait alors la jubilation intérieure au-delà d’une émotion sensible, qui naît directement d’une beauté, d’une vérité, d’une bonté qui nous saisit et nous dépasse. Cette joie intérieure qui nous accorde au divin nous met en relation avec un Dieu de Joie.

    Sans les opposer, nous voyons ainsi les différences entre le bonheur et la joie. Quand nous nous interrogeons sur ce que cherchent nos contemporains, les réponses sont diverses ; au-delà des petits bonheurs passagers, beaucoup disent qu’ils recherchent un bonheur durable qui ne soit entamé par aucun obstacle grave. D’autres peut-être plus « spirituels » voudraient avoir une joie intérieure durable. Dans ce cas, on définit différemment ces deux termes : on met dans l’aspect durable du bonheur un état de sérénité et de paix, alors qu’on met dans l’aspect durable de la joie une présence qui comble. N’est-ce pas la joie permanente de tous ceux qui aiment. Nous percevons la différence entre ces deux réalités : le bonheur étant une attitude personnelle de sérénité alors que la joie est vécue dans une relation avec quelqu’un. La joie, plus encore que le bonheur est vécue dans une relation, dans une présence qui comble. On pourrait dire encore que le bonheur se caractérise plus négativement et la joie plus positivement. Le bonheur serait ainsi l’absence de soucis, de difficultés, de larmes alors que la joie serait davantage l’accueil d’une certaine plénitude. Ainsi, la joie serait toujours de l’ordre de la transcendance c’est-à-dire en rapport avec une relation, et dans sa plénitude, relation avec Dieu. Cette joie serait déjà participation à la vie de Dieu, alors que le bonheur serait davantage dans l’ici-bas de nos vies, dans la dimension terrestre de notre existence.


    Tout ceci peut nous permettre de trouver du sens à cette affirmation : la joie se reçoit alors que le bonheur se construit. Nous avons tous fait cette expérience : on peut faciliter ou faire obstacle au bonheur. Par contre, la joie advient en dehors de nos efforts, car il est un don de Dieu.

    Il convient de vivre la joie comme d’ailleurs le bonheur, non pas dans un avenir plus ou moins proche, mais comme accessibles dans le réel de nos existences, dans le quotidien de nos vies. Nos vies sont traversées de multiples événements et de multiples rencontres. Ils vont faire surgir des réactions diverses selon l’impact de ces événements ou de ces rencontres. Ces réactions s’inscrivent dans ce qu’on appelle des sentiments : ce peut être des sentiments de joie ou de peine, des sentiments de colère ou de reconnaissance, des sentiments d’amour ou de haine. Un sentiment est ce que je ressens dans mon corps et dans mon âme lorsque je suis touché par quelque chose ou quelqu’un. Et le sentiment peut faire naître de la joie ou du bonheur comme aussi de la tristesse ou de la violence. C’est ainsi que la joie ou le bonheur s’inscrivent dans le réel de notre existence. Ce n’est pas toujours ce que nous souhaitons et pensons, et il nous faut prendre conscience que parfois nous plaçons la joie ou le bonheur dans l’imaginaire, nous rêvons un bonheur idéal loin de la réalité de nos vies. De même pour la joie, nous rêvons d’une joie imaginaire dont nous éprouverions les transports et l’excès. 

    Nous l’avons déjà dit, Dieu est réaliste, Dieu ne rêve pas notre vie. Dieu n’a pas une idée imaginaire de ma vie ; il n’a pas une vision imaginaire de ce que je devrais être, mais il voit ce que nous pouvons être et faire à tel moment de notre vie, compte tenu ce que nous sommes en réalité. Dieu ne nous voit pas comme un homme parfait, une femme parfaite car cela n’existe pas. Il nous voit dans le réel de nos existences, avec ce que la vie fait de chacun de nous en bon et en moins bon. En nous regardant, Dieu n’aime pas une image idéale mais il aime chacun de nous tels que nous sommes. Et c’est tels que nous sommes que Dieu peut nous ouvrir à sa joie.

    Notre vie spirituelle comme cette joie qui vient de Dieu peuvent se vivre avec nos limites et nos faiblesses. Nous avons parfois tendance à penser notre relation à Dieu, notre vie spirituelle hors de la réalité concrète de la vie. Certains opposent le réel et le spirituel, le spirituel se situant dans des zones éthérées, dans le ciel et non dans la réalité souvent mélangée de nos vies. C’est exactement le contraire de ce qui nous est révélé dans le mystère de l’Incarnation. Dieu s’est fait homme précisément afin de nous permettre de vivre une authentique vie spirituelle à travers le concret, le réel de nos vies. C’est bien ce que Jésus a vécu et ce qu’il nous a montré. C’est le risque d’une vie spirituelle de s’évader du réel en particulier dans la prière. Celle-ci n’est nullement détachée du concret de nos vies. Tout au contraire, la prière est un regard réaliste sur notre vie, comme Dieu est réaliste dans le regard qu’il porte sur notre vie à la lumière de son amour infini. Ce regard de Dieu sur nous, nous voit comme nous sommes réellement avec nos générosités et nos faiblesses. Toutefois, certaines visions de l’homme ont amené les chrétiens à majorer leur situation de pécheur devant Dieu. Je suis convaincu que Dieu nous regarde non pas comme des coupables, mais comme des enfants bien aimés ; je pense que des parents qui aiment voient leur enfant d’abord dans sa beauté avant de voir ses défauts. C’est notre beauté, notre dignité que Dieu voit d’abord en nous avant de s’attrister de nos faiblesses et de notre péché.

    C’est donc avec réalisme qu’il nous faut regarder la joie et le bonheur qu’il nous est donné d’accueillir. Certes, nos vies sont traversées par des événements qui ne dépendent pas de nous. Toutefois il y a diverses façons de vivre les événements qui surviennent. Je crois que ce n’est pas d’abord une question de tempérament plus ou moins optimiste ou pessimiste même si le tempérament joue ; je pense que c’est d’abord une question de choix. Vous connaissez certainement la parole du Deutéronome : « Vois ! Je mets aujourd’hui devant toi ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur... Je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance » (Dt 30, 15-19). Il y a donc, pour une part, une façon de vivre qui dépend de nous et qui facilite l’accueil et la naissance de la joie.

    Je viens d’employer le verbe « naître ». En effet la joie est de l’ordre d’une naissance. On peut faire cette remarque dans les deux sens : la joie est une naissance et à l’inverse, toute naissance provoque la joie. Jésus utilise cette expression pour nous parler de notre joie : « Amen, amen, je vous le dis : vous allez pleurer et vous lamenter, tandis que le monde se réjouira ; vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie. La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée. Mais, quand l’enfant est né, elle ne se souvient plus de sa souffrance, tout heureuse qu’un être humain soit venu au monde. Vous aussi, maintenant, vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira ; et votre joie, personne ne vous l’enlèvera » (Jn 16, 20-22). Généralement une naissance fait naître de la joie pour diverses raisons ; parce qu’un homme, une femme est venue à la vie ; parce que cette naissance est un événement merveilleux, une merveille qui provoque l’étonnement, l’admiration, la joie.
    Cette réalité de la joie comme naissance, nous invite à penser que la joie n’est pas si éphémère que cela. En effet quand un petit homme est né, les parents habituellement en éprouvent une grande joie, mais cette joie ne disparait pas lorsque les difficultés de la vie se présentent. C’est ainsi que la joie est reliée à l’amour et, lorsque l’amour demeure, la joie demeure même si la vie est plus rude et blessante.

2 - La confiance
    Nous en avons déjà parlé au cours de notre retraite. La confiance que Dieu attend de nous n’est autre que celle d’un enfant qui se sait aimé infiniment. Certes la notion de confiance peut s’employer dans des relations d’échanges commerciaux, mais dans ce cas il s’agit de s’assurer de l’honnêteté du partenaire et non d’une relation aimante. La confiance qui engage toute la personne dans une relation, ne peut naître que de la certitude d’être aimé par l’autre. Quand on se sait aimé par quelqu’un, tout en se situant non pas dans l’imaginaire mais dans la vérité de la fragilité humaine, cette certitude permet de garder cette confiance que celui qui m’aime va faire tout ce qui lui est possible pour que je me construise dans mon humanité la plus profonde.


    L’amour de Dieu pour moi, l’espérance de Dieu quant à l’accomplissement de ma vie, la confiance qu’il me témoigne, vont nourrir ma propre confiance. La confiance est un don réciproque : Dieu me fait confiance et je lui fait confiance. De la confiance que Dieu a vis-à-vis de moi va naître la confiance que j’ai en ce Dieu qui m’aime mais aussi va faire naître une réelle confiance en moi. Si Dieu me fait confiance comment je n’aurais pas confiance en moi pour réaliser la charge qui m’est confiée, pour conduire ma vie vers ma sainteté. Cette réciprocité de la confiance est un facteur de dynamisme pour notre vie comme aussi pour notre joie intérieure permanente.

    Jésus n’a cessé de provoquer la confiance chez tous ceux qui l’ont approché. Nous trouvons à plusieurs reprises dans l’évangile selon Matthieu un appel de Jésus à la confiance : « Et voici qu’on lui présenta un paralysé, couché sur une civière. Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Confiance, mon enfant, tes péchés sont pardonnés » (Mt 9, 2). Et un peu plus loin : «  Jésus se retourna et, la voyant, lui dit : « Confiance, ma fille ! Ta foi t’a sauvée. » Et, à l’heure même, la femme fut sauvée » (Mt 9, 22). Lorsque ses amis sont effrayés sur la mer déchaînée, Jésus leur rappelle que sa présence doit bannir toute peur et ouvrir à une totale confiance : «Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils dirent : « C’est un fantôme. » Pris de peur, ils se mirent à crier. Mais aussitôt Jésus leur parla : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez plus peur ! » (Mt 14, 25-27). 


    Notre confiance est fondée sur la présence du Christ Jésus. C’est cette confiance qui donne l’audace d’entreprendre, c’est cette confiance qui assure la joie du coeur et c’est cette confiance qui procure la véritable paix.

3 - La paix intérieure
    La paix intérieure n’est pas la sérénité. La sérénité est d’ordre psychologique ; elle est un certain état de tranquillité, fruit d’une sagesse qui sait accepter les aléas de la vie sans trouble excessif. La paix va beaucoup plus loin : elle est la conscience paisible d’être à sa place, elle est la conscience paisible d’être en cohérence avec sa vie. Elle ne s’acquiert pas, elle est un don gratuit de l’amour de Dieu pour moi.

    De nombreux passages de l’évangile nous le rappelle en particulier en Saint Jean : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens vers vous. Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi. Je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent ; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez » (Jn 14, 27-29). De ce passage nous pouvons retenir deux choses : d’une part que la paix est celle-là même qui habitait le coeur de Jésus. La paix de Jésus n’était pas une sérénité comme si rien ne l’atteignait. La paix de Jésus et justement cette conscience d’être à sa place, de réaliser ce pour quoi il est ici-bas. C’est pourquoi je pense que Jésus sur la croix était en paix ; il n’était pas serein car plein d’angoisse en raison de sa souffrance et de la proximité de sa mort. Mais il était en paix car il avait accompli tout ce qu’il était ; n’est-ce pas une de ses dernières paroles « Tout est accompli ». C’est la conscience douloureuse de la vérité de sa vie, d’avoir accompli sa vie qui était la source de sa paix, cette paix qu’il nous donne.

     D’autre part cette paix que Jésus nous donne, si elle ne nous préserve pas des difficultés de la vie, nous permet de dépasser la peur puisque cette paix de Jésus nous est sans cesse donnée grâce à la présence permanente du Christ vivant dans notre vie.


    Pierre, dans son discours chez le centurion Corneille, un païen, rappelle que la mission qu’il a reçu de Dieu consiste à annoncer la bonne nouvelle de la paix par Jésus Christ : « Alors Pierre prit la parole et dit : « En vérité, je le comprends, Dieu est impartial : il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont justes. Telle est la parole qu’il a envoyée aux fils d’Israël, en leur annonçant la bonne nouvelle de la paix par Jésus Christ, lui qui est le Seigneur de tous » (Ac 10, 34-36). C’est cette bonne nouvelle que Saint Paul de cesse d’annoncer à ceux qui sont devenus disciples de Jésus : « Que le Dieu de l’espérance vous remplisse de toute joie et de paix dans la foi, afin que vous débordiez d’espérance par la puissance de l’Esprit Saint » (Rm 15, 13).


    C’est ce même souhait que je vous adresse au moment où vous allez recevoir la puissance de l’Esprit dans l’ordination diaconale.

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Retraite diacres 2017 9ème exposé

Publié le par Père Maurice Fourmond

 

J’ouvre ma vie à la miséricorde de Dieu

    Notre vie est fondée sur la certitude que Dieu espère en nous, espère en l’humanité, espère que l’amour qu’il est lui-même transformera cette humanité dont chacun membre est à son image. Cette espérance nous est communiquée par le don de l’Esprit Saint qui habite notre vie. Nous avons mission comme nous l’avons dit hier soir d’être les témoins de cette espérance de Dieu et ainsi d’ouvrir un avenir à tous ceux que Dieu met sur notre route. Devant cette tâche nous prenons conscience à la fois qu’il nous est possible de la réaliser, dans les limites qui sont les nôtres, puisque Dieu nous accompagne, mais aussi nous avons conscience que nous sommes faibles, fragiles et que nous avons sans cesse besoin de nous ouvrir à la tendresse et à la miséricorde de Dieu pour nous-mêmes mais aussi afin d’être habités par cette miséricorde envers tous ceux qui nous sont confiés. Je voudrais ce matin méditer avec vous sur cette miséricorde de Dieu en contemplant la vie de Jésus témoin fidèle de la miséricorde de Dieu. Il nous sera possible ensuite de comprendre le sens du pardon à offrir, et pour nous-mêmes le sens de ce beau sacrement dit de la réconciliation.

1- L’attitude de Jésus a toujours été sous le signe d’une infinie miséricorde. 
    Contrairement à l’attitude légaliste de beaucoup de pharisiens pour qui l’application de la Loi ne supportait ni dérogation ni pardon, Jésus n’a cessé de montrer qu’aucune situation n’est définitive et qu’il y a toujours une brèche pouvant accueillir un pardon. Jésus regarde l’homme fragile avec tendresse.


    Jésus connait la fragilité humaine et c’est pour accueillir cette fragilité qu’il est venu au milieu des hommes : nous connaissons cette parole de Jésus : «Je veux la miséricorde, non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs» (Mt 9, 13). Cette fragilité humaine est le lot de tous même des meilleurs comme le reconnaît l’apôtre Paul : «Je sais que le bien n’habite pas en moi, c’est-à-dire dans l’être de chair que je suis. En effet, ce qui est à ma portée, c’est de vouloir le bien, mais pas de l’accomplir. Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas» (Rm 7, 18-19). C’est ainsi que nous blessons souvent notre propre vie mais aussi la vie des autres, blessant ainsi le coeur de Dieu dans son amour pour tous les hommes ses enfants. Si nous avons conscience des blessures qui sont de notre fait,  il nous arrive nous-mêmes d’être blessés même par ceux que nous aimons et qui nous aiment. Toute blessure qu’elle soit physique ou morale a besoin d’être soignée et si possible guérie. La faute morale, le péché qui blesse aussi bien l’auteur que celui qui en est victime a besoin d’être soigné et guéri. Jésus n’a pas cessé de «guérir» l’homme blessé par son péché. Le pardon est un baume sur la plaie de nos faiblesses.


    L’étymologie du mot pardon est intéressante. Le mot « pardon » vient du latin «per-donare» ; le préfixe «per» a deux sens : soit «à fond», «totalement», «complètement», soit «au-delà», «à travers» ou encore «traverser»; quant au terme «donare», c’est le même mot français «donner». Ainsi, le pardon signifie à la fois «faire grâce», «donner en excès», «accorder définitivement», «donner à nouveau» ; ou encore supprimer un obstacle : « Je te pardonne » peut alors signifier « j’enlève ce qui fait obstacle à la relation qui nous unissait». On utilise en latin un autre mot très proche, le mot «rémissio» (cf. le Credo «Je crois à la rémission des péchés»), mot utilisé pour la remise d’une peine ; ou encore le mot «dimittere» qui voulait dire «laisser partir» ou «renvoyer». Mais les païens chrétiens parlaient grec et, en grec le mot «pardon» se dit «aphesis» ; à l’origine, c'est l'action accomplie lorsqu'on largue les amarres d'un bateau pour le laisser partir et lui permettre de prendre le large ; quelle belle image du pardon !  Ainsi, dans la Bible des Septante en grec, ce mot est utilisé pour dire «renvoyer libre» les opprimés (Is 58, 6) ou encore pour signifier l’affranchissement d’un esclave (Jr 34, 15.17). Notons que le pardon est spécifique de l’humain ; un animal ne pardonne pas, seul l’homme pardonne et donc, pour le croyant,  le pardon est d’origine divine, l’homme étant à l’image de Dieu.


    Le pardon est essentiel pour comprendre qui est Jésus comme aussi le sens de sa vie. Dans les évangiles, parmi les nombreux passages sur le pardon, relevons quelques récits particulièrement significatifs du pardon de Jésus pour regarder ensuite les grandes paraboles de la miséricorde qu’il a transmises à ses amis.


    Prenons d’abord le récit de cette femme surprise en flagrant délit d’adultère, (Jn 8). La Loi de Moïse exige de lapider cette femme (Lv 20, 10). Les scribes et les pharisiens interrogent Jésus sur l’application de cette loi. Jésus renvoie chacun à sa conscience : qui peut juger son prochain ? Tous les accusateurs de la femme se retirent. Jésus reste seul devant la femme et demande : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? » Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus» (Jn 8, 10-11). Ce qu’il faut retenir surtout, ce n’est pas seulement que Jésus refuse de condamner cette femme, mais plus profondément c’est qu’il va lui ouvrir un avenir en lui faisant confiance. Il croit qu’elle peut changer sa vie : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus ». L’évangile ne dit rien sur le comportement de cette femme par la suite, mais la confiance de Jésus en cette femme lui ouvre un avenir, un avenir que ses accusateurs avaient fermé. Le pardon est une confiance donnée et redonnée qui ouvre un avenir et donc permet d’avancer vers demain.


    Le récit de Marie de Magdala est aussi significatif de l’attitude de Jésus. Dans ce récit, cette femme, une pécheresse, vient aux pieds de Jésus alors qu’il est à table dans la maison de Simon, un pharisien. Toute en pleurs, Marie va verser un parfum précieux sur les pieds de Jésus au grand scandale de son hôte. Retenons seulement cette phrase de Jésus : «Si, je te déclare que ses péchés si nombreux ont été pardonnés, c’est parce qu’elle a montré beaucoup d’amour» (Lc 7, 47). Comment Jésus peut-il dire cela ? Est-ce que vraiment l’amour couvre tous nos péchés, renverse l’orientation de notre vie fragile, nous remets dans le coeur de Dieu ? Mais n’est-ce pas justement ce que nous dit saint Jean : «Quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu» (1 Jn 4, 7). Ainsi, tout geste vrai d’amour nous accorde à Dieu. Mais si nous sommes unis ainsi à Dieu par l’amour, accordés à Dieu qui est l’amour même, nos péchés disparaissent pour laisser la place à l’espérance de Dieu nous ouvrant un avenir de paix.


    Ouvrir un avenir est le coeur de tout pardon. N’est-ce pas le dialogue entre Jésus et ce larron suspendu à une croix. On pourrait penser que le sort du malfaiteur pendu à la croix à côté de Jésus est sans appel. Or la présence de Jésus, la présence de cet homme crucifié avec lui mais qu’il considère comme juste, touche le coeur de ce bandit qui, rentrant en lui-même, va reconnaître la vérité de sa vie : «Pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal». Cet homme enfin découvre la vérité de sa vie et par là même, s’accorde à Dieu. Et Jésus ouvre à cet homme un avenir qui est la vie éternelle : «En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis» (Lc 23, 41-43).

2- Les paraboles de la miséricorde
    C’est dans l’évangile de Luc que se trouve développé longuement les trois grandes paraboles de la miséricorde (Lc 15). Nous les connaissons par coeur. Le récit de la brebis égarée, nous dit que Dieu ne se console pas de nous voir perdus. Il ne cesse de nous chercher jusqu’à ce qu’il nous ait retrouvé. Par le mal et le péché, nous sommes «perdus» en ce sens que nous avons blessé quelque chose de notre humanité, nous détournant ainsi pour une part, du chemin de notre véritable destinée, nous avons en quelque sorte «perdu» le sens de notre accomplissement humain et donc de notre véritable identité ; je ne sais plus qui je suis. Si personne ne part à ma recherche, je n’ai aucune chance de retrouver le chemin de ma propre identité. Cette parabole nous affirme que Dieu, par diverses médiations humaines, est à notre recherche tant qu’il ne nous a pas retrouvé. Encore faut-il se laisser prendre sur ses épaules, car lui seul peut nous faire retrouver le chemin de notre accomplissement. Jésus est le bon berger qui part à la recherche de chacun de nous et n’a de joie que si, nous ayant retrouvé, il nous remet sur la route de notre véritable vie.


    Dans la seconde parabole de la pièce de monnaie perdue et retrouvée, la joie de la femme ayant retrouvé sa pièce est à souligner. Elle ne peut que partager cette joie avec tous : la femme «réunit ses amies et ses voisines et leur dit : 'Réjouissez-vous avec moi». Le pardon est non seulement un avenir rouvert pour le pécheur, mais une joie, la joie de Dieu, une joie partagée dans la communion des saints.


    Enfin, bien sûr, la magnifique parabole du fils prodigue dont on a dit que l’image du père était une des plus belles représentations humaines de Dieu. Même s’il a été blessé par le départ de son fils, ce n’est pas la blessure de son coeur qui compte, le passé de son fils disparaît tant il est à la joie des retrouvailles. Il se précipite vers son fils et le prend dans ses bras. Il n’a aucune parole de reproche, il ne lui demande pas ce qu’il a fait ni pourquoi ; ce qui compte, c’est seulement d’être à nouveau tout près de son enfant. Son fils n’a même pas le temps de débiter la petite formule qu’il avait préparée, que son père le réintègre pleinement dans la totalité de sa confiance de père ; il est son fils bien aimé ; alors vite il faut lui mettre l’anneau de la liberté au doigt, des sandales aux pieds, le revêtir du plus beau vêtement et faire la fête. Oui, le père de cette parabole est sans doute la plus belle et la plus juste représentation de ce qu’est Dieu pour chacun des enfants que nous sommes pour lui. Après avoir entendu cette parabole de Jésus, comment désespérer du pardon de Dieu quel que soit la faute commise.


    Non seulement Jésus a été un homme de miséricorde, mais il a souvent demandé à ses disciples de pardonner. À Pierre qui trouvait que pardonner sept fois était déjà un bel exploit, Jésus lui dit qu’il convient de pardonner 70 fois 7 fois c’est-à-dire toujours. (Mt 18, 21-22). L’évangéliste explicite la parole de Jésus par la parabole du débiteur impitoyable. La prière que Jésus recommande à ses amis insiste sur le pardon : «Remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs» Mt 6, 12. Ainsi le pardon est un des mot clés de la Révélation, très central dans la vie de Jésus, dans la nôtre comme aussi dans l’évolution de notre humanité.

3- Être un homme, une femme de pardon
    Nous devrions être comme Jésus, un homme, une femme de pardon. À partir de l’exemple de Jésus, quelles seraient les caractéristiques du pardon qu’il nous demande de donner ? Nous savons qu’il n’est pas si facile de pardonner à celui qui nous a blessé. Tout d’abord, le pardon ne consiste ni à minimiser l’événement qui a blessé, ni à l’oublier. Croire "qu'on efface tout" ou "qu'on repart à zéro", est pure illusion. La blessure non-assumée dans un processus qui demeure, reste au fond de soi selon des couches successives qui vont faire surface en cas de crise et parfois constituent un obstacle insurmontable. 


    Mais alors que faire de la blessure ? Le pardon est l'utilisation positive de ce qui nous a blessé afin de grandir en amour et en liberté. Peut-être d’abord reconnaître que le mal que quelqu’un nous a fait ne résume pas toute la personne. Une des pensées positives pour dire le pardon consiste à se dire en vérité : «Je crois que tu es meilleur que ce que tu m’as fait». Ce n’est nullement minimiser l’événement blessant, mais éviter une globalisation très certainement mensongère. Il s’agit de dissocier au moins en partie l’acte et la personne. Le pardon est donc d’abord une attitude intérieure, une «conversion» du coeur et du regard sur la personne qui m’a blessé. 


    Une autre caractéristique du pardon est qu’il est un chemin. Ce regard positif sur celui qui m’a fait du mal, n’est pas évident et il faut souvent beaucoup de temps avant de formuler un pardon. Mais déjà le chemin est une forme du pardon car il signifie la vérité de notre désir. Le désir de pardonner même si nous n’arrivons pas à formuler un pardon nous met déjà sur le chemin, plus encore il nous fait entrer déjà dans un véritable pardon même s’il n’est pas encore achevé.


    Le pardon demande-t-il de s’expliquer devant celui qui nous a blessé, de dire à l’autre la blessure qu’il nous a infligée? Parfois, nous minimisons la blessure et nous nous disons : "Cela ne vaut pas la peine d'en parler". Dans la plupart des cas, cela vaut la peine car cela "exorcise", "libère" en nous ce qui risquerait de rester pierre d'achoppement et cela peut aussi aider l’autre à sa propre conversion.


    Nos vies ne sont pas seulement marquées par des blessures, mais par ce qu’on appelle des conflits. L’existence d’un conflit ne doit pas être confondu avec une blessure. Le conflit se situe dans un autre domaine qui, en lui-même, n’a rien à voir avec une blessure. Pardon et réconciliation ne concernent pas directement les conflits entre les personnes. Certes, un conflit grave peut entraîner des blessures, mais en soi le conflit n’est nullement une blessure ou un mal. Le conflit est inhérent à la condition humaine en ce sens que les différences entre les personnes engendrent des divergences d’opinion, lesquelles vont s’affronter lorsqu’il s’agit d’une décision commune à prendre. Il est normal que nous n’ayons pas tous les mêmes positions dans les domaines de la vie tout court ou de la vie en société. Et même ces différences sont nécessaires, elles alimentent la discussion qui permet à chacun de découvrir des aspects ignorés ou occultés du problème. Elles obligent souvent à des solutions de compromis qui garantissent la paix. Ainsi l’existence d’un conflit entre des personnes ne demande pas qu’on se pardonne sauf si, dans la vivacité ou la passion de l’échange, l’un ou l’autre s’est laissé aller à des paroles ou des actes blessants, ou encore si l’affirmation de ma vérité est une négation de l’autre. Ce fut malheureusement le cas du conflit qui opposait Jésus et les chefs religieux de son pays. L’affirmation de l’absolue vérité d’une pratique religieuse chez un certain nombre de pharisiens aboutissait à la négation de l’autre, à la négation de Jésus, conduisant à son élimination. Il ne faut donc pas confondre conflit et blessure. 


    S’il y a eu vraiment blessure et si, dans ce cas, le pardon est source de liberté, il ne faut pas le confondre avec la réconciliation. En effet, le pardon peut être donné, offert sans pour cela qu’une réconciliation puisse se faire. Le pardon peut être offert ou demandé sans que l’autre réponde au mouvement qui offre ou demande. Ce mouvement peut être ignoré ou refusé. La réconciliation va demander l’accord entre les deux protagonistes, celui qui a été blessé et celui qui a blessé. Si mon pardon «ouvre» un avenir à celui qui m’a blessé, c’est un avenir pour lui et pas nécessairement un avenir que je dois partager.


    Si une réconciliation est possible et souhaitée par les deux parties, plusieurs conditions sont nécessaires. Tout d’abord faire la vérité entre nous. Souvent les choses sont complexes. Pour donner un exemple : j’ai eu un propos qui a blessé mon ami. Je n’avais pas l’intention de blesser et même c’est une mauvaise interprétation de mes paroles qui a provoqué la blessure chez mon ami. La vérité sera, pour la personne blessée, de reconnaître que je n’avais nullement l’intention de la blesser mais aussi chez moi, la réalité du ressenti de mon ami. Une autre condition consiste justement à ne pas oublier mais à garder en mémoire, à utiliser ce qui s’est passé afin d’être plus attentifs à ce que l’on dit ou ce que l’on fait ; l’expérience devrait permettre une meilleure relation entre nous. Enfin il conviendrait de ne pas oublier nos propres fragilités qui nous rappellent que nous ne sommes pas à l’abri de faiblesses qui peuvent causer de nouvelles blessures, c’est une question de vérité et d’humilité.

4- Le sacrement de la réconciliation
    Qu’en est-il de la réconciliation avec Dieu ? Un élément capital pour notre vie chrétienne consiste à savoir dans la foi que le pardon de Dieu nous précède toujours. Dieu n’attend pas que je donne des preuves de ma conversion pour me pardonner. Dieu offre sans cesse son pardon sans condition comme le père du fils prodigue. Le pardon de Dieu nous est donné avant même que nous l’ayons sollicité. Nous sommes déjà pardonnés avant même que nous ayons décidé de le demander, avant même de franchir la porte du confessionnal, avant même que nous ayons pris conscience de notre péché. Il convient seulement d’ouvrir sa vie à ce pardon de Dieu. Le pardon de Dieu est toujours à notre porte, il suffit simplement d’ouvrir la porte.


    Lorsque nous venons pour recevoir le sacrement de la réconciliation, ce n’est pas pour solliciter le pardon de Dieu, puisqu’il nous est déjà donné, mais pour entendre de nos oreilles ce pardon de Dieu à travers cette action symbolique qu’est le sacrement. Et cette parole sacramentelle nous ouvre un avenir. La parole du sacrement n’est peut-être pas d’abord une parole à travers laquelle Dieu me dit qu’ilm’a pardonné mais une parole à travers laquelle Dieu me dit qu’il a confiance en moi, qu’il croit en moi. La parole de la réconciliation m’ouvre un avenir de confiance, confiance en Dieu, confiance dans la vie, confiance en moi-même à cause de la confiance de Dieu. C’est pourquoi cette parole sacramentelle apporte  l’énergie nécessaire pour reprendre la route de ma sainteté et pour avoir le coeur en paix.


    Pardonner et être pardonné sont des conditions pour trouver la paix. Ceci est valable non seulement pour la paix intérieure de chacun, mais pour la paix entre les peuples. Par rapport à nous-mêmes le pardon nous remet à notre juste place, le pardon remet la relation blessée dans une vérité rétablie, la vérité de ma faiblesse et d’un amour qui m’est offert gratuitement. C’est pourquoi il est source de paix intérieure. Mais lorsque nous avons conscience d’avoir blessé les autres et donc Dieu, nous avons besoin d’avoir si possible un triple pardon : bien sûr le pardon de Dieu, le pardon de celui ou de ceux que nous avons blessés, mais il convient aussi de se pardonner à soi-même. On dit peut-être : comment peut-on «se» pardonner ? C’est le dialogue entre moi et ma culpabilité. Se pardonner c’est retrouver une certaine confiance en soi au-delà du juste sentiment d’être coupable. C’est un nouveau regard sur soi-même, un regard dans lequel un avenir est possible. Ce regard m’est donné dans le regard d’un Dieu qui nous redit sans cesse sa confiance. L’expérience nous dit que se pardonner à soi-même est souvent plus difficile que pardonner à autrui.


    Ajoutons que la véritable paix entre les peuples ne peut se vivre sans le pardon mutuel. Sans le pardon, la paix des armes est une paix bien fragile comme l’histoire le montre.

5- Le pardon est aussi, pour le chrétien, une mission
    Si, de par notre baptême, nous sommes participants de la mission de Jésus Christ, nous avons à porter sa mission de pardon, mission qu’il n’a cessé de remplir tout au cours de sa vie terrestre. Comme disciples de Jésus, nous avons la responsabilité d’être les messagers du pardon dans notre monde. Nous avons la responsabilité d’être des ambassadeurs de la réconciliation.  

 
    Mais cette mission commence tout près de nous, dans nos propres familles, avec nos voisins ou nos collègues de travail. Quand nous vivons du pardon nous sommes au service du « monde nouveau », ce monde nouveau dont Saint Paul nous parle et qui est le fruit de cette réconciliation que le Christ nous a obtenu. Paul le dit clairement dans sa seconde lettre aux chrétiens de Corinthe : «Si quelqu'un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s'en est allé, un nouveau monde est déjà né. Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ et nous a confié le  ministère de la réconciliation. Car c'est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui, ne mettant pas leurs fautes au compte des hommes et mettant en nous la parole de réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous, c'est Dieu lui-même qui vous adresse un appel. Au nom du Christ, nous vous en supplions, laissez-vous réconcilier avec Dieu”. (2 Co 5, 17 –21).


    Le fruit du pardon n’est pas seulement chez la personne qui pardonne et celle qui est pardonné, le pardon construit ce «Royaume» de Dieu qui est un royaume de justice et de paix. Nous voyons ainsi à quel point cette réalité qu’est le pardon contribue profondément à l’humanisation des personnes et des peuples, à l’accomplissement de l’humanité et donc au projet de Dieu. N’est-ce pas pour une large part le salut que Jésus de Nazareth est venu inaugurer au milieu des hommes.
 

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Retraite diacres 2017 8ème exposé

Publié le par Père Maurice Fourmond

Être témoins de Jésus Christ
« Aimer, c’est faire naître une personne »

    Nous l’avons déjà dit : le chrétien n’est pas d’abord un homme qui adhère à un certain nombre d’affirmations sur Dieu, c’est quelqu’un qui répond à une proposition d’amour de Dieu, à une alliance avec Dieu, c’est quelqu’un qui vit une relation aimante avec un Dieu dont il se sait aimé. L’incarnation n’aurait aucun sens s’il s’était agi seulement de communiquer aux humains un certain nombre de concepts sur Dieu. L’incarnation prend son sens dans la volonté de Dieu de partager sa vie, dans cette relation filiale que Jésus vit avec son Père et qu’il nous invite à vivre “par lui, avec lui et en lui”. Cette relation ne peut exister que dans cette certitude intérieure que l’amour de Dieu nous précède. Nous trouvons cela affirmé particulièrement dans la première lettre de saint Jean : “Voyez de quel grand amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu ; et nous le sommes !” (1 Jn 3, 1). Et au chapitre suivant : “Voici ce qu’est l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés” (1 Jn 4, 10). A cause de cela, le commandement essentiel répété dans les évangiles est d’aimer Dieu et de nous aimer les uns les autres. C’est l’attitude qui seule peut rendre crédible notre message : “A cela, tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres” (Jn 13, 35). C’est cela être témoin de Jésus Christ. C’est votre mission comme baptisés et tout particulièrement comme diacre de Jésus Christ.
    
1- Aimer, c’est faire naître une personne.
    Au jour de l’ordination, l’évêque vous confie une triple mission : au niveau de la Parole, dans le rassemblement liturgique et comme témoins de l’amour du Christ pour les plus fragiles. Ce troisième aspect me semble premier pour ce qui concerne le ministère diaconal aussi c’est cet aspect de votre ministère que je voudrais méditer avec vous. C’est bien sûr l’essentiel de toute vie chrétienne, toutefois le ministère diaconal vous demande d’être particulièrement témoins de cet amour du Christ pour les plus démunis.


    Aimer, est un mot que nous prononçons souvent. Il recouvre les réalités les plus diverses, des plus sublimes aux plus misérables, des plus généreuses aux plus perverses. Essayons quelques instants de regarder cette réalité si belle et si exigeante, réalité qui, selon saint Jean, définit Dieu lui-même.    Qu’est-ce qu’aimer ? Que veut dire être aimé ? Ces questions sont essentielles non seulement pour ceux qui s’engagent dans la vocation du mariage, mais pour tous ceux qui croient que toute personne humaine est à l’image d’un Dieu qui n’est qu’amour.


    Dans une conférence aux animateurs d’aumônerie, Xavier Lacroix, marié et père de trois enfants, enseignant la morale familiale à la Faculté de Théologie de Lyon, développe les différents sens du mot « amour », les différents niveaux dans l’expérience de l’amour. Le premier, dit-il, est celui du plaisir : aimer sera trouver du goût dans la relation avec l’autre. En soi, le plaisir est bon, mais, dans l’amour, il se heurte à deux limites : l’un est l’égoïsme lorsque la recherche du plaisir se situe dans le seul rapport à soi-même. L’autre est l’aspect superficiel du plaisir si le coeur n’est pas en cause. Le 2ème niveau c’est celui du « ressenti » ou encore de « l’émotion ». L’émotion va plus loin que le plaisir mais elle reste passagère. Le 3ème niveau est celui du sentiment ; il comporte un attachement à l’autre. Il n’est pas seulement plaisir mais joie, pas seulement jouissance, mais réjouissance partagée. Cependant le sentiment reste fragile et ne va pas jusqu’au bout de l’amour. Et Xavier Lacroix parle d’un 4ème niveau qu’il appelle « volonté » c’est-à-dire le mouvement de tout l’être, à la fois décision, résolution et mise en oeuvre, décision d’accorder la priorité à l’autre. Et Xavier Lacroix propose plusieurs définitions de l’amour vrai. L’une entendue dans sa jeunesse selon laquelle aimer quelqu’un, c’est se réjouir qu’il existe et vouloir qu’il existe toujours davantage. Il emprunte une autre définition au prophète Isaïe (43, 4) mettant dans la bouche de Dieu cette parole : « Tu as du prix à mes yeux ». Jean Vanier, le fondateur de l’Arche qui accueille des personnes handicapées, a cette admirable définition : « Aimer, c’est révéler à l’autre sa beauté ». 

    L’abbé Jean Steimann a une autre définition de l’amour qui me parait particulièrement intéressante. Peut-être certains d’entre vous ont entendu parler de l’abbé Steimann, mort en 1963 dans les gorges de Pétra, en Jordanie, avec tout un groupe de pèlerins, emporté par un torrent de boue imprévisible. L’abbé Steimann avait donné un certain nombre de conférences à un groupe qu’il accompagnait régulièrement à Paris. Dans l’une d’elle, il avait développé sa pensée sur la « vertu de charité ». En voici quelques extraits qui serviront de base à mon propos.


    « C’est mon moi le plus profond qui est cet amour de Dieu, celui qui me constitue en personne » - « Ce qui fait que je dis « moi », c’est qu’un être plus puissant que moi, m’aime » - « Au lieu de dire que nous aimons Dieu par dessus tout, il faudrait dire surtout que Dieu a commencé à nous aimer par dessus toutes choses, c’est là l’essentiel du christianisme » - « L’amour est don de soi en vue de créer une personne » - « Dieu ne veut pas de nos hommages, Dieu n’est pas un tyran assoiffé de prières, Dieu ne veut pas qu’on se prosterne devant lui, Dieu veut que nous devenions des personnes au contact de lui » - « L’amour est dur comme une épée puisque c’est l’art de devenir une personne, et ce n’est pas drôle de devenir une personne ! » - « Entrer dans le Royaume, ça consiste... mais à être toi d’abord, à être un homme d’abord, à penser par toi-même... et c’est un travail beaucoup plus difficile que de dire à Dieu que tu l’aimes... Qu’est-ce que Dieu veut ? Que tu sois non pas un individu c’est-à-dire un grain dans un tas, mais que tu sois une personne c’est-à-dire un centre » - « C’est ainsi que je suis à l’image de Dieu, en aidant l’autre à devenir une personne » - « Il s’agit de rester vibrant de création personnelle même dans la vieillesse... Certaines personnes renoncent à devenir des personnes pour être des objets... Ils ont abdiqué la création de leur personne. » - « Dieu aime chaque personne, le plus pauvre des chinois, le plus pauvre des noirs, à la folie, parce que c’est un être qu’il a créé pour devenir une personne. » - « L’amour que Dieu attend de nous, c’est que nous devenions des personnes, que nous aidions à la création de personnes... et l’amour du prochain en est l’exercice ».


    Voici donc quelques phrases extraites de cette conférence, paroles fortes mais qui éclairent profondément ce qu’est aimer et donc la façon dont nous devons comprendre notre ministère.

    Ainsi aimer, c’est faire naître une personne. Le thème de la naissance est constant dans la Bible, particulièrement dans le Nouveau Testament. Vous connaissez bien ce récit de la rencontre entre Jésus et Nicodème. Ce dernier était venu de nuit interroger le Christ. Jésus lui révèle alors que s’il ne nait pas d’en-haut, il ne peut pas entrer dans le Royaume de Dieu. Nicodème s’étonne : comment un homme peut-il naître à nouveau ? Peut-il entrer à nouveau dans le ventre de sa mère ? Nicodème n’entend rien aux paroles de Jésus. Celui-ci parle de la véritable naissance, celle qui est l’oeuvre de l’Esprit, de l’Esprit d’amour. Cet amour divin qui habite tout être humain va, peu à peu, faire naître le « je », la personne qui parle, qui aime à son tour, qui devient libre, sinon extérieurement, du moins au plus profond d’elle-même. Saint Paul disait que la création elle-même est en travail d’enfantement. A plus forte raison l’homme habité par l’amour de Dieu dès le premier instant de sa vie.


    Devenir une personne libre, c’est le grand travail de toute une vie quelle que soit notre vocation, que ce soit dans le mariage ou dans le ministère diaconal. Curieusement, ce travail est à la fois le fait de chacun de nous, de nos efforts quotidiens et le fruit de l’amour de Dieu qui est en nous. Dieu ne souhaite rien d’autres que de nous voir prendre cette liberté de la personne, droite dans ses jugements comme dans ses actes. Et nous répondrons le mieux à l’amour de Dieu, nous ne l’aimerons vraiment que si nous devenons ce qu’il désire le plus, des personnes vivantes et aimantes. C’est déjà le désir des parents pour leurs enfants : qu’ils deviennent vraiment eux-mêmes ; ils ne souhaitent que le bonheur de leurs enfants, pas le leur. A plus forte raison Dieu dont l’amour pour chacun de nous est sans faille. Dieu ne nous aime pas pour lui, mais pour nous. C’est notre propre réussite qu’il désire, en sachant que cette réussite n’est autre que de devenir ce que nous sommes, des êtres créés à son image, et chacun peut le devenir alors même que les épreuves, les déceptions ou les échecs sont grands ; mais cela ne se fait pas sans nous.


    Nous nous interrogeons parfois sur la volonté de Dieu. Je voudrais bien correspondre à la volonté de Dieu, mais je ne sais pas quelle est cette volonté, ce que Dieu attend de moi, ce qu’il désire. Ne croyons pas que Dieu a décidé du chemin qui doit être le nôtre même si son appel nous tourne vers telle ou telle direction. La seule chose qu’il désire, ce qui correspond à sa volonté, c’est que nous devenions peu à peu des personnes libres d’aimer à son image et cela est un travail de chaque jour. Nous n’en avons jamais fini de naître et notre naissance s’achèvera en même temps que notre personne aura sa pleine dimension. Ainsi, jusqu’à notre dernier souffle, nous avons à naître à cette personne image de Dieu, aimée de Dieu et qui s’efforce de répondre dans la liberté de son coeur, au désir de Dieu de nous voir « grandir » et devenir son enfant bien-aimé.

Le travail sur nous-mêmes est dur. Le Père Steimann rappelle qu’aimer, ce n’est pas de la guimauve, c’est dur comme l’acier, c’est tranchant comme la vérité. Et c’est un travail qui n’est jamais achevé, il est sans cesse à reprendre. Notre « personne » en effet s’abêtit facilement et subtilement par l’habitude, le « à quoi bon ! », le « Je n’y arriverai jamais », le « Ce n’est pas si mal comme cela »... autant de tranquillisants qui nous endorment, nous paralysent et nous empêchent de naître à ce que nous sommes vraiment, à notre véritable « moi ». Le livre de l’Apocalypse parle de ce fameux caillou blanc qui porte notre nom, un nom que nous ne connaissons pas encore, mais qui sera pleinement dévoilé lors de notre transfiguration définitive. Nous ne le connaissons pas pleinement, mais nous pouvons travailler à le construire (Ap 2, 17).

    Comment devenir une personne ? Devenir une personne est un travail de libération et un travail de construction. Un travail de libération et cela dans plusieurs directions : c’est d’abord l’humble acceptation de soi, de ses limites. Accepter sereinement ses limites, ne veut pas dire abandonner tout effort de dépassement. Celui-ci est toujours nécessaire, mais souvent, la tristesse se confond avec l’orgueil de n’être pas ce dont on rêvait d’être. La vérité libère ; reconnaître la vérité sur soi-même, c’est-à-dire ce que la nature ne nous a pas donné ou au contraire ce que notre éducation, nos habitudes ont fabriquées et que nous ne pouvons plus beaucoup modifier est un acte de grande liberté. Autre travail de libération : oser une pensée, un jugement personnel. Il est tout à fait normal de nous nourrir de la pensée d’autrui, d’intégrer des jugements émis par d’autres, d’accueillir les remarques et les décisions de l’autorité avec intérêt, respect et obéissance. Il reste que cela ne nous dispense pas de garder une certaine distance, de garder non pas un esprit “de” critique, mais un sens critique et de se faire un jugement personnel autorisant la discussion et le dialogue. Ce travail doit se faire sans culpabilité même s’il faut accepter le conflit et le malaise qui peuvent en résulter. 


    Devenir une personne est aussi un travail de construction. Il s’agit de rechercher la cohérence dans les divers secteurs de sa vie et d’unifier son coeur, ce que nous demandons à Laudes du mercredi de la 3ème semaine dans le psaume 85 : « Unifie mon coeur pour qu’il craigne ton nom » (85, 11). Devenir une personne va exiger de nous une certaine stabilité. Une personne responsable ne peut être une girouette qui se disperse à tout vent. Saint Paul nous avait mis en garde quand il demandait aux chrétiens d’Éphèse de parvenir à l’unité, à l’état d’âge adulte en concluant : “Ainsi, nous ne serons plus des enfants, ballottés, menés à la dérive à tout vent de doctrine” (Ép 4, 14).


    Enfin devenir une personne suppose de garder l’appétit de connaître et de comprendre. Rester des personnes qui s’intéressent aux gens, à la vie, à la recherche de la pensée dans tous les domaines, être des personnes qui ne cessent d’approfondir leur foi dans une meilleure compréhension de la Parole de Dieu. Oui, devenir une personne est un grand travail.


    Devenir une personne est bien sûr un travail personnel de chaque jour, mais c’est aussi l’essentiel de toute évangélisation, de la mission que Jésus nous a confié. C’est ce que Jésus n’a cessé de faire tout au long de sa vie publique.

2- Notre mission : aider nos frères à devenir ce qu’ils sont devant Dieu.
    “Aimer, c’est faire naître une personne”. vous vous interrogez sur votre ministère de diacre. Nous avons dans le coeur et dans la tête les mots “évangélisation”, “annonce de l’évangile”, “nouvelle évangélisation”. Il me semble qu’évangéliser, c’est justement aider une personne à “naître”. Nous avons parlé tout à l’heure de la rencontre entre Jésus et Nicodème et nous disions que cette naissance est le travail de l’amour divin qui habite toute personne humaine. Mais nous avons un rôle irremplaçable, celui, si je puis dire “d’accoucheur” : relayer et manifester le travail de l’Esprit Saint afin de permettre à chacun de découvrir qui il est, dans la vérité la plus profonde de son être c’est-à-dire une fille, un fils aimé de Dieu.


    Ainsi évangéliser est d’abord de l’ordre de la révélation. Il s’agit de révéler à l’autre ce qu’il est et qu’il ne sait peut-être pas encore : qu’il est aimé de Dieu et que cet amour l’invite à naître à la liberté intérieure, au sens plénier de son existence, à l’espérance plus grande que la mort.


    Mais comment révéler l’amour de Dieu sans donner soi-même le témoignage de cet amour qui nous habite. Comment être crédible en annonçant à quelqu’un qu’il est aimé de Dieu si nous-mêmes, nous ne nous faisons pas les témoins de cet amour, si nous n’en donnons pas des signes. Quand nous lisons les évangiles, nous voyons que Jésus, comme le dit saint Pierre : “est passé en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient asservis par le Mal” (Ac 10, 38). Lorsque les disciples de Jean-Baptiste viennent demander à Jésus s’il est bien celui qui doit venir, Jésus, citant le prophète Isaïe, leur répond : “Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles retrouvent la vue et les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés et les sourd entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres”  (Mt 11, 4-5).  Certes, ce sont des signes de l’avènement du Royaume, mais ils montrent que ce Royaume de Dieu est annoncé par l’effort pour faire reculer la souffrance des hommes pour permettre à chacun d’être une personne libre. Quand Jésus envoie ses disciples ou ses apôtres devant lui,  il commence ses recommandations par leur demander de guérir les malades : “Dans quelque ville que vous entriez et où l’on vous accueillera, mangez ce qu’on vous offrira. Guérissez les malades qui s’y trouveront et dites-leur : Le Règne de Dieu est arrivé jusqu’à vous” (Lc 10, 8-9). On annonce le règne de Dieu en ayant permis à des gens de se redresser, d’être des personnes qui se respectent et sont respectés dans leur dignité. Don Helder Camara disait : on ne peut pas annoncer la bonne nouvelle de Jésus Christ à des gens qui sont maintenus dans des conditions sous humaines. 


    Mais évangéliser, c’est aussi donner aux gens la nourriture qui leur permettra de grandir. Il ne suffit pas de naître, il convient de grandir. Nous avons donc non seulement à révéler à quelqu’un qu’il est aimé de Dieu comme son enfant, mais que Dieu donne la nourriture nécessaire pour que son enfant devienne adulte. Cette nourriture est remise entre nos mains fragiles : “Donnez-leur vous-mêmes à manger” dira Jésus à ses disciples. La nourriture spirituelle la plus consistante que nous pouvons partager, c’est le pain de la Parole de Dieu et le pain des sacrements, le pain du respect et de l’amitié.


    Enfin, évangéliser, c’est assurer celui qui vient de naître, du soutien d’une communauté fraternelle. “On n’est pas chrétien tout seul”. Aujourd’hui tout spécialement quand l’environnement social est peut-être moins porteur, il est capital d’être soutenus par des frères et des soeurs chrétiens.


    Ainsi, aimer l’autre, c’est l’aider à devenir une personne qui pense par elle-même, qui prend sa vie en mains et il me semble que cela est le fondement humain de toute évangélisation.


    Cet amour-là n’est pas calculé, mais il apporte en fait énormément. C’est encore Xavier Lacroix qui écrivait : “Nous aimons lorsque nous faisons l’expérience que nous recevons en donnant et que nous donnons en recevant”. N’est-ce pas là d’ailleurs le secret de la Trinité bienheureuse. L’unité de Dieu vient de ce que dans un même mouvement, il donne et reçoit. Il donne, et c’est le Père, il reçoit, et c’est le Fils mais dans un même et unique mouvement qu’est l’Esprit Saint. C’est ainsi que Dieu est pur amour. La joie d’aimer vient justement de ce va-et-vient non calculé mais qui en est le fruit merveilleux.

3- Humaniser et diviniser, un même chemin.
    Naître à l’amour de Dieu, n’est-ce pas découvrir à la fois notre humanité et l’appel à devenir “image de Dieu”. Humaniser et diviniser sont un seul et même mouvement de vie. Lorsque saint Irénée a cette parole bien connue : “La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu” (“Adversus haereses” IV, 20-6), il ne dit pas autre chose que le lien étroit entre le travail d’humanisation et le travail de divinisation qui est l’aventure de toute personne humaine. Nous en avons déjà parlé, nous sommes destinés à devenir comme le Christ Jésus lui-même lui qui est “le premier-né de toute créature” (Co 1, 15). Il est le premier-né, ce qui veut dire que nous avons nous aussi à naître comme lui, et dans son humanité et dans sa divinité. Jésus est unique parce que premier, il est l’image du Dieu invisible. Mais nous avons à devenir “christiques” c’est-à-dire pleinement hommes et pleinement divinisés.


    Ce travail d’humanisation et de divinisation n’est pas autre chose que réaliser ce pour quoi nous sommes faits, c’est devenir ce que nous sommes : laisser l’amour de Dieu habiter nos pensées et nos actes, laisser l’amour de Dieu nous transfigurer peu à peu. C’est le travail de l’Esprit Saint qui s’oppose  aux résistances de la “chair” selon saint Paul. Nous lisons en effet dans sa lettre aux Galates : “Vous frères, c’est à la liberté que vous avez été appelés. Seulement, que cette liberté ne donne aucune prise à la chair ! Mais par l’amour mettez-vous au service les uns des autres”. Et quelques lignes plus loin : “Car la chair en ses désirs s’oppose à l’Esprit et l’Esprit à la chair ; entre eux, c’est l’antagonisme”. Et Paul énumère les oeuvres opposées de la chair et de l’Esprit “ On sait bien à quelles actions mène la chair : débauche, impureté, obscénité, idolâtrie, sorcellerie, haines, querelles, jalousie, colère, envie, divisions, sectarisme, rivalités, beuveries, gloutonnerie et autres choses du même genre. Je vous préviens, comme je l'ai déjà fait : ceux qui agissent de cette manière ne recevront pas en héritage le royaume de Dieu.


Mais voici ce que produit l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi. Face à tout cela, il n'y a plus de loi qui tienne. Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses tendances égoïstes. Puisque l'Esprit nous fait vivre, laissons-nous conduire par l'Esprit.” (Ga 5, 13... 25). Ce double travail d’humanisation et de divinisation nous fait devenir ce que nous sommes vraiment, ce “je” appelé à partager la gloire de Jésus, à partager sa résurrection, à connaître un jour Dieu “face à face” et cela pour l’éternité.
    
    Mais comment pouvoir s’humaniser et être divinisé sans une relation consciente à la source, sans déjà vivre une relation aimante avec Dieu ? C’est pourquoi, si “évangéliser” c’est permettre à  une personne de se construire à la fois dans son humanité et dans sa dimension spirituelle avec Dieu, il nous appartient de nommer cette source pour permettre à tous ceux qui le veulent de s’y abreuver. Dans son échange avec la Samaritaine, Jésus lui dit : “Si tu connaissait le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, c’est toi qui aurais demandé et il t’aurait donné de l’eau vive” (Jn 4, 10). “Si tu connaissais...”, certes, le même Jean dans sa première lettre affirme : “Celui qui aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu” (1 Jn 4, 7). Mais si la connaissance de Dieu est déjà contenue dans l’acte d’amour pour des frères, encore faut-il expliciter cette connaissance “existentielle” afin de permettre à celui qui croit, de vivre consciemment cette progressive divinisation de sa personne.


    Comme diacres, nous avons déjà pour nous-mêmes mais aussi pour ceux qui nous sont confiés, la responsabilité d’aider à la naissance de personnes pleinement humaines, pleinement divines... et conscientes,  pour leur joie, du cadeau merveilleux qui leur est fait par Dieu en Jésus.

Publié dans Conférences

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Retraite diacres 2017 7ème exposé

Publié le par Père Maurice Fourmond

Une vocation plurielle ; le discernement ; l’équilibre de la vie

    Dans cette rencontre, je voudrais vous donner quelques éléments pour votre méditation et votre prière concernant l’aspect spécifique de votre vocation. En effet votre vocation a ceci de particulier qu’elle est quadruple : vous avez la vocation commune à notre humanité, comme chrétiens, vous avez la vocation commune à tout baptisé, vous avez une vocation particulière comme époux et épouses et vous avez par appel la vocation à un ministère diaconal donné par ordination. 


    Il n’est pas évident de tenir l’équilibre entre ces diverses vocations d’autant qu’elles exigent d’y consacrer du temps : entre la vie professionnelle, l’engagement dans la vie d’une communauté paroissiale, la vie conjugale et familiale, le ministère de diacre, comment concilier les exigences imposées par ces diverses vocations. Il se posera donc diverses questions concernant les priorités, l’équilibre personnel et familial et donc un dialogue entre époux ou encore avec les divers responsables civils ou religieux. Sans donner des solutions qui ne peuvent être qu’individuelles, essayons d’apporter quelques pistes.

1- Ces diverses vocations sont voulues par Dieu pour vous.
    Le terme de vocation dit bien le titre de ce paragraphe. Il vient du mot latin « vocare » qui signifie « appeler ». Ce que vous êtes est le fruit de divers appels qui, s’ils demandent évidemment pour la plupart une décision libre de votre part, ont cependant leur source en Dieu.


    Nous croyons déjà que notre condition humaine est pleinement reliée à Dieu selon le récit de la création de l’homme dans le livre de la Genèse : « Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. Qu’il soit le maître des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, des bestiaux, de toutes les bêtes sauvages, et de toutes les bestioles qui vont et viennent sur la terre. » Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme » Gn 1, 26-27. Selon ce récit, Dieu a voulu l’humain et même un humain qui soit à son image. Ainsi, devenir chaque jour plus humain correspond au désir de Dieu et à la présence efficace de son Esprit Saint en chacun de nous.


    Même si votre vocation de chrétien s’origine sans doute our la plupart à une décision de vos parents, il reste qu’à un moment il a fallu que vous disiez « oui » à cette relation d’amour avec Dieu. Mais c’est Dieu qui en a toujours l’initiative, il est le premier à vouloir cette relation aimante entre chacun de nous et lui. Notre oui est une réponse et non une initiative première. Ainsi devenir chaque jour disciple de Jésus, chrétien est un appel de Dieu qui nous regarde comme ses enfants bien aimés.


    Vous pourriez penser que Dieu n’a rien à voir avec votre vie conjugale. Et pourtant notre foi nous dit que notre capacité à aimer  en vérité a une seule source, ce Dieu qui, comme le dit Saint Jean dans sa première lettre est l’amour même. Si nous sommes créés à l’image de Dieu, cela veut dire qu’il y a en chacun de nous comme une trace divine qui est à l’origine de tout amour qu’il nous est donné de vivre.


    Quant à votre vocation diaconale, il est clair que si l’acceptation de chacun et de son épouse est requise, c’est l’appel de Dieu pour ce service qui vous a mis en route, appel qui, bien sûr doit être confirmé par l’évêque.


    De savoir que votre vie comme chacune de vos vocations s’originent en Dieu doit vous remplir de confiance. En effet si Dieu est à la source des choix que vous êtes amenés à faire, comme il est le Dieu fidèle, il ne vous abandonnera jamais.

2- Dieu est réaliste
    Devant ces vocations diverses et toutes enthousiasmantes, après avoir dit que Dieu en était la source, on peut s’interroger : Dieu a-t-il vu trop grand pour moi et les exigences pour vivre en vérité ces vocations ne dépassent-elles pas mes possibilités ? Ce que toute la Révélation nous enseigne, c’est que Dieu est réaliste, Dieu ne rêve pas nos vies. S’il nous demande quelque chose, il connaît à la fois les exigences pour accomplir ce qui est demandé et tout autant nos propres limites. Cela aussi ouvre sur la confiance. Cela ne veut pas dire que Dieu va arranger les choses en sorte que je puisse réaliser ce qui m’est demandé, mais le réalisme de Dieu m’amène à croire que ce qui m’est demandé ne peut pas dépasser les limites de mes possibilités. Certes je peux être responsables de tel ou tel échec mais seulement si j’ai fait tout ce qui m’était possible à moi et pas ce qui serait possible pour un autre ; et encore Dieu mesure mes possibilité à tel moment où la chose m’était demandée et non pas de façon intemporelle..


    Entendre l’appel de Dieu comme ce qui m’est possible à tel moment, me demande d’avoir une certaine connaissance de moi. « Connais-toi toi-même » était une devise inscrite au frontispice du Temple de Delphes que Socrate avait repris à son compte. Cette expression de la sagesse antique est toujours de mise aujourd’hui et pour chacun de nous. Sans nécessairement recourir aux psychologues ou aux psychanalystes, il est important de tenter d’avoir une  juste appréciation de nos possibilités. Deux dangers nous guettent : soit de majorer nos possibilités par une certaine méconnaissance de nous-mêmes, soit à l’inverse de sous estimer nos capacités dans un repli frileux. Une juste appréciation de ce qui nous est possible va demander non seulement un regard sur soi mais les conseils de personnes de confiance qui souvent ont une meilleure connaissance de nous que nous-mêmes. Nous reviendrons tout à l’heure sur ce point à propos du discernement, mais disons un mot des priorités de nos choix. 

3- Les priorités
    Que voulons-nous dire par là ? Nous employons souvent le mot « prioritaire » pour désigner, au milieu de plusieurs tâches, celle qui nous semble devoir être accomplie en premier. Les raisons peuvent être différentes : on parle d’urgence ou d’importance, de primaire ou secondaire. Il faut savoir que l’urgence implique le facteur temps alors que l’important implique d’abord un facteur de sens en vue de la croissance de la vie. Mais il peut arriver que les deux l’urgent et l’important soient en contradiction l’une par rapport à l’autre. En effet l’urgent peut nous apparaître non comme un choix mais comme une nécessité ; dans ce cas, la décision s’impose et l’important est remis à plus tard. Ainsi, spontanément, nous avons tendance à donner la priorité à l’urgent même au détriment de l’important en oubliant que l’important a une portée décisive pour notre vie au-delà de ce qui est « nécessaire ». Souvent le choix est difficile car les circonstances font pression sur l’urgent au détriment de l’important.


    D’autre part, le choix d’une priorité se heurte à divers éléments qu’il n’est pas toujours évident de repérer avec exactitude. On peut nommer parmi les éléments qui vont intervenir dans le choix d’une priorité : le poids de la parole donnée, les exigences d’un contrat dont les termes nous obligent en conscience, la dimension affective car le sentiment, l’attachement, le désir interviennent dans la décision sur ce que nous allons faire, ajoutons aussi l’influence du milieu, de notre environnement qui, consciemment ou non imprègne notre propre jugement.


    Chacune des vocations que nous avons énumérées tout à l’heure comporte un certain ombre d’exigences pour être remplies convenablement. Parmi ces exigences, il en est une particulièrement déterminante, c’est le facteur temps ; nos journées n’ont que 24 heures et il convient  de mesurer le temps que demande la réalisation de la charge demandée. Pour donner un exemple, je lisais un article concernant le temps du travail professionnel. L’auteur montrait qu’il ne fallait pas seulement considérer le temps effectif du travail pour produire la tâche demandée, mais le temps de transport pour se rendre au lieu du travail ; il ajoutait un troisième paramètre qu’il appelait « le temps de récupération de la force de travail » autrement dit lorsqu’on arrive le samedi trop fatigué, le week-end se passera seulement à récupérer afin de repartir le lundi à peu près en forme. L’auteur montrait en particulier que, pour la vie familiale ce temps de récupération empêchait la disponibilité nécessaire à une vie familiale heureuse.


    L’expérience montre qu’il peut y avoir un conflit entre l’engagement dans le mariage et l’engagement dans le diaconat. Il est clair qu’en cas de conflit c’est l’engagement dans le mariage qui est prioritaire en tous cas qui exige d’être réfléchi en couple. En effet, la vocation diaconale se greffe sur la vocation du mariage qui est première. Encore faut-il s’entendre sur le mot priorité ; celle-ci n’est pas dans la totalité du don de soi en sorte que nous serions donné totalement dans une vocation et partiellement dans une autre, nous sommes donnés tout entier dans ces deux vocations. La priorité s'entend dans l’emploi du temps lorsqu’un conflit se manifeste.


    Il est clair qu’il conviendra souvent de trouver des compromis, une situation idéale n’existant pas. Il faudra toutefois réviser régulièrement ces compromis qui risquent sans que nous en ayons conscience de n’être plus pertinent et de compromettre l’équilibre de la vie de chacun des membres du couple. Je l’ai souvent vérifié à travers les dialogues avec des coupes par exemple lorsque la vie professionnelle, ou pour les diacres la vie ecclésiale prend tellement de temps que l’épouse a le sentiment d’être délaissée : tu n’es jamais  la maison ; on ne se voit plus... Il ne faut pas attendre pour prendre le temps d’en parler en sachant que l’acceptation d’une situation, tout à fait profonde et sincère au départ, peut évoluer et peut devenir inacceptable à certains moments. La parole est alors indispensable pour retrouver le juste équilibre ainsi que les priorités parfois oubliées.

4- Le discernement
    Discerner consiste à reconnaître entre diverses propositions celle qui est la meilleure pour soi et pour les autres, celle qui nous fait grandir devant Dieu en humanité et en sainteté. C’est un exercice difficile tant des éléments, étrangers à la rigueur et à la vérité exigées par le discernement, viennent perturber notre juste appréciation. Saint Ignace a beaucoup écrit sur le discernement spirituel qui est défini : « se décider pour Dieu, à partir d'une conscience éclairée, au souffle de l'Esprit, pour suivre la volonté de Dieu : le meilleur pour nous ». On trouve la pensée d’Ignace dans ses « exercices spirituels ». Le discernement se distingue de l’intuition même si celle-ci est un élément important ; Thomas d'Aquin affirme qu'en chacun de nous, la conscience a l'intuition de ce qui est bien, de ce qui est bon ; mais ce mouvement premier peut être altéré par les nombreuses circonstances qui touchent notre vie.


    Rappelons les conditions d’un juste discernement. Le discernement commence par ce qu’on appelle le « lâcher prise ». Le discernement n’est pas possible si notre esprit et notre coeur sont envahis par toute sortes de préoccupations. Le silence intérieur est de rigueur pour voir « clair » ; il s’agit de laisser l’eau de notre vie se décanter en sorte que les impuretés, les poussières se déposent pour laisser apparaître l’eau dans sa pureté. Ce moment essentiel est déjà l’oeuvre de l’Esprit Saint. C’est l’Esprit Saint qui nous introduit dans son propre silence en sorte que la lumière de ce silence va l’emporter sur toutes les préoccupations inutiles qui nous embarrassent.


    Vient ensuite le silence attentif c’est-à-dire ce silence qui est disponibilité, ouverture, accueil d’une vérité que peut-être nous ne soupçonnons pas, cachée par l’agitation de notre vie. La disponibilité intérieure nous ouvre sur l’imprévu mais dans la confiance : je suis prêt, à cause de l’Esprit de Dieu, à entrer dans une perspective à laquelle je n’avais pas pensé, qui me dérange dans mes habitudes passées ; je l’accepte en me fiant à la force de l’amour de Dieu pour moi, en son espérance pour moi, en cette certitude que Dieu sera toujours sur ma route à mes côtés afin de me donner la force nécessaire pour avancer et pour assumer ce qui arrive en bon ou en plus difficile.


    Il convient alors de passer en revue les diverses possibilités qui s’offrent à nous mais en essayant de laisser notre subjectivité de côté  pour être le plus objectif possible.

 5- La prière comme élément capital pour tout discernement
    La prière est un élément constitutif du discernement spirituel car elle nous situe sous la lumière de l’Esprit Saint. La Bible nous montre de nombreux exemple où le croyant demande à Dieu de pouvoir discerner et avoir qu’on peut appeler la sagesse. Ainsi Dieu bénit Salomon qui demande le don du discernement (1 Rois 3) : « À Gabaon, pendant la nuit, le Seigneur lui apparut en songe. Dieu lui dit : « Demande ce que je dois te donner. » Salomon répondit : « ... Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu’il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal ; sans cela, comment gouverner ton peuple, qui est si important ? » Cette demande de Salomon plut au Seigneur, qui lui dit : « Puisque c’est cela que tu as demandé, et non pas de longs jours, ni la richesse, ni la mort de tes ennemis, mais puisque tu as demandé le discernement, l’art d’être attentif et de gouverner, je fais ce que tu as demandé : je te donne un cœur intelligent et sage, tel que personne n’en a eu avant toi et que personne n’en aura après toi ». Jésus lui-même (en Luc 12, 54-57) invite avec vigueur ceux qui l'écoutent à discerner le temps dans lequel ils sont et à juger par eux-mêmes de ce qui est bon : « S’adressant aussi aux foules, Jésus disait : « Quand vous voyez un nuage monter au couchant, vous dites aussitôt qu’il va pleuvoir, et c’est ce qui arrive. Et quand vous voyez souffler le vent du sud, vous dites qu’il fera une chaleur torride, et cela arrive. Hypocrites ! Vous savez interpréter l’aspect de la terre et du ciel ; mais ce moment-ci, pourquoi ne savez-vous pas l’interpréter ? Et pourquoi aussi ne jugez-vous pas par vous-mêmes ce qui est juste ? ». 


    Il est donc important de demander à Dieu la lumière et la force de son Esprit afin de voir les choses avec le regard de Dieu. Pour cela, la fréquentation des Écritures, la contemplation assidue de la vie de Jésus nous permettent d’éclairer nos propres choix par l’exemple du Christ, "folie pour le monde et sagesse de Dieu", et d'adopter progressivement sa manière de voir, de sentir, de juger, d’agir.


    C’est la prière qui nous donne à la fois la lumière nécessaire pour discerner ce qui est juste, ce qui va nous construire et construire l’autre et en même temps la confiance,  la confiance en Dieu indispensable pour surmonter nos peurs comme aussi pour trouver l’énergie nécessaire afin d’accomplir ce qui sera décidé.

6- Le choix, la décision
    C’est alors qu’il nous faut décider c’est-à-dire à la fois choisir et mettre toute sa volonté, son énergie, sa persévérance en vue de réaliser ce que nous avons choisi. La décision est un acte important ; elle tranche, en renonçant à d’autres façons de faire qui avaient été envisagées. Le choix est comme la vérité plus tranchante qu’une épée. Mais le renoncement nécessaire n’est pas traumatisant car le oui du choix est tout rempli d’un amour authentique source de joie et de paix.


    Deux choses sont importantes à propos de la décision. La première est que, dans la mesure où nous avons cherché honnêtement la vérité, où nous avons placé en Dieu toute notre démarche, où nous avons eu l’humilité de demander conseil, alors on peut dire que notre décision a été prise avec une conscience éclairée et que c’était la seule décision juste. Il ne faut donc pas avoir des regrets lorsque les difficultés surviennent ni de culpabilité lors d’un échec car notre décision prise était la seule juste.
    
7- L’accompagnement et la remise en cause régulière
    Conscient de nos fragilités et de la difficulté à vivre l’appel de Dieu, de même que vous avez été accompagnés durant les trois années de formation, il est important  de continuer en couple a être accompagné sur votre route. L’accompagnement se situe à deux niveaux : d’une part avoir l’intelligence et l’humilité de demander conseil comme ensuite d’en tenir compte, mais aussi d’accepter régulièrement de placer sa vie sous le regard d’un tiers.


    Nous sommes des êtres de relation, en relation les uns avec les autres. Dans les moments où il convient de faire des choix, il est indispensable de prendre conseil auprès de personnes en qui nous avons confiance. Déjà le jugement établi à plusieurs a plus de chance d’être un bon jugement, mais aussi nous pouvons penser que ceux qui ne sont pas impliqués aussi directement que nous ont plus d’objectivité dans leur jugement que nous-mêmes. Quant à un accompagnement plus permanent, nous savons que nos vies évoluent, que les circonstances extérieures viennent modifier notre rapport à la réalité des choix antérieurs, avec des moments d’incertitude et de brouillard ; dans ces moments, il est utile là encore d’avoir un regard extérieur qui dépasse les émotions que nous pouvons avoir lesquelles altèrent notre perception des choses.

8- La paix intérieure
    Un dernier mot sur la nécessité de garder la paix intérieure dans les tensions que provoquent les multiples exigences de nos vocations et les aléas de la vie. Deux pistes. L’une est la cohérence et l’autre la confiance. 


    La cohérence c’est cet effort permanent d’accorder ce que j’ai voulu, ce que je crois avec mes décisions et mes actes. La cohérence n’est pas autre chose que cet effort de vérité qui doit traverser sans cesse nos vies. Quant à la confiance, c’est dans la certitude de la présence aimante de Dieu que cette confiance s’inscrit. Nous savons que Dieu n’abandonne jamais son ami surtout lorsque les circonstances sont plus difficiles ou douloureuses. 


    Cette paix intérieure n’est nullement la sérénité mais le sentiment d’être là où nous devons être, à notre place. Elle est le fruit d’un accord entre moi et le Seigneur, entre moi et moi. Elle permet d’avancer sans crainte appuyés sur le roc de l’amour infini de Dieu.
    
 

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Retraite diacres 2017 6ème exposé

Publié le par Père Maurice Fourmond

Les signes de Dieu dans ma vie
    
 

    Dans notre dernière rencontre, nous avons montré l’importance de la Parole de Dieu. Nous pourrions dire que les livres à travers lesquels nous entendons la « Parole de Dieu » constituent un signe particulier adressé par Dieu aux humains, mais est-ce le seul lieu où Dieu me parle ; Dieu ne me parle-t-il pas, en dehors de cette parole, à chaque moment de ma vie et comment ? Pour le comprendre, il convient d’abord de rappeler le mystère d’amour de Dieu pour les hommes et les liens qu’il a voulu tisser avec eux.

1-Dieu souhaite construire des relations aimantes avec nous
    La Révélation nous dévoile le projet de Dieu : construire des relations d’amour avec les humains créés à sa ressemblance. Pourquoi ce projet d’amour ? Dans la perspective d’une simple création, une soumission de la créature à son créateur, une pure adoration  n’auraient-elles pas été suffisantes ? Pour répondre à cette interrogation, regardons notre propre expérience humaine. Celle-ci nous montre qu’une relation aimante, amicale, vraie entre les êtres est constitutive du bonheur de l’homme. Même si d’autres chemins comme celui de la recherche, de la création artistique sont source de bonheur, il reste que ce sont les relations aimantes entre les humains qui construisent principalement une vie heureuse. Certes, s’assurer une descendance, permettre à l’espèce humaine de se prolonger est, comme chez tous les vivants, une orientation essentielle ; mais, chez les humains, si ces relations s’originent à des pulsions naturelles, elles ne sont heureuses que dans la mesure où ces relations sont vécues dans un don réciproque, libre et aimant. C’est pourquoi si un amour vrai entre les humains constitue le plus haut degré de notre nature humaine, on peut comprendre que cet amour soit placé en Dieu qui est la perfection absolue.


    Que Dieu aie créé par amour, deux textes de la Parole de Dieu le confirment particulièrement. L’un est au début de l’évangile de Jean lorsqu’il est dit : « Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique » Jn 3, 16. Mais cet amour de Dieu pour notre humanité ne peut avoir sa source que dans l’être même de Dieu. C’est parce que Dieu est l’amour même qu’il étend cet amour au monde créé. N’est-ce pas ce que dit Jean dans sa première lettre : « Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour » 1 Jn 4, 7-8. C’est cette certitude de foi que Dieu est l’amour même qui a permis de comprendre cette autre affirmation de la foi : Dieu est relations d’amour, ces relations qu’avec nos mots humains nous désignons sous les noms de Père, Fils et Esprit Saint, l’amour impliquant nécessairement des relations de personne à personne.


    Cette affirmation que Dieu est l’amour même nous permet de comprendre que le projet de Dieu soit de construire une relation aimante avec les hommes. En effet, comme le dit Saint Thomas d’Aquin : « l’amour tend à se répandre », comme la lumière et le feu. Dieu amour tend à se répandre dans une relation d’amour avec nous.


    C’est pourquoi l’agir de Dieu vis-à-vis des humains que nous sommes commence par une double action : nous donner d’exister et nous donner d’aimer. J’existe parce que Dieu à chaque instant m’insuffle la vie et j’aime parce que Dieu inscrit au plus profond de moi la même capacité d’aimer qui est son être même.


    Poursuivons encore notre analyse : des relations d’amour véritables sont soumises à des conditions précises. Notre expérience sait les reconnaître. La première est la rencontre. Nous comprenons que la  connaissance d’une personne si exhaustive soit-elle ne permet pas d’avoir une relation aimante. J’ai beau connaître parfaitement le curriculum vitae de quelqu’un, avoir eu des renseignements sur son caractère, sur ses habitudes, ce n’est pas encore une relation aimante avec cette personne. Même si un sentiment amoureux a pu naître en moi, encore faut-il l’exprimer dans une rencontre personnelle. Et même le ressenti de la rencontre devra être confirmé par une relation vécue dans une certaine durée.


    Ce qui est valable pour les relations entre les êtres humains est valable aussi pour la relation entre Dieu et l’homme. Dieu a certes un savoir parfait de notre humanité toutefois ce savoir est insuffisant pour établir une relation d’amour entre lui et nous. Dieu devra provoquer sa rencontre avec notre humanité : « Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique » Jn 3, 16. Il est une autre condition de la relation aimante, c’est la réciprocité. La notion même de relation implique la réciprocité et s’il s’agit d’une relation d’amour, un amour réciproque. Enfin ce type de relation demande une réelle liberté des deux partenaires, il ne peut y avoir un amour imposé. Voilà donc posées les conditions indispensables pour une relation vraie de Dieu vis à vis de chacun de nous. Mais comment cette relation va-t-elle s’exprimer ? Dieu ne peut entrer en relation avec nous qu’en se situant au niveau de notre nature humaine et donc seulement à travers des médiations humaines.

2-Dans l’histoire de la Révélation, Dieu a toujours agi par des médiations humaines
    Certes, Dieu parle déjà à l’homme à travers ce qu’on appelle une conscience. Dès les débuts de l’humanité et dès le premier instant de la vie d’un être humain, Dieu a sur chacun un regard d’amour. C’est le sens de la parole de la Genèse « Dieu créa l’humain à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme » Gn 1, 27. Ce regard d’amour de Dieu sur chacun laisse une trace comme une présence, présence de son esprit, présence de l’Esprit Saint. Ainsi, chaque conscience humaine est habitée par l’Esprit saint. Cette présence permet à chacun de s’ouvrir à un au-delà de lui-même, à une transcendance que certains appelleront la dimension spirituelle de l’existence et d’autres la présence d’un Dieu porteur d’une capacité de relation aimante entre lui et le croyant. C’est cette présence qui permet, pour le croyant, de penser que tout être humain a une capacité à s’ouvrir à Dieu. C’est elle qui a fait dire à l'apôtre Paul : « À partir d’un seul homme, il a fait tous les peuples... Dieu les a faits pour qu’ils le cherchent et, si possible, l’atteignent et le trouvent, lui qui, en fait, n’est pas loin de chacun de nous. Car c’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être. Ainsi l’ont également dit certains de vos poètes : Nous sommes de sa race » Ac 17, 26-28. Ou encore dans sa lettre aux chrétiens de Rome : « Depuis la création du monde, on peut voir avec l’intelligence, à travers les œuvres de Dieu, ce qui de lui est invisible : sa puissance éternelle et sa divinité » Rm 1, 20.


    Dieu a révélé de façon plus claire son désir de relation aimante avec l’humanité à travers un petit peuple, le peuple d’Israël. C’est ce qui est consigné dans les écrits de l’Ancien Testament à travers un pacte d’Alliance avec ce petit peuple. Mais c’est toujours à travers des médiations humaines que Dieu va intervenir dans l’histoire. C’est par la médiation d’un ancêtre éponyme Abraham que cette Alliance va être conclue : « J’établirai mon alliance entre moi et toi, et je multiplierai ta descendance à l’infini. » Abram tomba face contre terre et Dieu lui parla ainsi : « Moi, voici l’alliance que je fais avec toi : tu deviendras le père d’une multitude de nations. Tu ne seras plus appelé du nom d’Abram, ton nom sera Abraham, car je fais de toi le père d’une multitude de nations. Je te ferai porter des fruits à l’infini, de toi je ferai des nations, et des rois sortiront de toi. J’établirai mon alliance entre moi et toi, et après toi avec ta descendance, de génération en génération ; ce sera une alliance éternelle ; ainsi je serai ton Dieu et le Dieu de ta descendance après toi » Gn 17, 2-8. L’autre ancêtre éponyme est Moïse. Dans le livre de l’Exode, après avoir déclaré sa volonté de faire sortir le peuple d’Israël de l’esclavage d’Égypte, c’est à Moïse que Dieu confie la charge de mettre en oeuvre cette volonté divine : « Maintenant, le cri des fils d’Israël est parvenu jusqu’à moi, et j’ai vu l’oppression que leur font subir les Égyptiens. Maintenant donc, va ! Je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël » Ex 3, 9-10. Dieu n’a pas dit « je ferai » mais « Tu feras sortir d’Égypte », Dieu passe par une médiation humaine, l’homme Moïse. Nous pourrions prolonger les exemples, du roi David aux prophètes Isaïe, Jérémie ou Ézéchiel. C’est toujours par la médiation d’un homme que Dieu agit.


    Mais pour nous la preuve la plus manifeste est sans conteste l’Incarnation. Pour réaliser son projet de partage de vie avec tous les êtres humains, Dieu s’est fait homme ; il a voulu se manifester aux hommes dans la condition humaine d’un homme comme nous, Jésus de Nazareth. Certes, on pourrait dire que Dieu est intervenu directement puisque nous affirmons que Jésus est à la fois vrai Dieu et vrai homme, mais cette action de Dieu à travers l’homme Jésus est restée invisible même si notre foi nous fait dire que tout ce que Jésus, depuis le premier instant de sa vie, a fait, a dit jusqu’à sa mort sur la croix, Dieu l’a fait, l’a dit  et l’a vécu réellement. C’est donc à travers la médiation de Jésus dans la visibilité de son humanité que Dieu a parlé à l’humanité. C’est ainsi que nous disons que Jésus est le premier « sacrement » dans la mesure où un sacrement se définit comme un signe sensible à travers lequel Dieu se donne et nous parle. L’homme Jésus est le signe sensible à travers lequel Dieu se donne à l’humanité.

    Non seulement Dieu a voulu partager notre condition humaine en Jésus de Nazareth, non seulement il s’est manifesté à notre humanité par ces signes que sont la vie, les paroles et les actes de Jésus, mais Dieu entendait prolonger dans le temps des hommes et pour chacun cette action divine, cette médiation humaine de sa grâce que fut cet homme de Galilée. Dieu continue à nous parler par des signes qui nous disent à la fois qui est Dieu, qui est mon frère et qui je suis. C’est ainsi que ce sacrement qu’est la personne humaine de Jésus va se prolonger dans des signes visibles, en chaque frère ou soeur de Jésus, dans les événements de nos vies, dans l’Église de Jésus Christ, dans les sacrements de l’Église.

3-Le sacrement du frère. 
    Comme le Christ Jésus nous l’a laissé entendre, Dieu en Jésus le Fils bien aimé se manifeste à travers les rencontres avec nos frères et soeurs humains. C’est ainsi que l’on peut parler du sacrement du frère. Lorsque, dans l’évangile de Matthieu au chapitre 25, Jésus fait entrer dans sa vie ceux qui ont secourus leurs frères, ne peut-on penser que ces personnes secourus à travers lesquelles Jésus s’est reconnu, sont en vérité de véritables sacrements pour les personnes qui les ont aidées c’est-à-dire qu’ils ont été producteurs de grâce pour eux, producteurs de salut, même s’ils n’en avaient pas conscience. Ainsi, Jésus pour ainsi dire s’identifie avec celui qui a été soutenu, aidé, et cet acte de miséricorde, de solidarité, d’amour va revenir en grâce sur celui ou celle qui a été bon envers son prochain. Certes le frère n’est pas le Christ, le Fils de Dieu, mais il est, par le Christ, un enfant de Dieu, un vrai fils de Dieu comme le rappelle Saint Jean dans sa première lettre : «Voyez comme il est grand, l'amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu et nous le sommes» 1 Jn 3, 1. Même si ce n’est pas une exigence de la foi de croire que le frère puisse être sacrement pour celui qui le rencontre, c’est-à-dire présence efficace de grâce, présence divinisante, il reste que la vérité du sacrement et le lien avec l’Incarnation sont bien présentes. Mon frère est signe de Dieu qui m’interpelle et je peux découvrir chez ce frère un message que Dieu m’adresse afin de me faire grandir en humanité et donc en cette participation à la vie éternelle de Dieu.


    Si mon frère est pour moi signe de Dieu, réciproquement je peux moi aussi être signe de Dieu pour les autres. C’est dans le même mouvement de donner et de recevoir que va être posé un signe de la présence de Dieu. Mon attitude vis à vies des autres si elle porte la marque  du don et de l’accueil peut être signe de cet amour qu’est Dieu, ne parole de Dieu, un message de Dieu pour moi et pour les autres.


    Tous ces signes de Dieu dans la rencontre du frère, sont d’une certaine manière à l’image de ce que Dieu a fait en s’incarnant. Ce qui est raconté en Saint Luc dans l’annonce faite à Marie, d’une certaine manière, est réalisé en chacun de nous, faisant de nous des «sacrements», des signes visibles de l’amour de Dieu pour l’humanité. Sainte Thérèse d’Avila a des paroles fortes pour exprimer ce mystère : « Le Christ n’a pas d’autre corps sur terre que le vôtre, ni d’autres mains que les vôtres, ni d’autres pieds que les vôtres. C’est par vos yeux que s’exprime la compassion du Christ pour le monde ; par vos pieds qu’il s’en va faire le bien ; par vos mains qu’il va bénir aujourd’hui l’humanité.». Ainsi, en chacun de nous, Dieu réalise par son Esprit comme une incarnation ; quelque chose de Dieu vient nous habiter prolongeant ce qui fut accompli en et par Jésus de Nazareth. Ce que l’ange annonce à Marie, Dieu le réalise pour chacun de nous : «L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre» Lc 1, 35. Le premier sacrement qu’est la personne de Jésus est initié par l’action de l’Esprit Saint, il en est de même pour tout sacrement, pour tout signe de l’amour de Dieu. C’est ainsi qu’il nous faut dire que si le premier sacrement est la personne humaine de Jésus, nous sommes nous aussi en et par Jésus des «sacrements» des signes visibles de l’action de Dieu dans notre monde. 


    Il ne convient donc pas de restreindre la réalité sacramentelle aux seuls rites que l’Église va développer au cours des siècles. Mais de même que Jésus de Nazareth a été un signe visible de l’action d’amour de Dieu pour le monde, de même tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, sont reliés au Christ sont, chacun à sa place, des signes visibles que Dieu est présent et agit pour la réussite de l’humanité. Lorsque Bernanos dans son livre «Le journal d’un curé de campagne» termine par ce mot du jeune prêtre en train de mourir : «Tout est grâce», il entend signifier en particulier que l’ami qui l’a trouvé agonisant, était réellement le sacrement de la grâce, le sacrement de Dieu, le signe visible d’un amour qui ne se dément pas et qui était présent à ce prêtre au moment de sa mort. Il convient donc à partir de Jésus Christ d’élargir la notion de sacrement à tout ce qui, dans le monde, est signe de Dieu et donc porteur efficace de grâce.

4-Les événements de nos vies
    À côté des personnes, sacrements, signes de  Dieu dans le monde, il nous est donné par l’Esprit Saint de reconnaître une parole, un message de dieu à travers les divers événements de nos vies. Bien sûr il n’est nullement question de « prédestination » qui empêcherait toute réponse libre de notre part, mais de « providence » au sens où dans chaque moment de notre vie, heureux ou douloureux, Dieu est présent, non ps pour modifier le cours des choses, mais pour nous donner la lumière et la force nécessaires pour assumer ce qui nous arrive et pour grandir à travers ces événements faciles ou dramatiques, grandir dans l’amour. N’est-ce pas ce que disait Adrien Candiard dans son livre « Veilleur où en est la nuit : « Quand le monde qui nous entoure nous fait peur, l'espérance chrétienne ne nous dit pas de rester là à pleurnicher parce que tout va mal, ni de sourire bêtement parce que tout irait bien, elle ne nous invite pas à attendre que Dieu détruise ce monde-là pour en construire un autre, elle nous pose une question très simple comment faire de tout cela une occasion d'aimer davantage? C'est la question que nous devrions nous poser devant toutes les nouvelles, les bonnes comme les mauvaises, celles du journal télévisé comme celles du téléphone personnel Comment puis-je en faire une occasion d’aimer? Transformer les événements en occasion d’aimer, c’est reproduire au quotidien le miracle de Cana. C’est changer l’eau de la vie ordinaire en vin de vie éternelle » (p. 78-79).

 5-L'Église, sacrement
    Si Jésus de Nazareth est le sacrement primordial, signe visible de l’action de Dieu en faveur des hommes, il convenait que ce signe ne disparaisse pas après le départ visible du Christ. Si le corps de Jésus de Nazareth a été le signe visible de la présence et de l’action de Dieu dans notre monde, il convenait que son corps spirituel continue à rendre visible cette présence et cette action. On peut donc dire que l’Église, après la mort et la résurrection de son Seigneur est, par vocation, par appel, le signe visible du mystère du Christ, sacrement du mystère du Christ. Tout le mystère de Jésus a été confié à son “corps”. Le corps est la marque visible de la réalité intérieure invisible. Le Concile l’avait souligné : “Ressuscité des morts, Jésus a envoyé sur ses apôtres son Esprit de vie et par lui a constitué son Corps qui est l’Église comme le sacrement universel de salut” (Vatican II, “Lumen Gentium”, 48).


    C’est ainsi que l’Église porte la lourde responsabilité d’être “signe”, d’être “sacrement” de ce premier sacrement qu’est le Christ Jésus. N’est-ce pas le sens même de l’évangélisation ? N’est-ce pas le sens même de votre vocation diaconale ? L’Église a donc comme responsabilité de rendre présent au monde cette grâce qu’est la personne du Christ, d’être signe à la manière de Jésus . On peut en tirer plusieurs conséquences.


    La première, c’est qu’un signe ne renvoie pas à lui-même mais à un autre, à une autre réalité. Les paraboles du sel et du levain sont éclairantes à ce propos : le sel n’a pas comme objectif que tout devienne sel, mais de donner du goût à l’ensemble des mets. Le levain n’a pas comme objectif que tout devienne levain, mais de faire lever la pâte tout entière. L’Église, sacrement du Christ Jésus, a comme objectif principal de rendre visible le Christ Vivant, de permettre la rencontre avec le mystère du Ressuscité ; la suite ne dépend pas d’elle et elle a le plus souvent à laisser l’Esprit du Christ faire son chemin dans le coeur des hommes. Le plus bel exemple dans l’évangile est celui de Jean Baptiste : il désigne le Christ comme Messie, puis se retire afin de laisser se faire la rencontre avec le Seigneur. Cela ne veut pas dire que l’Église se désintéresse d’associer des hommes et des femmes à son rôle de témoin ; il n’y aurait plus de signe s’il n’y avait plus de croyants qui en soient porteurs ; et plus il y aura de “porteurs du signe”, plus pourra se répandre la grâce de ce premier sacrement qu’est Jésus Christ. C’est l’aspect humble de votre vocation.


    Une autre conséquence concerne les moyens par lesquels l’Église sera signe, sacrement du Christ, les moyens qui lui permettent de laisser transparaître la présence du Vivant. Ceux-ci sont de deux ordres. Le premier ce sont les signes de la grâce divine tels que Jésus les a posés soit directement comme l’eucharistie ou le baptême, soit indirectement à travers les gestes que Jésus a posés dans sa vie. Ce sont les divers sacrements qui déploient dans le temps et dans l’espace cette grâce primordiale qu’est la personne même de Jésus. L’autre moyen qui laisse transparaître la présence du ressuscité, c’est la vie même de l’Église, les actes et les paroles qu’elle pose par l’intermédiaire des membres du Peuple de Dieu et de ses responsables. C’est la conformité de l’Église à l’Esprit de Jésus, à l’Esprit de l’évangile qui sera signe de la présence du Christ et de la grâce offerte à tous les hommes.


    On voit le rôle essentiel de l’Église dans l’économie du salut, mais en même temps un rôle humble à la manière de Jésus lui-même. C’est ainsi que le terme de “proposition” qui a été au centre de ce qu’on a appelé “le rapport Dagens” est au coeur de la compréhension de l’Église comme sacrement. Pas plus que les signes que Jésus a posé tout au long de sa vie n’ont été imposés à ses compatriotes, pas plus ce signe qu’est l’Église de Jésus ne peut être imposé mais seulement proposé.


    Dire que l’Église est sacrement, c’est dire qu’elle est animée par l’Esprit Saint et porteuse d’une grâce spécifique, celle de permettre le lien avec Jésus, le Sauveur. J’ai toujours en mémoire la parole d’un catéchumène : “On peut dire beaucoup de choses négatives sur l’Église, mais je l’aime car c’est elle qui m’a fait connaître Jésus Christ”. Cette parole de ce catéchumène m’a aidé à entrer dans le sens de l’Église comme sacrement de la bonne nouvelle de Jésus Christ. 

 6-L'Eucharistie manifeste et construit le corps du Christ.
    Parmi les signes que l’Église nous propose, il convient de donner une place privilégiée à ce signe qu’est l’eucharistie. L’eucharistie est le signe privilégié de la présence dans notre monde du Christ vivant. Jésus avait dit : “Voici mon corps livré, mon sang versé... Faites cela en mémoire de moi” (Lc 22, 19). En célébrant l’eucharistie, nous rendons présent toute la puissance de vie du Christ ressuscité.


    En célébrant l’eucharistie, nous annonçons la réussite du dessein de Dieu, ainsi l’eucharistie est le lieu de notre espérance. Tout sacrement et particulièrement l’eucharistie a une dimension “eschatologique”. Plusieurs paroles de la Messe le laissent entendre. L’anamnèse que nous chantons après la consécration dit : “Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire”. Comme dans toute grande action symbolique, l’eucharistie rend présent à la fois le passé : la mort de Jésus ; le présent : le don de sa vie ressuscité pour l’aujourd’hui de nos vies ; et l’avenir : le “retour du Christ”, ce “retour du Christ” qui est précisément l’accomplissement dernier du projet d’amour de Dieu. En célébrant l’eucharistie, nous annonçons la victoire du ressuscité et, en lui, de l’humanité tout entière. Nous annonçons cet accomplissement que l’apôtre Paul décrit par ces paroles prophétiques : “Et quand toutes choses lui auront été soumises, alorsˇ le Fils lui-même sera soumis à Celui qui lui a tout soumis, pour que Dieu soit tout en tous” (1 Co 15, 28).

    Sachons déchiffrer tous ces signes à travers lesquels Dieu ne cesse de nous  parler et que notre vie entre peu à peu dans le mystère de Dieu, dans l’univers de Dieu, là où se trouve la plénitude de la vie et de la joie.

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Retraite diacres 2017 5ème exposé

Publié le par Père Maurice Fourmond

Méditer la Parole de Dieu

1- Importance de cette parole
    Je voudrais parler avec vous de la place de la Parole de Dieu, bien sûr dans la vie de tout chrétien, mais tout particulièrement dans votre ministère de diacre. Certes nous savons que la Parole de Dieu, c’est la personne de Jésus, c’est le Verbe incarné « Et le Verbe s’est fait chair ». Mais nous avons la chance que des témoins aient transcrit par écrit ce qu’ils avaient reconnu dans la vie de ce Jésus comme aussi les textes inspirés que les prophètes de l’Ancien testament ont transmis à leur peuple. Ce sont ces Écritures dont je voudrais montrer l’importance dans nos vies et combien leur méditation est source de lumière et de force pour votre ministère.

    La parole est toujours un lieu de révélation : je me révèle à l’autre et l’autre se révèle à moi. À travers l’échange d’une parole, nous nous révélons l’un à l’autre, nous nous révélons l’un l’autre à la fois dans ce qui nous unit et dans ce qui nous distingue. La parole unifie et différentie. J’aime bien le récit de la Visitation qui illustre parfaitement ce propos. Vous vous rappelez ce passage de Luc : Marie est venue en hâte pour aider sa vieille cousine sur le point d’accoucher. Il y a un échange de paroles : d’abord la salutation de Marie, puis la réponse de sa cousine. Le texte ne précise pas les mots de la salutation de Marie, mais le rappel de cette parole suffit : quelque chose bouge dans le ventre et dans le coeur d’Elisabeth qui pousse un grand cri. Et c’est alors sa parole répondant à la salutation de Marie : “Tu es bénie plus que toutes les femmes, béni aussi est le fruit de ton sein” (Lc 1,42). Nous voyons bien là en quoi la parole échangée à la fois unit ces deux femmes et les différentient. Elle crée un lien de “reconnaissance” mutuelle qui va d’ailleurs bien au-delà d’une reconnaissance de leur parenté, c’est la reconnaissance du mystère de chacune, du mystère qui habite chacune de ces femmes. En même temps, elle situe ces deux femmes dans leur singularité : Elisabeth dans la joie et l’étonnement de la venue de la mère de son Sauveur, et Marie comme unique entre toutes les femmes. Chacune révèle à l’autre son mystère. N’est-ce pas ce que fait précisément la méditation de la Parole de Dieu ? Elle nous révèle quelque chose du mystère de Dieu et quelque chose de notre propre mystère. Elle nous dit que nous existons comme fils, fille de Dieu, elle nous unit à Dieu, elle nous dit qui nous sommes, elle unifie notre vie et en même temps, elle nous dit que Dieu est le Dieu d’un amour infini et que chacun est unique.


    Autre raison de l’importance de la Bible pour le chrétien : c’est que cette histoire du salut est notre propre histoire. Les auteurs bibliques, relisant l’histoire de leur peuple, y ont vu comme une présence de Dieu vivant au coeur de cette histoire, une relation d’Alliance réciproque avec son peuple et, à travers lui, avec l’humanité tout entière. Lire la Bible, c’est lire notre propre histoire en y reconnaissant l’appel amoureux de Dieu pour chacun de nous. C’est ainsi d’ailleurs que, de la même manière, un des aspects importants de notre mission de chrétien et de diacre, consiste à aider les personnes de bonne volonté à relire leur vie afin d’y découvrir cette présence mystérieuse de Dieu déjà à l’oeuvre à travers toutes les valeurs et les richesses qu’ils vivent déjà. Ainsi, la méditation de la Parole de Dieu nous fait entrer dans notre histoire, dans cette histoire sainte commencée dès les origines et qu’il nous appartient de continuer. La méditation de la Parole de Dieu, nous permet de relire à notre tour notre histoire dans sa dimension spirituelle la plus profonde, là où Dieu est mystérieusement présent. C’est le même Esprit qui souffle dans ces textes, qui habite notre propre coeur et nous fait avancer vers notre accomplissement humain et spirituel.


    On peut dire ainsi que la Bible a une dimension sacramentelle. Nous savons qu’un sacrement est un signe sensible qui est porteur d’une réalité invisible. C’est bien comme cela que “fonctionnent” les textes sacrés. Ils sont le support visible d’une réalité invisible qui a parlé aux auteurs bibliques, à ceux pour qui ils ont été écrit, et qui continue à nous parler aujourd’hui.

2- Aujourd’hui, la Parole biblique me met en relation avec Dieu et cette parole me ıfait vivre
    Entrons maintenant dans cette richesse que nous apporte la méditation de la Parole de Dieu. Mais d’abord quelles sont les conditions d’une méditation efficace ?

1-Les conditions. Dieu ne me parle pas directement, il n’y a pas de fil rouge qui nous mette en communication directe avec Dieu. La distance entre le « Tout-Autre » et nous, exige des médiations humaines qui autorisent cette relation sans pour autant nous permettre d’atteindre la réalité intime de Dieu. Dieu nous dit quelque chose mais en même temps il s’efface car toute représentation est inadéquate. Le Père Schillebeckx dans son livre “L’histoire des hommes, récit de Dieu” a des pages un peu difficiles mais éclairantes sur ce sujet, il écrit : “Lorsque notre prière s’adresse au Dieu réel et vivant, nous n’avons à l’esprit que des “images du divin” qui, dans la prière même, tombent en miettes” (p.127).  On connaît l’apologue du sable au bord de la mer : Dieu est comme la mer qui imprègne et lave le sable en se retirant. La Parole biblique est une médiation privilégiée à travers laquelle, Dieu nous livre un message de vie, non pas que Dieu ait écrit lui-même le texte, mais son Esprit habite le texte, il nous habite› aussi, et ce lien entre l’Esprit du texte et l’Esprit qui nous habite permet à celui qui “sait lire” d’entendre un message essentiel pour sa vie.  Mais, pour “savoir lire” trois conditions sont requises : une attitude de foi, une action de l’Esprit Saint, une disponibilité spirituelle.


    -l’attitude de foi. Nous disons souvent que les Écritures étaient des paroles de croyants : c’est la relecture dans la foi de la vie concrète des gens de leur époque, avec ses heurs et ses malheurs, ses conditions culturelles et politiques, qui a permis aux auteurs bibliques de lire Dieu dans leur histoire et de la transcrire ainsi. Si, selon la belle expression d’Olivier Artus, professeur d’Exégèse à l’Institut Catholique de Paris, la Bible est un “credo”, une profession de foi, nous ne pourrons en pénétrer le sens qu’en nous situant nous-mêmes dans la foi. Le regard de l’historien, de l’archéologue, de l’ethnologue, du sociologue... n’est qu’un préalable qui nous évite les fausses interprétations et “libère” le texte en sorte que chacun puisse accéder au “sens”. Reconnaître le sens est un acte de foi car c’est seulement dans la foi que je peux y reconnaître la Parole de Dieu.


    Et c’est l’Esprit Saint qui va me permettre de franchir la distance entre une vision purement humaine, factuelle du texte et le message qu’il contient pour moi, aujourd’hui. Nous avons tous fait cette expérience qu’un passage biblique, que nous avons lu et relu de nombreuses fois sans qu’il éveille un écho en nous, un jour brusquement nous parle et fait grandir notre relation avec Dieu. Pourquoi ? Je pense que c’est le fruit conjoint du travail de l’Esprit, de circonstances nouvelles ou d’un contexte particulier et aussi de notre disponibilité intérieure.


    Celle-ci est le troisième élément indispensable pour que la “lumière” contenue dans cette parole nous touche : avoir un coeur disponible. Qu’est-ce que cela implique ? Comme pour toute relation, cela va demander le silence d’un coeur qui écoute. Nous connaissons bien la réponse du petit Samuel à la voix de Dieu : “Parle, ton serviteur écoute” (1 S 3, 10). Ce silence intérieur veut dire, non pas qu’il faut quitter le monde, mais le mettre simplement sous le regard de Dieu. Le silence intérieur, c’est abandonner notre prétendue maîtrise de tout ce qui touche notre vie, pour laisser Dieu pénétrer ce monde de son regard de Père. Le silence intérieur, c’est aussi abandonner nos a-priori, nos jugements trop rapides, nous situer dans une attitude de non connaissance, laisser monter en soi le désir d’être touché par Dieu. C’est l’acceptation d’un non-savoir. Alors la lumière de l’Esprit Saint viendra ouvrir à notre coeur et à notre esprit ce que Dieu nous révèle aujourd’hui, quelle est aujourd’hui notre place dans cette histoire du salut qui conduit jusqu'en l’intime de Dieu.

2) La parole de Dieu me dit que je suis important pour Dieu. Il me semble que la première chose qui m’est dite, avant tout contenu, c’est que, si Dieu me parle à travers cette parole, c’est que je suis précieux pour lui, je suis important pour lui. Vous connaissez bien sûr ce passage du prophète Isaïe : “Tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et moi, je t’aime” (Is 43, 4). Dieu veut me dire quelque chose car ce que je suis, ma vie, l’intéresse, plus encore, le touche comme la vie d’un enfant touche le coeur de ses parents et, selon les circonstances, leur apporte joie ou peine, espoir ou angoisse. En ouvrant ma Bible, Dieu veut me parler et ce désir de Dieu fait déjà que j’existe puisque quelqu’un s’intéresse à moi. Ceci est élémentaire : nous existons dans le regard des autres. La Parole de Dieu vient me dire que j’existe dans le regard de Dieu puisqu’il s’adresse à moi. 


    Mais qui suis-je pour que Dieu m’adresse la parole ? Je pense à plusieurs passages d’évangile où Jésus va s’adresser à quelqu’un bien qu’il soit considéré par les gens comme peu de choses ou que, à leurs yeux, l’intervention de Jésus apparaisse comme inutile. Par exemple lorsque Bar Timée, cet aveugle mendiant au bord de la route crie sa détresse vers Jésus qui passe. On veut le faire taire : “Beaucoup le rabrouaient pour qu’il se taise... Jésus s’arrêta et dit : Appelez-le” (Mc 10, 48-49). Ou encore dans le même Marc cet épisode de Jésus en marche vers la maison de Jaïre dont la petite fille est malade. En chemin on vient dire à Jaïre : “Ta fille est morte, pourquoi ennuyer encore le Maître ? Mais, sans tenir compte de ces paroles, Jésus dit au chef de la synagogue : Sois sans crainte, crois seulement” (Mc 5, 35-36). Oui, malgré ma petitesse, Dieu me parle car je suis son enfant et ma vie lui tient à coeur. Déjà, la Parole de Dieu me dit que j’existe.

3) Ce qu’il ne faut pas chercher dans cette Parole. Nous n’avons pas à chercher la vérité “factuelle” du texte ; ne cherchons pas à savoir “si ça s’est passé exactement comme cela” ; c’est un message qui nous est offert, c’est la vérité du message qu’il nous faut découvrir à travers le texte et non l’exactitude des faits. Mais il ne faut pas non plus chercher la réponse directe à mes questions. Dieu n’est ni un “maître d’école”, ni un “devin”, ni un « gourou ». Nous ne pouvons pas avoir dans la tête des interrogations concernant des choix à faire, des décisions à prendre et ouvrir notre Bible afin d’y trouver “la” réponse qu’il suffirait de suivre. Dieu ne prend pas notre place, il ne fait pas les choix à notre  place. Si sa Parole est une lumière pour notre vie, ce n’est pas en nous fournissant la solution qu’il faudrait adopter, mais en déplaçant nos questions.


    Que veut dire “déplacer nos questions” ? Nos questions s’inscrivent à l’intérieur de limites qui sont celles de nos façons d’appréhender le réel selon notre histoire personnelle. La Parole de Dieu va déplacer nos questions en élargissant notre horizon. Elle nous invite à déplacer notre regard en nous efforçant d’avoir un regard qui s’apparente au regard de Dieu. Nous entrons dans l’univers de Dieu qui élargit le champ de nos interrogations. C’est le réel de Dieu qui nous est proposé élargissant le réel limité de notre regard. Ainsi la Parole de Dieu nous ouvre des perspectives que nous n’avions pas envisagées, elle ajoute des paramètres à ceux que nous avions dans la tête. Nous n’envisageons plus les choses de la même façon. Certes cela ne nous donne pas la solution mais cela nous permet de regarder les choses de façon nouvelle, plus spirituelle, plus en rapport avec notre vocation. Il nous appartiendra alors de poursuivre notre réflexion et de décider en toute liberté. 

4) En quoi la Parole de Dieu élargit-elle ma vision des choses ? La lecture de la Parole de Dieu ouvre ma vie en me montrant qui je suis, à quoi je suis appelé, quelles options vont dans le sens de la vie et lesquelles me détruisent, quelle est cette dimension éternelle qui m’appelle de l’intérieur, m’oriente vers un Dieu d’amour, m’assure d’une relation possible avec lui, d’une communion telle qu’elle dépassera les limites normales de mon existence ici-bas. Comme nous le disions il y a quelques minutes, la lecture de la Parole de Dieu me transporte dans l’univers de Dieu où, je le crois, je suis dans la plus profonde vérité de ma vie.


    Ainsi, quand j’ouvre ma Bible, je ne quitte pas le réel, mais, dans la foi, je lui découvre une profondeur insoupçonnée. Je ne me réfugie pas dans un monde imaginaire, tout au contraire, je découvre enfin la profondeur de mon existence. C’est vrai qu’en parlant avec des amis non croyants, agnostiques ou athées, on a parfois l’impression d’être sur deux planètes différentes. Le regard de la foi crève la bulle de notre univers pour s’ouvrir sur une transcendance. Certains pensent qu’il existe une transcendance sans Dieu et, pour cela, ils évoquent des “valeurs” qui dépassent (transcendent) la seule fabrication humaine. Au nom de ces valeurs en cours d’universalisation, on définit une transcendance qui, par exemple, aurait nom l’humanité, débordant chaque individu particulier. Certes une telle façon de voir est tout à fait respectable. Cependant la transcendance qu’on découvre dans l’humanité manque de fondement, on en ignore toujours la source même si la source est toujours à chercher. La Parole de Dieu nous met en communication avec la source qui, pour le croyant est Dieu, un Dieu transcendant c’est-à-dire tout à la fois hors de l’univers et au coeur de l’univers, hors de nous-mêmes et plus intime à nous que nous-mêmes.

5) La Parole de Dieu me fait vivre en me situant comme “partenaire” de Dieu. C’est déjà tout le sens de l’Ancien Testament. Le beau mot d’Alliance qui en est le coeur exprime bien cette réciprocité voulue par Dieu. Une réciprocité qui, du côté de Dieu est absolument fidèle mais qui de notre côté connaît bien des dérobades, des retraits, des refus ou du moins des interrogations.


    C’est donc en partenaire de Dieu que je vais ouvrir ma Bible. Mon attitude devra donc être une attitude attentive comme devant quelqu’un avec lequel je suis lié et qui a quelque chose à me dire et cela d’autant plus que le Seigneur nous a confiée une mission. Dans cette rencontre, comme nous le disions la dernière fois, j’ai à me rendre accueillant à l’Esprit Saint, ce grand “communicateur” afin de recevoir le message de Dieu : “Lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière. Car il ne parlera pas de son propre chef, mais il dira ce qu’il entendra et il vous communiquera tout ce qui doit venir” (Jn 16, 13).

6) La Parole de Dieu me fait vivre en me donnant des repères fondamentaux pour m’aider à conduire ma vie. A travers les attitudes des divers personnages de la Bible, à travers les enseignements délivrés, nous pouvons y déceler des repères pour notre vie. Les personnages bibliques, réels ou imaginaires sont montrés dans des attitudes qui interrogent notre foi. Que ce soit la foi d’Abraham ou celle des apôtres, le courage des prophètes comme Jérémie, le cri de révolte, d’indignation et de confiance de Job, tous ces personnages nous présentent les aspects positifs et négatifs de la relation avec Dieu. Ils constituent comme une typologie de ce que doit être ou ne pas être l’attitude croyante.


    A côté des personnages bibliques, il y a tout l’enseignement que contiennent ces livres mais, particulièrement pour le chrétien, cette Parole incarnée qu’est Jésus de Nazareth l’exemple de sa vie et son enseignement traduit dans les livres du Nouveau Testament. Comment ne pas être interpellé par ces paroles paradoxales mais tellement vigoureuses de l’évangile : “perdre sa vie pour la gagner”, “aimer ses ennemis”, “prendre la dernière place”, “se faire le serviteur de tous”... Ces fortes paroles ne nous disent pas ce qu’il faut faire, mais elles sont comme des phares qui orientent le bateau de notre vie vers ce qui peut nous faire vivre et nous apporter de la joie.

7) La parole de Dieu me fait vivre par l’engagement qu’elle exige. De même que l’Alliance telle que décrite dans l’Ancien Testament engageait le peuple d’Israël dans sa vie quotidienne, de même pour nous, méditer la Parole de Dieu n’est pas neutre. Il ne servirait à rien de méditer cette Parole si elle n’avait aucune influence sur notre vie de tous les jours. Toute parole sérieuse engage. Si je fais mien le message biblique alors, je suis engagé dans cette parole. Certes, nous restons avec nos fragilités et nos faiblesses, mais il nous appartiendra de réfléchir sur nos comportements à la mesure du message divin ; c’est une question de cohérence de notre vie.


    Cet engagement a toujours accompagné nos ancêtres dans la foi. Déjà le peuple d’israël se sentait profondément engagé par la Parole d’Alliance de Dieu, même s’il était souvent infidèle aux engagements pris. Puis, la rencontre avec la parole faite chair, Jésus de Nazareth, a engagé ceux qui acceptaient de le suivre. Lors de l’appel des premiers disciples au bord du lac, nous lisons : “Laissant tout, ils le suivirent” (Lc 5, 11). Et après la résurrection de leur maître et son départ visible ils répondront de tout leur coeur à ce que Jésus leur demande : “Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre” (Ac 1,8).


    Oui, on ne peut accueillir la Parole de Dieu sans que cette parole fasse bouger notre vie, nos habitudes, nos manière de nous situer dans le monde. Rappelez-vous cette parole du Christ dans son dernier entretien avec ses amis que nous citions tout à l’heure : “Lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière” (Jn 16, 13). La parole de Dieu nous engage sur le chemin de la vérité de nos vies et c’est un engagement très exigeant. Il s’agit de mettre en oeuvre ce que nous avons entendu.

8) La parole de Dieu me fait vivre parce qu’elle est toujours une parole d’espérance. La parole de Dieu vient sans cesse me redire que rien n’est perdu définitivement. C’est le leitmotiv qui court à travers toute la bible que ce soit pour l’humanité tout entière ou pour chacun de nous. Par rapport à l’humanité, c’est d’abord la promesse qu’on retrouve tout au long de l’Ancien Testament et qui annonçait la venue d’un Messie, d’un libérateur. Cette promesse est pleinement manifestée dans le Nouveau Testament par la personne de Jésus de Nazareth, le Messie attendu. Jésus va ouvrir à l’humanité entière et à chacun de nous un avenir éternel qui a nom “résurrection”. Ainsi, la Bible nous révèle une “histoire” qui aboutit à la transfiguration de l’humanité tout entière lorsqu’arrivera ce qui est appelé “la fin de temps” ou encore “le retour du Christ”. C’est en particulier ce que nous explique saint Paul dans plusieurs de ses lettres comme par exemple dans le lettre aux Éphésiens : “Mais Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés... il nous a donné la vie avec le Christ... avec lui il nous a ressuscité et fait asseoir dans les cieux en Jésus Christ” (Ep 2,G 4-6). Et ce passage de la première lettre aux chrétiens de Corinthe : “Et quand toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même sera soumis à Celui qui lui a tout soumis, pour que Dieu soit tout en tous” (1 Co 15, 28).


    Mais cette espérance n’est pas seulement reportée à la fin des temps, elle est offerte à chacun de nous comme en témoigne de nombreux passages du Nouveau Testament. Par exemple le dialogue entre Marthe et Jésus au moment de la mort de Lazare : “Ton frère ressuscitera” “Je sais répondit Marthe qu’il ressuscitera lors de la résurrection au dernier jour” “Jésus lui dit : “Je suis la résurrection et la vie, celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra” (Jn 11, 23-25). Ou encore dans un autre style la parabole du fils prodigue où ce dernier ayant rejoint la maison paternelle est désigné comme celui qui était perdu et qui est retrouvé, celui qui était mort et qui est revenu à la vie. Ou encore la promesse faite au “bon larron” sur la croix : “Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis” (Lc 23, 43).


    Ainsi, la Parole biblique nous fait vivre en nous redisant sans cesse la confiance de Dieu, en nous redisant sans cesse l’espérance de Dieu dans l’aujourd’hui de notre vie. 

Conclusion.
    La parole de Dieu est comme une nourriture. De même que nous avons besoin pour vivre de nourrir notre corps chaque jour, de même nous avons besoin de nourrir notre foi tous les jours et tout particulièrement nous, ministres de Jésus qui portons une exigence particulière dans l’annonce de la Bonne Nouvelle. La méditation de la Parole de Dieu est vraiment la nourriture quotidienne qui peut nous aider à vivre. L’expérience montre que plus nous méditons la Parole de Dieu, plus nous prenons goût à cette nourriture en sorte que peu à peu, nous ne pouvons plus nous en passer.
    Mais je conclurai en me référant à ce beau récit de l’Annonciation. Dans ce récit, Luc nous parle de la Parole qui s’incarne en cette jeune fille Marie, modèle sans doute de tout accueil de la Parole de Dieu. Comme en Marie, il convient que cette parole s’incarne dans notre vie, qu’elle prenne chair en nous, qu’elle devienne la chair de notre chair non pas dans la matérialité du livre, mais dans le message qu’il contient pour moi. Il nous revient de dire comme Marie : “Qu’il me soit fait selon ta Parole”. C’est ainsi que la Parole de Dieu n’a de sens que dans la mesure où elle devient une réalité concrète dans notre vie, dans la mesure où notre vie est une incarnation de la parole de Dieu où nous devenons nous-mêmes “parole de vie” pour les autres.


Je joins à mon texte une belle lettre de l’évêque Théodulfe

Lettre de l’évêque Théodulfe (9ème siècle).
Théodulfe était évêque d’Orléans au temps de Charlemagne (9ème siècle). L’enthousiasme avec lequel il présente la Bible montre la place qu’elle prend dans une vie de foi.

    La Bible est le pain du fort. Elle est aussi le lait de l’enfance. Si aux uns elle procure une nourriture solide, aux autres elle présente en même temps un aliment plus léger. Tantôt elle bouillonne comme un vin généreux, tantôt elle adoucit comme le jus de l’olive. En inspirant aux hommes mille sentime nts divers, elle les conduit à une même félicité (...)
    D’autres livres fatigueront l’attention à force d’être médités. Pour celui-ci, plus on le médite, plus on s’y attache (...)

    Ouvrez, à son approche, la porte de votre âme. Qu’exempte de toute souillure, elle soit digne de servir d’asile à l’Auteur même de cette loi sainte. Qu’il veuille bien y descendre avec elle pour vous l’expliquer... Méditez fréquemment cette loi sainte. Occupez-vous et le jour et la nuit de ses salutaires avis. Portez-la en votre coeur, ayez-la toujours en main, à la bouche. Tandis que vous corrigez les fautes des autres, que l’Écriture Sainte corrige les vôtres (...)

    Qu’à l’heure du coucher, elle trouve encore place à votre chevet, et, lorsque le sommeil fuit de vos paupières, qu’elle vienne à l’instant vous  trouver. Non seulement pour que vous soyez savant, mais pour que vous soyez juste. L’une et l’autre de ces choses sont bonnes, encore que l’une l’emporte sur l’autre. Car le Tout-Puissant ne vous demandera pas compte de vos paroles, mais de vos actions. Cependant, vous pouvez lui plaire en l’une et en l’autre.
    Apprenez en lisant, exercez-vous souvent, instruisez-vous en pratiquant. Que ce soit là un sentier dont vous ne vous écartiez jamais dans l’étude de la loi divine.
    Que votre exemple serve d’appui à vos discours. Ce que vous enseignez, faites-le et ce que vous faites, enseignez-le. En sorte que vos oeuvres ne soient pas en contradiction avec vos paroles, ni vos paroles avec vos actions. Bien plus, que les une et les autres marchent dans le plus grand accord.

Adieu
Théodulfe

Publié dans Conférences

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Retraite diacres 2017 4ème exposé

Publié le par Père Maurice Fourmond

La prière

    Mettre le Christ au coeur de notre vie, c’est, à son exemple, vivre une relation aimante et vraie avec Dieu. Un des moyens privilégiés pour vivre cette relation est le moment de la prière. Je voudrais partager avec vous quelques convictions sur ces aspect vital de notre foi.

1- La prière n'est pas un acte isolé. 
a) La prière est le moment privilégié d'une relation, mais celle-ci a de multiples composantes dans la vie quotidienne. De la même manière qu'un moment de communion ou d'échange entre deux personnes qui s'aiment n'est que l'expression privilégiée d'une préoccupation constante du coeur et de l’esprit ainsi en est-il de la prière, moment privilégié de ce qui habite constamment notre coeur et notre esprit. Ces moments privilégiés n'auraient aucun sens s'ils n'étaient le point de départ ou l'expression d'un vécu, comme inversement, l'attention intérieure quotidienne appelle ces moments plus intenses où cette attention trouvera un accomplissement et un encouragement.

 
On ne peut pas opposer les moments de prière à la relation quotidienne, le "vivre avec" Dieu. Ils sont inséparables et s'appellent mutuellement au point que si l'un des deux manque, il est certain que l'autre ne tardera pas à se détériorer et à disparaître. 


De même qu'il y a le quotidien de l'amour et les moments privilégiés de l'amour, mais c'est le même amour, de même il y a le quotidien de la prière comme relation permanente avec Dieu, et les moments privilégiés de la prière, mais c'est la même prière. Et c'est pourquoi on utilise le même mot de prière pour désigner la présence quotidienne à Dieu à travers les multiples actions de la vie et le temps où on se tient expressément et gratuitement devant lui. C'est ainsi que l'on trouve dans les écritures l'exigence paradoxale de "prier sans cesse" (1 Thes 5,17) et aussi de se retirer à l'écart pour prier (Matthieu 6,6). Quand on dit que "tout est prière", il faut bien se garder de confondre les deux exigences, l'une ne va pas sans l'autre, mais elles sont différentes. C'est le même mot qui désigne la relation avec Dieu, car il s'agit toujours d'être en relation avec le Seigneur, mais autre est cette relation qui consiste à vivre dans le regard aimant de Dieu, et autres sont les moments où cette relation prend le temps de se dire. 

 

b) Avant d'aborder la prière comme moment privilégié, je voudrais dire un mot de ce "prier sans cesse" dont nous parle saint Paul. On pourrait dire qu'il est le fruit d'une foi vivante. Ce "prier sans cesse" correspond à une réalité spirituelle qui se dit : "être habité par l'Esprit de Dieu". Il est l'affleurement constant de cette présence amoureuse dans le déroulement banal de la vie quotidienne. Il est comme cette présence joyeuse qui perce à tout moment rappelant sans cesse ce lien amoureux qui nous comble. C'est bien ce qu'expérimentent les amoureux qui sont habités par leur amour lequel est, en eux, comme un fond de joie qui transparaît sans cesse, en un éclair, provoqué par telle parole, telle pensée, tel événement apparemment fort éloigné de celui ou celle qui est aimé. 


Le « prier sans cesse » est donc cette pression intérieure qui est, non pas d'abord de l'ordre de la sensibilité, mais de l'ordre de la foi, et qui nous fait vivre différemment. C'est cette habitation de l'Esprit auquel on se réfère souvent et particulièrement dans les moments délicats ou heureux. Les oraisons jaculatoires ne sont pas autre chose que ces mouvements spontanés ou nous mettons tel ou tel événement qu'on est en train de vivre sous le regard de celui qui est notre bien-aimé. 


Le " prier sans cesse" est de l'ordre d'une vie habitée par l'amour de Dieu. Il ne s'agit pas d'interrompre nos occupations afin d'avoir une pensée pour Dieu, il s'agit de vivre, habité intérieurement par ce lien très fort avec Dieu qui fera naître spontanément ce clin d'oeil significatif de la présence profonde. 

2- Le mouvement profond de la prière. 
Bien souvent nous entendons dire, où nous disons nous-mêmes, « je ne sais pas prier », où « je n'arrive pas à prier ». C'est que nous confondons la prière avec notre manière de la concevoir et de la vivre. C'est ainsi, pour ne donner qu'un exemple, que des personnes âgées n'ayant plus les mêmes possibilités au niveau de la concentration ou au niveau de la mémoire, ont l'impression douloureuse de ne plus savoir prier, prenant comme référence une époque de leur vie où, pensent-elles, leurs prières étaient plus faciles. De même, nous confondons souvent la prière elle-même et les conditions de la prière ; ainsi je ne suis pas nécessairement dans la prière parce que je me mets à genoux, que je viens à l’église ou que j'ouvre ma bible. 
Quel est donc le mouvement profond de la prière ? Je voudrais essayer de dire ce que je crois être la prière au sens le plus fort sans pour autant penser que si, comme c'est le cas la plupart du temps, je n'atteins pas cette profondeur, ma prière est nulle et sans valeur. 

a) Si nous pensons que la prière est un moment d'intimité avec Dieu, comme on ne peut approcher l'intimité de Dieu que dans la foi et que la foi est une grâce, il faut dire que c'est Dieu qui a l'initiative de notre prière, qu'il en est, si je peux dire, la cheville ouvrière. La prière est fondamentalement l'oeuvre de l'Esprit. Comment ? 


L’Esprit nous remodèle afin de nous rendre à nous-mêmes, de nous restituer à notre orientation première, selon le projet d'amour de Dieu. Au point de départ de toute prière, il y a une oeuvre de re-création. L'action de l'Esprit au principe de la prière est une action purificatrice et re-créatrice, une opération de dé-connaissance et de re-connaissance. Apparemment "déstabilisatrice", l'action de l'Esprit est "reconstructrice". De même qu'à l'origine de la création l'Esprit, nous dit la Genèse, organise le chaos en vue d'un éveil de l'homme, ainsi la prière est d'abord cette oeuvre organisatrice de l'Esprit Saint en nous, en vue de l'éveil de ce que nous sommes vraiment pour Dieu. Marcel Légaut écrivait : "gros d'une grandeur potentielle illimitée, le monde des profondeurs de l'homme est le chaos que l'Esprit n'a pas encore ordonné en vue d'un devenir qui lui donne sens". ("Un homme de foi et son église", page 128). Ainsi le premier moment de la prière est cette recréation intérieure opéré par l'Esprit Saint, organisant le chaos de notre vie selon la nouvelle création où nous sommes fils avec le Fils. C'est la condition première, car il n'y a de partage d'intimité avec Dieu que si nous sommes reconstituées fils, fille, avec le Fils unique Jésus Christ. 


Une réflexion trouvée dans la revue "Prier" exprime bien cet aspect primordial de la prière : "le temps de la prière, c'est le temps où Dieu nous refait un visage. Les obstacles de la route et les échecs nous font oublier la grandeur d'où nous venons. Prier, c'est retourner aux origines, car, tournés vers Dieu, nous retrouverons notre beauté". 


Quelle est notre part dans cette action première de l'Esprit ? Je crois qu'elle est essentiellement un acte d'humilité. Reconnaître à la fois notre grandeur, l'appel amoureux de Dieu et, en même temps, et donc paisiblement, notre faiblesse, le désordre qui brouille notre visage et nous empêche de nous reconnaître enfants de Dieu dans le miroir de l'amour du Père. Il s'agit donc d'abandonner nos défenses, nos illusions sur ce que nous croyons être, tout autant d'ailleurs dans un sens flatteur que dans le sens contraire d'une déconsidération de soi-même. Il s'agit d'accepter d'être enseigné par l'Esprit, en reconnaissant que nous savons mal qui nous sommes. 

b) Le second moment de la prière est aussi l'oeuvre de l'Esprit. La recomposition de notre visage et de notre coeur de fils, de fille, la communion opérée par l'Esprit avec Jésus le Fils bien-aimé, l'organisation intérieure où tout se relie pour être image de l'image, vont faire naître en nous le mot même qui exprime qui nous sommes vraiment devant Dieu et pour lui, et ce mot est le mot "Père". 


C'était le mot qui inaugure toutes les prières de Jésus. "Je te loue Père de ce que tu as caché cela aux sages et aux savants" (Matthieu 11,25). "Après avoir ainsi parlé , Jésus leva les yeux au ciel et dit : Père, l'heure est venue" (Jean 17, 1). À Gethsémani Jésus priait disant "Père, s'il est possible..." (Matthieu 26,38). "Père, pardonne leur" (Luc 23,34). Et sa dernière prière sur la croix : "Père, entre tes mains je remets mon esprit" (Luc 23,46). C'est le mot essentiel qui nous place avec justesse dans notre relation à Dieu et même , avec le Christ, à l'intérieur de la vie intime de Dieu. C'est vraiment ma parole, mais rendue possible par l'action de Dieu même, me remodelant à l'image de son Fils. Ainsi le second temps de la prière, c'est mon élan vers Dieu, où je le reconnais et où je me reconnais dans la lumière de cette vérité éblouissante : je suis ton fils, ta fille et tu es mon Père. Dans cet élan, tout converge vers ce point ultime où prend source tout amour et toute vie, ma vie. À ce moment de ma prière, je deviens, en Jésus le Fils bien-aimé, pur accueil de la tendresse de Dieu. 

c) Et c'est alors que ce nom prononcé à la fois par l'Esprit de Jésus et par nous-mêmes va rencontrer les bras ouverts de Dieu, l'infini capacité d'aimer qu'il est lui-même, présent au coeur de notre coeur. Et cette rencontre irradie tout notre être, en une communion bienheureuse. 


Il n'y a pas alors besoin de mots, tant cette communion est juste. L’amour silencieux de Dieu qui se dit dans la prière rencontre notre amour silencieux pour lui. Nous ne sommes pas transformés au sens où nous ne serions plus les mêmes ; au contraire, la réalité de notre existence avec ses difficultés, ses limites, ses épreuves, ses aspirations, ses désirs, ses espoirs... devient plus limpide et trouve son véritable sens dans la réalité plus profonde encore de notre être devant et pour Dieu. 


Dans cette communion "juste" avec notre Père, les choses prennent leur juste place, c'est pourquoi la prière est source de paix, non pas qu'elle supprime l'angoisse, l'appréhension face à des souffrances, des difficultés, mais celles-ci sont précédées et portées par une relation intime où nous trouvons un sens dernier de vie et d'amour. 

d) On voit que la dimension trinitaire de notre prière n'est nullement accessoire ; elle est au fondement même de toute prière chrétienne. Dans notre prière, nous sommes situés au coeur de la vie trinitaire en ce sens que nous participons à cet échange d’amour entre le Père et le Fils dans l’Esprit. C’est le caractère intime de la prière qui nous place au coeur de la vie divine.  On voit bien comme elle se vit dans le grand mouvement priant où l'Esprit de Dieu nous conforme au Fils, et ainsi nous donne accès à la rencontre du Père dans le don prodigieux de son amour. 

e) Enfin il faut dire que si je crois vraiment que cette description est bien le mouvement le plus profond de la prière chrétienne, sa réalisation est, la plupart du temps, partielle et imparfaite. Notre prière n'en est pas moins authentique, même si elle aspire à ces moments particulièrement privilégiés et lumineux qui peuvent éclairer longtemps un quotidien assez misérable. 

3- Les médiations nécessaires.
"Dieu, personne ne l'a jamais vu, le Fils, lui, nous l'a fait connaître » Jn 1, 18. La loi de l'incarnation n'est pas un moment particulier dans l'histoire des relations entre Dieu et l'homme, elle est la loi fondamentale qui caractérise toute relation avec Dieu. L'incarnation ne fait qu'exprimer la radicale nécessité de passer par des médiations adaptées à notre condition humaine pour rejoindre, ou plutôt se laisser rejoindre par Dieu. 


Parler de médiation, ce n'est pas nier la vérité d'une relation à Dieu, c'est l'affecter d'une note relative, c'est admettre que nous ne pouvons pas "toucher" Dieu sinon en passant par des intermédiaires qui vont nous rapprocher de lui. Même l'extase des mystiques non seulement ne peut être décrite qu’à travers des mots, des images, des comparaisons imparfaites, mais la réalité même de la communion intime va nous rejoindre à travers des sentiments, des impressions qui sont de l'ordre humain sensible. 
Nous disions il y a un instant, il s'agit moins de rejoindre Dieu que de se laisser rejoind

re par lui ; il s'agit moins de se mettre en présence de Dieu que de laisser Dieu se rendre présent à nous-mêmes, à notre personne. Les médiations que nous pouvons prendre dans notre prière sont comme les chemins sur lesquels Dieu marche à notre rencontre. Ces chemins jouent un rôle sacramentel, c'est-à-dire qu'ils sont ces médiations, ces signes sensibles à travers lesquels Dieu se donne, Dieu nous rejoint. 


Qui peut être chemin sur lequel Dieu nous rejoindra pour un moment d'intimité ? Je crois que, dans la ligne de l'incarnation, ce sera tout ce qui est porteur de Jésus Christ, c’est-à-dire tout ce qui est sacramentel, sa Parole, ses frères, son action dans nos vies, telle parole et bien sûr les sacrements de l'Église.

 
Ainsi, pour entrer en prière et laisser Dieu me rejoindre, je vais découvrir sa présence et son amour dans le concret de l'existence. C'est ainsi que la prière commence par un certain "travail". Il s'agira par exemple de mâcher longuement un texte d'écriture afin de permettre à l'Esprit de me rejoindre à travers ce texte. Il s'agira de relire ma journée afin d'y déchiffrer l'amour de Dieu pour tous mes frères et de rejoindre mon Dieu dans son regard de tendresse. Il s'agira de laisser apparaître en moi ma peine ou ma honte, non pas pour m'y complaire, mais pour y trouver Dieu partageant cette peine ou me regardant avec miséricorde. Il s'agira de lire au relire tel passage où un frère a su exprimer quelque chose de fort et de profond qui me touche et là, y reconnaître comme un appel discret qui vient de Dieu lui-même. 


Les références concrètes où Dieu est présent sont comme des miroirs qui me renvoient l'image de Dieu et le rendent présent à ma vie. Dans une lumière progressive, mon frère laisse apparaître Dieu, source de toute fraternité, telle parole et particulièrement la bible, en disant quelque chose de Dieu, le rend présent à mon esprit et à mon coeur ; tel événement marqué par un manque ou au contraire un bonheur, renvoie à celui qui ne me manquera jamais et peut seul me combler de bonheur. 


Ces médiations sont déjà de la prière, mais elles sont aussi et surtout chemins pour une rencontre vivante avec mon Dieu. Dieu est déjà là se révélant à moi, mais il me reste encore à m'en remettre à lui comme un fils tendrement aimé.

4- Prière personnelle et prière communautaire. 
Nous sommes à la fois uniques dans notre relation à Dieu et membres d’un corps, le corps du Christ. C’est ainsi que notre prière prendra cette double forme d’une prière personnelle, où la relation à Dieu s’exprime en “je” et “tu”, et aussi une prière communautaire où le relation s’exprime en “nous” et “tu”.


Mais ces deux prières ne sont jamais séparées et lorsque je prie seul, dans le secret mon Père des cieux, ma prière est soutenue, fortifiée, enrichie par la prière de tous mes frères qui, mystérieusement, accompagnent le mouvement de mon coeur. Et inversement, quand je suis avec des frères et des soeurs et que ma voix s’unit à la voix des autres pour faire monter vers Dieu la louange, le chant de la communauté est en vérité “ma” prière : lorsque le prêtre préside l’eucharistie et offre le pain et le vin consacrés, c’est aussi “moi” qui présente au Père l’amour de son Fils.


On a dit que la prière était la respiration de l’âme. Je crois qu’on voulait ainsi signifier plusieurs vérités. D’une part le caractère vital de la prière aussi nécessaire à la vie spirituelle que la respiration peut l’être à l’oxygénation et donc à la vie du corps. Cette comparaison veut aussi marquer l’aspect permanent ; la prière n’est pas un secteur limité, il n’y a pas de vacances pour la prière comme il serait ridicule de penser qu’on peut aimer quelqu’un à certains moments et pas à d’autres u qu’on pourrait respirer à certains moments et pas à d’autres. Enfin il y a un troisième aspect intéressant de la comparaison avec la respiration, c’est le rythme. Le rythme est structurant, il assure une certaine stabilité à la vie. Certes il faut inclure la spontanéité, l’intuition, mais la régularité est aussi un élément important pour tenir en particulier lorsque nous manquons de désir ; le rythme, la régularité est un élément de la fidélité répondant à la fidélité de Dieu.

Conclusion. 
J'ai bien conscience d'avoir dit bien peu de choses sur la prière, d'autant que l'expérience est incomparablement plus importante que tous les discours. Seule l'expérience de la prière peut nous apprendre ce qu'est la prière. Comme la sainteté, elle n'exige aucun préalable autre que le désir de mettre ma vie avec amour devant le Dieu de Jésus, devant mon Père qui vient vers moi, qui est déjà à ma porte et qui frappe, qui est déjà au coeur de moi-même. Il s'agit de laisser apparaître en moi ce Dieu d'amour qui, par son Esprit, me recompose un visage de fils, de file et me permet de dire "Père". Dans ce mot, nous exprimons tout ce que nous sommes, nos désirs et nos peurs, notre allégresse et notre souffrance, et nous retrouvons à la fois qui nous sommes et pour qui nous sommes faits. 


Ainsi la prière est le lieu symbolique où se révèle notre destin. Elle est le lieu où je prends conscience de ma véritable identité, de mon véritable nom, ce nom caché, gravé sur la pierre blanche de l'Apocalypse (2, 17). Elle est le lieu où je prends conscience de mon véritable destin qui est la construction de relations aimantes en Dieu, en lui, avec tous mes frères. La prière est donc essentielle pour accueillir l'appel à la vie, à la vie éternelle. Relisons le dernier chapitre de l'apocalypse : "l'Esprit et l’Épouse disent : viens ! Que celui qui entend dise : viens ! Que celui qui a soif vienne, que celui qui le veut reçoivent de l'eau vive gratuitement".. (Apocalypse 22 , 17). 

Publié dans Conférences

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Retraite diacres 2017 3ème exposé

Publié le par Père Maurice Fourmond

Place de l’Esprit Saint dans ma vie 

    Je voudrais méditer sur la place de l’Esprit Saint dans nos vies. Nous ne pouvons pas vivre notre foi si ce n’est sous la mouvance de l’Esprit : “Nul ne peut dire : Jésus est Seigneur, si ce n’est par l’Esprit Saint” (1 Co 12, 3). Tout en étant imprévisible, insaisissable, la présence de l’Esprit court sur toutes les pages de la Bible. Il est représenté à travers des images à la fois très parlantes et pleines de contrastes. Dès la première page de la Bible, l’Esprit est désigné comme le souffle : “Le souffle de Dieu planait à la surface des eaux” (Gn 1, 2). Ce souffle, ce vent, “souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient  ni où il va” (Jn 3, 8). D’autres images désigne l’Esprit dans la Bible : ce sera le feu comme à la Pentecôte, ce feu qui, comme l’amour tend à se répandre. Ou encore la colombe symbole de la paix comme à la fin du déluge (Gn 8, 10-11), ou au baptême de Jésus (Mt 3, 16).


    Si l’Esprit Saint est si important dans nos vies, c’est que c’est l’Esprit qui a guidé Jésus toute sa vie, comme il nous guide toute notre vie. L’Esprit était présent en Jésus dès le premier instant de son existence. Jésus n’a pu remplir sa mission que par l’Esprit qui l’habitait tout entier. Nous aussi, nous ne pourrons être diacres de Jésus Christ ou femmes de diacres que si nous sommes disponibles à l’action de l’Esprit qui est présent en nous et dans le coeur de ceux qui sont confiés à notre ministère. Quel est donc le rôle de l’Esprit Saint tel que l’Écriture nous le dévoile ?

1 - L’Esprit Saint est à l’origine de toutes les naissances.
    L’Esprit est à l’origine de toutes les naissances qui construisent le monde et l’humanité. Cela va nous aider à comprendre la place de l’Esprit Saint dans nos vies.
    - L’Esprit est à l’origine de la naissance du monde. Les premiers versets de la Genèse nous disent que la terre était informe et vide et le souffle (la “ruah”) de Yahvé planait à la surface des eaux ; et la parole se fait entendre : Dieu dit et cela existe. Ainsi le souffle créateur va donner à la parole d’être efficace. Le souffle de la Parole fait naître le monde.


    - L’Esprit est à la naissance de l’homme. Toujours dans le livre de la Genèse, mais au chapitre 2 on peut lire : “Le Seigneur Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un être vivant” Gn 2, 7. Nous retrouvons le souffle de Dieu, symbole de l’Esprit dans la naissance de l’homme. On peut d’ailleurs entendre l’affirmation " l’homme devint un être vivant " de deux façons, (mais l’une est, me semble-t-il, la plus exacte) : soit “vivant” au sens biologique du terme, soit plus vraisemblablement “vivant” au sens d’une vie destinée à rejoindre la vie même de Dieu. N’est-ce pas le sens de cette parole capitale : “Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, mâle et femelle il les créa” Gn 1, 27. Ainsi on peut penser que c’est le “souffle” de Dieu, l’Esprit de Dieu qui habite l’être humain et lui donne de pouvoir recevoir et donner l’amour à l’image de la Trinité. C’est donc également cet Esprit qui lui donne de pouvoir “communiquer” avec Dieu, c’est-à-dire d’être fils et fille avec le Fils pour accueillir et rendre grâce, cette grâce qu’est le don du Père à son Fils et à chacun de nous, ses enfants.


    - L’Esprit est, selon beaucoup d’exégètes, à la naissance d’une conception de Dieu nouvelle et source de la foi juive en un Dieu unique selon ce que tout juif doit dire plusieurs fois par jour : « Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique » Dt 6, 4. C
Mais la révélation de la vérité de Dieu est spécialement manifestée dans le récit de la rencontre entre Dieu et Élie à l’Horeb quand Dieu se  manifeste dans le souffle ténu d’une brise légère. Élie qui a vécu au 9ème siècle avant Jésus Christ avait une conception de Dieu très semblable à celle des Baal païens : au mont Carmel,  le Dieu d’Élie se comporte comme les dieux païens, il entre en compétition avec eux. À l’Horeb, tout change, Dieu se manifeste non plus dans la violence mais dans le souffle léger qui est celui de l’Esprit Saint ; il est le Dieu des hommes quel que soit leur chemin.


    - L’Esprit est bien sûr à la naissance du Fils de Dieu incarné. Cela est dit explicitement dans l’évangile de l’Annonciation : “L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre” (Lc 1, 35). Permettant la création de l’univers, permettant la création de l’homme à l’image de Dieu, l’Esprit permet cette création inouïe : un fils d’homme conçu dans le ventre d’une femme et qui est en toute vérité présence de Dieu dans la condition humaine.


    - Mais l’Esprit Saint a été aussi à la naissance de l’Eglise. On discute pour savoir quel fut le point de départ de l’Eglise. Même si certains le situe sur la croix dans le côté ouvert de Jésus, ou encore dans la parole de Jésus ressuscité envoyant ses apôtres comme témoins de la Bonne Nouvelle, la tradition place la naissance de l’Eglise dans l’événement de la Pentecôte. Dans ce récit des Actes des Apôtres, l’Esprit est symbolisé à la fois par le souffle et par le feu. On pense à juste titre que la Pentecôte est l’acte de naissance de l’Eglise en raison de la transformation radicale du groupe chrétien, d’abord réunis tous ensemble dans la peur, voilà qu’ils sortent pour annoncer par la bouche de Pierre : Jésus est vivant et nous aussi nous sommes appelés à vivre de sa vie. Les disciples de Jésus vont “sortir” de la maison où ils s’étaient enfermés comme au moment de la naissance le petit homme sort du ventre maternel. L’Eglise est un peuple de témoins et le premier témoignage explicite de Jésus vivant a été produit grâce au don de l’Esprit.


    - Enfin nous savons que notre baptême, notre nouvelle naissance, ce moment privilégié où Dieu nous reconnaît comme son enfant bien-aimé et nous invite à une relation d’amour avec lui en communion avec le Christ, est l’oeuvre de l’Esprit. Jean Baptiste annonçant le nouveau baptême que son cousin Jésus devait apporter, disait : “Moi, je vous baptise dans l’eau en vue de la conversion... Lui, il vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu” (Mt 3, 11). Seul en effet, l’Esprit Saint peut nous permettre de “communiquer”, d’échanger dans une relation d’amour avec Dieu.


    Ainsi nous voyons comment l’Esprit Saint est mystérieusement présent pour faire naître le monde, permettre une création nouvelle, donner naissance à une relation d’amour de l’humanité entière avec Dieu. Nous pouvons demander à l’Esprit Saint de nous faire naître chaque jour à ce à quoi nous sommes appelés et cela pour notre bonheur.

2- L’Esprit Saint, le grand “communicateur”. Il fait l’unité.
    Si nous avions à définir en un mot le rôle de l’Esprit Saint, j’aurai envie de dire qu’il est le grand “communicateur”. Il est celui qui met en relation, il est celui qui permet la communication, il est celui qui assure la communion.


    Déjà au sein de la Trinité, la réflexion théologique nous dit que l’Esprit est ce qui permet la communication et l’unité du Père et du Fils. Il permet au Père de se donner totalement au Fils, et au Fils de rendre au Père la totalité de l’amour reçu. L’Esprit Saint est comme le “catalyseur” de l’amour du Père et du Fils, il permet la communication et l’échange mystérieux de l’amour qui est la vie même de Dieu. Il est ce troisième terme qui permet la rencontre sans qu’il y ait confusion ni distance. Il assure l’unité en Dieu. Cette réflexion est confirmée par les recherches des psychologues parlant dans la personne humaine d’un “lieu” de communion qui ne serait ni “je”, ni “tu”, mais un “nous” c’est-à-dire  ce qui assure la communion entre les personnes. 


    C’est aussi l’Esprit qui assure le lien entre l’humanité et la divinité˙ de Jésus. La parole de l’Annonciation est claire : “L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre” (Lc 1, 35). C’est ce “grand communicateur” qui seul permet l’union en Jésus de l’humanité et de la divinité, “sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation” selon les paroles du Concile de Chalcédoine (DS 301-302). Il assure l’unité en Jésus.


    C’est aussi l’Esprit Saint qui permet la communion entre Dieu et chacun de nous. Il est le grand communicateur qui, en nous, dit à Dieu “Père” : vous avez reçu “un Esprit qui fait de vous des fils adoptifs et par lequel nous crions : Abba, Père” (Rm 8, 15).


    C’est l’Esprit Saint qui nous communique les paroles de Jésus. Le Seigneur l’avait annoncé à ses amis : “L’Esprit Saint que mon Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit” (Jn 14, 26). L’Esprit n’est pas la parole, mais il fait que la parole soit entendue et que le message soit perçu.


    C’est l’Esprit Saint qui assure le lien entre chacun et l’intime de Dieu. C’est lui qui fait l’unité du corps, de ce corps filial en Jésus. Dans l’allégorie de la vigne au chapitre 15 de saint Jean, Jésus est la vigne et nous sommes les sarments. Le Seigneur précise que c’est l’amour qui nous permet de “demeurer” attachés à la vigne. L’amour est comme la sève qui irrigue la vigne tout entière et nous croyons que c’est l’Esprit Saint qui irrigue chacun des membres du corps du Christ.
    Alors, demandons à l’Esprit Saint de faire le lien entre nous, de nous conduire par son souffle de vie jusqu’en la vie intime du Père.

3- L’Esprit Saint est notre “défenseur”
    Le terme de “Paraclet”  vient d’un terme grec qui désignait celui qui se tenait à côté d’un accusé pour le défendre ; en latin c’est le “ad-vocatus” celui qui est appelé à côté de quelqu’un et qui a donné le mot “avocat”. Jésus désigne ainsi l’Esprit Saint au chapitre 14 et 15 de saint Jean. Au chapitre 15 Jésus précise : “Lorsque viendra le Paraclet que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité”. Il est intéressant de faire le rapport entre l’Esprit comme défenseur et l’Esprit de vérité. L’Esprit Saint ne nous défend pas devant le Père, il nous défend contre nous-mêmes et cela, en nous conduisant vers la vérité ; c’est ce que Jésus nous dit un peu plus loin : “Lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière” (Jn 16, 13).


    Nous sommes des êtres faibles et le récit de la première tentation au livre de la Genèse ne fait qu’exprimer ce que nous vivons difficilement chaque jour. Face à l’Esprit de vérité nous trouvons le “père du mensonge”, le diable qui “puise dans son propre bien parce qu’il est menteur et père du mensonge” (Jn 8, 44). Dans ce combat, nous ne sommes pas seuls, l’Esprit de vérité qui, selon la promesse de Jésus “restera avec vous pour toujours” (Jn 14, 16), est notre défenseur vis-à-vis de nous-mêmes. Il nous défend contre la part obscure de notre coeur. Il nous défend par l’appel à faire la vérité dans nos vies.


    L’Esprit Saint défend l’humanité contre elle-même chaque fois qu’il inspire à des personnes, croyantes ou non,  de chercher et de faire la vérité.

4- L’Esprit Saint nous donne un esprit filial
    L’Esprit Saint nous donne d’être et de vivre en fils et filles de Dieu. L’apôtre Paul dans sa lettre aux Romains déclare : Vous avez reçu “un Esprit qui fait de vous des fils adoptifs et par lequel nous crions : Abba, Père. Cet Esprit atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu” (Rm 8, 15-16). Comment Paul peut-il être aussi affirmatif ? C’est que, dans sa foi, il sait que Jésus vit et agit comme Fils de Dieu par l’action en lui de l’Esprit Saint qui fait de lui un fils. C’est bien ce qui est exprimé lors du baptême de Jésus : “Dès qu’il fut baptisé, Jésus sortit de l’eau. Voici que le cieux s’ouvrirent et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici qu’une voix venant des cieux disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu’il m’a plu de choisir” (Mt 3, 16-17). Le lien entre l’Esprit et la désignation de Jésus comme fils est clair. Or c’est cet Esprit que Jésus nous a donné comme il le dit à ses amis après sa résurrection : “Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit Saint” (Jn 20, 22).


    C’est donc seulement sous la mouvance de l’Esprit Saint que nous pourrons vivre et agir en fils de Dieu. Saint Paul le rappelle fortement dans ce passage de sa lettre aux Galates: « Vous, frères, c’est à la liberté que vous avez été appelés. Seulement, que cette liberté ne donne aucune prise à la chair ! Mais, par l’amour, mettez-vous au service les uns des autres. Car la loi tout entière trouve son accomplissement en cette unique parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Mais, si vous vous mordez et vous dévorer les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres. Écoutez-moi : marchez sous l’impulsion de l’Esprit et vous n’accomplirez plus ce que la chair désire. Car la chair, en ses désirs, s’oppose à l’Esprit et l’Esprit à la chair ; entre eux, c’est l’antagonisme ; aussi ne faites-vous pas ce que vous voulez. Mais si vous êtes conduits par l’Esprit, vous n’êtes plus soumis à la loi.


    On les connaît, les oeuvres de la chair : libertinage, impureté, débauche, idolâtrie, magie, haines, discorde, jalousie, emportements, rivalités, dissensions, factions, envie, beuveries, ripailles et autres choses semblables ; leurs auteurs, je vous en préviens, comme je l’ai déjà dit, n’hériteront pas du Royaume de Dieu.


    Mais voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi ; contre de telles choses, il n’y a pas de loi. Ceux qui sont au Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs. Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi sous l’impulsion de l’Esprit.” (Ga 5, 13-25).


    Alors, écoutons l’apôtre Paul et laissons-nous conduire par l’Esprit de Jésus. C’est en nous laissant conduire par l’Esprit Saint que nous serons vraiment libres. Que cet Esprit qui nous façonne en fils et filles de Dieu, en frère et soeurs les uns des autres, que l’esprit de notre baptême nous donne la joie des enfants de Dieu, cette joie que personne ne pourra nous ravir (Jn 16, 22).

5- Les dons du Saint Esprit
    Le prophète Isaïe annonçant qu’un rameau sortirait de la souche de Jessé ajoute : “Sur lui reposera l’Esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de vaillance, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur” (Is 11, 2). Les juifs ont vu dans cette prophétie l’annonce d’un “messie” et les chrétiens affirment que ce Messie est Jésus de Nazareth, le Fils bien-aimé du Père. Comme pour Jésus, nous aussi, pour vivre cette vie de relation filiale avec Dieu, nous avons besoin que “sur nous repose l’Esprit Saint” avec toute la puissance de ses dons. Disons un mot sur l’Esprit de force, de vaillance.


    Vivre votre vie de diacre n’est pas “un long fleuve tranquille”. L’équilibre personnel, les responsabilités qui vous sont confiées, bref la vie réelle est semée de tentations et d’obstacles. Nous avons à mener un combat spirituel pour être bien à votre place de diacre. Si nous pouvons compter sur le soutien fraternel des amis, chrétiens ou non, nous ne pouvons pas tenir sans cette force intérieure qui est l’oeuvre de l’Esprit.


    Ce courage n’est pas seulement ni d’abord un acte de volonté, même si la volonté est indispensable. Cette force nous vient de cette certitude intérieure que nous sommes aimés de ïDieu, reconnus par Dieu. Or c’est l’Esprit Saint qui le murmure à notre coeur, lui qui est celui qui communique l’amour et fait que le Père reconnaisse son Fils et que le Fils reconnaisse le Père. Parce que nous nous savons aimés, parce que nous sommes reconnus dans notre dignité d’enfant de Dieu, alors nous aurons la force nécessaire pour tenter, humblement de conformer notre vie à cet amour, à cette espérance de Dieu. Rendons grâce à l’Esprit Saint qui nous assure de ce regard confiant de Dieu sur nous.

6) Prière à l’Esprit Saint, prière par l’Esprit Saint.
    Le don de l’Esprit est à la fois l’objet de notre prière et la source de notre prière. Il est la demande essentielle de toute prière, la seule prière d’ailleurs dont on soit sûr de l’efficacité selon la parole de Jésus dans l’évangile selon Saint Luc : " Si donc vous qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent " Lc 11, 13.


    C’est l’Esprit Saint qui est aussi la source de notre prière. Cela est dit explicitement par l’apôtre Paul dans sa lettre aux Romains : “L’Esprit aussi vient en aide à notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut, mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en gémissements inexprimables, et celui qui scrute les coeurs sait quelle est l’intention de l’Esprit : c’est selon Dieu en effet que l’Esprit intercède pour les saints” Rm.8, 26-27. C’est ainsi que la première démarche de la prière consiste à rendre son coeur disponible à l’Esprit Saint. La première démarche de la prière consiste à nous mettre dans une attitude de “pauvreté d’amour”, c’est-à-dire reconnaître que nous avons besoin de l’Esprit Saint pour prononcer une parole d’amour à Dieu, que nous sommes des pauvres pour communiquer avec Dieu et en même temps qu’il y a en nous un intense désir d’aimer Dieu et de le lui dire.


    Pourquoi implorer le don de l’Esprit• ? Il y a beaucoup de raisons ; j’en souligne seulement quelques unes qui me semblent essentielles. La première, c’est que seul l’Esprit Saint peut nous révéler qui nous sommes au plus profond de nous-mêmes. En nous unissant au Christ, il nous révèle notre condition de filles et fils de Dieu. C’est lui, l’Esprit filial qui se joint à notre esprit pour que nous puissions en vérité nous adresser à Dieu en le nommant " Père ". 


    Nous prions l’Esprit Saint car c’est lui qui nous aide à faire la vérité dans nos vies. On comprend d’ailleurs pourquoi : si l’Esprit Saint est le grand “communicateur” (Jésus lui-même emploie ce mot : “car l’Esprit ne parlera pas de son propre chef, mais il dira ce qu’il entendra et il vous “communiquera” tout ce qui doit venir” Jn 16, 13), il ne peut être qu’un esprit de vérité puisqu’il nous communique la pensée et les paroles de Jésus, Jésus lui-même étant vérité : “Je suis... la Vérité” Jn 14,è 6. Mais aussi parce que l’Esprit nous situe exactement par rapport à ce que nous sommes réellement, créés à l’image de Dieu, il nous ramène sans cesse à la vérité de notre destin : partager l’intimité de Dieu. C’est l’Esprit Saint qui nous permet de nous situer à chaque instant à notre juste place.


    Une autre raison pour implorer la venue de l’Esprit, c’est qu’il est le souffle créateur, le souffle porteur de la Parole créatrice de Dieu. C’est lui qui nous ouvre à l’intelligence des Écritures. C’est lui qui nous permet d’entendre la Parole de Dieu comme une Bonne Nouvelle, comme une parole neuve, comme une parole qui vient éclairer toute notre existence. C’est l’Esprit qui nous conduit ainsi vers la vérité tout entière.

7) L’Esprit Saint et notre mission de témoins
    C’est l’Esprit Saint qui fait de nous les témoins du Christ ressuscité : " Vous recevrez une force, dit Jésus, celle du Saint Esprit... vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre " Ac 1, 8. ". L’Esprit Saint “porte” avec nous et en nous notre témoignage. Nous avons reçu du Christ la mission de continuer la sienne : “vous serez mes témoins”. Cette mission demande intelligence, force, persévérance. N’est-ce pas là un aspect des dons du Saint Esprit qui nous sont promis : “Esprit de courage et de force, Esprit de sagesse et d’intelligence”. Dès les débuts de l’Eglise, nous voyons clairement le rôle de l’Esprit dans le témoignage des apôtres. C’est rempli de l’Esprit que Pierre au jour de la Pentecôte va porter témoignage au Christ ressuscité. Jésus avait averti ses amis des difficultés qu’ils rencontreraient dans leur mission de témoin, mais il ajoutait : “Mettez-vous en tête que vous n’avez pas à préparer votre défense. Car moi, je vous donnerai un langage et une sagesse que ne pourront contrarier ni contredire aucun de ceux qui seront contre vous” Luc 21, 15. C’est l’Esprit qui éclaire le coeur et nous donne d’être des témoins de Jésus.


    Tous les dons de l’Esprit sont donnés à chacun selon ses charismes propres, non seulement pour soi, mais pour le bien des autres. Dans la première lettre aux Corinthiens, Saint Paul écrit : " A chacun est donné la manifestation de l’Esprit, en vue du bien de tous" (1 Co 12, 7).  


     A la Pentecôte, les Actes nous disent que les apôtres sont enfermés dans la maison, comme l’enfant dans le ventre de sa mère ou entre les barreaux de son berceau. L’Esprit Saint va leur insuffler la force de sortir et c’est la première annonce de la résurrection de Jésus par l’apôtre Pierre. 


    Jésus avait dit : " Vous serez mes témoins... jusqu’aux extrémités du monde ". Certes, le baptême fait de nous des témoins de la puissance de l’amour de Dieu qui a ressuscité Jésus et l’onction d’huile, en nous associant au Christ roi, prophète et prêtre, rappelle la triple responsabilité du chrétien : service de l’homme, service de la vérité, service de la prière. Le baptême nous introduit dans cette mission qui est celle de Jésus. La confirmation ouvre les portes et les fenêtres afin que nous puissions assurer effectivement la tâche reçue. Ou encore, le baptême nous confie une tâche, la confirmation nous donne de l’accomplir. L’Esprit Saint nous donne de continuer cette mission qui fut celle de Jésus Christ : annoncer au monde la force de l’amour de Dieu. Mais l’ordination diaconale fait de cette mission notre tâche essentielle. Nous avons à construire le corps du Christ, c’est-à-dire un corps filial et fraternel.


    Ainsi l’Esprit Saint est cette présence de Dieu au coeur de chacun, nous reliant au Christ Jésus, nous articulant les uns aux autres comme membres du corps du Christ. Il est ce souffle de vie qui nous pousse vers le large dans un accord aimant au Dieu d’amour. Il est ce qui nous transfigure peu à peu en cet amour divin, prémices et annonce de notre pleine résurrection quand ce même Esprit nous conformera au Christ ressuscité et, en lui, nous introduira dans le face à face intime avec Dieu. 

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Retraite diacres 2017 2ème exposé

Publié le par Père Maurice Fourmond

La fidélité de Dieu : « Je serai avec toi »

    Nous avons tenté de montrer ce matin que mettre le Christ au centre de notre vie était construire notre vie à la fois dans la vérité de notre humanité et dans la transformation progressive de notre vie en cet amour qu’est Dieu lui-même. Mais cette certitude de notre foi se fonde sur une expérience vitale, celle de la fidélité de Dieu. Aussi je voudrais parler avec vous de notre espérance chrétienne, une espérance qui est totalement différente de nos espoirs humains.

1- Espoir et espérance chrétienne
    Ces deux termes « espoir » et « espérance chrétienne » sont très différents, même si le même verbe « espérer » est utilisé à propos de ces deux termes. Dans le langage courant, on emploie souvent les deux mots « espoir » et « espérance » indifféremment. Cependant, dans un regard de foi nous employons le mot espérance dans un sens très différent du langage habituel.


    L’espoir est une hypothèse heureuse, mais je ne suis pas maître de sa réalisation car celle-ci dépend d’une quantité de paramètres qui m’échappent pour la plupart. J’espère réussir cet examen ; j’ai un bon espoir car j’ai bien travaillé pour cela et jusqu’ici les résultats sont satisfaisants. Toutefois il y a d’autres paramètres qui ne dépendent pas de moi comme ma forme physique au jour de l’examen, le choix des sujets imposés, si c’est un concours la présence de candidats meilleurs que moi etc. Il y a de sérieuses probabilités que je sois reçu mais le résultat n’est pas certain. Si cela arrive, tant mieux mais le contraire peut advenir, et dans ce cas, je suis « déçu ». La satisfaction comme la déception peuvent arriver. L’espoir quant à sa réalisation relève d’un calcul des probabilités.


    L’espérance chrétienne est d’un tout autre ordre. Elle n’est pas l’attente hypothétique d’un résultat, mais une certitude car cette espérance ne concerne pas la réalisation d’un projet, mais elle concerne une personne, quelqu’un, dont la présence aimante est pour moi une certitude que rien ne peut entamer. Je suis certain dans la foi que Dieu est présent dans ma vie et que cette présence m’accompagnera quelles que soient les circonstances heureuses ou douloureuses qui m’atteindront. Quand il s’agit de la présence aimante de Dieu lui-même, on peut tenir debout quelles que soient les circonstances favorables ou pénibles de la vie.

2- L’espérance de Dieu
    Cette espérance chrétienne vient de ce que Dieu le premier espère en nous. L’espérance de Dieu pour l’humanité s’exprime pleinement dans le mystère de l’Incarnation. C’est parce que Dieu espère en l’homme qu’il a pris le risque de prendre notre condition humaine fragile. La vie de Jésus de Nazareth est l’expression parfaite de l’espérance de Dieu pour l’homme. Nous croyons que Dieu en Jésus a pris notre condition humaine avec toutes ses limites comme le dit l’épître aux Hébreux : « En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché » He 4, 15. Jésus a connu les limites du temps et de l’espace, les limites d’un environnement particulier ; il a connu les contradictions et finalement une mort ignominieuse. C’est dans cette condition humaine difficile que Dieu a voulu vivre afin de nous communiquer son espérance indéfectible en nous, non pas seulement en raison de la résurrection définitive de Jésus, mais en raison de la présence aimante, fidèle et forte de Dieu à chaque instant de la vie du Christ.


    Cette espérance de Dieu en l’homme nous assure de notre accomplissement, en marche au cours de notre vie et parfait dans notre résurrection définitive. Le jour de notre mort sera le jour où s’accomplira pleinement l’espérance que Dieu a vis à vis de chacun de nous. 

3- La fidélité de Dieu
    Notre foi au Dieu de Jésus Christ se fonde sur la fidélité de Dieu. Nous l’avons chanté maintes fois « Tu es le Dieu fidèle éternellement » (O. Vercruysse D 163). Dans notre foi, nous sommes sûrs de la fidélité de Dieu, car elle s’est manifestée de multiples fois. Déjà au niveau de l’univers, c’est le sens profond de la création : Dieu soutient l’univers de toute la force vitale de cet amour qu’il est lui-même. La création n’est autre en effet que cette création permanente de Dieu donnant et soutenant la vie de tout ce qui existe.

    La fidélité de Dieu s’est particulièrement exprimée à travers l’Alliance qu’il a voulu conclure avec ce petit peuple d’Israël, signe d’une alliance universelle que Dieu souhaitait construire avec l’humanité entière. Cette fidélité de Dieu est fortement exprimée en contraste avec les multiples infidélités du peuple de Dieu. Cela est exprimé à travers les paroles des prophètes comme aussi dans plusieurs psaumes par exemple dans le psaume 138 (137) : « Le Seigneur fera tout pour moi. Seigneur ta fidélité est pour toujours ! » v.8, ou le début du psaume 88 (89) « L'amour du Seigneur, sans fin je le chante ; ta fidélité, je l'annonce d'âge en âge. Je le dis : C'est un amour bâti pour toujours ; ta fidélité est plus stable que les cieux ». Cette fidélité de Dieu s’est pleinement exprimée dans son Incarnation. Dieu s’est voulu fidèle à l’homme qu’il avait créé à son image en prenant cette humanité afin de l’inscrire pour toujours dans sa divinité et nous en montrer le chemin.

    Cette fidélité de Dieu s’exprime à travers sa relation aimante avec nous par un partage de vie et d’amour, par son pardon permanent devant nos infidélités, par sa parole qui nous ouvre sans cesse un avenir. Parmi de très nombreux exemples citons la parabole dite du “fils prodigue” dans laquelle la figure du père est une des plus belles images de Dieu ou encore le récit de la femme adultère, condamnée par les pharisiens au nom de la loi de Moïse et à qui Jésus ouvre un avenir : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. » Jn 8, 11. Et la fidélité de Dieu ira jusqu’au bout dans la mort et la résurrection de son Fils bien aimé Jésus.

4- « Je serai avec toi »
    L’espérance chrétienne n’est pas la réalisation des attentes que chacun exprime à Dieu, car nous sommes souvent, blessés et déçus lorsqu’à une prière sincère ne suit pas la réalisation attendue. L’espérance chrétienne ne promet pas que les choses vont s’arranger, elle n’est pas à côté de la vie ou pour une vie après la mort ; elle est pour l’aujourd’hui de la vie, au coeur de la détresse et de la souffrance humaine, au coeur d’une déception humaine très compréhensible. Certes l’espérance nous tourne vers l’avenir car elle comporte une attente ; mais c’est l’attente d’une présence apportant la lumière et la force nécessaires pour vivre l’aujourd’hui de ma vie. L’espérance chrétienne se vit au sein même de nos limites, de nos insuffisances, de nos déceptions. C’est pourquoi l’espérance chrétienne n’est pas cet optimisme qui attend une amélioration de la vie concrète, l’optimisme est un fruit de l’espérance, car celle-ci nous dit que, quoiqu’il arrive, nous pouvons grandir dans l’amour. Le chrétien est optimiste dans ce sens là.

    Tous les grands personnages de la Bible ont eu conscience de leur fragilité et de leurs limites. Devant un appel de Dieu, un projet audacieux, risqué, difficile, nos ancêtres dans la foi avaient conscience que seuls ils ne pourraient pas réaliser ce que Dieu attendait d’eux. C’est alors que, d’une manière ou d’une autre, Dieu les assurait de sa présence efficace. Revient sans cesse dans toute la Révélation cette promesse : « Je serai avec toi ». En voici de très nombreux témoignages :


    Quand Isaac avait quitté la terre promise à cause de la famine, il est écrit : « Le Seigneur lui apparut et dit : « Ne descends pas en Égypte, mais demeure dans le pays que je t’indiquerai ; séjourne dans ce pays ; je serai avec toi et je te bénirai » Gn 26,3. À Jacob, Dieu promet : « Voici que je suis avec toi ; je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai sur cette terre ; car je ne t’abandonnerai pas avant d’avoir accompli ce que je t’ai dit » Gn 28, 15. À Moïse au buisson ardent, Dieu dit : « Maintenant donc, va ! Je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël. » Moïse dit à Dieu : « Qui suis-je pour aller trouver Pharaon, et pour faire sortir d’Égypte les fils d’Israël ? » Dieu lui répondit : « Je suis avec toi » Ex 3, 10-12. Au temps de Juges, Dieu confie une mission à Gédéon alors que Gédéon n’a pas confiance en ses capacités : « L’ange du Seigneur lui apparut et lui dit : « Le Seigneur est avec toi, vaillant guerrier ! ... Avec la force qui est en toi, va sauver Israël du pouvoir de Madiane. N’est-ce pas moi qui t’envoie ? » Gédéon reprit : « Pardon, mon Seigneur ! Comment sauverais-je Israël ? Mon clan est le plus faible dans la tribu de Manassé, et moi je suis le plus petit dans la maison de mon père ! » Le Seigneur lui répondit : « Je serai avec toi, et tu battras les Madianites comme s’ils n’étaient qu’un seul homme. » Jg 6, 12-16.


    Mais c’est particulièrement à ses prophètes que Dieu fait la promesse d’être toujours avec eux, sans les assurer pour autant que tout se passera comme ils le souhaiteraient. Ainsi pour Isaïe : « Ne crains pas : je suis avec toi ; ne sois pas troublé : je suis ton Dieu. Je t’affermis ; oui, je t’aide, je te soutiens de ma main victorieuse » Is 41, 10 ou encore : « Quand tu traverseras les eaux, je serai avec toi, les fleuves ne te submergeront pas. Quand tu marcheras au milieu du feu, tu ne te brûleras pas, la flamme ne te consumera pas. Car je suis le Seigneur ton Dieu, le Saint d’Israël, ton Sauveur » Is 43, 2-3. C’est dans le livre d’Isaïe que l’on a la plus belle définition de l’espérance selon Dieu. C’est au chapitre 40, 28-31 : « Tu ne le sais donc pas, tu ne l’as pas entendu ? Le Seigneur est le Dieu éternel, il crée jusqu’aux extrémités de la terre, il ne se fatigue pas, ne se lasse pas. Son intelligence est insondable. Il rend des forces à l’homme fatigué, il augmente la vigueur de celui qui est faible. Les garçons se fatiguent, se lassent, et les jeunes gens ne cessent de trébucher, mais ceux qui mettent leur espérance dans le Seigneur trouvent des forces nouvelles ; ils déploient comme des ailes d’aigles, ils courent sans se lasser, ils marchent sans se fatiguer ». Ainsi l’espérance dont nous parle Isaïe porte non pas sur un Dieu qui modifie les événements, mais sur un Dieu qui donne des forces nouvelles permettant à celui qui met son espérance en Dieu « de courir sans se lasser et de marcher sans se fatiguer ».


    L’histoire de Jérémie est particulièrement exemplaire. Rien ne réussit à Jérémie ; il doit annoncer à ses compatriotes qu’ils ne seront pas vainqueurs dans leur lutte contre les envahisseurs babyloniens. Accusé de défaitisme, Jérémie est jeté dans une citerne et s’enfonce dans la boue. Jérémie n’a aucun espoir, ni pour son peuple ni pour lui. Toutefois il est soutenu par une promesse, une promesse que Dieu lui a faite dès le début de sa vocation : « La parole du Seigneur me fut adressée : « Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les nations. » Et je dis : « Ah ! Seigneur mon Dieu ! Vois donc : je ne sais pas parler, je suis un enfant ! » Le Seigneur reprit : « Ne dis pas : “Je suis un enfant !” Tu iras vers tous ceux à qui je t’enverrai ; tout ce que je t’ordonnerai, tu le diras. Ne les crains pas, car je suis avec toi pour te délivrer – oracle du Seigneur » Jr 1, 4-8.

    Cette promesse de Dieu s’est réalisé parfaitement en Jésus de Nazareth. Déjà pour lui-même car Dieu son Père a été toujours avec lui dès le premier instant de sa vie. Nous ne connaissons pas la vie dite cachée de Jésus, sa vie à Nazareth nous est inconnue, mais on peut penser qu’elle fut heureuse comme peut l’être la vie d’un jeune dans une famille aimante. Par contre ce qui nous est dit de sa vie publique en montre les difficultés qui n’ont cessé d’augmenter jusqu’à la décision des chefs religieux de l’éliminer. Dans ce combat spirituel qu’il dût mener, son espérance n’a jamais faibli. Tout ce qu’a fait Jésus, il ne l’a fait que parce que Dieu était avec lui comme le confirme l’apôtre Pierre chez le centurion Corneille : « Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui » Ac 10, 38. Cette espérance de Jésus est exprimée dans sa douloureuse prière au jardin de Gethsémani ; il commence par exprimer sa détresse « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi », mais sa prière s’achève en confiance « Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux » Mt 26, 39.


    « Je serai avec toi », cette parole du Père pour son Fils Jésus, va se prolonger dans la relation du ressuscité avec ses disciples. Jésus avait annoncé à ses amis que leur fidélité à sa parole leur apporterait du bonheur, mais aussi des persécutions : « Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon nom » Lc 21, 12. Mais dans ces moments difficiles, Jésus les assure de sa présence, qu’il sera avec eux : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » Mt 28, 20.

    Cette promesse de Dieu est faite à chacun de nous. C’est à chacun de nous que Le Christ promet d’être avec nous tous les jours. Cette promesse est notre plus belle et notre plus solide espérance. Nous avons sans doute à certains moments de notre vie, expérimenté l’efficacité de la présence de Dieu, non pas pour modifier les événements mais comme il est dit du prophète Isaïe pour nous donner des forces quand nous sommes fatigués, pour nous donner de la lumière quand nous sommes dans l’obscurité. Nous pouvons souvent , en relisant tel ou tel moment de notre vie, redire la parole de Jacob au lendemain d’un songe où Dieu lui avait redit la promesse d’une terre et d’une descendance nombreuse : « Dieu était là et je ne le savais pas » Ge 28, 16. En effet cette présence efficace de Dieu est très discrète au point qu’il faut attention et mémoire pour en prendre conscience.

5- « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » Mt 28, 20.
    Cette parole de Jésus que nous avons citée il y a un instant, est claire. Jésus affirme à ses amis que même après sa mort, il demeure avec nous jusqu’à la fin du monde. Il l’avait dit déjà pour réconforter ses amis au moment où il leur annonce son départ. Le début du chapitre 14 en saint Jean leur dit « Que votre coeur ne se trouble pas : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi ». Et un peu plus loin il confirme : « Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous » Jn 14, 18-20. 

    Jésus nous a affirmé sa présence chaque fois que ses disciples se retrouvent : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux » Mt 18, 2. Cette présence de Jésus comme un frère n’est plus dans le domaine du sensible. Jean au début de sa première lettre entendait témoigner de « ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nous avons touché du Verbe de vie » (1 Jn 1, 1). Et les manifestations de Jésus après sa résurrection n’ont d’autre sens que de confirmer la foi des apôtres en Jésus vivant. Ces manifestations durent seulement le temps d’assurer les amis de Jésus qu’il est bien ressuscité et vivant. Après il faut vivre la présence du Seigneur dans la foi c’est-à-dire dans une certitude intérieure qui n’est ni évidente ni sensible.

    L’assurance de la foi n’a pas de preuves évidentes, mais la présence du vivant se manifeste par la transformation qu’elle opère chez ceux qui se tournent vers ce Seigneur. L’efficacité de la présence du Christ ressuscité est particulièrement signifiée dans le récit des disciples d’Emmaüs. Cette présence a modifié totalement l’attitude et la vie de ces deux disciples. L’écoute de la parole a rempli leur coeur : « Notre coeur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait les Écritures » Lc 24, 32. N’avons-nous pas parfois les mêmes sentiments lors d’une méditation de la Parole de Dieu. Les disciples d’Emmaüs ont été profondément transformés par la présence mystérieuse du Christ Vivant : leur tristesse se change en joie,  leur peur laisse la place au courage : « À l’instant même ils repartent et retournèrent à Jérusalem » Lc 24, 33.

    Cette présence transformante s’est manifestée tout au long de l’histoire à travers les disciples de Jésus qui ont cherché à vivre selon l’exemple de leur maître, mais aussi soutenus par sa présence invisible. C’est la réalisation de sa parole : « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger » Mt 11, 29-30. N’est-ce pas le témoignage de tant de saints canonisés ou non qui ont été soutenus par cette présence invisible du Christ vivant.

    Ainsi notre espérance chrétienne est fondée sur cette présence en nous du vivant dont l’Esprit de vie nous transforme chaque jour. Certes, cette espérance de vie suppose que nous soyons accordés à cette présence. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire être habités par la parole de Dieu comme lumière et comme chemin de notre accomplissement . Cela veut dire un lien de foi avec ce Seigneur selon la parole de l’évangile de Jean : « Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » Jn 15, 4-5.

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