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168 articles avec homelies du dimanche

"Tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce"

Publié le par Père Maurice Fourmond

Journées nationales Jonathan Pierres Vivantes
13, 14 et 15 Octobre 2017
Eucharistie

Matthieu 22, 1-14

    L’attitude des invités à la noce est assez étrange. Déjà leur indifférence qui les fait négliger l’invitation du roi ; ils ont des choses plus importantes à faire : gérer son commerce ou cultiver son champ. Cela nous rappelle les réponse de certains qui étaient appelés à suivre Jésus : « Jésus dit à un autre : « Suis-moi. » L’homme répondit : « Seigneur, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. » Mais Jésus répliqua : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, pars, et annonce le règne de Dieu. » Un autre encore lui dit : « Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d’abord faire mes adieux aux gens de ma maison. » Jésus lui répondit : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu. » (Lc 6, 59-62). Nous trouvons souvent de bonnes raisons pour décliner l’invitation de Dieu. 
    Mais ce qui est plus surprenant encore c’est l’attitude de ceux qui vont maltraiter et même tuer ceux qui sont venus les inviter. Comment l’invitation à une noce peut-elle être considérée comme une insulte dont il faut faire payer les messagers. Même si nous pouvons lire ce passage comme concernant le Christ Jésus lui-même envoyé par le Père pour annoncer une bonne nouvelle et qui sera éliminé, mis à mort, les réactions des invités nous étonnent. Toutefois nous pouvons nous interroger sur nous-mêmes en imaginant un autre scénario : peut-être que les invités ont mal compris ce que les serviteurs disaient ; peut-être ceux-ci ont-ils mal présenté l’invitation du roi en sort qu’elle était incompréhensible ou mal interprétée ; peut-être encore que le comportement des serviteurs a déplu voire scandalisé les invités. Hier au cours de la Table Ronde, vous avez souligné combien certaines paroles pouvaient vous blesser. Cela interroge les chrétiens que nous sommes. Nous sommes les messagers de l’invitation de Dieu, les porte-parole de la Bonne Nouvelle de la vie. Mais peut-être que nos comportements ou nos paroles obscurcissent le message. Porteurs de l’invitation de Dieu au repas de noces, nous pouvons, sans angoisse ou culpabilité, mais sérieusement et paisiblement nous demander quelle est la crédibilité de ce que nous disons de ce que nous manifestons par notre vie. Comment ce que je dis et ce que je fais sont-ils reçus par ceux qui nous entendent et nous voient vivre. Quelle est la crédibilité de ce que je laisse voir de ce qui m’habite ?

    Mais quittons cette interrogation pour entrer dans la seconde partie de l’évangile. On a l’impression que le roi ne se console pas de l’échec de ses serviteurs. Aussi va-t-il envoyer d’autres serviteurs pour parcourir les routes et aller aux croisées des chemins inviter tout le monde. Nous passons d’une invitation à quelques personnes à une invitation s’adressant à tous ceux que les serviteurs rencontreront sur le chemin. Et même, l’évangile le précise, « les mauvais comme les bons ». Cela peut nous remplir de joie car nous avons tous conscience et de nos générosités et de nos faiblesses. Or Dieu appelle chacun tel qu’il est avec sa part de lumière et sa part d’obscurité.
    Contrairement à ce qui est affirmé des premiers invités, dont l’évangile dit qu’ils n’étaient pas dignes, de ceux que les serviteurs vont trouver sur les chemins il n’est pas question de dignité. N’est-ce pas la parole étonnante de Jésus après avoir appelé à sa suite Matthieu un collecteur d’impôts  à la solde de l’occupant romain : « Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs » (Mt 9, 13). Dieu invité précisément ceux qui ne se sentent pas dignes d’être invités par Dieu à partager sa vie. C’est ce que nous disons avant de recevoir le pain de vie : « Seigneur, je ne suis pas digne d’être invité à ton repas ».

    Le repas de noces est un terme imagé pour désigner la participation heureuse, pleine et définitive à la vie de Dieu. C’est la promesse qui nous est faite telle que rapportée dans le beau passage du prophète Isaïe que nous avons entendu en première lecture. Je rappelle ces paroles d’espérance : « Le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés. Sur cette montagne, il fera disparaître le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples et le linceul qui couvre toutes les nations. Il fera disparaître la mort pour toujours. Le Seigneur Dieu essuiera les larmes sur tous les visages » (Is 25, 6-8). Nous n’avons peut-être plus d’espérance mais nous pouvons nous appuyer sur l’espérance de Dieu. C’est l’espérance de Dieu pour moi, pour ma vie qui me donne en l’accueillant, d’avancer sur le chemin de la vie.
    Dans ce repas eucharistique où nous sommes invités par Dieu, nous pouvons entendre la promesse éternelle de Dieu et déjà répondre humblement et dans l’espérance à son invitation. Nous savons que la nourriture qui nous est offerte dans ce repas avec la force intérieure qu’elle apporte est le gage de cette vie définitive à laquelle nous sommes tous appelés et à laquelle nos enfants participent déjà en plénitude.

Publié dans Homélies du dimanche

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Les vignerons homicides

Publié le par Père Maurice Fourmond

Dimanche 27ème A
8-10-2017
Matthieu 21, 33-43

    Cet évangile des vignerons homicides peut être lu selon plusieurs interprétations. La première et la plus proche de l’époque de Jésus consiste à entendre la vigne comme  le Royaume confié au peuple élu, le peuple d’Israël. Devant l’infidélité du peuple, Dieu a envoyé d’abord des prophètes puis son fils bien aimé que l’on a saisi et tué "hors de la vigne ». La finale annonce que la vigne, le Royaume de Dieu, sera confié à d’autres nations, en fait à l’humanité tout entière.


    Mais cet évangile peut être lu comme s’adressant aujourd’hui à chacun de nous. Cette vigne qui est le monde aimé de Dieu, est confiée à chacun. Et Dieu attend que nous produisions un fruit de vérité et de liberté pour tous les hommes et ainsi manifester la gloire de Dieu et, comme le dit l’évangile, que nous reconnaissions que « c’est là l’oeuvre du Seigneur ; la merveille devant nos yeux ».


    Or nous avons tendance à nous approprier les dons de Dieu, à faire comme si nous en étions les seuls auteurs, la source, l’origine et la fin. Nous avons tendance à nous approprier Dieu comme ce fut la tentations de nos premiers parents selon le mythe du livre de la Genèse ; nous avons tendance  à nous laisser séduire par le serpent qui disait à la femme : « Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal » Gn 3, 5. « Vous serez comme des dieux », nous avons sans cesse la tentation de nous prendre pour Dieu. Dieu a donné aux humains de pouvoir gérer la terre mais en reconnaissant que « tout vient de lui ».


    Pourtant, saint Paul avait bien rappelé aux Corinthiens que ce qu’ils avaient était un don de Dieu : « As-tu quelque chose sans l’avoir reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te vanter comme si tu ne l’avais pas reçu ? » 1 Co 4, 7. Cette reconnaissance nous situe dans la vérité et nous provoque à l’action de grâce.
    Mais il faut aller plus loin et, à la lecture du salut offert par Dieu selon la révélation qui nous en est faite, je voudrais modifier la finale de la parabole de Jésus.


    Ce fils qui sera tué n’est autre que Jésus acceptant de perdre sa vie par amour et dans le pardon à ses bourreaux « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » Lc 23, 34. La victime aimante et pardonnante devient la source du salut pour tous les hommes. Cet amour et ce pardon pour nous est tel qu’il manifeste la bonté infinie de Dieu à l’égard de notre humanité. Et c’est pourquoi je me permet de modifier la finale de la parabole de Jésus. J’aime penser que le maître du domaine c’est-à-dire Dieu s’adressant aux vignerons leur dirait : vous avez tué mon fils en pensant pouvoir ainsi devenir l’héritier du Royaume, mais malgré ce que vous avez fait, vous êtes mes enfants bien-aimés et je vous donne gratuitement le fruit de la vigne, je vous donne gratuitement ce Royaume que vous pensiez pouvoir vous approprier, je veux vous partager cette divinité dont vous pensiez pouvoir vous emparer.


    Ce que nous prétendions saisir par nos propres forces, nous est offert gratuitement par l’amour infini de notre Dieu.


    Alors rendons-lui grâce et poursuivons notre travail dans ce monde, assurés que, fortifiés et éclairés par l’Esprit de Dieu, nous pourrons produire du fruit en abondance.

Publié dans Homélies du dimanche

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Les ouvriers de la dernière heure

Publié le par Père Maurice Fourmond

Les ouvriers de la dernière heure
25ème dimanche année A
24 septembre 2017
Messe dans une maison de retraite
Matthieu 20, 1-16


    La parabole de Jésus comme toute parabole doit être interprétée. S’il était question de justice sociale, les ouvriers de la première heure auraient raison de protester ; ils auraient le droit de manifester dans la rue contre le maître du domaine. Mais la parabole de Jésus a un tout autre sens. Puisque le domaine est le monde et que le maître est le Dieu de Jésus Christ, nous savons que le travail qui nous est demandé consiste à faire grandir dans ce monde un peu d’amour et de fraternité. C’est seulement ainsi que pourra fructifier ce Royaume des cieux dont il est question au début de cette parabole.
    Or pour ce travail, chacun est appelé à n’importe quel moment de sa vie. Cette invitation de Dieu nous est adressée dès le premier instant de notre vie, mais nous n’en prenons conscience que peu à peu. Pour certains ce sera très tôt dans leur vie, pour d’autres beaucoup plus tard et même pour certains vers la fin de leur vie. Je pense évidemment à celui qu’on appelle le bon larron, crucifié à côté de Jésus ; il est vraiment l’ouvrier de la dernière heure, appelé à témoigner humblement de la vérité de sa vie : « Pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. » Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume » (Lc 23, 41-42). Et, comme un bon ouvrier, il reçoit le même salaire que ceux qui ont travaillé toute leur vie : « En vérité, en vérité je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis » (v. 43).
    Pour faire ce travail, chacun est appelé à le faire selon ses capacité et ses possibilités du moment. On peut faire grandir l’amour dans le monde quand on est en pleine forme ou au contraire très diminué, quand on a tous ses moyens physique et intellectuels ou quand on a perdu ses moyens en raison de la maladie ou de la vieillesse.  Chacun à sa mesure et quelle que soit sa situation, peut faire grandir l’amour et la fraternité dans le monde.
    C’est d’ailleurs dans ce sens qu’il faut comprendre la dernière phrase de l’Evangile : « Les derniers seront premiers et les premiers seront derniers » : souvent ceux qui sont considérés aux yeux des hommes comme les derniers en raison de leur handicap physique ou mental, sont aux yeux de Dieu des personnes qui font un magnifique travail et construisent parfois mieux que beaucoup d’autres le Royaume de Dieu, par l’amour et la fraternité dont ils témoignent au sein même de leur handicap.
    Enfin un mot sur le « salaire ». Le salaire dont Jésus parle n’est autre que Dieu lui-même se donnant tout entier. Nous croyons dans notre foi que Dieu nous a déjà tout donné, il nous a déjà donné tout ce qui est nécessaire à notre véritable vie, il ne peut plus que se donner lui-même. Mais quand Dieu se donne, il se donne tout entier, que nous soyons les premiers ou les derniers car Dieu se donne dans une gratuité absolue, dans un amour qui ne regarde pas en arrière, sans mesurer ni comparaître les mérites des uns et des autres. C’est pourquoi ce don ne peut être que le même pour tous. N’est-ce pas ce Jésus a dit au bon larron sur la croix : il se donne sans regarder les fautes ou les mérites de celui qui est crucifié comme lui, mais à la seule vue de l’attitude du coeur de cet homme, acceptant humblement la pauvreté de sa vie.
 

Publié dans Homélies du dimanche

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« Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi  n’est ps digne de moi »

Publié le par Père Maurice Fourmond

13è dimanche
2 Juillet 2017 

Évangile Matthieu 10, 37-42
Homélie

    Je voudrais vous proposer trois réflexions à partir de l’évangile de ce dimanche. Ma première à propos de cette parole de Jésus sur celui ou celle qui aime son père ou sa mère plus que lui ; il dit que cette personne « n’est ps digne de moi ». Parole curieuse dans la bouche de Jésus comme si la fréquentation de Jésus exigeait que nous en soyons digne, comme si des parents exigeaient que leur enfant, pour être leur enfant, soit digne de leur amour ! Jésus avait admiré la réponse du centurion romain venu le solliciter pour la guérison de son serviteur lorsque le centurion lui déclare « Je ne suis pas digne que tu viennes sous mon toit... Entendant cela, Jésus fut en admiration devant lui » Lc 7, 1-10. Nous avons tous conscience de notre indignité devant la grandeur de Dieu et pourtant Dieu ne cesse de nous aimer, de nous accueillir, de nous faire confiance. 


    Alors quel est le sens de la parole de Jésus ? Il me semble qu’il faut interpréter  « n’est pas digne » dans le sens d'un obstacle. N’est-ce pas ce que Jésus suggère dans la parabole des invités à un grand dîner ; les invités déclinent l’invitation pour de multiples raisons d’ailleurs très valables comme le fait d’aller enterrer son père. Ces personnes ne sont pas « indignes » de participer au repas de noces, mais leur attitude constitue un obstacle qui les empêche de se rendre à l’invitation de leur ami. Le maître dit alors au serviteur : “Va sur les routes et dans les sentiers, et fais entrer les gens de force, afin que ma maison soit remplie. Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner.” » Lc 14, 23-24.


    Jésus avait précédé les mots « n’est pas digne de moi », par cette phrase : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi ». Là encore il convient d’interpréter cette parole. Jésus n’entend pas comparer deux amours, celui pour les parents et celui pour lui-même ; je crois qu’il ne s’agit même pas de préférence. Je pense qu’il nous demande de purifier notre amour. J’aurais envie de traduire ainsi la parole de Jésus : « pour être mes disciples, mes compagnons, il convient de purifier votre amour, il s’agit d’essayer d’aimer à la manière de Dieu vos parents, vos frères et soeurs, comme moi Jésus,  j’aime ». N’est-ce pas d’ailleurs ce que suggère la suite de notre évangile quand Jésus parle du simple verre d’eau fraîche donné à une personnes qui a soif. Il s’agit de dépasser un amour purement humain pour entrer dans l’univers de Dieu, dans l’univers de Jésus et sa manière divine d’aimer.


    Enfin faut nous rappeler un autre passage mais dans l’évangile selon Saint Marc où Jésus, employant l’image d’une récompense, affirme que celui qui quitte tout pour le suivre retrouvera ce qu’il a quitté au centuple : « Pierre se mit à dire à Jésus : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. » Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle » Mc 10, 28-30. Nous voyons ainsi comment notre évangile à travers les exigences de notre vocation de fils et filles de Dieu, non seulement ne nous entraîne pas à diminuer notre humanité, mais tout au contraire à lui donner son sens véritable, sa véritable grandeur.


    Alors entendons la parole de Jésus comme un appel à une « conversion » au sens où il convient de « perdre sa vie » pour la « trouver » c’est-à-dire où il convient d’aller plus loin dans la capacité à aimer qui nous est donnée par Dieu dès la premier instant de notre vie, en entrant dans la manière divine d’aimer dont Jésus, le Fils bien aimé nous a donné un parfait exemple.
 

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« Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux »

Publié le par Père Maurice Fourmond

12ème Dimanche A

Le 25 Juin 2017

 

Évangile Matthieu 10, 26-33

Homélie

 

    Je voudrais réfléchir avec vous sur deux aspects de l’évangile que nous venons d’entendre.

    Le premier porte sur cette parole pleine d’espérance dans la première partie de l’évangile : « Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux ». À travers cette parole, je peux en vérité penser que je vaux beaucoup aux yeux de Dieu. Aux yeux de Dieu, je suis sans prix, je vaux plus que tout puisque je suis unique, je suis précieux pour Dieu comme il est dit dans le livre du prophète Isaïe : « Parce que tu as du prix à mes yeux, que tu as de la valeur et que je t’aime » Is 43, 4.

 

    Nous avons souvent la tentation de nous « dévaloriser ». Devant nos fragilités, nos faiblesses, nous pensons parfois que nous « ne valons rien ». Or Jésus nous dit le contraire. Aux yeux de Dieu, nous valons beaucoup puisque chacun de nous a été « racheté » (pour reprendre l’expression de Saint Paul dans sa lettre aux Corinthiens : « Vous avez été rachetés à grand prix » 1 Co 6, 20), au prix du don total de la vie de Jésus. Si le Christ a donné sa vie pour moi, c’est que je vaux quelque chose, que ma vie a du prix pour Dieu.

 

    Certes, Dieu n’occulte nullement nos propres faiblesses, Dieu est réaliste, il n’a pas une idée imaginaire de notre vie, il la voit dans sa réalité mélangée, et donc à la fois dans sa fragilité et dans sa grandeur, dans ses limites et aussi dans l’extraordinaire capacité qui nous est donnée d’aimer en vérité.

    Alors, nous pouvons accueillir, pour en vivre, le mot qui revient si souvent dans la bouche de Jésus : « Soyez donc sans crainte ». Cette confiance de Dieu vis à vis de chacun de nous, nous donne d’avoir confiance en nous-mêmes et ainsi d’avoir l’audace d’ouvrir notre vie et la vie du monde sur un amour qui transforme et qui apporte la paix. Appuyons-nous sur ce regard de Dieu pour reprendre confiance et avancer sur notre chemin sans crainte.

 

    J’en viens maintenant à ma seconde réflexion à partir de cette phrase déconcertante : «Celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux ». Disons que cette parole doit être interprétée car elle contredit l’attitude constante de Jésus. J’en veux pour preuve l’attitude Jésus à l’égard de son apôtre Pierre. Pierre avait renié son maître et même par trois fois dans la cour du grand prêtre Caïphe. Selon la parole de notre évangile, Jésus aurait dû le renier devant son Père. Or, bien au contraire, après sa résurrection, non seulement il ne renie pas Pierre devant son Père, mais il va lui confier la mission de confirmer les disciples dans la foi, évangile de Jean au chapitre 21,15-17. Alors, comment comprendre la parole entendue tout à l’heure ?

 

    Je pense, en suivant l’avis de plusieurs commentateurs, que l’interprétation juste serait le respect de Jésus de la liberté humaine. Ainsi, Jésus entendrait  dire : si tu ne veux pas de mon amour, de ma vie, je ne peux pas te forcer. On pourrait alors traduire : si tu me renies, je ne peux qu’accepter douloureusement ton attitude. Jésus ne nous rejette pas après nos erreurs ou nos fautes, il continue à espérer en nous, à espérer que nous pourrons comme son ami Pierre pleurer amèrement devant nos lâchetés et nos infidélités.

    Jésus n’oblige personne à le suivre. La porte du Royaume et toujours ouverte à chacun comme à tous ; encore faut-il librement désirer en franchir le seuil.

 

    Ainsi cet évangile nous place devant nos responsabilités : Dieu nous fait une totale confiance, ce que nous sommes, ce que nous vivons le touche, il nous donne ce qui est nécessaire pour avancer sur notre chemin. À nous de dépasser nos peurs et, nous appuyant sur la confiance de Dieu, sur le roc de son amour et de sa présence, construire notre vie dans toute sa beauté par delà nos défaillances. Dieu fait confiance à l’amour que nous lui portons dans la vérité mais aussi dans la fragilité de nos vies.

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"Recevez l'Esprit Saint"

Publié le par Père Maurice Fourmond

Pentecôte 2017

Homélie

 

    La fête de la Pentecôte nous rappelle la place de l’Esprit Saint dans notre vie et combien cet Esprit de Dieu est important pour nous construire, pour nous réconforter. Je voudrais souligner quelques aspects qui peuvent nous aider à vivre.

 

    D’abord, c’est l’Esprit Saint qui me fait naître.  Naître, c’est accéder à notre vie de femme et d’homme selon Dieu. Naître  n’est pas seulement le premier instant de notre vie ; nous sommes toujours en train de naître quelque soit l’âge ou la santé car on a toujours à devenir ce que nous sommes vraiment, jusqu’au jour où nous aurons atteint cet âge adulte dont parle Saint Paul et qui nous reliera définitivement au Christ Jésus. Nous sommes humains dès le début de notre vie physique, mais nous avons à le devenir chaque jour ; nous sommes chrétiens dès que nous en avons fait le choix, mais nous avons à le devenir. L’Esprit est à l’origine de toutes les naissances qui construisent le monde et l’humanité. L’Esprit est à la naissance de l’homme : au chapitre 2 de la Genèse on peut lire : “Le Seigneur Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un être vivant” Gn 2, 7. Ce souffle de Dieu, c’est l’Esprit Saint qui m’habite. Cet Esprit me donne d’exister puisque Dieu est la vie ; il me donne aussi d’aimer puisque l’Esprit Saint est cet amour qui relie en Dieu le Père et le Fils. C’est donc également cet Esprit qui me donne d’être fils, fille avec le Fils bien aimé Jésus, et de pouvoir vivre dans la confiance des enfants de Dieu.

 

    C’est l’Esprit Saint qui me donne l’audace de témoigner d’un Dieu qui est l’amour même. Nous avons souvent le sentiment d’être de bien faibles témoins de cet amour révélé en Jésus de Nazareth. Mais les apôtres de Jésus n’étaient pas des surhommes : ils se sont enfuis au moment de l’arrestation de Jésus ; avant l’irruption de l’Esprit Saint, ils avaient peur, ils s’étaient réunis dans une maison à Jérusalem, toutes portes fermées par peur des responsables juifs qui avaient crucifié leur maître. Mais l’Esprit Saint va leur donner le courage de sortir d’eux-mêmes et d’annoncer la Bonne Nouvelle de la résurrection de Jésus. Aujourd’hui encore, l’Esprit vient nous redire que celui que nous aimons est vivant et il insuffle dans nos vies cette formidable espérance.

 

    C’est l’Esprit Saint qui nous donne la force de continuer, d’avancer sur notre chemin parfois si difficile. C’est lui qui accompagnait les disciples de Jésus quand ceux-ci étaient en difficulté comme pour l’apôtre Pierre ou Saint Paul emprisonnés pour leur foi au Dieu de Jésus. Les disciples de Jésus n’ont pas été des missionnaires invincibles ; ils ont porté la parole de Jésus avec leurs faiblesses comme le rappelle Saint Paul aux chrétiens de Corinthe : « Frères, quand je suis venu chez vous, je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage ou de la sagesse... Et c’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant, que je me suis présenté à vous. Mon langage, ma proclamation de l’Évangile, n’avaient rien d’un langage de sagesse qui veut convaincre ; mais c’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient, pour que votre foi repose, non pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu » 1 Co 2, 1-5. C’est conscient de sa faiblesse mais sûr de la présence de l’Esprit Saint que l’apôtre Paul a été témoins de l’amour du Christ et lui a permis de dire en vérité cette parole étonnante : «Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » 2 Co 12, 10. C’est l’Esprit Saint présent en chacun de nous qui nous donne cette force au coeur même de nos faiblesses.

 

    L’Esprit Saint est aussi notre défenseur quand nous peinons sur la route et que le découragement nous guette. Jésus l’avait promis à ses amis : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur » Jn 15, 26-27. Quand nous n’en pouvons plus, quand nous avons le sentiment de notre inutilité lorsque nous cherchons à témoigner de l’amour de Dieu, alors l’Esprit Saint vient prendre notre faiblesse et il l’utilise pour en faire un magnifique témoignage de la présence aimante de Dieu, bien au-delà de ce que nous pouvions faire.

 

    Enfin, c’est l’Esprit Saint qui porte et assure notre prière si faible soit-elle. Saint Paul le dit dans sa lettre aux Romains : « l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables. Et Dieu, qui scrute les cœurs, connaît les intentions de l’Esprit puisque c’est selon Dieu que l’Esprit intercède pour les fidèles » Rm 8, 26-27. Parfois on se désespère de la pauvreté de notre prière. Mais si nous avons du mal à être présent à Dieu, l’Esprit va prendre notre prière pour prier en nous et avec nous ; et nous savons que c’est sa prière portant notre propre prière qui est la plus profonde et la plus efficace auprès de Dieu.

 

    Alors cet après-midi, laissons l’Esprit Saint porter notre pauvre prière avec la certitude que Dieu notre père l’accueille avec beaucoup de joie et de confiance.

 

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« Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde »

Publié le par Père Maurice Fourmond

Ascension 2017

Homélie

 

    Toute la Révélation chrétienne est sous le signe du paradoxe et la fête de l’Ascension du Seigneur nous le rappelle fortement. En effet nous avons à accueillir des paroles du Seigneur apparemment contradictoires. Jésus avait dit à ses amis : « Je m’en vais maintenant auprès de Celui qui m’a envoyé, et aucun de vous ne me demande : “Où vas-tu ?” Mais, parce que je vous dis cela, la tristesse remplit votre cœur. Pourtant, je vous dis la vérité : il vaut mieux pour vous que je m’en aille, car, si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai » Jn 16, 5-7. Jésus semble dire que son départ est une bonne chose pour ses amis. Et pourtant, au moment précisément où il quitte ses amis, il affirme qu’il ne les quitte pas : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » Mt 28, 20.

 

    Nous sommes là au coeur de la foi chrétienne qui affirme à la fois l’absence et la présence de Dieu. Une absence que nous éprouvons difficilement lorsque tous les signes sensibles d’une présence nous échappent, mais en même temps présence mystérieuse mais réelle, la présence du coeur qui faisait dire aux disciples d’Emmaüs au moment où Jésus disparait à leurs regards : «  Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » Lc 24, 32.

 

    Nous pensons parfois que les apôtres avaient eu de la chance de pouvoir approcher Jésus dans la réalité sensible d’une vie humaine comme la leur. Je crois le contraire : Dieu ne se manifeste pas dans ce qui est extérieur, visible, superficiel, mais dans l’intime de chacun, dans ce que nous appelons le coeur. Rappelons-nous la phrase du renard au petit prince : « On ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux ». Certes les apôtres ont vu Jésus de leurs yeux comme le dit Saint Jean : « Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l’annonçons » 1 Jn 1, 1. Toutefois cette manifestation cachait l’essentiel car déjà Jésus dans sa réalité visible n’a été qu’un peu de temps au milieu des hommes et plus important encore, l’essentiel de qui était Jésus est resté invisible aux yeux de ses meilleurs amis jusqu’après sa mort et seulement dans la foi en sa résurrection. Au fond, l’apparente absence de Dieu était sans doute plus profonde à l’époque où Jésus était avec ses amis pendant sa vie terrestre que pour nous aujourd’hui, car par certains côtés, la vue sensible de Jésus cachait la réalité de cet homme, réalité que ses amis n’ont découverte qu’après sa résurrection. Notre vision est plus lumineuse sur la présence de Dieu dans nos vies que ne l’était la présence de Jésus sur les routes de Galilée... mais c’est de foi.

 

    Mais si cette présence est plus lumineuse aujourd’hui, comment se manifeste-t-elle ? Selon la promesse de Jésus, comment se manifeste sa présence maintenant qu’il est remonté vers son Père comme il l’a dit à Marie de Magdala devant le tombeau vide : « Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » Jn 20, 17. La foi nous dit que Jésus se manifeste à travers de multiples signes, simplement il nous faut les reconnaître. On peut donner à ces signes le nom de sacrement puisque la définition d’un sacrement est précisément un signe à travers lequel Dieu se dit, Dieu se donne. Le premier signe qui dit la présence de Dieu c’est d’abord le sacrement du frère comme Jésus le dit dans l’évangile de Matthieu : «Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » Mt 25, 40. Jésus est présent dans tous ses frères que nous côtoyons et particulièrement les plus déshérités. Dans l’amour donné et reçu, nous pouvons reconnaître comme une part de cet amour infini qu’est Dieu lui-même. Jésus vivant est aussi présent dans le don de son Esprit qu’il ne cesse de nous donner à travers tous les événements de nos vies. C’est cet Esprit qui nous permet d’aimer davantage et donc de grandir en humanité et dans cette divinisation qui nous apparente à Dieu. Il est présent aussi dans la communauté croyante et dans les signes sacramentels que l’Église, la communauté des disciples de Jésus nous offre, en particulier l’Eucharistie que nous célébrons ensemble ce matin.

 

    C’est la lumière de la foi qui nous permet de percevoir cette présence comme il l’avait promis « tous les jours ». Cette présence n’a pas pour but de modifier les événements de nos vies, mais de nous donner ce qui nous est nécessaire pour affronter cette vie avec ses moments heureux et ses moments douloureux.

    Au fond, la fête de l’Ascension, si elle nous invite à nous réjouir parce que le Seigneur Jésus est pleinement dans la gloire de Dieu, nous donne plus encore de vivre avec lui dans la foi, cette foi qui ouvre notre propre vie sur l’invisible réalité de sa présence. Celle-ci nous porte et nous soutient  jusqu’au jour où nous participerons en plénitude et définitivement à cette présence de l’amour divin. Comme le dit l’apôtre Paul : « Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu » 1 Co 13, 12.

 

    Alors faisons eucharistie, c’est-à-dire rendons grâce à Dieu pour le don qu’il nous fait de sa présence réelle dans notre communauté, dans la parole proclamée et comme dit le Concile, de façon « éminente » sous le signe du pain et du vin partagés.

Publié dans Homélies du dimanche

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"Heureux ceux qui croient sans avoir vu"

Publié le par Père Maurice Fourmond

1er dimanche de Pâques A

Évangile Jean 20, 19-31

 

Homélie

 

    On a parfois désigné l’apôtre Thomas comme étant « l’incrédule ». Je voudrais montrer que la démarche de Thomas nous aide à réfléchir sur l’importance de notre intelligence dans notre démarche de foi. En 1998, Benoit XVI dans son encyclique « Foi et Raison » soulignait « la haute valeur de la raison humaine qui participe à la recherche de la vérité ». La foi chrétienne, si elle ne s’appuie pas sur des évidences, demande au chrétien un effort pour tenter de comprendre les affirmations de la foi. Toutefois la raison humaine ne peut pas fournir les arguments décisifs qui conduiraient à la foi. C’est pourquoi toute recherche de l’intelligence humaine comporte non seulement des interrogations permanentes mais aussi des doutes, le doute de l’apôtre Thomas «  Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! ».

 

    Cependant il convient de dépasser l’hésitation de la raison et d’entrer dans la confiance. La confiance n’est pas l’aboutissement d’un raisonnement, mais le lien fort, profond avec une personne. La foi n'est pas un savoir, mais une relation aimante avec le Dieu de Jésus Christ. Certes il nous faut avoir des « signes » qui justifient la confiance. Des signes, nous en avons d’une part à travers toute la vie de Jésus marquée par l’attention aimante qu’il a porté aux plus petits, aux plus faibles ; mais aussi par le don de sa vie, acceptant l’injustice de sa condamnation et de sa mort. Des signes, nous en avons également grâce au témoignage des amis de Jésus qui ont été transformés radicalement par la résurrection de leur maître. Nous en avons par le témoignage de tant de personnes au cours de l’histoire qui ont montré la beauté du don qu’ils ont fait d’eux mêmes pour le bien des autres. Mais nous avons aussi parfois des signes dans notre propre expérience à travers le courage et la paix que l’Esprit de Jésus construit en nous.

 

    En nous appuyant sur ces signes, nous pouvons faire confiance à ce Seigneur et redire comme l’apôtre Pierre : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 68).

 

    La confiance est sans doute l’attitude la plus humaine et la plus divine qui soit. La plus divine car le premier Dieu me fait confiance. Dieu croit en nous bien plus profondément que nous ne pouvons croire en lui. En se faisant homme, Dieu a montré une confiance extraordinaire en l’homme tout en prenant le risque de n’être pas compris et d’être rejeté. Dans toutes ses rencontres sur les routes de Galilée ou de Judée, Jésus n’a cessé de faire confiance que ce soit dans le choix de ses apôtres, vis à vis des publicains  et des pécheurs comme Zachée : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison » (Lc 19, 5) , devant la femme adultère : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus » (Jn 8, 11), et même vis à vis de Judas qu’il appelle son ami au moment de l’arrestation : «  Mon ami, ce que tu es venu faire, fais-le ! » (Mt 26, 50).

 

    La confiance est aussi la démarche fondamentale de toute vie humaine. Sans confiance la vie humaine est impossible. Même dans les plus petites choses, nous avons besoin de faire confiance, confiance que la terre ne va pas se dérober, confiance dans ce qui nous est fourni pour vivre. La confiance est exigée à tout moment mais en particulier pour ce qui touche à l’amour vrai. Sans confiance aucune relation aimante ne peut exister. Or c’est précisément d’amour vrai qu’il s’agit dans nos relations avec Dieu. Si Dieu me fait confiance, je peux en retour lui accorder toute ma confiance. La confiance nous situe dans une paix intérieure profonde. Seul la personne qui est dans la confiance trouve la paix ; la méfiance introduit un conflit intérieur qui déstabilise. Mais comment garder confiance ? La confiance n’a rien à voir avec l’optimisme, c’est à la fois une décision de notre liberté et un abandon à la personne qu’on aime.

 

    La confiance apporte la joie. C’est bien la parole de Jésus à son ami Thomas : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». C’est ce bonheur qui est offert à celui qui croit, à chacun de nous. Nous savons, comme le dit le renard au petit prince de Saint Exupéry « On ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux ». Nous pensons parfois que les apôtres avaient de la chance de voir avec leurs yeux le Seigneur Jésus ; je pense le contraire car c’est finalement ce qu’ils n’ont pas vu de leurs yeux de chair qui les a transformés ; ils avaient vu Jésus de leurs yeux de chair et ils l’avaient abandonné au jardin de Gethsémani, mais quand ils ne l’ont vu qu’avec les yeux du coeur, dans la confiance, ils ont été jusqu’à donner leur vie pour Jésus.

 

    C’est ce regard intérieur qui nous est demandé, c’est cette confiance éperdue qui peut nous habiter et cela pour notre véritable bonheur, celui qui ne passera pas. C’est la promesse de Jésus à tous ses amis juste avant son arrestation : « Vous aussi, maintenant, vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira ; et votre joie, personne ne vous l’enlèvera » (Jn 16, 22).

 

    L’Eucharistie que nous célébrons maintenant nous fait vivre la parole de Jésus : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». Nous ne voyons pas avec nos yeux de chair Jésus ressuscité nous donnant sa vie, nous ne voyons qu’un peu de nourriture, un peu de pain et de vin. Mais notre coeur nous permet de voir avec les yeux de la foi celui qui ne cesse de donner sa vie, afin que nous puissions aujourd’hui vivre de sa vie et partager la joie de Dieu.

Publié dans Homélies du dimanche

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Christ est ressuscité

Publié le par Père Maurice Fourmond

Vigile Pascale 2017

 

    Matthieu dont nous venons de lire un passage en cette vigile pascale, consacre le dernier chapitre de son évangile à la résurrection de Jésus. Ce chapitre 28 est très court, il comporte deux parties. La première est celle que nous venons d’entendre, l’autre se passe en Galilée. Dans la première partie, nous voyons Marie-Madeleine et l’autre Marie qui se sont rendu au tombeau où Jésus a été déposé la veille. Sont alors rapportées deux manifestations du ressuscité ; l’une apocalyptique avec le tremblement de terre et l’ange qui ouvre le tombeau, l’autre est une manifestation du ressuscité lui-même alors que les deux femmes courent annoncer la nouvelle aux apôtres.

 

    Dans cette première partie, ce qui ressort est l’affirmation que Jésus est ressuscité et que c’est en Galilée que ses apôtres doivent se rendre. Pourquoi la Galilée ? Plusieurs raisons peuvent être invoquées : la Galilée est le point de départ de la vocation de la plupart des apôtres. Ce retour à l’origine avait un sens fort : désormais ce sont les disciples de Jésus qui doivent porter la mission même de leur maître et qui devront la continuer. Une autre raison peut être invoquée : la Galilée était appelée la Galilée des nations en raison de la diversité de population qui habitait cette région. Le ressuscité entendait ainsi dire que la mission confiée aux apôtres était universelle.

 

    L’autre partie de ce dernier chapitre de Matthieu qui n’a pas été proclamé ce soir, nous dit que les apôtres ont obéi à la demande du ressuscité et se sont rendu en Galilée. Jésus se manifeste alors à ses amis pour les envoyer par le monde entier. Et l’évangile de Matthieu se termine par une parole essentielle de Jésus : « Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps ».

 

    Nous savons que la Parole de l’Écriture n’est pas seulement une parole faisant mémoire d’événements passés, mais elle parle à chacun de nous aujourd’hui, cette Parole est pour l’aujourd’hui de notre vie. Alors à travers la parole que nous venons d’entendre, que dit le Seigneur à chacun de nous en cette fête de Pâques ?

 

    La première indication est la parole de l’ange : « Il n’est pas ici ». Ce qui veut dire qu’il ne faut pas chercher Jésus là où il n’est pas, qu’il faudra toujours chercher le Christ Jésus sans l’enfermer, sans le réduire à telle ou telle présence, même la plus juste pour notre foi. Le Christ vivant est au-delà de toutes nos représentations et nous n’avons jamais fini de le découvrir. Il faut toute notre vie pour approcher ce mystère d’amour qu’est la personne de Jésus, notre Dieu fait homme.

 

    Vient ensuite cette autre parole de l’ange comme aussi du ressuscité : « Pour vous soyez sans crainte ». La fête de Pâques nous redit la victoire de l’amour sur la mort. Lorsque nous regardons la vie de Jésus telle que les évangélistes nous l’ont rapportée, nous avons le sentiment, en tous cas pendant sa vie publique, que sa vie est traversée de beaucoup de souffrances morales mais aussi physiques en particulier dans sa passion. Mais dans ces moments difficiles, l’amour de son Père et la présence de ses amis lui donnaient de surmonter et d’assumer la dureté de l’existence. Déjà l’amour infini de Dieu travaillait sa vie lui ouvrant en permanence un chemin de paix et de joie et cela avant même de vivre la rencontre définitive avec  son Père et avec tous ceux qu’il aimait. Nous appuyant sur cette certitude de Jésus d’une présence d’un Dieu de tendresse, certitude qui est aussi la nôtre, nous pouvons surmonter nos peurs et redire dans nos coeurs cette parole de Dieu fondamentale qui traverse toute l’Écriture : « Je serai avec toi, je ne t’abandonnerai jamais ».

 

    La troisième leçon de cet évangile de résurrection est qu’il nous faut nous « déplacer » pour trouver le Christ. Non pas bien sûr un déplacement géographique comme les apôtres qui devaient aller en Galilée, mais se déplacer en ce sens de refuser de s’installer, mais continuer sans cesse à chercher à la fois dans la prière et dans un approfondissement permanent de notre foi.

 

    En cette fête de Pâques, Jésus dit à chacun de nous : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples ». Comme à ses apôtres, le Christ nous confie à nouveau aujourd’hui sa mission. Et il convient que, remplis de son Esprit, pour notre époque et selon les circonstances nouvelles qui font bouger notre monde, nous essayons comme le disait Jésus à Pilate : « Rendre témoignage de la vérité » par la cohérence de notre vie, par l’effort permanent pour mettre nos actes en accord avec nos paroles. C’est avec la « puissance du ressuscité » que nous pouvons, humblement porter ainsi témoignage dans notre vie quotidienne.

 

    Enfin Pâques, c’est cette parole merveilleuse qui conclut l’évangile de Matthieu « Et moi, je suis avec vous tous les jours ». Jésus vivant assure chacun de nous d’une présence non pas à certains moments exceptionnels de nos vies, mais tous les jours, dans les événements ordinaires, dans les événements heureux ou douloureux qui touchent notre vie.

 

    C’est pourquoi, fêter la résurrection de Jésus le Christ, n’est pas seulement faire mémoire de la victoire un jour de la vie sur la mort, mais la certitude de foi que le Seigneur aujourd’hui, nous aide à passer de la mort à la vie. Il nous donne de faire grandir chaque jour notre propre résurrection en faisant grandir en chacune de nos vies cet amour divin qui nous habite et qui est la source de la vie éternelle.

 

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"Il fut transfiguré devant eux"

Publié le par Père Maurice Fourmond

2ème dimanche de Carême 

12 mars 2017

Évangile de la Transfiguration en Saint Matthieu 17, 1-9

Homélie

 

    L’évangile de la transfiguration commence par l’invitation que Jésus fait à ses amis Pierre, Jacques et Jean de l’accompagner à l’écart sur un lieu élevé. Dans la Bible une haute montagne est symboliquement le lieu d’une rencontre privilégiée avec Dieu, le lieu d’une union particulière avec Dieu, le lieu de la prière. D’ailleurs le récit de la transfiguration en Luc commence par ces mots : « Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques et monta sur la montagne pour prier » (9, 28). Nous pouvons penser que chaque fois que nous sommes convoqués pour prier, comme pour vivre l’eucharistie dominicale, c’est le Christ Jésus qui nous invite à venir à l'écart afin de partager sa prière avec celui qui est son Père et notre Père.

 

    Cette prière de Jésus est une union avec son Père, le partage d’un amour infini. Et cet amour partagé est si fort qu’il transforme intérieurement Jésus et sa force transformante va se manifester jusque dans son corps par le visage lumineux et les vêtements d’une blancheur unique. Cette transfiguration de Jésus est un moment exceptionnel de  la vie spirituelle de Jésus. N’est-ce pas ce qui se passe chez quelques grands mystiques dont le feu intérieur de l’union à Dieu, l’intensité de la prière va toucher le corps comme les extases de Thérèse d’Avila, les stigmates de Saint François ou le jeûne de Marthe Robin.

 

    Dans la prière de Jésus, la présence de Moïse et d’Élie, représentant la Loi et les prophètes, peut être interprétée comme la présence de tout le peuple aimé de Dieu au coeur de la prière de Jésus. La prière du Christ est à la fois sa prière personnelle, sa relation unique avec Dieu, mais aussi une prière qui porte la totalité du peuple de Dieu. Cela nous amène à penser que notre propre prière, unie à celle de Jésus, rassemble l’humanité entière. Dans notre prière comme dans la prière de Jésus, c’est toute l’humanité qui est présente, afin d’être remplie de la puissance d’amour de Dieu lui-même.

 

    Les trois amis de Jésus, Pierre, Jacques et Jean, sont saisis dans la prière de Jésus et c’est ainsi qu’ils entendent comme une voix venue d’une nuée, symbole de la présence de Dieu. Cette parole de Dieu va toucher les apôtres éblouis par la transformation de leur maître. Elle est d’abord une affirmation : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie ». Par là, les amis de Jésus comprennent que leur maître est non seulement un fils pour Dieu, mais un fils qui lui procure une joie parfaite. Nous aussi, qui sommes les enfants aimés de Dieu, précieux pour lui, nous sommes pour Dieu une source de joie malgré nos faiblesses et nos infidélités. Il est profondément réconfortant de penser que Dieu est certes, notre joie mais que nous sommes, nous, bien petits et faibles, la joie de Dieu.

 

    La parole se termine par une demande : « Écoutez-le ». Pour entrer dans notre propre transfiguration, il nous faut « écouter » le Christ Jésus. Il nous faut l’écouter non seulement parce que ses paroles sont belles, qu’elles nous tracent un chemin de bonheur même s’il faut passer par la purification de la croix, mais parce que, comme le dit Jésus lui-même, ses paroles sont vérité et vie : « « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi » Jn 14, 6. Les paroles de Jésus ouvrent non seulement sur un bonheur passager, non seulement sur une rencontre avec Dieu, mais sur notre résurrection en travail dès l’aujourd’hui de notre vie.

 

    En effet, le récit de la transfiguration de Jésus nous ouvre sur le sens de notre résurrection. Celle-ci est le transformation de tout notre être par et dans l’amour infini qu’est Dieu lui-même. Ainsi la transfiguration de Jésus n’est pas seulement l’annonce de la gloire future de sa résurrection, elle est le signe que cette résurrection est déjà à l’oeuvre à chaque instant de sa vie. La transfiguration de Jésus nous montre que sa résurrection est déjà en travail dans sa vie. Si la résurrection est la transformation de notre être par l’amour infini de Dieu, nous savons que cet amour nous est donné dès le premier instant de notre vie. Dès le premier instant de sa vie, tout être humain est habité par un amour divin, amour qui est capable de nous diviniser jour après jour. C’est notre travail, c’est le travail de toute notre vie que de laisser l’amour qu’est Dieu habiter nos pensées et nos actes jusqu’au jour où nous serons, comme Jésus, transfigurés dans tout notre être  corps, âme et esprit dans la plénitude de notre vie éternelle.

 

    Nous pouvons donc avec courage et espérance reprendre chaque jour ce grand travail de libération et de résurrection que nous offre l’amour de Dieu, sans pour autant en ressentir la grâce dans notre corps. N’est-ce pas le sens de la parole de Jésus à ses amis : «  Relevez-vous et soyez sans crainte ! ». Sans crainte nous pouvons comme les trois amis, accompagnés de Jésus, redescendre de la montagne c’est-à-dire reprendre la vie quotidienne ordinaire, habités par cette lumière intérieure de la présence transformante de l’Esprit de Dieu qui nous conduit peu à peu jusqu’au partage plénier de la vie de Dieu.

Publié dans Homélies du dimanche

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