Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

9 articles avec evenements particuliers

Blog en mémoire du père Patrice Vivarès

Publié le par Père Maurice Fourmond

https://patricevivaresouvrierdelaparole.tumblr.com

 

Vous pouvez y publier votre témoignage sur la fécondité du ministère de Patrice Vivarès.

Partager cet article

Repost 0

"Espérance de Dieu, espérance de l’homme"

Publié le par Père Maurice Fourmond

Prière Oecuménique

7 Juin 2017

Méditation

 

Espérance de Dieu, espérance de l’homme

 

    Mes amis, je voudrais vous partager quelques réflexions sur notre espérance afin de nourrir notre prière. Si nous avons au coeur une espérance inébranlable en Dieu, c’est que Dieu le premier espère en nous. Cette espérance de Dieu pour l’humanité s’exprime pleinement dans le mystère de l’Incarnation. C’est parce que Dieu espère en l’homme qu’il a pris le risque de prendre notre condition humaine fragile afin de lui montrer le chemin de son accomplissement. La vie de Jésus de Nazareth est l’expression parfaite de l’espérance de Dieu pour l’homme. Nous croyons que Dieu en Jésus a pris notre condition humaine avec toutes ses limites comme le dit l’épître aux Hébreux : « En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché » He 4, 15. Jésus a connu les limites de toute vie humaine. Il a vécu à une époque précise, dans un pays particulier, dans une culture et un peuple, le peuple juif ; il a connu les joies de la famille mais aussi des contradictions douloureuses, des persécutions et finalement une mort injuste et cruelle. C’est dans cette condition humaine difficile que Dieu a voulu vivre afin de nous révéler son espérance indéfectible en l’homme et cela à travers l’homme Jésus, non pas seulement en raison de la résurrection définitive de Jésus, mais en raison de la présence aimante, fidèle et forte de Dieu à chaque instant de la vie du Christ. Mais à travers la vie de Jésus, Dieu a voulu nous faire partager son espérance, l’espérance que notre humanité, mais aussi chacun de nous trouvera son accomplissement parfait. 

 

    C’est cette espérance de Dieu en l’homme qui nous assure que nous pouvons réaliser pleinement qui nous sommes en vérité ; cet accomplissement est en marche tout au cours de notre vie et sera parfaitement réalisé dans notre résurrection définitive. Le jour de notre mort sera le jour où s’accomplira pleinement l’espérance que Dieu a vis à vis de chacun de nous. 

 

    Mais comment l’espérance de Dieu pour les hommes se manifeste-t-elle concrètement ? Pour cela il nous faut contempler la vie de Jésus. S’il fallait résumer en une phrase comment Jésus a traduit concrètement l’espérance de Dieu pour les hommes, je dirais « qu’il a ouvert à chaque personne un avenir ». Pour le comprendre il suffit de méditer de nombreux moments dans la vie de Jésus ; regardons par exemple ces deux épisodes particulièrement significatifs : le récit de la femme adultère et la rencontre avec le publicain Zachée. Nous connaissons le récit de cette femme surprise en flagrant délit d’adultère ; Il nous dit comment se manifeste l’espérance de Dieu pour cette femme. D’abord dans l’attitude de Jésus empêchant qu’elle soit lapidée, puis en lui ouvrant un avenir. En effet les accusateurs de cette femme lui avaient fermé tout avenir en la condamnant à mort. Jésus va lui ouvrir un avenir : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus » Jn 8, 11. De même dans la rencontre entre Jésus et le publicain Zachée. Là encore Jésus va ouvrir l’avenir de cet homme. Zachée était méprisé de tous en raison de sa collaboration avec l’occupant romain pour lequel il soutirait l’argent de ses compatriotes et même malhonnêtement. L’espérance de Jésus va jusqu’à prendre l’initiative de s’inviter chez lui comme chez un ami. L’espérance entre ainsi dans la maison et dans le coeur de Zachée dont la vie va changer radicalement et cela pour sa joie.

 

    Cette espérance de Dieu que Jésus a manifesté dans la vie de tous ceux qu’il a rencontré, particulièrement chez ceux qui risquaient de perdre pied, il nous demande de le faire à notre tour. Notre responsabilité consiste à être témoins de l’espérance de Dieu en ouvrant un avenir à ceux qui buttent devant les obstacles de la vie. C’est parce que Dieu espère en moi, c’est parce que Dieu espère en cette humanité qu’il aime, que je peux avoir une espérance indéfectible et ainsi poser des actes qui vont dire cette espérance et donc en témoigner autour de moi.

 

    Le manifeste que nous avons lu au début de notre prière propose particulièrement trois chemins pour exprimer concrètement l’espérance qui nous habite. Le premier concerne la conversion de nos propres communautés. Parce que Dieu espère en nous, il ouvre un avenir à nos églises. Dieu est sûr de l’attachement que nous avons tous à son Fils Jésus et à sa parole. Dieu est sûr de notre désir profond de réaliser l’unité et la communion fraternelle entre nous selon le désir et la prière de Jésus. Encore faut-il que nos actes répondent à ce désir du Seigneur. Cependant il ne faut pas attendre de Dieu qu’il agisse à notre place. Comme le disait mon ami Philippe Béguerie, il faut reverser notre manière de voir. Nous avons l’habitude de présenter à Dieu nos demandes, nos questions, puis d’attendre qu’il nous apporte les réponses en réalisant nos désirs. Or c’est justement le contraire : c’est Dieu qui nous pose des questions sur notre vie personnelle et collective et Dieu attend de nous que nous trouvions et mettions en oeuvre les réponses, soutenus par la force de l’Esprit Saint. C’est ainsi que tous les gestes de fraternité entre nous, tous les moments où nous avons voulu nous tenir ensemble devant le Dieu d’amour, construisent un avenir pour la communion de nos églises dans le respect de nos différentes traditions. C’est ainsi que nous pouvons manifester notre espérance commune. N’est-ce pas cet esprit de sagesse au sens d’un profond accord avec le désir de Dieu que Saint Paul affirme comme don de l’Esprit dans le passage de sa lettre aux Éphésiens que nous avons entendu tout à l’heure.

 

    Le second chemin que nous propose le manifeste concerne notre espérance en la puissance transformante de l’Evangile. Nous croyons que la Parole de Dieu ouvre un chemin de bonheur à tous les hommes. Encore faut-il que ce dont nous témoignons par notre vie soit en rapport avec ce que nous croyons. Ainsi, comme chrétiens, nous sommes interrogés sur la crédibilité de notre parole : est-ce que nos actes sont cohérents avec ce que nous annonçons. L’espérance de Dieu s’est traduite dans un certain nombre de valeurs qui ouvrent un avenir heureux à notre humanité. Nous avons la responsabilité de manifester par nos vies personnelles et par la vie de nos églises la puissance transformante de la Parole de Dieu. Voilà la question que Dieu nous pose : « Est-ce que vos vies personnelles et la vie de vos églises témoignent de cette puissance transformante de ma Parole ? ». C’est un chemin de conversion qu’il convient de prendre si nous voulons être cohérents avec nous-mêmes, vrais devant Dieu et crédibles aux yeux du monde.

 

    Selon notre manifeste, le troisième chemin qui ouvre un avenir à cette humanité que Dieu aime est la quête de la vérité. Cette recherche de vérité travaille le coeur de toute personne humaine, même si beaucoup, dont nous-mêmes hélas, fuient souvent cette lumière qui nous dérange. Concrètement cette recherche de la vérité doit habiter toutes nos rencontres, toutes les recherches d’unité entre nos différentes confessions. Mais elle doit aussi être au coeur de tout dialogue avec le monde aussi bien avec les croyants d’autres religions qu’avec ceux qui ne croient pas en un Dieu personnel. Cette recherche de vérité demande de chacun à la fois une ouverture de l’esprit et du coeur, un attachement vital au Dieu de Jésus Christ et une authentique humilité que les théologiens définissent comme étant justement l’obéissance à la vérité.

 

    Pour conclure cette méditation, disons que l’espérance de Dieu, qui est aussi la nôtre, a une couleur de Pâques. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cette espérance est illuminée en effet par l’affirmation pascale. Jésus vivant porte l’espérance du monde et nous donne par son Esprit Saint d’en vivre et d’en témoigner autour de nous. Aussi, soyons dans l’action de grâce car l’espérance comme le dit Saint Paul ne déçoit pas ; il vaut la peine de citer tout ce passage : « Nous qui sommes donc devenus justes par la foi, nous voici en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, lui qui nous a donné, par la foi, l’accès à cette grâce dans laquelle nous sommes établis ; et nous mettons notre fierté dans l’espérance d’avoir part à la gloire de Dieu. Bien plus, nous mettons notre fierté dans la détresse elle-même, puisque la détresse, nous le savons, produit la persévérance ; la persévérance produit la vertu éprouvée ; la vertu éprouvée produit l’espérance ; et l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » Rm 5, 1-5. 

 

    Demandons à l’Esprit de Pentecôte de nous donner sa lumière et sa force qui sont les beaux fruits de l’Espérance de Dieu.

 

Partager cet article

Repost 0

"C'est trop peu...", "Alors leurs yeux s'ouvrirent"

Publié le par Père Maurice Fourmond

Messe avec Philippe Béguerie

Samedi 6 Mai 2017

Isaïe 49, 5-6

Luc 24, 13-35

Homélie

 

    Les deux textes bibliques que nous venons d’entendre avaient été choisis par Philippe pour sa Messe après sa mort. Il avait choisi un extrait du prophète Isaïe à cause de la petite phrase qui conclut le passage : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. » Car cette parole, écrit Philippe, « ouvre sur la mission universelle ». Et il avait choisit l’évangile des disciples d’Emmaüs car disait-il « c’est la structure des sacrements ». Ces deux aspects résument assez bien l’orientation de la vie de Philippe : la mission et la découverte de la vie sacramentelle comme signe d’un Dieu qui accompagne sans cesse l’homme.

    Je voudrais reprendre brièvement ces deux aspects que nous livrent les deux textes de la Parole de Dieu choisis par Philippe.

 

    Et d’abord le texte d’Isaïe. Le Seigneur indique à son serviteur qu’il convient de rassembler non seulement les enfants d’Israël, mais les hommes de toutes les nations et jusqu’aux extrémités de la terre. C’est d’ailleurs ce que Jésus n’a cessé de demander à ses disciples : « Cet Évangile du Royaume sera proclamé dans le monde entier ; il y aura là un témoignage pour toutes les nations » Mt 24, 14 ; ou encore après sa résurrection : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples » Mt 28, 19.

 

    Si Philippe s’est voulu missionnaire, c’est parce qu’il avait entendu cet appel du Seigneur ; il sentait dans son coeur que cette liberté que Jésus apportait à chaque homme, il convenait de la proposer à tous les hommes de bonne volonté dans le respect de leur culture, de leur langue, de leur histoire. Philippe avait fait l’expérience de la joie qu’apporte la liberté de Jésus Christ et il n’avait pas d’autre désir que de le voir partagé par beaucoup.

 

    D'autre part, dans notre monde particulièrement divisé, la parole de Jésus invitant à la fraternité, résonnait fortement dans le coeur de Philippe, cette fraternité dont il avait fait une merveilleuse expérience auprès des montagnards du nord Cameroun.

 

    Nous savons que Philippe a travaillé de nombreuses années pour promouvoir une pastorale des sacrements qui transforme en profondeur la vie chrétienne; il a même été le responsable pour la France de cette pastorale au CNPL (Centre National de la Pastorale Liturgique). Il voyait dans le récit d’Emmaüs l’itinéraire lumineux de toute vie spirituelle dont chaque sacrement est le signe. Emmaüs décrit le chemin de tout catéchumène, de tout chercheur de Dieu que nous sommes jusqu’à la fin de notre vie.

 

    Cet itinéraire commence par écouter la Parole, celle de Jésus. Professeur d’Écriture Sainte, Philippe était particulièrement sensible au travail sur la Parole de Dieu, travail qui ouvre le coeur et rend disponible pour accueillir l’amour infini de Dieu. Toute vie spirituelle commence par se confronter à la Parole de Dieu, par prendre le risque d’être étonné, d’être provoqué, déstabilisé par cette Parole. Et en même temps subjugué par la force de cette parole, par la lumière qu’elle transmet. C’est ce qu’ont éprouvé les deux disciples sur la route d’Emmaüs.

 

    Pour tout catéchumène, pour tout chercheur de Dieu, pour nous, arrive le moment du choix : on laisse passer le don du Seigneur, ou on l’accueille. L’accueillir, c’est dire humblement ce que les disciples ont dit à cet étranger devant l’auberge : « Reste avec nous ».

 

    Vient alors le moment du partage qui relie le visible et l’invisible comme pendant le repas dans l’auberge d’Emmaüs. Tout sacrement et particulièrement le sacrement de l’Eucharistie est ce moment de partage où ce qui est à voir n’est qu’un passage pour entrer dans l’invisible. Dans tout ce que Philippe a écrit sur les sacrements, revient sans cesse ce paradoxe de la présence et de l’absence, de la joie qui comble et d’une insatisfaction devant un manque profond, une faim qui n’est pas apaisée.

    La finale de notre évangile rejoint l’appel universel d’Isaïe, rejoint l’élan missionnaire inscrit dans le texte du prophète. La démarche des deux disciples repartant aussitôt vers Jérusalem en est le signe comme aussi l’urgence. Cléophas et son compagnon sont transformés intérieurement : ils passent d’une tristesse exprimée au début de l’évangile à une force, une énergie qui naissent d’une présence invisible mais réelle du Seigneur sur leur route.

 

    Cette transformation du coeur par et dans l’amour infini de Dieu déjà commencée au cours de notre vie, trouvera un jour son plein accomplissement. Cette transformation a nom « résurrection ». Philippe a achevé sa route et il participe maintenant à la plénitude de Dieu, il est enfin pleinement lui-même dans toute la beauté du regard de Dieu sur son serviteur Philippe.

Partager cet article

Repost 0

"Notre coeur n'était-il pas tout brûlant"

Publié le par Père Maurice Fourmond

Obsèques du Père Patrice Vivarès

Évangile d’Emmaüs Luc 24

 

    Nous avons choisi cet évangile car c’est un des évangiles que Patrice préférait. Nous disons à juste titre que ce beau récit raconte la vie de chacun de nous tel que nous pouvons le vivre dans la foi. C’est pourquoi je voudrais souligner trois moments de cet évangile car ils ont été vécus profondément par notre ami Patrice.

 

    Le premier est ce passage où un étranger, qui est Jésus ressuscité ayant rejoint Cléophas et son compagnon sur la route, leur explique tout ce qui parlait de lui dans les Écritures. Parler de Jésus à travers les évangiles a été ce qui habitait le coeur et l’esprit de Patrice. Il a été un homme de la parole, un serviteur, un ouvrier de la Parole de Dieu. D’ailleurs le titre de son premier livre cinq ans après son ordination : « Ouvrier de la Parole ». Éclairé par l’Esprit du Seigneur Jésus, il a commenté l’Écriture tout au long de sa vie en s’impliquant dans la parole qu’il disait. C’est ce qu’il écrivait dans ce premier livre « Ouvrier de la parole », je cite Patrice : « Comme le rappelle l’hymne à l’amour de la première épitre aux Corinthiens, une parole prononcée sans amour est creuse, sans effet : en même temps qu’il parle, l’apôtre doit confirmer sa parole en débordant d’amour » (p.163). N’est-ce pas ce qu’ont perçu les deux disciples en écoutant celui qui leur parlait sur la route ; dans sa parole ils ont reconnu l’amour de ce Jésus de Nazareth dont ils avaient été si souvent les témoins ; c’est pourquoi leur coeur était devenu brûlant en l’écoutant. 

 

    Le second moment essentiel, c’est lorsqu’ils arrivent devant l’auberge d’Emmaüs. Jésus dit l’évangéliste fait semblant d’aller plus loin, « mais ils s’efforcèrent de le retenir : Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse ». Le soir approche, le jour baisse, n’est-ce pas symboliquement la crainte de cette obscurité qui peut habiter nos vies. Patrice n’a pas été épargné par l’obscurité, dans sa fragilité, parfois le désert de l’espoir, la nuit de la maladie. Dans ces épreuves, Patrice s’est toujours tourné vers son Seigneur avec la même supplication « reste avec moi » ; et la présence de Jésus lui a donné ce courage qui faisait l’admiration de tous ses confrères et des soignants.

 

    Le troisième moment dans cet évangile est évidemment le repas dans l’auberge. Pour Patrice, la célébration de l’eucharistie lui était essentielle pour vivre. Patrice avait dit à une amie qui l’avait rapporté à Isabelle sa soeur cette parole de foi : « Je voudrais pouvoir présider l’eucharistie la veille de ma mort ». Or mystère de l’amour de Dieu, Dieu a exaucé le souhait de son serviteur puisque Patrice a précisément pu présider l’eucharistie à Marie-Thérèse, le mercredi 26 avril, la veille de sa mort.

 

    Les deux disciples d’Emmaüs ont reconnu Jésus à la fraction du pain. Mais ce qui leur a permis de réaliser que le Christ était vivant, c’est surtout à cette transformation intérieure qu’ils ont ressentie et qu’ils expriment à travers l’image de leur coeur tout brûlant.

 

    Ainsi, ce qu’a vécu Patrice en accord avec l’évangile d’Emmaüs, il nous est donné de le vivre nous aussi à sa suite. Patrice nous aide à entrer comme lui dans le mystère de ce récit de résurrection. Et d’abord dans l’écoute attentive de la Parole de Dieu qui est notre lumière  ; puis, fort de cette parole et soutenus par l’Esprit de Jésus, pouvoir en témoigner et l’annoncer par toute notre vie et parfois en prenant le risque de notre propre parole. Si nous pouvions avoir le coeur tout brûlant en méditant la Parole de Dieu !

 

    Comme les disciples d’Emmaüs, comme Patrice, cette prière « reste avec nous » est notre prière quotidienne non pour que le Christ Jésus change les événements de nos vies mais pour qu’il nous donne son courage et sa lumière afin de grandir dans notre humanité et dans son amour infini.

 

    Enfin comment ne pas être habités par cette même présence qu’à l’auberge, dans les eucharisties qu’il nous est donné de vivre. Chaque fois que nous nous réunissons pour vivre l’eucharistie, nous entrons avec le Christ dans l’auberge d’Emmaüs. Là aussi Jésus se donne à voir mais pour disparaître, dans le secret de notre foi. Comme les deux disciples, c’est à la fraction du pain que nous le reconnaissons que nous reconnaissons son amour, sa vie donnée pour nous ;  mais nous le reconnaissons aussi à cause de cette présence discrète de Dieu sur notre chemin et qui transforme nos existences. Puissions-nous comme les disciples être remplis d’espérance pour poursuivre notre route.

 

    Patrice participe maintenant au festin des noces éternelles ; la présence du ressuscité est pour lui lumineuse et il continue à nous dire : gardez confiance le Christ est vraiment ressuscité, je le sais.

 

Partager cet article

Repost 0

Le travail comme co-création

Publié le par Père Maurice Fourmond

1er Mai 2015

Fête du travail

Homélie

 

    Ce premier mai est chez nous jour férié en l’honneur du travail. Je voudrais partager avec vous plusieurs réflexions.

 

    Tout d’abord prenons conscience que le travail est, en lui-même , une responsabilité confiée à l’homme pour transformer le monde en vue d’un meilleur « vivre ensemble » entre tous. Ainsi le travail est, en lui-même, une participation à l’oeuvre créatrice de Dieu. C’est bien ce qui est souligné dans le livre de la Genèse : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la » Gn 1, 28. Nous savons que la création n’est pas ce coup de baguette magique qui désignerait le commencement chronologique de l’univers. La création est une oeuvre permanente. Dieu crée sans cesse le monde en collaboration avec l’homme. La création est une oeuvre inachevée, en cours de développement et, pour le croyant, en marche vers un accomplissement plénier. N’est-ce pas la vision prophétique du Père Theillard de Chardin.

 

    Cette permanence créatrice nous aide à comprendre que tout ce qui est vie demande un travail, que ce soit l’aménagement du monde, les relations entre les humains jusque cette relation intime de l’amour et de l’amitié. C’est pour une part ce qui fait la dignité de l’homme. Aussi nous sommes tristes et souvent indignés devant l’impossibilité pour beaucoup, chez nous et plus encore dans beaucoup de pays du monde, de trouver du travail leur permettant de vivre. N’est-ce pas en particulier tout le drame actuel de l’immigration.

 

    C’est que construire, que ce soit sa propre vie, notre environnement ou nos liens les uns avec les autres, exige une volonté tenace. Construire ne s’appuie pas seulement sur des sentiments mais sur une décision, un engagement. Construire demande du temps, fonctionne dans la durée et la durée impose de mobiliser son courage, sa volonté lorsque le désir ou le sentiment se cache.

 

    Un autre aspect important, malheureusement peu répandu c’est que la pénibilité du travail est dépassée lorsqu’il est fait par amour. Lorsqu’une maman va se relever dix fois la nuit pour soigner son enfant, cela est dur pour elle, mais si on le lui fait remarquer, elle dira : ce n’est rien car je l’aime. Or le monde du travail n’est pas toujours un monde où le travail est aimé ; il arrive bien souvent que la pénibilité du travail est accrue par les conditions du travail. Les raisons de cette dureté sont multiples ce peut être l’objet même de ce qui nous est demandé de faire, ou l’environnement, le stress, les relations difficiles entre collègues ou avec la hiérarchie. Toutefois là où nous sommes, il nous est demandé dans la mesure du possible, de créer une atmosphère paisible qui facilite pour nous et pour les autres l’aspect difficile du travail.

 

    J’en viens à une autre forme de travail : c’est le travail sur soi-même sans doute le plus difficile. Il s’agit de laisser la vérité de l’Esprit  Saint nous saisir afin d’abord de voir clair sur nous-mêmes et quel chemin d’accomplissement il nous faut suivre comme aussi le courage de faire évoluer, au moins un peu les, forces destructrices qui nous habitent. Ce n’est pas seulement ni d’abord un travail psychologique, mais un travail spirituel qui nous accorde un peu mieux à la sainteté de Dieu.

 

    Les chrétiens associent cette fête du travail à la personne de Saint Joseph dont l’évangile nous dit qu’il devait être charpentier ; de passage à Nazareth, les compatriotes de Jésus s’étonnent : « N’est-il pas le fils du charpentier ? » Mt 13, 55. Quant à Jésus lui-même il est certain qu’il a passé la plus grande partie de sa vie à travailler dans son village de Nazareth. Toutefois Jésus parle souvent d’un autre travail : Jésus leur déclara : « Mon Père est toujours à l’œuvre, et moi aussi, je suis à l’œuvre. » Jn 5, 17. Et encore : « Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé » Jn 9,4. Or ce travail n’est autre que de conduire notre humanité à son accomplissement qui n’est autre que la vie et la vie en abondance, la vie éternelle qui est la vie en Dieu. C’est ainsi que Jésus non seulement n’oppose pas le travail de l’homme et l’oeuvre de Dieu, mais il les associe étroitement. Cela modifie le regard que nous pouvons porter sur le travail dont le but est cet accomplissement de tous et de l’univers, accomplissement qui reste le secret de Dieu. Ce secret, Dieu nous l’a un peu révélé et un jour nous découvrirons non seulement quel est notre propre accomplissement, mais celui de l’univers entier quand, selon le mot prophétique de Saint Paul, « Dieu sera tout en tous ».

Partager cet article

Repost 0

Un même baptême

Publié le par Père Maurice Fourmond

Prière oecuménique

19 janvier 2015

La Samaritaine

 

Homélie

 

    Quelles sont les raisons qui ont fait choisir l’évangile de la Samaritaine pour nourrir notre prière oecuménique en cette semaine ? Il me semble que la première raison est le dépassement qu’opère le Christ entre deux visions différentes concernant la présence et l’adoration de Dieu. Vision différentes chez des croyants sincères dont les uns, juifs, estiment que c’est à Jérusalem et les autre samaritains que c’est sur le mont Garizim. Jésus invite les deux grooupes à dépaser leur vision religieuse des choses en déclarant : «L’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père… L’heure vient, maintenant elle est là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité » A travers ces mots, Jésus nous livre un message essentiel pour nous. Quand Jésus dit « L’heure vient, maintenant elle et là », il nous dit que c’est maintenant qu’il nous faut revoir notre vision des choses ; c’est « aujourd’hui » que cette parole s’accomplit pour nous chrétiens à quelque confession que nous appartenions. 

 

    Un autre aspect de cette petite phrase de Jésus concerne l’adjectif « vrai » qui connote les adorateurs de Dieu. Nous sommes appelés à rechercher sans cesse la vérité de notre relation avec Dieu et entre nous, la vérité des mots que nous adressons à Dieu, la vérité de notre attitude intérieure lorsque nous nous tenons devant Lui, la vérité de notre discours qui tente de dire quelque chose de Lui. Enfin bien sûr Jésus nous invite à passer d’une relation formelle à une adoration « en esprit et en vérité ». C’est une invitation à nous laisser habiter par l’Esprit de Jésus qui est un Esprit d’amour et de vérité, un Esprit qui demande toujours de notre part une authentique conversion du coeur et de l’esprit.

 

    Je voudrais aussi souligner quel message Jésus nous livre lorsqu’il propose à la Samaritaine de lui offrir de l’eau vive. Nous pensons évidemment au baptême. Toutes les confessions chrétiennes reconnaissent que nous avons reçu un même baptême, mais il convient d’en tirer des conséquences.

 

    Nous savons que ce n’est pas le baptême qui fait de nous des enfants de Dieu. Qui que nous soyons, croyants ou incroyants, nous sommes tous regardés par Dieu comme ses enfants dès le premier instant de notre vie. Dieu regarde avec un amour infini, qu’avec nos mots humains nous appelons un amour de père, le petit être humain qui s’éveille à la vie. Et ce regard d’amour laisse une trace divine au coeur de toute personne humaine. Mais alors que fait le baptême ? 

 

    C’est le baptême de Jésus dans les eaux du Jourdain qui nous éclaire. Au moment de notre baptême, Jésus, pour ainsi dire nous prend dans ses bras afin d’être plongés avec lui dans l’eau et afin que nous puissions entendre la parole de Dieu s’adressant à Jésus « Tu es mon enfant bien-aimé ». Ainsi le baptême nous relie au Christ non pour devenir une fille ou un fils de Dieu, nous le sommes déjà, mais pour être associés à son Fils. Le lien du baptême qui nous relie au Christ Jésus nous ouvre sur une relation filiale avec Dieu en sorte qu’il convient que nous soyons des fils et des filles à la manière du Christ Jésus, cette relation filiale que nous avons à déployer tous les jours de notre vie.

 

    Ainsi, chaque chrétien, à quelque confession qu’il appartienne est uni au Christ dans sa vie, sa mort et sa résurrection. L’unité entre tous les disciples de Jésus est inscrite dans le rite du baptême. Notre baptême commun, nous unissant tous au Christ, crée un lien entre nous plus fort que toutes les différences et toutes les divisions que l’histoire a provoqué. L’eau vive du baptême crée une communion entre tous ceux que le Christ prend dans ses bras et rien ne peut détruire ce lien, cette union, cette communion entre nous.

 

 

    Enfin, je voudrais souligner la finale de notre récit. Les gens de Samarie viennent rencontrer Jésus, dépassant le témoignage de la femme Samaritaine. Celle-ci disparait pour laisser se faire la rencontre directe entre Jésus et les gens de Samarie. Chacun de nous n’est qu’un humble serviteur de la Parole et nous devons nous retirer pour laisser le Chrit agir librement dans le coeur de chacun.

Partager cet article

Repost 0

Matinée spirituelle

Publié le par Père Maurice Fourmond

Matinée Spirituelle à Saint Hippoluyte

Le samedi 26 juillet 2014

 

La guérison du paralytique Luc 5, 17-26

 

    Un jour que Jésus enseignait, il y avait dans l’assistance des pharisiens et des docteurs de la Loi, venus de tous les villages de Galilée et de Judée, ainsi que de Jérusalem ; et la puissance du Seigneur était à l’œuvre pour lui faire opérer des guérisons.

    Arrivent des gens, portant sur une civière un homme qui était paralysé ; ils cherchaient à le faire entrer pour le placer devant Jésus. Mais, ne voyant pas comment faire à cause de la foule, ils montèrent sur le toit et, en écartant les tuiles, ils le firent descendre avec sa civière en plein milieu devant Jésus.

    Voyant leur foi, il dit : « Homme, tes péchés te sont pardonnés. » Les scribes et les pharisiens se mirent à raisonner : « Qui est-il celui-là ? Il dit des blasphèmes ! Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? » 

    Mais Jésus, saisissant leurs pensées, leur répondit : « Pourquoi ces pensées dans vos cœurs ? Qu’est-ce qui est le plus facile ? Dire : “Tes péchés te sont pardonnés”, ou dire : “Lève-toi et marche” ? Eh bien ! Afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité sur la terre pour pardonner les péchés, – Jésus s’adressa à celui qui était paralysé – je te le dis, lève-toi, prends ta civière et retourne dans ta maison. »

    À l’instant même, celui-ci se releva devant eux, il prit ce qui lui servait de lit et s’en alla dans sa maison en rendant gloire à Dieu.

    Tous furent saisis de stupeur et ils rendaient gloire à Dieu. Remplis de crainte, ils disaient : « Nous avons vu des choses extraordinaires aujourd’hui ! »

 

1ere méditation

 

    Nous allons méditer ce matin sur l’évangile de la guérison du paralytique. Nous aurons trois moments de méditation  : le premier  sur les trois premiers versets du récit ; le second sur le début de la rencontre du paralysé avec Jésus avec le pardon des péchés. Enfin sur le signe que fut la guérison physique de l’homme et la réaction de la foule.

 

-I- Donc Jésus est dans une maison et beaucoup de gens sont venus pour l’écouter car sa parole est une parole qui touche le coeur des gens. Trop préoccupés par Jésus, les gens ne voient pas qu’on apporte un paralysé qui voudrait approcher ce grand thaumaturge afin d’implorer sa guérison. On peut comprendre les gens dont les yeux sont attirés par le Christ. Toutefois, Jésus ne cherche pas à capter les gens, à se les approprier, sa parole renvoie aux autres, particulièrement à ceux qui sont dans le besoin. N’est-ce pas d’ailleurs ce qu’il a fortement souligné à travers la parabole du bon Samaritain. Le prêtre et le lévite fixés sur les préceptes de la Loi, vont passer outre devant le blessé alors que le Samaritain a « vu » le besoin d’un homme qui est selon Dieu comme son frère. N’est-ce pas également ce qui conclut toute eucharistie avec l’invitation à quitter le lieu de l’église où l’on était bien pour être envoyés vers le monde : « ite, missa est », « allez, c’est l’envoi ».

    Ne sommes-nous pas souvent comme les gens qui étaient dans la maison avec Jésus, nous sommes bien entre nous dans nos églises et nous ne voyons pas celui qui est dehors et qui aurait besoin de rencontrer la parole de Jésus. Notre attention légitime à la prière de la communauté ne risque-t-elle pas de nous couper spirituellement du monde. Le Pape François n’a-t-il pas insisté sur la nécessité de « sortir » de nos églises.

    Allons plus loin, dans l’évangile, nous pouvons dire d’une certaine façon, que les gens font « obstacle » à la rencontre du Christ. Cela ne nous invite-t-il pas à réfléchir : sommes-nous, pour nos contemporains, des obstacles à la rencontre de Jésus par nos attitudes qui sont loin de l’évangile, par nos discours dont les affirmations péremptoires ne laissent aucune place au dialogue. La fermeture de la maison dans l’évangile ne nous invite-t-elle pas à l’ouverture : ouverture de la pensée, ouverture du coeur. Voilà sans doute la première leçon de ce récit.

 

    Venons-en au paralytique. Le récit invite à réfléchir sur deux points d’une part nos propres paralysies et d’autre part la nécessité d’être aidé par d’autres.

    Rappelons-nous les conditions qui ont marqué la démarche du paralysé pour rencontrer Jésus. S’il était resté seul, cet homme aurait été incapable de venir vers Jésus. Il avait besoin des autres. Il a besoin de quatre amis pour porter sa civière. L’évangile ne dit pas si c’est le paralysé qui a sollicité l’aide de ses compagnons ou si ce sont ses amis qui lui ont proposé de l’emmener. De toute façon, c’est la solidarité qui est soulignée par ce geste. Cette solidarité est non seulement remarquée par Jésus, mais il en fait même la raison de son intervention. En effet, Jésus va guérir le paralysé non pas à cause de sa foi, mais en raison de la foi de ce groupe d’amis : « Voyant leur foi » dit Jésus.

    Ce n’est pas fréquent que les guérisons de Jésus soient provoquées par l’attitude d’un groupe de personnes, d’une foule. Parfois, certes, c’est la compassion de Jésus pour la foule qui va initier un miracle comme la multiplication des pains. Mais dans notre récit, c’est la confiance, la foi des cinq hommes qui provoque Jésus. Et cette foi va s’exprimer en particulier par la persévérance de ce petit groupe comme aussi par leur ténacité et leur intelligence. Sans se décourager devant l’obstacle des gens qui fermaient l’entrée de la maison, ils vont monter sur le toit découvrir les branchages qui isolaient la maison et avec des cordes faire descendre le paralysé devant Jésus.

    Cette démarche interroge profondément notre vie de chrétien. Je vois en particulier deux choses essentielles. L’une est l’importance de la solidarité et l’autre le lien entre cette solidarité et le salut en Jésus Christ.

    Nous connaissons bien ce slogan : « On n’est pas chrétien tout seul » mais on peut étendre ce slogan et dire : « On n’est pas humain tout seul ». Ces quatre hommes portant ensemble le paralysé ne sont-ils pas l’image même de Jésus portant les blessés du monde jusque sur la croix. L’Évangile ne nous demande-t-il pas de porter nos frères et soeurs non seulement nos proches, parents ou voisins, mais nos frères et soeurs lointains. Particulièrement aujourd’hui, nous sommes à l’ère de la mondialisation où le temps et l’espace se sont prodigieusement raccourcis. Les médias, internet nous permettent d’avoir en direct des nouvelles du monde entier avec son lot de misère, d’injustice et de souffrance. Comment ne pas se sentir concernés par les besoins de ces frères  comme l’ont été les amis du paralysé même si, tous, nous avons nos propres limites et qu’il ne nous est pas possible de réaliser tout ce que nous souhaiterions. Il reste que la solidarité des amis du paralytique nous questionne sur notre propre solidarité.

 

    Enfin admirons l’ingéniosité du groupe de porteurs. Ils auraient pu se décourager : on ne peut pas entrer dans la maison, nous n’avons plus qu’à rebrousser chemin. Mais ce petit groupe va faire preuve de ténacité et d’inventivité. Ils vont trouver le moyen de faire parvenir le paralysé aux pieds de Jésus. Nous pourrions nous aussi nous décourager devant le peu de résultat de nos efforts tant personnels que pour l’annonce de l’évangile. A chaque époque de l’histoire, l’Église a dû inventer les moyens pour vivre la foi et pour faire connaître le Royaume de Dieu. Rappelons-nous l’élan missionnaire au 19ème siècle. A nous d’inventer aujourd’hui les chemins qui permettront à nos contemporains de pouvoir rencontrer Jésus Christ.

 

 

2ème méditation : « Voyant leur foi, Jésus dit : Tes péchés te sont pardonnés ».

 

    Ma seconde méditation voudrait porter sur le pardon des péchés. Je voudrais méditer sur plusieurs points. Le premier sur l’importance de la confiance, le second sur le sens du pardon, le troisième sur l’attente de l’homme paralysé.

    D’abord sur l’importance de la confiance « voyant leur foi ». Le pardon suppose qu’on croit au pardon. Le fils prodigue avait confiance, même si sa confiance était limitée : il avait confiance que son père ne le rejetterai pas mais non que son pardon serai absolu, lui redonnant toute sa place de fils : «Le fils lui dit : “Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.” Lc 15, 21. Nous avons bien des raisons de dire comme le fils prodigue « je ne suis pas digne ». N’est-ce pas la parole du centurion romain que nous reprenons avant de communier. Se croire digne ou s’enfermer dans son indignité n’a rien de chrétien. La confiance consiste justement à croire en la bonté et la miséricorde de Dieu alors que nous n’en sommes pas dignes. Ce fut précisément l’attitude du centurion qui exprime sa confiance au-delà de la conscience de son indignité : « Je ne suis pas digne… mais dit seulement une parole et mon serviteur sera guéri » Mt 8, 8. C’est la parle de l’apôtre Paul dans sa lettre aux Romains parlant de la miséricorde de Dieu qui est sans conditions, sans référence à un quelconque mérite de notre part ; tout au contraire, la miséricorde de Dieu précède l’homme pécheur que je suis. Paul écrivait : « Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile ; peut-être quelqu’un s’exposerait-il à mourir pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs » Rm 5, 7-8. Ou encore dans la première lettre de Saint Jean : « Voici en quoi consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés. (4, 10) ; et quelques lignes plus loin : « Quant à nous, nous aimons parce que Dieu lui-même nous a aimés le premier » (4, 19). C’est parce que le pardon de Dieu nous précède toujours, parce que le pardon de Dieu nous attends et nous espère alors même que nous ne le pensons pas possible, qu’il nous est  demandé cette confiance profonde, confiance qui peut nous faire franchir tous les obstacles comme les cinq personnes de notre récit dont la confiance leur a donné l’intelligence et la force de persévérer dans leur quête.

 

    Quel est le sens profond du pardon ? Je crois que le pardon va très loin et qu’il n’est pas seulement « je ne t’en veux plus pour ce que tu m’as fait » bien exprimé dans cette phrase célèbre de Corneille dans sa pièce « Le Cid » : « Va, je ne te hais point ». Je pense que le pardon de Dieu va beaucoup plus loin. Il est l’expression de l’espérance de Dieu pour nous. Le pardon de Dieu, comme devrait l’être notre propre pardon lorsqu’il arrive à rejoindre le pardon de Dieu, ouvre à celui qui a fait le mal un avenir. Le pardon exprimé en particulier dans le sacrement de la réconciliation, est l’expression de l’espérance de Dieu pour moi : Dieu me dit son espérance, il me dit qu’il croit en moi ; et cette parole d’espérance de Dieu est ce qui m’ouvre un avenir. C’est précisément ce que Jésus a fait pour la femme prise en flagrant délit d’adultère. La parole de Jésus à cette femme lui ouvre un avenir que les pharisiens, en invoquant la Loi, avait fermé pour cette femme. La parole de Jésus est merveilleuse : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus » Jn 8, 11. Le pardon de Jésus ouvre à nouveau un avenir à cette femme. C’est l’essentiel du pardon. Chaque fois que je me sens pardonné par Dieu, ce n’est pas seulement ni d’abord le sentiment que Dieu ne m’en veux plus de mon acte mauvais, mais le sentiment que, dans ma faiblesse, Dieu continue d’espérer en moi, m’ouvrant ainsi un avenir de paix et de joie.

    N’est-ce pas dans ce sens qu’il faut comprendre la parole de Jésus au paralysé. Au lieu de rester enfermé dans une culpabilité mortelle, Jésus invite le paralysé à ouvrir sa vie à l’invisible de l’amour de Dieu et des frères.

 

    Certes, notre homme ne venait pas chercher cette libération intérieure, mais d’être délivré du poids de sa paralysie. Jésus va aller bien au-delà de son attente. En commençant par ouvrir sa vie sur un avenir de réconciliation intérieure et de paix, Jésus lui montrait un chemin, le chemin le plus indispensable pour la construction de sa vie. Nous verrons tout à l’heure que sa guérison physique n’est que le signe qui va venir l’aider à comprendre l’invisible espérance qui lui a été offerte.

 

 

3ème méditation : « Lève-toi et marche » et « Nous avons vu aujourd’hui des choses extraordinaires »

    Notre troisième méditation portera sur la dernière partie de notre récit : la guérison physique de l’homme paralysé et l’étonnement de ceux qui en ont été les témoins.

    Même si les synoptiques parlent de miracle à propos des guérisons opérées par Jésus, Saint Jean, lui, à juste titre emploie toujours le mot de signe. Le miracle n’est qu’un signe nous aidant à entrer dans l’invisible essentiel. Dans notre évangile, la guérison physique du paralysé est bien considéré comme un signe, Jésus va le dire explicitement : « Afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité sur la terre pour pardonner les péchés, – Jésus s’adressa à celui qui était paralysé – je te le dis, lève-toi, prends ta civière et retourne dans ta maison. ». La guérison du paralysé est bien le signe du pouvoir de Jésus de déclarer pardonnés les péchés de l’homme paralysé. C’est pourquoi, sans attendre des manifestations spectaculaires de l’action de Dieu dans nos vies, il est donné à ceux qui savent voir beaucoup de petits signes qui viennent révéler la présence aimante de Dieu.

    La parole de Jésus « Lève-toi » peut être entendue dans deux sens complémentaires. Cette parole manifeste cette petite résurrection que constitue la guérison de la paralysie qui clouait l’homme sur sa civière, mais aussi et surtout cette résurrection qui, pardonné, ouvrait à l’homme guéri un avenir spirituel et humain. Lors de la guérison d’un autre paralytique, celui de la piscine de Béthesda, Jésus emploie le même mot que dans notre évangile « Lève-toi », puis Jésus l’ayant rencontré de nouveau lui fait cette recommandation : « Te voilà bien portant, ne pèche plus » Jn 5, 14. La libération du paralysé de notre évangile est donc double : une libération physique de sa maladie et une libération plus profonde, plus fondamentale qui concerne l’obscurité de sa vie.

    Il est évident que le désir de cet homme était d’être guéri physiquement et qu’il ne pensait pas à une guérison spirituelle. Ceci pour dire qu’il faut sans doute du temps avant de comprendre le sens des signes que Dieu nous donne et quelle libération il entend nous offrir.

    Ce récit nous permet de réfléchir à notre propre vie. Nous sommes invités à repérer les signes que Dieu nous donne et leur signification profonde, comprendre que ces signes sont comme autant d’appel à la liberté que Dieu nous adresse. Ces signes sont divers et différents selon chacun, selon l’histoire de chacun. Ce peut être une parole entendue, une rencontre, un geste de telle ou telle personne qui attire notre attention et nous fait réfléchir, ou encore tel passage de la Bible que nous avons lu des quantités de fois et qu’un jour nous découvrons dans une richesse insoupçonnée jusqu’alors ou en tous cas nouvelle pour nous. Ces petits signes sont multiples et, pour y reconnaître un message de Dieu, il nous faut déployer à la fois une attention à Dieu quotidienne, une complicité avec Dieu  et une certaine vie intérieure nous permettant de déceler le signe de Dieu ouvrant notre vie. Ces signes nous invitent à saisir ce message, cette parole de liberté pour nous remettre debout, « Lève-toi ».

    N’est-ce pas le désir de Dieu pour nous. Dieu ne souhaite rien d’autre pour chacun de nous que de nous voir épanouir ce pour quoi nous sommes faits. « Deviens ce que tu es », « Deviens qui tu es ». C’est le désir de Dieu pour chacun de nous. Ce qui intéresse Dieu, ce n’est pas lui, mais nous, notre bonheur. Or celui-ci ne peut se construire que par une libération progressive de toutes les potentialités qui nous habitent aussi bien matérielles que spirituelles et qui restent souvent enfouies, paralysées comme l’homme de l’évangile pour diverses raisons comme l’ignorance ou la peur.

 

    Notre récit se termine par l’étonnement de la foule réunie autour de Jésus : Tous furent saisis de stupeur et ils rendaient gloire à Dieu. Remplis de crainte, ils disaient : « Nous avons vu des choses extraordinaires aujourd’hui ! ». Plusieurs remarques sur cette finale de l’évangile. Tout d’abord, nous voyons que, ce qui s’est passé entre les cinq hommes et Jésus, va toucher tous ceux qui en sont les témoins. Cela nous donne quelques indications concernant ce qu’on appelle l’évangélisation. Les gens dans la maison ont été témoins d’une libération spirituelle et matérielle et cela les a conduits à rendre gloire à Dieu. Mais ce ne sont pas d’abord les mots de Jésus qui les ont touchés, mais le signe de libération qui leur a été montré par la guérison de l’homme paralysé. La parole de Jésus « tes péchés te sont pardonnés » n’a pas suffit à convaincre ceux qui l’ont entendu, voir les réactions des auditeurs présents, mais bien le signe de libération de l’homme remis debout « Lève-toi ». De même il nous faut accompagner notre parole d’un signe de libération visible et qui touche le coeur et l’esprit de ceux qui en sont les témoins. Nous pouvons en conclure pour nous chrétiens que si notre parole n’est pas accompagnée d’un signe de libération des hommes, notre parole ne sera pas crédible. L’évangélisation est, ne peut pas évacuer la question de la crédibilité de notre parole. Celle-ci, comme la parole de Jésus ne sera crédible que si elle s’accompagne de signes visibles en sorte que soit reconnue notre préoccupation fondamentale de la libération et du bonheur des hommes et que cela nous préoccupe comme ce fut toujours le cas pour Jésus.

    Un autre aspect de cette finale est la réaction des auditeurs de Jésus : « ils rendaient gloire à Dieu ». Nous découvrons ainsi l’importance de l’action de grâce dans notre vie chrétienne. Nous constatons que la demande est bien souvent l’essentiel de notre prière. Et pourtant nous avons sans cesse des occasions de rendre grâce. La participation à l’eucharistie est essentiellement, comme le mot l’indique, une action de grâce. Là encore, il ne s’agit pas de gommer les difficultés et les souffrances de notre monde, mais d’entrer, comme nous le disions au paragraphe précédent, dans l’espérance de Dieu.

 

Partager cet article

Repost 0

Cendres

Publié le par Père Maurice Fourmond

Mercredi des Cendres

Imposition des cendres

 

 

Les cendres sont faites avec le buis de la fête des Rameaux de l’année précédente. Symboliquement, nous allons brûler quelques buis qui ont séchés sur les crucifix dans nos maisons. Nous savons que les rameaux de palme ou de buis sont le symbole de la résurrection. En les consumant par le feu, nous prenons conscience qu’il faut que quelque chose, en nous, se consume, pour que quelque chose puisse naître.

 

PRIÈRE :

Seigneur, 

Brûle en nous ce qui nous aliène,

notre vanité, nos ambitions, nos hypocrisies,

nos mensonges et nos peurs,

afin que nous soyons libres pour aller vers toi.

 

Brûle en nous ces mouvements de violence,

ces désirs de vengeance,

ces refus du pardon

ce qui nous ferme au prochain que tu aimes

et que tu nous demandes d’aimer.

 

Brûle en nous nos paroles insignifiantes,

nos paroles de mépris, nos paroles qui blessent et humilient,

et mets sur nos lèvres des paroles de réconciliation.

 

Brûle en nous tous, nos injustices

et nos complicités avec l’injustice.

Fais que peu à peu, nous soyons identifiés, ajustés à ta sainteté.

 

Brûle en nous ce qui appartient au vieil homme ;

pendant ce Carême, donne-nous d’avancer

vers l’homme nouveau que nous sommes

et que tu appelles, en Jésus, ton enfant bien-aimé. Amen !

 

 

BÉNÉDICTION DES CENDRES

 

Seigneur Dieu, ami des hommes,

fais-nous découvrir sous des vies apparemment banales

et médiocres, les germes de la résurrection.

Fais-nous découvrir, sous la cendre de nos vies,

le feu que seul ton amour peut rallumer.

Envoie sur nous le souffle de ton Esprit

et que la flamme jaillisse en nos coeurs pour une vie nouvelle.

Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen !

Partager cet article

Repost 0

Messe avec Françoise DESTANG

Publié le par Père Maurice Fourmond

Messe avec Françoise DESTANG

 

le 10 Janvier 2014

 

 

Texte de Françoise

 

    ...Ici-bas nos regards ne peuvent plus se croiser! Mais je continue de vous aimer comme, et plus encore, je vous ai aimés ici-bas...

    J'ai reçu par vous tous, une paix et une joie profondes. Partageant de tout cœur vos joies, vos réussites, vos épreuves et vos difficultés. Je vous ai si souvent admirés! Joies de voir chacun chercher avec droiture, courage et générosité son chemin... Quelle chance a été la mienne de vous avoir. Joie encore d'exercer mon ministère pastoral pour les uns ou les autres (baptêmes, enterrements). Ce ministère que j'avais reçu de l'ÉgIise et que je crois avoir vécu de tout mon être.

    Du fond du coeur je vous dis " Merci" et je vous embrasse! Et... je continue de vous aimer, de suivre vos chemins, d'être près de vous plus encore qu'avant! C'est mon espérance et, je le crois, ce sera toujours ma joie!

    Je rejoins Mamie, Papy, Guislaine, Hubert, (Pierre) tant d'autres membres de ma famille, des amis bien sûr, et tant et tant d'autres hommes, femmes, jeunes et enfants qui, partageant la miséricorde et la tendresse de Dieu, m'accueillent. Avec eux je vous attendrais désormais remplie d'espérance et d'affection. “ Ne pleurez pas comme ceux qui n'ont pas d'espérance". J'ai aimé, j'ai proclamé avec joie, non sans trouver des obstacles, en moi et autour de moi, dans L'Eglise-même, la Parole de Dieu: Je vais enfin voir son visage : Le Christ Jésus ! Alors autant que cela dépend de vous, réjouissez-vous avec moi !

 

 

Accueil par Maurice Fourmond

 

    Que dire après de telles paroles. Pour Françoise, chacun était unique et le plus important. J’ai moi-même bénéficié de l’amitié de Françoise pendant cinquante ans. J’ai partagé avec elle les joies et les peines de son ministère pastoral reçu des mains de Mgr Pézeril en mars 1974. La lettre de mission donnée par le Cardinal Marty lui conférait un ministère quasi diaconal avec la fonction de prêcher et de préparer aux sacrements de bapatême et du mariage. Aussi je pense qu’un des plus beaux témoignage que nous pouvions rendre à Françoise qui a donné toute sa vie au service du peuple de Dieu, était de placer son cercueil non pas face à l’autel, mais, comme pour tous les pasteurs, face à notre assemblée qu’elle a tant servie.

    Je ne peux pas énumérer toutes les tâches pastorales que Françoise a remplies depuis la paroisse Saint Séverin jusqu’à ces derniers temps auprès de la communauté chrétienne de Bénerville. Chacun, membres de la grande famille Destang tant aimée par Françoise, les catéchistes, les gardiens d’immeubles, les commerçants, les futurs baptisés ou futurs mariés, tous ses collaborateurs de la revue «Dans la Lumière» qu’elle dirigeait, les paroissiens des diverses paroisses où Françoise a exercé son ministère, tous, nous avons été touchés par son intelligence pertinente, ses convictions profondes en même temps que son ouverture, par son écoute et par son sourire si accueillant. Les nombreux témoignages reçus disent que sa présence et sa parole ont été très mobilisatrices pour les laÏcs. Et Françoise était en même temps très humble : elle refusait de se considérer comme une théologienne et elle accueillait chaque rencontre comme une grâce pour elle, comme une révélation de Dieu pour elle ; l’autre était toujours un message de Dieu.

    Durant sa maladie, je lui portais la communion et nous avions, sauf à la fin, de riches échanges sur cette Parole de Dieu qu’elle aimait tant.

    Deux jours avant sa mort, elle ne pouvait plus parler, toutefois à un moment j’ai vu qu’elle voulait dire quelque chose ; j’approchais mon oreille de ses lèvres et j’ai entendu ces deux mots, ses derniers mots: «merci, alleluia».

    Je crois que ces deux mots disent bien ce que Françoise souhaite nous dire à tous aujourd’hui et ce que nous souhaitons nous aussi lui dire ce matin.

 

 

Oraison

 

    Seigneur, nous te prions avec ta servante Françoise Destang. Elle s’est efforcée d’être fidèle à l’appel que tu lui as adressé par la bouche de notre évêque. Que l’alleluia qui fut son dernier mot sur cette terre soit le signe de la joie éternelle que tu lui donnes maintenant. 

    Qu’elle partage ce matin notre prière d’action de grâce pour tout ce que tu as accompli en elle et par elle, nous te le demandons à toi Dieu notre Père, vivant avec ton Fils et l’Esprit Saint pour les siècles des siècles. Amen !

 

 

Homélie

 

    C’est Françoise qui, dans son testament, avait choisi les deux lectures bibliques que nous avons entendu. La première, de Saint Paul aux chrétiens de Thessalonique, exprime l’ardeur et l’humilité de Paul pour annoncer la Bonne Nouvelle du Christ. Je suis sûr que Françoise a choisi ce texte parce qu’elle se reconnaissait dans l’attitude de l’apôtre Paul : à la fois l’audace de l’annonce évangélique, le don total de sa vie au service de la Parole, mais aussi la conviction que cette annonce nous dépasse. Nous pouvons mettre toute notre intelligence, toute notre foi pour balbutier la Parole de vie de Jésus, mais nous avons bien conscience que nous ne sommes que d’humbles serviteurs de la Parole. Françoise disait  : «Dieu n’est pas un enseignement, mais une rencontre». Dieu nous précède dans le coeur de l’autre et il est seul capable de faire résonner notre parole dans son coeur, il est seul à lui faire produire du fruit sans même que nous puissions le percevoir ; comme dit Jésus : «Il en est du Royaume de Dieu comme d’un homme qui jette la semence en terre : qu’il dorme ou qu’il soit debout, la nuit et le jour, la semence germe et grandit, il ne sait comment» Mc 4, 26-27.

    Oui, les messagers de la Bonne Nouvelle ne peuvent faire autre chose qu’aider leurs frères à reconnaître en eux cette Parole vivante. L’exemple de Jean-Baptiste est saisissant : il désigne Jésus, son cousin, comme étant l’Agneau de Dieu, le Messie attendu, puis il se retire, laissant ses propres disciples le quitter pour suivre celui qu’ils découvrent comme ayant «les paroles de la vie éternelle» ainsi que le confessera Saint Pierre. Françoise ne s’est jamais senti propriétaire de cette parole qu’elle annonçait et elle savait se retirer devant l’action de l’Esprit Saint agissant dans le coeur de l’autre.

 

    Quant à l’évangile, si Françoise a choisi l’évangile des femmes au moment de la résurrection de Jésus, c’est bien sûr pour dire sa foi en cette vie ressuscitée dont Jésus est la source, mais certainement aussi, je le pense, pour signifier l’importance des femmes dans l’annonce de la Bonne Nouvelle et leur place dans l‘Église. Ce sont en effet des femmes qui furent les premières à annoncer la résurrection du Christ. Selon la réaction des hommes à l’époque de Jésus, réaction pas totalement abandonnée aujourd’hui, les évangiles ajoutent qu’au début les apôtres n’ont pas cru les femmes. Et pourtant elles furent les premiers apôtres de la résurrection du Christ ; certains souhaiteraient qu’à cause de cet aspect fortement souligné dans les évangiles, l’annonce de la résurrection à l’assemblée chrétienne dans la nuit de Pâque, soit faite par une femme !

 

    Cette annonce de la résurrection, d’une vie en Dieu au-delà de notre mort humaine, n’est pas facile à entendre. En effet, nous n’avons aucune représentation de la résurrection puisqu’elle est une participation à l’être même de Dieu et nous ne connaissons pas l’être de Dieu, mais seulement des images à travers des médiations humaines, principalement en la personne de Jésus : «Il est l’image du Dieu invisible» Col 1, 15. Les apparitions du ressuscité, comme celle rapportée dans notre évangile, n’apportent pas de lumière sur ce qu’est la résurrection : le Jésus ressuscité qui vient à la rencontre de Marie de Magdala et l’autre Marie et qui leur parle, est seulement une manifestation humaine du Christ vivant, adaptée à la nature humaine des personnes à qui le Seigneur se manifeste. C’est pourquoi notre foi est fondée uniquement sur la parole des témoins et sur la confiance que nous mettons en Jésus. C’est donc un pur acte de foi que nous posons ce matin. C’est une formidable confiance en Jésus Christ qui nous donne l’audace d’affirmer que Françoise est ressuscitée avec le Christ Jésus. 

 

    Et pourtant c’est cette Bonne Nouvelle que Françoise, comme la plupart d’entre nous, n’avons cessé d’annoncer et qui nous fait vivre. Françoise souhaitait que nous prenions davantage conscience de cette responsabilité. Elle a écrit dans son testament : «Je souhaite que la célébration (celle de mes obsèques) exprime la confiance, l’espérance et la vocation de l'Église - de tous chrétiens- qui est d'annoncer l'Evangile, Bonne nouvelle d'une Présence et d'un Amour qui nous habitent tous, qui que nous soyons, comme nous sommes, croyants de toutes confessions et incroyants. Tous et toutes à l’image de Dieu ! Ce fut ma joie de reconnaître ce grand mystère par la foi, à la lumière de l'Evangile !».

 

    Mais qu’est-ce qui peut rendre crédible notre parole ? Ce ne peut être, que le témoignage d’une vie qui s’efforce humblement et avec bien des ratés, de suivre ce que Jésus a fait et dit au cours de sa vie terrestre. C’est, j’en suis témoin, ce que Françoise a tenté de vivre toute sa vie. Il est deux mots importants qui expriment un aspect essentiel de la mission de Jésus : ce sont le mot «libération» et l’expression qui revient deux fois dans l’évangile des femmes au tombeau, «Ne craignez pas». Tous les gestes, toutes les paroles de Jésus n’avaient pas d’autre objet que de «libérer» l’homme et de le libérer de la peur.

 

    Françoise a tenté d’être missionnaire comme le choix des deux textes entendus le montre. Je pense qu’un grand nombre parmi nous peut témoigner de cette «libération» que les rencontres, les paroles, les homélies de Françoise ont provoquée ; combien ont été libérés de cette peur de Dieu qui a blessé tant de chrétiens. Notre merci ce matin voudrait rappeler que ce que nous sommes aujourd’hui dans notre vie de foi, nous le devons pour une part au ministère de Françoise et, bien sûr à l’Esprit de Dieu qui a agi par et à travers elle et auquel, avec Françoise, nous rendons grâce.

 

 

Prière universelle

Prions avec Françoise. 

Prions avec elle pour toute sa famille, famille qu’elle aimait, famille dont chaque membre était pour elle source de joie, afin que chacun d’eux fasse grandir les étincelles de foi qu’elle lui a confiées.

 

Prions avec Françoise pour les habitants de Bénerville qui lui ont offert ses derniers ministères comme conseillère municipale et âme de  Saint Christophe, sa paroisse. Que tous fassent fructifier en eux les graines de solidarité qu’elle y a semées.

 

Prions avec Françoise pour toutes les institutions, organisations et paroisses, qu’elle a servies avec vision et générosité, pour tous les groupes qu’elle a animés avec tant de responsabilité et de gentillesse, pour les innombrables enfants et adultes qu’elle a su écouter et auxquels elle a donné la lumière de son sourire. Que tous et toutes sachent s’inspirer de son exemple.

 

Prions avec Françoise pour ce monde divisé où partout elle reconnaissait des frères et des sœurs afin qu’il retrouve paix et fraternité.

 

Prions avec Françoise pour l’Eglise à laquelle elle s’est consacrée. Que cette Eglise reconnaisse la voie qu’elle a ouverte aux femmes et sache la prolonger.

 

Conclusion de la Prière Universelle

        Seigneur, toi qui es toujours attentif aux prières de tes enfants, sois de tous nos espoirs, de toutes nos inquiétudes, de toute notre quête de vérité et de bonheur, nous te le demandons par Jésus, le Christ, notre Sauveur. Amen !

 

 

Introduction au «Notre Père»

    Dans un de ses livres «Paroles pour prier», Françoise Destang explicite la demande de pain dans la prière du Notre Père. Elle écrivait : 

«Notre Père, tu nous donnes chaque jour le pain qui est vie, le pain de ta parole. 

    Donne-moi faim de ce pain-là !

    Ce pain est ta parole, Jésus ton Fils unique.

Il est le pain de la route pour avancer à ta rencontre et à la rencontre de tous les peuples, de toutes les races, de toutes les cultures.

Il est le pain qui chaque jour nous donne le goût de nous faire proche les uns des autres.

    Père donne-nous ce pain-là chaque jour.»

 

 

Texte «Un grand amour m’attend» (choisi et modifié par Françoise)

Ce qui se passera de l’autre côté

quand tout pour moi aura basculé dans l’éternité...

Je ne le sais pas !

J'espère la vie, j'espère la communion dont je pourrais vivre encore, grâce au Christ, avec vous tous!

Mais, je crois, je crois seulement qu'un grand amour m'attends. .

Je sais pourtant qu’alors, pauvre et dépouillée, je laisserai Dieu porter sur moi son regard :

regard de tendresse et de miséricorde.

Ne pensez pas que je m'inquiète...

Non, je crois, je crois tellement qu'un grand amour m'attend!

Maintenant que mon heure est proche, que la voix du Christ Jésus m'invite à franchir le passage, ce que j'ai cru, je le croirai plus fort encore à la lumière de la mort de Jésus !

Je crois , je crois qu'un grand amour lui a rendu la vie.

Ce grand amour qui nous attend !

C'est vers Dieu qui est “Amour“ que j'ai marché, vers Lui, je m'approche en m'en allant ;

c'est vers son amour que je tends les bras, c'est dans l'amour qui donne vie que je descends doucement.

Si je meurs, ne pleurez pas sans espérance...

Je me dérobe à vos yeux, mais vous aimerai plus encore de ce grand amour qui m'attend.

Si j'ai peur... et pourquoi pas ?

Rappelez~moi souvent, simplement, que notre Dieu de Paix ne me manquera pas !

Que l'l-Esprit Saint sera comme Il le fut chaque jour ma force et ma joie!

Oui, un grand amour m'attend.

Le Christ Jésus, Seigneur et Sauveur, va m'ouvrir la porte.

Il est la Porte : celle de la Vérité, de sa Joie, de sa Lumière!

Oui, Père, par Lui, je viens vers toi.

Je viens avec le monde dans mes bras me jeter dans ton amour, ton amour qui m'attend !

 

Partager cet article

Repost 0