"Espérance de Dieu, espérance de l’homme"

Publié le par Père Maurice Fourmond

Prière Oecuménique

7 Juin 2017

Méditation

 

Espérance de Dieu, espérance de l’homme

 

    Mes amis, je voudrais vous partager quelques réflexions sur notre espérance afin de nourrir notre prière. Si nous avons au coeur une espérance inébranlable en Dieu, c’est que Dieu le premier espère en nous. Cette espérance de Dieu pour l’humanité s’exprime pleinement dans le mystère de l’Incarnation. C’est parce que Dieu espère en l’homme qu’il a pris le risque de prendre notre condition humaine fragile afin de lui montrer le chemin de son accomplissement. La vie de Jésus de Nazareth est l’expression parfaite de l’espérance de Dieu pour l’homme. Nous croyons que Dieu en Jésus a pris notre condition humaine avec toutes ses limites comme le dit l’épître aux Hébreux : « En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché » He 4, 15. Jésus a connu les limites de toute vie humaine. Il a vécu à une époque précise, dans un pays particulier, dans une culture et un peuple, le peuple juif ; il a connu les joies de la famille mais aussi des contradictions douloureuses, des persécutions et finalement une mort injuste et cruelle. C’est dans cette condition humaine difficile que Dieu a voulu vivre afin de nous révéler son espérance indéfectible en l’homme et cela à travers l’homme Jésus, non pas seulement en raison de la résurrection définitive de Jésus, mais en raison de la présence aimante, fidèle et forte de Dieu à chaque instant de la vie du Christ. Mais à travers la vie de Jésus, Dieu a voulu nous faire partager son espérance, l’espérance que notre humanité, mais aussi chacun de nous trouvera son accomplissement parfait. 

 

    C’est cette espérance de Dieu en l’homme qui nous assure que nous pouvons réaliser pleinement qui nous sommes en vérité ; cet accomplissement est en marche tout au cours de notre vie et sera parfaitement réalisé dans notre résurrection définitive. Le jour de notre mort sera le jour où s’accomplira pleinement l’espérance que Dieu a vis à vis de chacun de nous. 

 

    Mais comment l’espérance de Dieu pour les hommes se manifeste-t-elle concrètement ? Pour cela il nous faut contempler la vie de Jésus. S’il fallait résumer en une phrase comment Jésus a traduit concrètement l’espérance de Dieu pour les hommes, je dirais « qu’il a ouvert à chaque personne un avenir ». Pour le comprendre il suffit de méditer de nombreux moments dans la vie de Jésus ; regardons par exemple ces deux épisodes particulièrement significatifs : le récit de la femme adultère et la rencontre avec le publicain Zachée. Nous connaissons le récit de cette femme surprise en flagrant délit d’adultère ; Il nous dit comment se manifeste l’espérance de Dieu pour cette femme. D’abord dans l’attitude de Jésus empêchant qu’elle soit lapidée, puis en lui ouvrant un avenir. En effet les accusateurs de cette femme lui avaient fermé tout avenir en la condamnant à mort. Jésus va lui ouvrir un avenir : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus » Jn 8, 11. De même dans la rencontre entre Jésus et le publicain Zachée. Là encore Jésus va ouvrir l’avenir de cet homme. Zachée était méprisé de tous en raison de sa collaboration avec l’occupant romain pour lequel il soutirait l’argent de ses compatriotes et même malhonnêtement. L’espérance de Jésus va jusqu’à prendre l’initiative de s’inviter chez lui comme chez un ami. L’espérance entre ainsi dans la maison et dans le coeur de Zachée dont la vie va changer radicalement et cela pour sa joie.

 

    Cette espérance de Dieu que Jésus a manifesté dans la vie de tous ceux qu’il a rencontré, particulièrement chez ceux qui risquaient de perdre pied, il nous demande de le faire à notre tour. Notre responsabilité consiste à être témoins de l’espérance de Dieu en ouvrant un avenir à ceux qui buttent devant les obstacles de la vie. C’est parce que Dieu espère en moi, c’est parce que Dieu espère en cette humanité qu’il aime, que je peux avoir une espérance indéfectible et ainsi poser des actes qui vont dire cette espérance et donc en témoigner autour de moi.

 

    Le manifeste que nous avons lu au début de notre prière propose particulièrement trois chemins pour exprimer concrètement l’espérance qui nous habite. Le premier concerne la conversion de nos propres communautés. Parce que Dieu espère en nous, il ouvre un avenir à nos églises. Dieu est sûr de l’attachement que nous avons tous à son Fils Jésus et à sa parole. Dieu est sûr de notre désir profond de réaliser l’unité et la communion fraternelle entre nous selon le désir et la prière de Jésus. Encore faut-il que nos actes répondent à ce désir du Seigneur. Cependant il ne faut pas attendre de Dieu qu’il agisse à notre place. Comme le disait mon ami Philippe Béguerie, il faut reverser notre manière de voir. Nous avons l’habitude de présenter à Dieu nos demandes, nos questions, puis d’attendre qu’il nous apporte les réponses en réalisant nos désirs. Or c’est justement le contraire : c’est Dieu qui nous pose des questions sur notre vie personnelle et collective et Dieu attend de nous que nous trouvions et mettions en oeuvre les réponses, soutenus par la force de l’Esprit Saint. C’est ainsi que tous les gestes de fraternité entre nous, tous les moments où nous avons voulu nous tenir ensemble devant le Dieu d’amour, construisent un avenir pour la communion de nos églises dans le respect de nos différentes traditions. C’est ainsi que nous pouvons manifester notre espérance commune. N’est-ce pas cet esprit de sagesse au sens d’un profond accord avec le désir de Dieu que Saint Paul affirme comme don de l’Esprit dans le passage de sa lettre aux Éphésiens que nous avons entendu tout à l’heure.

 

    Le second chemin que nous propose le manifeste concerne notre espérance en la puissance transformante de l’Evangile. Nous croyons que la Parole de Dieu ouvre un chemin de bonheur à tous les hommes. Encore faut-il que ce dont nous témoignons par notre vie soit en rapport avec ce que nous croyons. Ainsi, comme chrétiens, nous sommes interrogés sur la crédibilité de notre parole : est-ce que nos actes sont cohérents avec ce que nous annonçons. L’espérance de Dieu s’est traduite dans un certain nombre de valeurs qui ouvrent un avenir heureux à notre humanité. Nous avons la responsabilité de manifester par nos vies personnelles et par la vie de nos églises la puissance transformante de la Parole de Dieu. Voilà la question que Dieu nous pose : « Est-ce que vos vies personnelles et la vie de vos églises témoignent de cette puissance transformante de ma Parole ? ». C’est un chemin de conversion qu’il convient de prendre si nous voulons être cohérents avec nous-mêmes, vrais devant Dieu et crédibles aux yeux du monde.

 

    Selon notre manifeste, le troisième chemin qui ouvre un avenir à cette humanité que Dieu aime est la quête de la vérité. Cette recherche de vérité travaille le coeur de toute personne humaine, même si beaucoup, dont nous-mêmes hélas, fuient souvent cette lumière qui nous dérange. Concrètement cette recherche de la vérité doit habiter toutes nos rencontres, toutes les recherches d’unité entre nos différentes confessions. Mais elle doit aussi être au coeur de tout dialogue avec le monde aussi bien avec les croyants d’autres religions qu’avec ceux qui ne croient pas en un Dieu personnel. Cette recherche de vérité demande de chacun à la fois une ouverture de l’esprit et du coeur, un attachement vital au Dieu de Jésus Christ et une authentique humilité que les théologiens définissent comme étant justement l’obéissance à la vérité.

 

    Pour conclure cette méditation, disons que l’espérance de Dieu, qui est aussi la nôtre, a une couleur de Pâques. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cette espérance est illuminée en effet par l’affirmation pascale. Jésus vivant porte l’espérance du monde et nous donne par son Esprit Saint d’en vivre et d’en témoigner autour de nous. Aussi, soyons dans l’action de grâce car l’espérance comme le dit Saint Paul ne déçoit pas ; il vaut la peine de citer tout ce passage : « Nous qui sommes donc devenus justes par la foi, nous voici en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, lui qui nous a donné, par la foi, l’accès à cette grâce dans laquelle nous sommes établis ; et nous mettons notre fierté dans l’espérance d’avoir part à la gloire de Dieu. Bien plus, nous mettons notre fierté dans la détresse elle-même, puisque la détresse, nous le savons, produit la persévérance ; la persévérance produit la vertu éprouvée ; la vertu éprouvée produit l’espérance ; et l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » Rm 5, 1-5. 

 

    Demandons à l’Esprit de Pentecôte de nous donner sa lumière et sa force qui sont les beaux fruits de l’Espérance de Dieu.

 
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