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9 articles avec essais

Théocentrisme "et" anthropocentrisme

Publié le par Père Maurice Fourmond

Essai

Théocentrisme et Anthropocentrisme

 

    Voici quelques réflexions à partir d’un dialogue entendu sur Radio Notre-Dame le vendredi 1er novembre 2013. L’un des interlocuteurs disait en substance : l’anthropocentrisme est une hérésie selon la pensée chrétienne, seul le théocentrisme est chrétien.

 

    Je ne me sens pas tout à fait en accord avec ces propos. Pourquoi opposer l’anthropocentrisme au théocentrisme ? La thèse de l’intervenant était, semble-t-il, que seul Dieu est le centre de la vie humaine, celle-ci n’ayant de sens qu’en référence au Dieu de Jésus Christ. La parole de l’apôtre Paul dans sa lettre aux Romains lue le 2 novembre pourrait aller dans le même sens ; Paul dit en effet : «Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur : soit que nous vivions, soit que nous mourrions, nous sommes au Seigneur» Rm 14, 8. Toutefois la Révélation du Dieu de Jésus demande, je pense, de nuancer ces affirmations. 

 

    Il est vrai que, pour le croyant, c’est Dieu, créateur de l’univers qui en est le centre et lui donne son sens. Toutefois on ne peut pas séparer, comme but de l’homme, la gloire de Dieu de l’accomplissement de l’humain. Pourquoi ? L’argument essentiel vient de la Révélation du Dieu de Jésus comme étant l’amour même ainsi que l’affirme l’apôtre Jean dans sa première lettre. Or, comme l’évangile d’ailleurs le rappelle (Lc 11, 11-13) si les parents humains ne recherchent pas autre chose que le bien de leur enfant (c’est leur enfant et non pas eux qui est important), à plus forte raison notre Père du ciel. Ce qui importe à Dieu, c’est la pleine réalisation de notre humanité qui, certes, s’accomplit définitivement dans le partage de sa vie éternelle.

 

    Ainsi il ne faut pas opposer l’accomplissement de l’homme et la gloire de Dieu. Comme pour la plupart des affirmations évangéliques, il faut accepter le paradoxe de la préposition «et» et non l’exclusion de la conjonction «ou». Le but de l’être humain est à la fois son accomplissement «et» la gloire de Dieu notre Père. On dira : comment peut-on avoir deux centres en nous, l’un humain et l’autre divin. Mais n’est-ce pas ce que nous révèle l’Incarnation en Jésus de Nazareth. Notre foi affirme que la personne de Jésus se réfère à deux centres l’un humain et l’autre divin, «sans séparation et sans confusion» puisque notre foi nous dit que le Christ est à la fois totalement homme et totalement Dieu.

 

    C’est pourquoi il me parait nécessaire d’affirmer à la fois un anthropocentrisme et un théocentrisme. N’est-ce pas d’ailleurs la parole si forte et si juste de Saint Irénée qui dit : «La gloire de Dieu c’est l’homme vivant et la vie de l’homme est la vue de Dieu».

 

    Ceci est essentiel pour comprendre la tâche qui est impartie à l’homme, chrétien ou non : il s’agit de travailler à la pleine humanisation de notre humanité dont l’achèvement est bien sûr la participation à la vie éternelle de ce Dieu qui est l’amour même. Ainsi, en accomplissant notre humanité, nous disons la gloire de Dieu et nous répondons à son projet d’amour. C’est ainsi que nous vivons ce paradoxe de la vie chrétienne : tout est de Dieu, tout est pour Dieu mais aussi tout est de l’homme et tout est pour l’homme. C’est d’ailleurs ce que conseille tous les grands mystiques : tout faire comme si tout dépendant de nous et tout faire comme si tout dépendant de Dieu.

 

    Dans son homélie de dimanche dernier, un prêtre commentait la phrase de Jésus : «Quant à dire que les morts doivent ressusciter, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur : le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob». Ce prêtre disait très justement : en disant que Dieu est le Dieu d’Abraham, Jésus ne se plaçait pas d’abord au niveau de la foi d’Abraham, mais plus profondément Jésus voulait dire que Dieu associait le nom d’Abraham à son propre nom comme le nom de chacun de nous. Ainsi Dieu ne peut séparer son nom c’est-à-dire sa vie du nom, de la vie d’Abraham ; Dieu ne peut pas séparer son nom, sa vie du nom et de la vie de chacun de nous.

 

    Quelle magnifique espérance nous est ainsi annoncée et quelle belle tâche est confiée à notre humanité.

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"Sortir de nos églises"

Publié le par Père Maurice Fourmond

Essai

«Sortir de nos églises»

 

    J’écoutais un matin sur les ondes de Radio Notre-Dame l’interview de Virginie Linhart, fille de déportés à Auschwitz et auteur du livre «La vie après» (Seuil). Cette femme intelligente, honnête disait n’être pas concernée par Dieu. En l’écoutant, je me disais que nous chrétiens, nous avions tout intérêt à entendre ces personnes très éloignées de toute référence religieuse, dont l’intelligence et la sincérité ne peuvent être contestées et qui manifestent une profonde humanité.

 

    À ce propos, je m’interrogeais sur la parole du Pape François invitant les chrétiens à «sortir de leur église».

 

    Il me semble que la parole du Pape «sortir de nos églises» doit être entendue non pas seulement ni d’abord de façon géographique, quitter le lieu où nous nous rassemblons, mais aussi et en priorité au niveau de la pensée. «Sortir» de sa pensée façonnée par notre relation personnelle avec le Dieu de Jésus Christ et par la participation à la communauté chrétienne afin d’entendre ce que les autres disent. «Sortir» ne veut nullement dire abandonner ses propre convictions mais essayer d’écouter et de comprendre d’autres façons de penser le monde, la vie, le sens de la vie, en évitant de ranger ceux qui ne pensent pas comme nous dans la catégorie des aveugles ou de ceux qui sont dans l’erreur ou des méchants, ce qui serait gravement injuste et de plus déraisonnable.

 

    Cette «sortie» de la pensée «fermée», pensée qui est celle de tous les fondamentalismes, a un double avantage. Elle nous situe en position justement d’ouverture en particulier sur tant de choses qui nous sont communes avec des personnes non croyantes, et permettent ainsi un dialogue constructif pour les uns comme pour les autres.  

 

    C’est ainsi que cet aspect de «sortir d’une pensée close» conduit à repenser la notion d’évangélisation. Toute communication suppose d’abord une écoute attentive. Mais comment écouter l’autre si je suis tellement sûr que j’ai raison que le dialogue ne peut être qu’un dialogue de sourds. Écouter l’autre va me permettre de repérer tant de choses que nous avons en commun, même si nous divergeons sur des points, pour chacun, essentiels. 

 

    N’est-ce pas cela «sortir» de sa pensée trop sûre d’elle-même. Insistons pour dire que cela ne gomme pas les certitudes qui me font vivre, mais interroge sur la compréhension que je peux en avoir. Pour le chrétien comme d’ailleurs pour toute personne humaine, la recherche de l’intelligence a tout intérêt à se confronter à tant de recherches sérieuses afin d’ouvrir un chemin crédible au témoignage que nous pourrions donner de notre foi. 

 

    Cette «sortie» demandée par le Pape François de répond-elle pas à cette invitation de Jésus, reprise tant de fois par les disciples du Christ : «N’ayez pas peur !».

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L'honnêteté intellectuelle

Publié le par Père Maurice Fourmond

L’honnêteté intelectuelle

 

    J’ai écouté à Radio Notre Dame, avec beaucoup d’intérêt, l’interview demandé à Albert Jacquart, ce grand généticien qui est mort le 11 septembre dernier. A. Jacquart se présentait comme agnostique, avec des pensées fulgurantes sur l’homme seul capable de penser l’avenir et de pouvoir un peu l’infléchir. J’avais été très frappé par l’honnêteté de cet homme qui se disait non croyant.

 

    Cet aspect d’honnêteté intellectuelle m’est apparu chez de nombreux amis croyants, agnostiques ou athées au point que j’ai été amené à m’interroger sur la place de cette «valeur» dans ce qui peut définir l’homme comme aussi sa place dans la relation avec Dieu. J’en suis arrivé à penser que cette «valeur» est première avant même toute croyance qu’elle soit ou non religieuse. C’est une immense espérance pour l’humanité, mais cela pose le difficile problème du rapport à la vérité. Essayons d’y voir un peu plus clair.

 

    Qu’est-ce que j’appelle l’honnêteté intellectuelle ? Il me semble qu’elle comporte plusieurs facettes. L’une est l’ouverture à la pensée d’autrui. Ceci n’implique nullement l’adhésion  à cette pensée, mais un effort pour tenter de comprendre, et ce que l’autre me dit et pourquoi il pense ainsi. Cela écarte tout jugement a priori sur mon interlocuteur mais un effort pour entrer dans la pensée de l’autre dans son discours et les raisons qui lui ont fait prendre telle ou telle orientation.

 

    Une autre facette est la capacité à se remettre en cause c’est-à-dire non pas à renoncer à ses convictions profondes, mais à les préciser comme aussi à en tirer les conséquences pour notre propre comportement.

 

    Une autre facette essentielle consiste à ne pas se croire «possesseur de la vérité». Ceci m’amène à distinguer la certitude intérieure d’être «dans» le vrai et le fait de «posséder la vérité». Cette distinction me semble importante. «Être dans le vrai» est une attitude subjective qui s’applique au sujet particulier. Par contre dire qu’on possède la vérité nous fait sortir de la subjectivité pour l’imposer à tous. J’ai la conviction d’être dans le vrai quand j’affirme ma foi au Dieu de Jésus Christ, mais j’admets tout à fait que le juif ou le musulman dise la même chose de sa foi sans soupçonner une ignorance ou une mauvaise volonté. Est-ce que cela m’amène à nier toute «objectivité» à la vérité ? Non, mais cette objectivité me dépasse.

 

    C’est pourquoi on peut dire que la vérité est une quête de toute la vie et cela pour toute personne humaine croyante ou non. Nous avons à chercher la vérité avec seulement des bribes qui se construisent en nous sous forme de conviction intérieure. L’honnêteté intellectuelle implique cette quête permanente qui à la fois nous provoque et nous laisse insatisfaits. Même cette conviction intérieure d’être aimé infiniment par Dieu laisse une place à la recherche de ce Dieu dont la révélation par Jésus de Nazareth ne nous offre qu’une vision humaine et donc bien loin de la réalité de l’être de Dieu.

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Le but de la théologie

Publié le par Père Maurice Fourmond

Essai : le but de la théologie

Août 2013

 

    Lors de la matinée spirituelle le samedi 24 août, j’ai été amené à parler de la confiance au-delà du savoir. C’était à propos de la réaction de Marthe après la mort de son frère Lazare (Jean chapitre 11). Jésus ayant affirmé qu’il est lui la résurrection et la vie demande à Marthe  «Crois-tu cela ?». Et Marthe ne répond pas «Je crois cela», mais «Je te crois». J’avais insinué que Marthe pas plus que nous d’ailleurs ne pouvait comprendre les paroles de son ami, mais elle lui faisait confiance alors qu’elle n’avait très probablement pas intégré les paroles du Christ. C’est à ce propos que j’avais parlé d’une confiance qui s’instaure sur un non-savoir. J’avais alors parlé des limites de la théologie concernant un savoir sur Dieu et qu’il nous fallait franchir la porte étroite de la confiance.

 

    À la fin de la matinée, Roch est venu me trouver pour m’interroger sur l’importance des études de théologie, importance que je paraissais minimiser. J’avais toutefois affirmé l’importance d’une recherche de l’intelligence sans préciser mon propos.

 

    Réfléchissant depuis, j’en arrive à la conclusion que la recherche intellectuelle sur Dieu a pour but a pour but essentiel non de nous dire qui Il est, mais de nous empêcher de construire un faux dieu. Ce n’est pas du tout ce qu’on appelle la théologie négative qui dit ce que Dieu n’est pas. L’effort théologique ne dit ni ce qu’est Dieu ni ce qu’il n’est pas, il balise le chemin de la connaissance en nous évitant de nous fourvoyer dans des impasses ou des fausses idées sur Dieu.

 

    Ainsi plus je tente d’approfondir ma foi et plus je découvre que la réalité intime de Dieu m’échappe. Même lorsque Saint Jean nous apporte une lumière éblouissante quand il nous dit que Dieu est l’Amour même, un amour infini, nous entrons non pas dans un savoir intellectuel, mais dans une vérité qui dépasse toute connaissance.

 

    Au fond tout l’effort de l’intelligence en théologie consiste à nous empêcher d’être idolâtres. La théologie ne nous dit ni qui est Dieu ni ce qu’il n’est pas, elle limite les chemins de ma connaissance. C’est pourquoi elle débouche naturellement sur la prière, une prière que personnellement je dis souvent : «Mon Dieu que je ne connais pas et que je voudrais aimer».

 

    Il importe de réfléchir sur la relation entre le savoir et le désir. Certains philosophes la juge incompatible, le savoir étant par définition la mort du désir. Mais d’autres au contraire estiment que le savoir ouvre toujours sur l’inconnaissable et donc tout au contraire réactive le désir. N’est-ce pas pour ne large part le sens de la réalité théologique ? 

 

    Ainsi il convient sans doute de mettre ensemble ces deux affirmations traditionnelles : «croire pour comprendre» et «comprendre pour croire». Nous retrouvons n fois de plus le caractère paradoxal de toute démarche humaine.

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Comment penser Dieu et l'univers

Publié le par Père Maurice Fourmond

Essai

Comment penser Dieu et l’univers

 

    Philippe Deterre dans le livre «Chercheurs en science, chercheurs de sens», refuse de penser le lien entre Dieu et l’univers en termes non seulement de «fabricateur» mais «d’origine». Il propose de dire que Dieu est «en relation» avec l’univers, avec cette relation particulière avec l’homme qui a nom «alliance».

 

    Pour penser le lien entre Dieu et l’univers, il faut certainement aller dans le sens d’une «relation». Toute la Révélation vient le confirmer. Déjà, mystérieusement, Dieu s’est révélé comme étant lui-même «relation», relation en lui-même ce que les chrétiens traduisent par le dogme de la Trinité. Dieu s’est révélé «Père, Fils et Esprit», termes humains certes, mais qui n’ont de sens que comme «relations». C’est à partir de cette révélation de Dieu que l’humain, créé à la ressemblance de Dieu se définit comme un «être en relation». Nous savons, par Jésus Christ, que cette relation est essentiellement une relation d’amour, c’est-à-dre composée de don et d’accueil gratuits.

 

    Mais qu’en est-il de la relation de Dieu à l’univers ? S’il faut éviter la relation de «fabriquant» ou même la relation «d’origine», il reste ce regard aimant qui fait exister. Notre expérience humaine nous dit qu’un regard aimant nous permet d’exister au sens fort parce qu’alors nous sentons que nous sommes importants pour quelqu’un, précieux, et donc que notre vie a du poids pour l’autre. C’est pas cette relation aimante que notre vie prend sens.

 

    Peut-on dire la même chose pour le regard d’amour de Dieu sur l’univers ? Rappelons-nous la finale du récit mythique de la création dans la Genèse: «Dieu vit tout ce qu’il avait fait. Voilà c’était très bon» Ge 1, 31. Dieu «vit», ne pouvons-nous pas dire que la «contemplation» de l’univers par le Dieu amour fait exister l’univers et lui donne un sens. Dieu contemple l’univers et lui donne par là même d’exister.

 

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Les sacrements prolongent l'Incarnation

Publié le par Père Maurice Fourmond

Réflexions sur les sacrements

 

La dimension sacramentelle est constitutive de toute vie chrétienne comme le rite est un élément constitutif de toute vie humaine.

 

Dans mon enfance, on définissait ainsi un sacrement : «signe sensible, institué par Jésus Christ pour produire ou augmenter la grâce en nos âmes». Le «Catéchisme de l’Église Catholique» explicite un peu cette définition : «Les sacrements sont des signes efficaces de la grâce, institués par le Christ et confiés à l’Église, par lesquels la vie divine nous est dispensée. Les rites visibles sous lesquels les sacrements sont célébrés, signifient et réalisent les grâces propres de chaque sacrement» (§1131 ed. 1992).

 

Nous ne connaissons que deux façons pour Dieu d’offrir sa grâce : l’une invisible est la plus courante ; elle est connue à travers la Révélation et par ses fruits. C’est en premier lieu cette présence mystérieuse au coeur de toute existence humaine comme le dit ce texte fondateur de la Genèse où l’homme est dit créé à la ressemblance de Dieu. Cette ressemblance invisible est toutefois source de de transformation ou plus exactement d’un accomplissement pour toute personne humaine. L’autre visible l’est par la médiation de signes dont le plus essentiel et fondateur est par l’Incarnation, l’humanité de Jésus de Nazareth.

 

Le sacrement est donc un acte de Dieu, car seul Dieu peut «dispenser sa vie divine», et cela à travers un signe visible, et en faveur de l’homme et de l’humanité. C’est ainsi qu’il faut dire que le premier sacrement comme aussi le plus décisif est l’Incarnation elle-même. La définition du sacrement s’applique tout à fait à cette réalité qu’est l’Incarnation  : il y a un signe sensible, visible, la personne humaine de Jésus de Nazareth : «Ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché» affirme Saint Jean (1 Jn 1, 1). Cet acte de Dieu qu’est l’Incarnation produit une grâce capitale, efficace, puisqu’elle est porteuse du salut de l’humanité entière et cela pour toujours. Jésus est donc le sacrement par excellence et c’est à partir de ce sacrement initial que vont exister tous les sacrements confiés à l’Église et d’abord l’Église elle-même. Les sacrements sont donc des actes de Dieu en référence avec cet acte fondateur qu’est l’Incarnation.

 

Ainsi, dire que les sacrements de l’Église ont été institués par Jésus Christ peut s’entendre de façon très différentes. La première serait que Jésus, au cours de sa vie terrestre aurait explicitement désigné des signes comme porteurs d’une action de Dieu et devant être continués par ses disciples. En fait seul un signe correspond pleinement à cette définition, c’est l’eucharistie, avec cette parole du Christ à la dernière Cène «Faites cela en mémoire de moi». 

 

Cela est moins évident pour le baptême malgré la finale de Matthieu : «Allez donc : de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit» Mt 28, 19. En fait, il s’agit moins d’une parole prononcée par Jésus que l’interprétation, par la communauté matthéenne, d’une pratique qui existait déjà dans le monde juif mais qui a pris un sens tout différent en lien avec le baptême de Jésus par Jean Baptiste, et qui s’est développée très tôt dans les premières communautés. Toutefois les Actes des Apôtres en font une exigence première de la foi au Christ.  Après le discours de Pierre, «Ceux qui l'entendaient furent remués jusqu'au fond d'eux-mêmes ; ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? » Pierre leur répondit : « Convertissez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour obtenir le pardon de ses péchés. Vous recevrez alors le don du Saint-Esprit» Ac 2, 37-38. 

 

Peut-être pourrions-nous dire la même chose concernant le pardon des péchés avec la parole du Christ après sa résurrection : «Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit Saint ; ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus» Jn 20, 22-23. Là encore, nous pouvons nous interroger à quel signe sacramentel Jésus fait référence : s’agit-il d’un sacrement particulier ou du baptême comme le dit l’apôtre Pierre dans son discours au jour de la Pentecôte que nous citions il y a un instant : «Convertissez-vous : que chacun reçoive le baptême au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés» Ac 2, 38. C’est d’ailleurs pour cette raison que bien des convertis au Christ retardaient leur baptême jusqu’à l’approche de la mort (comme semble-t-il l’empereur Constantin), afin que, par le baptême, leurs péchés soient pardonnés au moment de paraître devant Dieu. De même la lettre de Saint Jacques semble indiquer qu’un signe de grâce était attaché à l’onction d’huile sur les malades ; toutefois on n’a pas d’exemple dans les évangiles que Jésus ait utilisé une onction d’huile pour guérir un malade. Notons la place centrale de l’Esprit Saint dans toute approche du sacrement comme dans le récit de l’Incarnation : «L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre» Lc 1, 35. Le premier sacrement qu’est la personne de Jésus est initié par l’action de l’Esprit Saint, il en est de même pour tous les sacrements de l’Église.

 

Toutefois, on peut donner une autre signification à l’institution des sacrements par Jésus Christ : elle consiste à dire que les sacrements de l’Église ne sont que le prolongement de l’Incarnation, ils prolongent ce premier sacrement qu’est le Christ Jésus, ils prolongent ce que Jésus a été au milieu de nous pendant sa vie terrestre, ils prolongent ce que Dieu a accompli par son Fils Jésus de Nazareth à travers toute sa vie terrestre. C’est en ce sens qu’on peut dire que les sacrements sont «institués» par Jésus Christ. Ils sont en référence avec la personne de Jésus, sa vie, ses paroles, ses actes. La plupart des sacrements sont sans rapport direct avec une institution explicite par le Sauveur, mais en lien direct avec la personne de Jésus, en lien direct avec cet acte de grâce qu’est l'Incarnation. 

 

Par les sacrements, Dieu, après avoir investi l’humanité dans sa totalité en la personne de Jésus, continue, si je puis dire, à «investir» notre humanité, les moments de notre vie humaine, à travers des signes visibles en sorte que notre humanité soit touchée par la grâce qui émanait de la personne du Verbe incarné. Au moment de l’Incarnation, Dieu a «investit» l’homme Jésus en sorte que ce signe visible qu’est cet homme, soit porteur d’une présence efficace de Dieu telle que les paroles et les actes de ce Jésus soient assumés totalement par Dieu apportant ainsi le salut de l’humanité. En lien avec cette grâce fondamentale, Dieu «investit» ces signes que sont les sacrements afin que, par eux, notre humanité soit touchée par cette grâce propre à la personne de Jésus. Dieu «touche» notre humanité à travers ces signes comme il a touché l’humanité à travers la personne de son Fils Jésus. Dieu donne à chacun de ces sacrements une portée spirituelle efficace pour notre salut, en lien direct avec ce premier sacrement qu’est la personne humaine de Jésus. 

                                                             

Comprenons bien sûr le mot «investir» non pas dans le sens militaire comme on investit une ville, dans le sens de «prendre», de «s’approprier», mais tout au contraire dans le sens  «d’assumer», de prendre sur soi ce qui est vécu, de prendre pour soi, avec soi ce qui est vécu par les femmes et les hommes que nous sommes. Ce premier sacrement que fut l’homme Jésus a été une présence efficace au milieu du monde, présence efficace de grâce de divinisation pour l’humanité entière, Dieu portant, assumant, divinisant tout ce que l’homme Jésus vivait. De même Dieu prolonge sa présence efficace en Christ Jésus mort et ressuscité à travers les signes des sacrements, investissant le signe sacramentel d’une grâce de divinisation propre à chaque sacrement, touchant tel ou tel aspect de notre vie humaine. On peut dire que Dieu continue de s’incarner dans notre humanité, la portant de toute sa puissance divine. Essayons d’appliquer cette vision du sacrement aux divers sacrements de l’Église.

 

Cette manière de comprendre le sacrement m’est apparu avec évidence au cours d’un week-end de préparation au mariage. Il y avait 15 couples qui se préparaient à un mariage religieux. Les trois couples animateurs réfléchirent pendant la première journée sur les bases humaines d’un mariage, comme le sens d’un amour vrai, la fidélité, la communication, la fécondité, le pardon. Ils abordèrent le lendemain la dimension spirituelle du mariage et la spécificité du mariage chrétien. Le sens du sacrement de mariage était difficile à expliciter : Dieu n’est pas comme un intermédiaire entre les mariés, il n’est pas seulement un compagnon sur la route de leur mariage, il n’apporte pas seulement un soutien de l’extérieur. Alors, en quoi consiste la grâce du sacrement  que se donnent les époux ? Personnellement, je comprenais que, dans le sacrement du mariage, à travers le signe visible d’une parole d’amour que les époux se dit publiquement («Je te reçois comme époux, comme épouse, et je me donne à toi pour t’aimer fidèlement...»), Dieu s’investissait dans leur amour, il s’incarnait dans leur amour, non pour le faire autre, mais pour lui donner une dimension spirituelle étonnante, il donnait à leur amour une capacité divine, il en faisait un amour divin capable de diviniser toute leur vie.

                                                                                              

Cette manière de comprendre le sacrement de mariage est en totale cohérence avec ce que nous savons de Dieu grâce à la révélation qui nous en a été faite et qui est bien résumée dans la première lettre de Saint Jean : «Quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu ... puisque Dieu est amour» 1 Jn 4, 7-8. Ainsi la grâce propre au sacrement du mariage ne s’ajoute pas à l’amour des époux, elle lui donne sa «forme». Elle n’est autre que le prolongement de l’Incarnation en ce sens que Dieu pour ainsi dire «s’incarne» dans l’amour des deux époux donnant ainsi à leur amour cette capacité de divinisation qui habitait et qui habite le Christ Jésus mort et ressuscité. Le sacrement ne change pas l’amour du couple, il donne à cet amour une puissance de transformation spirituelle réciproque, cette transformation que l’on appelle «divinisation». Encore faut-il bien sûr que les époux s’accordent à ce sacrement. C’est là que le lien avec le Christ est essentiel. Nous avons à «gérer» cet amour divin qui nous habite et pour cela il est important de regarder la façon dont cet amour divin a fait vivre, parler et agir Jésus de Nazareth. Le sacrement de mariage incite les époux à regarder vers l’homme Jésus afin d’y trouver non pas un modèle à imiter dans la matérialité de la vie, mais à imiter dans la profondeur et la vérité de ce que le Christ a vécu.

 

Cette conception du sacrement s’applique à d’autres sacrements comme le sacrement de la réconciliation. Lorsque l’homme pécheur vient reconnaître sa faiblesse près de Dieu par la médiation du prêtre, à travers ce signe visible qu’est d’une part la démarche du pénitent et d’autre part la parole de l’absolution, Dieu «investit» la faiblesse humaine ou encore il «assume» la faiblesse humaine lui apportant l’espérance. La grâce n’est pas extérieure à la faiblesse du pécheur, à travers le sacrement, Dieu «entre» dans la fragilité humaine comme, d’une certaine manière, il le fit en la personne de Jésus. La fragilité humaine tout entière a été assumée par Jésus comme le dit d’ailleurs Saint Paul aux chrétiens de Corinthe : «Celui qui n’avait pas connu le péché, il l’a, pour nous, identifié au péché, afin que, par lui, nous devenions justice de Dieu» 2 Co 5, 21. Mais en assumant notre fragilité, Jésus la remplissait d’espérance.                                                                                                                                                                                                                                                  

On dit souvent que le sacrement de la réconciliation est une rencontre entre l’homme pécheur et ce Dieu qui l’aime, et c’est vrai. C’est pourquoi le sacrement de la réconciliation nous revoie directement à l’étonnante rencontre entre le fils prodigue et son père. Cette référence à la parabole de Jésus en Saint Luc est éclairante. Cette rencontre ne parle ni d’accusation ni de sanction car c’est la rencontre entre une faiblesse reconnue et un amour démesuré. Mais il faut comprendre comment s’exerce cet amour démesuré de Dieu dans le sacrement. Il n’est pas extérieur à la faiblesse de l’homme, il s’inscrit à l’intérieur de la faiblesse reconnue et cet amour inscrit une confiance, une espérance alors même que la faiblesse pourrait ou même devrait conduire au découragement. La libération qu’opère le sacrement n’est pas la suppression de la faiblesse, mais une confiance réaffirmée «dans» la faiblesse, et c’est elle qui donne la force de reprendre le combat. En «s’incarnant» dans ma faiblesse, Dieu ne la supprime pas, mais il lui apporte le poids de sa confiance et de son espérance. Le sacrement de la réconciliation n’est autre que la mise en oeuvre, la réalisation de la parole de l’apôtre Paul  écrivant aux chrétiens de Corinthe : «Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort» 2 Co 12, 10. Cette inscription de l’espérance dans la faiblesse, n’est-ce pas cela le vrai pardon : «je sais que tu es meilleur que ce que tu as fait». C’est l’espérance du père du fils prodigue, c’est l’espérance de Dieu.

 

Comment ne pas tenter de comprendre l’eucharistie à la lumière de cette vision du sacrement. Dans le prolongement de l’Incarnation, on peut mieux comprendre le sens d’une «présence réelle» du Christ. Au chapitre 14 de Saint Jean on lit cette parole de Jésus : «Je m’en vais et je m’en viens vers vous» Jn 14, 28. Il y a donc un mystère d’absence et de présence. «Je m’en vais», Jésus indique que sa présence ne sera plus visible, qu’elle prend une autre forme. Quelle forme ? Une autre parole un peu plus loin dans l’évangile de Jean peut nous éclairer, c’est quand Jésus nous dit «demeurez en moi comme moi en vous» Jn 15, 4, ou au chapitre 17 : «moi en eux comme toi en moi» Jn 17, 23. L’Incarnation qui est présence réelle de Dieu dans l’humanité de Jésus, est le modèle de la présence de Jésus en nous. Il y a une présence réelle du Christ en nous. Comment ? Par son Esprit qui est un Esprit filial et qui nous permet de «demeurer» dans l’amour. N’est-ce pas ce qui nous est donné à vivre tous les jours, mais alors dans l’eucharistie, n’y a-t-il pas une présence particulière, sacramentelle ? Je me suis toujours interrogé sur le sens des paroles du Christ lors de son dernier repas avec ses disciples. Que veut-il dire quand il leur dit à la dernière Cène : «Prenez, mangez, ceci est mon corps» alors qu’il est avec son corps bien visible, à table avec eux ? Quand les apôtres ont pris le pain à la suite des paroles de leur maître, qu’ont-ils mangé, qu’ont-ils cru ? S’agissait-il seulement d’une annonce de ce que ses amis devront faire plus tard après son départ visible ou s’agissait-il déjà d’une réalité. La parole de Jésus ce soir-là est-elle «performatrice» c’est-à-dire réalise-t-elle ce qui est dit ? Et si oui comment comprendre la parole de Jésus ? Nous ne pouvons pas douter qu’au soir du jeudi saint, il y avait déjà une présence sacramentelle de Jésus dans la pain et le vin donné à ses disciples. De quelle présence s’agissait-il ? Saint Paul relatant le dernier repas de Jésus, cite les paroles du Christ à propos de la coupe de vin : «Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang» (1 Co 11, 25). Cette parole peut peut-être nous éclairer. Jésus annonce ainsi une nouvelle alliance ou encore une relation nouvelle entre lui et ses amis, une relation scellée par son sang versé. De même que l’Incarnation du Fils de Dieu en la personne visible de Jésus de Nazareth avait révélé une Alliance nouvelle entre Dieu et l’homme, de même, en se retrouvant autour d’un repas de pain et de vin et en reprenant les paroles mêmes de Jésus, Dieu réalise entre le Christ et les participants un lien nouveau, signe de cette relation nouvelle qui s’inscrit dans la vie des croyants. Par le pain mangé, c’est toute la puissance de vie de Jésus qui nous est communiquée. Il s’agit bien d’une présence réelle par laquelle nous sommes associés au ressuscité avec toute la force de divinisation qui l’habite. Ce que les apôtres ont mangé à la dernière Cène, c’est une nouvelle communion avec leur maître, une nouvelle intimité avec la source, intimité dont ils n’ont sans doute pris conscience qu’après la résurrection de Jésus. C’est donc tout ce qu’est le Christ, son corps, ses paroles, sa mort, sa résurrection qui, par la puissance de l’Esprit, est «investi» dans la nourriture eucharistique, pour remplir notre humanité de toute la puissance de vie de Jésus.

 

Lorsque Jésus a parlé du pain de vie tel que le rapporte le chapitre 6 de Saint Jean, les auditeurs du Christ ont jugé son discours intolérable et beaucoup de ses disciples l’ont quitté. C’est qu’ils comprenaient la parole de Jésus dans un sens matériel comme s’il s’agissait d’un acte d’anthropophagie. La présence réelle sacramentelle de Jésus dans l’hostie n’est pas de cet ordre, c’est une présence réelle qui nous unit au ressuscité afin de recevoir, dans cette nourriture, toute la grâce de son Incarnation. 

 

Mais à côté des sept sacrements reconnus par l’Église, nous pouvons en toute vérité penser qu’il existe d’autres actions de Dieu à travers des signes sensibles. Ne peut-on appeler sacrement toute action de Dieu venant investir notre humanité afin de lui ouvrir le chemin du salut puisque celui-ci passe toujours par le Christ Jésus mort et ressuscité. C’est ainsi que l’on peut parler du sacrement du frère. Dans le chapitre 25 de Matthieu Jésus affirme que celui qui a eu de l’amour réel, concret pour l’un de ces petits qui sont ses frères, c’est à lui même que cela a été donné. Ne peut-on pas dire qu’il y a là aussi comme un sacrement au sens où, prolongeant l’Incarnation, Dieu s’investit dans ce frère que nous rencontrons et que nous soutenons. Certes le frère n’est pas le Christ, le Fils de Dieu, mais il est, par le Christ, un enfant de Dieu, un vrai fils de Dieu comme le rappelle Saint Jean dans sa première lettre : «Voyez comme il est grand, l'amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu et nous le sommes. Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître puisqu'il n'a pas découvert Dieu. Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. Nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu'il est» 1 Jn 3, 1-2. Même si ce n’est pas une exigence de la foi de croire que le frère puisse être sacrement pour celui qui le rencontre, c’est-à-dire présence de grâce, présence divinisante, il reste que la définition du sacrement et le lien avec l’Incarnation sont bien présentes. 

 

Conclusion : Dieu qui est amour continue à s’incarner dans nos vies, nous donnant d’être peu à peu transfigurés par cet amour. Cette incarnation «sacramentelle» n’est-elle pas un élément spirituel essentiel pour nos vies ? N’est-ce pas ce qu’on appelle la «résurrection-en-travail» dans notre existence de chaque jour ?

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Le primat de la conscience

Publié le par Père Maurice Fourmond

 

Le primat de la conscience se fonde sur la responsabilité inaliénable de la personne humaine. Créés à la ressemblance de Dieu, nous sommes doués de raison et de liberté, même si l’une comme l’autre restent imparfaites. Cette imperfection donne des limites tant à notre raison qu’à notre liberté sans jamais les écarter car il y va de notre dignité d’hommes et de femmes.

On appellera donc la conscience ce qui est donné de raison et de liberté en chacun de nous, nous permettant de choisir et de diriger notre vie.


Mais nous savons que la raison comme la liberté ont besoin d’être “éduquées”. C’est ce que les moralistes appellent la conscience “éclairée”. Ceci pour dire que la sagesse comme la capacité de choisir ne sont pas spontanément justes, mais qu’elles ont besoin toutes deux d’être éclairées. Comment ? Nous avons plusieurs voies qui nous sont offertes. L’une est la reconnaissance par l’ensemble des humains d’une loi inscrite au plus profond d’eux-mêmes, les orientant vers ce qui est bon pour eux. Une autre voie est le regard et la parole donnés par des personnes en qui nous avons confiance. Ou encore, pour le chrétien, la Parole de Dieu partagée. Enfin plus profondément encore, notre disponibilité à l’Esprit Saint dans la prière.


Ces chemins sont indispensables pour “éduquer”, pour “éclairer” notre conscience. Si nous avons fait un effort “suffisant”  pour éclairer notre conscience, alors il est impératif de la suivre. Cette conscience est le critère dernier et unique qui oriente notre choix.


Trois remarques : L’une est que le résultat n’est pas un jugement sur le choix qui a été fait en conscience. Même si le résultat est négatif, infirmant la justesse du choix, celui-ci fait en conscience était “bon”. Si on avait choisi contre sa conscience suffisamment éclairée, on aurait mal choisi même si le résultat se serait avéré bon.


Ma seconde remarque concerne l’adverbe “suffisamment”. On peut toujours dire que nous n’avons pas assez cherché en vue d’éclairer notre conscience. Il reste qu’il nous est possible de dire en toute sincérité et loyauté que nous avons fait un effort réel bien qu’imparfait pour entourer notre conscience d’avis autorisés et donc de penser que notre conscience est suffisamment éclairée.


  Une troisième remarque concerne le risque. Même s’il est moralement bon et nécessaire d’agir selon sa conscience, la justesse et la “bonté” du résultat ne sont pas acquis automatiquement. C’est la possibilité de l’erreur, non pas une erreur dans la décision, mais une erreur dans le résultat.


Y a-t-il une part d’intuition dans nos choix ? Bien sûr car l’intuition n’est nullement une idée arbitraire, un coup de dés. L’intuition peut apparaître  à la conscience parce que, en amont, bien des éléments se sont combinés pour permettre cette espèce d’évidence intérieure. Certains l’appelle la “petite voix intérieure”. Elle est le fruit d’un long entraînement.


Ma conclusion serait donc l’importance de chercher à être “honnête”, “vrai” au moment de prendre une décision, en nous référant, dans une démarche spirituelle à la parole de Jésus qui nous a été proposée ces jours-ci : “Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous... Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : c’est l’Esprit de vérité” Jn 14, 15-21.

 

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Les Sacrements

Publié le par Père Maurice Fourmond

Pour comprendre le sens des sacrements de l’Église, il faut partir de l’Incarnation du Seigneur. Par l’Incarnation, il n’y a plus de séparation entre Dieu et l’homme, entre le spirituel et le matériel. Si la défintion du sacrement comporte un “signe sensible”, investi d’une force spirituelle, l’Incarnation nous amène à dire en toute vérité que le premier sacrement est Jésus lui-même. Son corps d’homme, sa nature humaine ont rendu Dieu “sensible” . Comme le dit l’apôtre Jean : “Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie... ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons” 1 Jn 1, 1...3. Et à travers ce corps d’homme, se manifeste une force divine qui va non seulement guérir les malades et ressusciter les morts, mais faire de chaque personne humaine un membre de son corps appelé à la résurrection et à la vision éternelle de Dieu.

 

C’est ainsi que Jésus est le premier sacrement ; par lui, on peut mieux comprendre la réaité sacramentelle vécue dans l’Église. Nous comprenons qu’il y faut un corps ou plus largement une matière (la matière du sacrement), matière qui peut être investie d’une force spirituelle comme en Jésus dont l’humanité est unie à la divinité.

 

Cela modifie radicalement l’approche de la vie sacramentelle. On a parfois “détaché” les sacrements de la personne du Christ en ce sens qu’on en fait parfois comme des moyens plus ou moins magiques où, ayant posé un signe, on en retire quasi automatiquement un résultat. Bien sûr, ce n’est pas l’enseignement de l’Église, mais la façon dont on a présenté parfois les sacrements, a plus ou moins favorisé une telle manière de le comprendre. Qui ne se rappelle ce fameux passage du film “Le défroqué” où, par dérision, l’ancien prêtre prononce les paroles de la consécration sur un sceau de vin blanc, à la grande frayeur du jeune prêtre qui était avec lui. Certes, aujourd’hui on sait bien qu’une telle parole n’a aucun sens et ne produit rien. Il reste que nous gardons souvent des relents de paganisme y compris dans l’approche que nous avons des sacrements. L’efficacité d’un sacrement n’est pas comme une potion magique qu’il suffit d’absorber pour en ressentir les effets. Le mystère des sacrements est d’un tout autre ordre, il se rattache au mystère de l’incarnation.

 

Il convient donc de revenir au Christ. Nous avons dit que la personne de Jésus dans l’Incarnation était le premier et ajoutons l’unique sacrement. En effet la puissance divine s’est manifstée en ce Jésus de Nazareth et cette présence comme son action est indépassable. On peut donc dire que les sacrements ne sont que le déploiement dans le temps et l’espace de ce premier sacrement qu’est la personne de Jésus. Ou encore que les sacrements sont porteurs d’une puissance transformante qui émane du corps du Christ. Je pense au récit de la guérison de cette femme qui souffrait d’une hémorragie depuis douze ans : “Cette femme donc avait appris ce qu’on disait de Jésus. Elle vint par derrière dans la foule et toucha son vêtement. Elle se disait : Si j’arrive à toucher au moins ses vêtements, je serai sauvée. À l’instant, sa perte de sang s’arrêta et elle ressentit en son corps qu’elle était guérie de son mal. Aussitôt Jésus s’aperçut qu’une force était sortie de lui” Mc 5, 27-30. Dans ce récit nous voyons qu’une puissance transformante émane du corps de Jésus. Et la foi de la femme va relier sa vie blessée à la puissance du corps de Jésus.

 

La mission terrestre de l’homme Jésus s’est achevée avec son arrestation et sa mort en croix. Mais nous croyons que ce Jésus est vivant, qu’il est ressuscité, qu’il est pour toujours dans l’intimité du Père sans jamais quitter ses frères. Cette dernière phrase est essentielle, elle se fonde sur la parole même de Jésus, déjà à propos de la prière qui sera exaucée : “Car, là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux” Mt 18, 20. Et juste avant de quitter visiblement ses amis, il leur affirme : “Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps” Mt 28, 20. C’est pourquoi, ce premier sacrement qu’est la personne de Jésus, se prolonge dans la réalité du ressuscité. C’est fondé sur la parole du Christ que l’Église nous parle de la présence réelle du ressuscité. Cette présence se réalise dans l’assemblée des disciples de Jésus, dans la proclamation et la méditation de sa parole, et bien sûr, de façon “éminente” comme le dit le magistère de l’Église, dans le pain et le vin consacrés.

 

On peut donc dire que ce sacrement qu’est Jésus de Nazareth continue dans son corps qu’est l’Église. L’Église ne fait que rendre présent Jésus vivant, continuant son action auprès des hommes comme il l’avait fait tout au long de sa vie terrestre, mais par la médiation d’un “signe sensible”, en l’occurence, la communauté des croyants, l’Église. Nous pouvons dire que l’Église tout entière est “sacrement”. C’est toute la communauté des croyants qui a mission de prolonger l’action de Jésus, non par leur propres forces, mais parce que Jésus lui-même est au milieu d’eux, est avec eux comme cela est dit explicitement dans l’évangile (Mt 18, 20 ; 28, 20). Comme le dit l’apôtre Paul, nous sommes en vérité “le corps du Christ” (1 Co. 12, 27). L’Église est donc “sacrement” dans la mesure où, “corps du Christ”, elle signifie la puissance libératrice de Jésus, la “tête de ce corps” : Dieu “l’a donné, au sommet de tout, pour tête à l’Église qui est son corps” Ep 1, 22-23.  L’Église-sacrement a donc la mission, soutenuue par l’Esprit Saint, d’être “signe” de l’action libératrice de Jésus, d’être signe de cette libération que Jésus a manifestée à travers toute sa vie. 

 

Mais l’Église a reçu de son Seigneur des signes particuliers porteurs de l’action du Christ en faveur des hommes. Ce sont les sacrements qui sont comme une action de Dieu par son Fils continuant sa mission dans le monde. De la même manière que Jésus, pendant sa vie terrestre, accueillait, pardonnait, guérissait, relevait, appelait, de la même manière Jésus ressuscité par la médiation du signe qu’est l’Église, par la médiation des signes donnés à l’Église, continue à accueillir, à pardonner, à guérir, à relever, à appeler. Il faut donc comprendre les sacrements dans la continuité de l’Incarnation. D’autre part, ces “signes” porteurs de l’action de Dieu par Jésus ressuscité, sont donnés non à des personnes individuelles, mais à l’Église. C’est l’Église qui célèbre les sacrements et les ministres ordonnés ne sont que les “représentants” qualifiés du ministère de l’Église tout entière. C’est ainsi que ce n’est pas le prêtre qui célèbre l’eucharistie, c’est l’assemblée croyante, et le ministre ordonné n’est que le président de la célébration et le porte  parole de Jésus Christ en raison de l’ordination reçue. 

 

Essayons de voir quels sont les élément constitutifs d’un sacrement. Pour cela il convient de se référer aux signes donnés par Jésus au cours de sa vie terrestre. Prenons quelques exemples dans les guérisons opérés par Jésus comme la guérison des deux aveugles en Matthieu, celle du paralytique déposé devant Jésus par le toit de la maison ou encore la guérison d’un lépreux. Ces trois récits nous aideront à mieux saisir le sens du sacrement.

 

Le premier est au chapitre 9 de Matthieu :“Comme Jésus s’en allait, deux aveugles le suivirent en criant : « Aie pitié de nous, Fils de David ! » Quand il fut entré dans la maison, les aveugles s’avancèrent vers lui, et Jésus leur dit : « Croyez-vous que je puis faire cela ? » — « Oui, Seigneur », lui disent-ils. Alors il leur toucha les yeux en disant : « Qu’il vous advienne selon votre foi. » Et leurs yeux s’ouvrirent. Puis Jésus leur dit avec sévérité : « Attention ! Que personne ne le sache ! » Mais eux, à peine sortis, parlèrent de lui dans toute cette région” Mt 9, 27-31. Dans ce texte nous trouvons tous les éléments d’un sacrement : la foi (« Croyez-vous que je puis faire cela ? » — « Oui, Seigneur », lui disent-ils), le signe (“Alors il leur toucha les yeux”), la parole (en disant : « Qu’il vous advienne selon votre foi. »), l’efficacité (“Et leurs yeux s’ouvrirent.”), enfin la mission (“Mais eux, à peine sortis, parlèrent de lui dans toute cette région”). Tout sacrement fonctionne exactement de la même manière et c’est toujours Jésus qui est au centre.

 

Voici l’exemple du paralysé : “Or, un jour qu’il était en train d’enseigner, il y avait dans l’assistance des Pharisiens et des docteurs de la loi qui étaient venus de tous les villages de Galilée et de Judée ainsi que de Jérusalem ; et la puissance du Seigneur était à l’oeuvre pour lui faire opérer des guérisons. Survinrent des gens portant sur une civière un homme qui était paralysé ; ils cherchaient à le faire entrer et à le placer devant lui ; et comme, à cause de la foule, ils ne voyaient pas par où le faire entrer, ils montèrent sur le toit et, au travers des tuiles, ils le firent descendre avec sa civière en plein milieu, devant Jésus. Voyant leur foi, il dit : « Tes péchés te sont pardonnés. » Les scribes et les Pharisiens se mirent à raisonner : « Quel est cet homme qui dit des blasphèmes ? Qui peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? » Mais Jésus, connaissant leurs raisonnements, leur rétorqua : « Pourquoi raisonnez-vous dans vos coeurs ? Qu’y a-t-il de plus facile, de dire : “Tes péchés te sont pardonnés” ou bien de dire : “Lève-toi et marche” ? Eh bien, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre autorité pour pardonner les péchés, — il dit au paralysé : “Je te dis, lève-toi, prends ta civière et va dans ta maison.” » À l’instant, celui-ci se leva devant eux, il prit ce qui lui servait de lit et il partit pour sa maison en rendant gloire à Dieu. La stupeur les saisit tous et ils rendaient gloire à Dieu ; remplis de crainte, ils disaient : « Nous avons vu aujourd’hui des choses extraordinaires. » Lc 5, 17-26. Nous retrouvons encore dans ce récit tous les éléments d’un sacrement : La foi, cette fois-ci non pas la foi de l’individu, mais la foi du groupe (“Voyant leur foi”), le signe, (ce n’est plus un signe de Jésus lui-même, mais des gens, ils défont quelques branchages du toit et font descendre le paralytique “en plein milieu, devant Jésus” ), la parole :  ici elle est double : “Tes péchés te sont pardonnés” et “lève-toi, prends ta civière et va dans ta maison”. Et il y a bien sûr l’efficacité des paroles de Jésus : le pardon des péchés confirmée par la guérison du paralytique. Enfin comme toujours, il y a l’action de grâce et la mission : “Ils rendaient gloire à Dieu ; remplis de crainte, ils disaient : « Nous avons vu aujourd’hui des choses extraordinaires. ».

 

Le trosième exemple se trouve dans Luc au chapitre  5, 12-16 : “Or, comme il était dans une de ces villes, un homme couvert de lèpre se trouvait là. À la vue de Jésus, il tomba la face contre terre et lui adressa cette prière : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. » Jésus étendit la main, le toucha et dit : « Je le veux, sois purifié », et à l’instant la lèpre le quitta. Alors Jésus lui ordonna de n’en parler à personne : « Va-t-en plutôt te montrer au prêtre et fais l’offrande pour ta purification comme Moïse l’a prescrit : ils auront là un témoignage. » On parlait de lui de plus en plus, et de grandes foules s’assemblaient pour l’entendre et se faire guérir de leurs maladies. Et lui se retirait dans les lieux déserts et il priait.” Là encore  nous retrouvons les cinq éléments constitutifs d’un sacrement : la foi (Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier), le signe ( Jésus étendit la main, le toucha), la parole (“Je le veux, sois purifié”), l’efficacité (À l’instant, la lèpre le quitta”), et enfon la mission (“ta guérison sera pour les gens un témoignage”).

 

De ces trois exemples, nous pouvons donc retenir les cinq éléments constitutifs d’un sacrement : la foi des gens, un signe visible, un geste en rapport avec le corps, une parole qui donne tout son sens au geste, une efficacité, guérison et/ou pardon des péchés et enfin une mission en particulier d’annonce de cette mystérieuse bonté de Dieu. Dans tous les cas, c’est le Christ qui est le centre par ses gestes et par sa parole.

 

S’il en est ainsi, on peut donc dire que c’est Jésus lui-même par le ministère de l’Église qui célèbre les sacrements, plus encore qui continue sa mission de transformation du monde, de l’humanité tout entière en filles et fils de Dieu sur le chemin de la résurrection. Si l’Incarnation a été vécue à un moment de l’histoire humaine, elle continue par la médiation d’hommes et de femmes habités par l’Esprit de Jésus et s’efforçant de vivre sous sa mouvance.

 

C’est pourquoi il faut d’une part élargir la notion de sacrement à la vie de tous les croyants et d’autre part il convient de vivre les divers sacrements comme l’accueil d’une action du Chris ressuscité dont nous sommes à la fois les ministres et les témoins émerveillés. Certes, nous ne pouvons pas mesurer l’efficacité des sacrements, c’est le secret de chacun et un acte de foi, toutefois de très nombreux témoignages nous rapportent la transformation, si petite soit-elle, que l’action du Christ à travers les sacrements opère dans le coeur de ceux qui s’en approchent. 

 

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Le discrédit de l'Eglise

Publié le par Père Maurice Fourmond

Pourquoi, aujourd’hui, l’Église catholique est-elle mal perçue, critiquée voire rejetée ?

 

Certains médias catholiques n’avancent qu’une seule réponse : les valeurs évangéliques sont en contradiction avec les manières de vivre du monde et donc créent une opposition inévitable. Cette opposition est d’ailleurs annoncée par le Christ selon ce que nous rapportent les évangiles : “Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï le premier. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui lui appartiendrait ; mais vous n’êtes pas du monde” Jn 15, 18-19.

 

C’est tout à fait vrai, mais ce n’est pas la seule raison de l’opposition à l’Église. En réduisant l’opposition à ce seul critère, notre Église s’enferme dans une problématique selon laquelle, elle possède la vérité, ses opposants sont dans l’erreur et vont à leur perte. Mais cette réduction empêche l’Église de s’interroger sur elle-même, elle ne se sent d’aucune manière questionnée sauf pour renforcer ses affirmations. Or il me semble que l’opposition à l’Église, si elle a sa source principale dans l’antagonisme entre les valeurs évangéliques et le monde, a d’autres motifs qui concerne ce que notre Église “donne à voir”.

 

Je vois deux raisons importantes qui suscitent des réactions négatives y compris chez des gens en principe bienveillants à la foi chrétienne. La première est le caractère absolu des règles de l’Église je veux dire un absolu qui ne tient pas compte de l’individu, du “cas particulier”. Ou encore, c’est l’affirmation juste de principes que nous croyons vrais, mais en oubliant que leur application n’est pas toujours “juste”. Si notre Église affirmait avec force, comme elle le fait, des principes qui éclairent et orientent nos vies, mais qu’en même temps elle reconnaisse qu’il peut y avoir des circonstances particulières où le principe ne s’applique pas au nom d’un principe supérieur qui est la conscience, le bien de telle personne individuelle, alors je pense que le regard sur notre Église serait modifié. Ce n’est nullement du relativisme, mais l’importance donnée à la situation réelle de telle ou telle personne ainsi d’ailleurs que Jésus n’a cessé de faire tout au long de sa vie. Pour donner un exemple, je pense à la réaction de Jésus devant l’indignation de certains lorsqu’un malade implorait sa guérison le jour du sabbat : “Est-il permis le jour du sabbat de faire le bien ou de faire le mal, de sauver une vie ou de la perdre ?” Lc 6, 9.

 

Une autre raison du discrédit de notre Église n’a rien à voir avec l’évangile, mais concerne ses institutions et son fonctionnement. Il faut reconnaître que l’organisation de notre Église est de l’ordre de l’histoire et qu’elle a été influencée par les modèles d’organisation de la société à telle ou telle époque de son histoire. Mais ces “modèles” n’ont pas les promesses de la vie éternelle et peuvent évoluer avec l’évolution de notre monde. Cela devrait interroger notre Église en permanence. Certes, le Concile Vatican II a ouvert des portes qui ont rempli d’espérance un grand nombre de personnes chrétiennes ou non. Accepter de poursuivre sérieusement cette recherche serait perçu par le monde comme une belle ouverture qui ne mettrait nullement en cause la source évangélique qui l’habite, au contraire. Notre Église montrerait ainsi un visage capable de se modifier pour le bien des croyants, montrant ainsi un visage de vérité aux hommes et femmes d’aujourd’hui.

 

Publié dans Essais

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